‹ La pacification de MadagascarChapitre 40 sur 92 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

par eau, avec le canot à vapeur (1), mais il fut arrêté par des bancs de sable à une vingtaine de kilomètres d'Ambiky.

Comme il importait de rouvrir les communications avec Bemena, cet officier fut chargé, le 29, de gagner ce poste par la voie de terre avec un peloton de Sénégalais.

Il réussit à y arriver le l^"" novembre, malgré les nombreuses embuscades que lui tendit l'ennemi.

De son côté, le capitaine Durand , commandant le cercle annexe de Betafo, qui se trouvait en tournée dans le Betsiriry au moment où y arrivaient les nouvelles des événements du Ménabé, rassembla à Anosymena, le 21 octobre, loi tirailleurs malgaches ou miliciens; les tirailleurs appartenaient à la 12'^ compagnie du l*"'' régiment (capitaine Giudicelli) et à la i** du 2« régiment (capitaine Goehring) ; cette dernière compagnie venait à peine de terminer son recrutement en Émyrne. Le capitaine Durand quitta Bemena le 2i (à cette date, la nouvelle de la prise d'Ambiky par les Sakalaves n'avait pas encore été démentie) ; il eut affaire aux environs d'Ankalalobé avec des bandes résolues, et les officiers et sous-officiers français durent payer de leur personne pour entraîner au feu les recrues hovas, auxquelles les Sakalaves inspiraient une véritable terreur.

Lieutenant DEJUl'X, de l'Infanterie de Marin

(1) Ce canot, qui avait été récemment expédié de Majun; ïsimanandrafozana et Port-Aïubiky.

'a, faisait le service entre

Le lieutenant Dejoux et le sergent Divoux se firent ainsi bravement tuer, le 26 octobre, en entraînant les tirailleurs à l'assaut.

Le capitaine Durand, ayant fait sa jonction avec le lieutenant Baudoin, fut exactement renseigné par lui sur les événements du Ménabé ; il devenait inutile qu'il allât jusqu'à Ambiky.

Seule, la compagnie Goehring fut poussée sur ce poste, le lieutenant Baudoin lui servit de guide.

Tous CCS petits événements de guerre avaient mis en lumière les qualités d'initiative et de hardiesse des cadres des troupes coloniales : le lieutenant Baudoin s'y était tout particulièrement distingué.

Organisation du territoire sakalave.

Le lieutenant-colonel Septans avait été, antérieurement à ces événements, désigné pour prendre le commandement du territoire sakalave ; il débarqua le 24 octol}re à Morondava, où le commandant Gérard, qui y était rentré peu de jours avant, venant de ^lajunga et de Maintirano, lui remit le commandement.

Le territoii'c sakalave conq)rit les cercles militaires de Morondava et de Maintirano.

Il s'arrêtait à l'est au Bemaralia et s'appuyait de ce côté aux cercles du Betsiriry et d'Ankavandra, rattachés au 2*^ territoire militaire.

Le lieutenant-colonel Sei)tans se trans[)()rta à AnibiUy et recueillit des renseignements sur les grou[)ements sakahives.

Inguerrezza, qui s'était enfui d'Anibiky dans hi nuit qui précéda l'attaque du poste et (hmt la complicité avec les rebelles ne faisait aucun (hjute, j)araissait s'être retiré sur la rive gauche de la Tsiribihina, dans la région de Kiboui et

du lac Kaiiiaiiomby. Une petite colonne fut dirigée de ce côté, sous les ordres du commandant Ditte (venu de Majunga avec le lieutenant-colonel Septans), mais elle ne rencontra que des isolés ou des embuscades de trois à quatre individus, qui s'enfuyaient après avoir lâché leur coup de fusil. Tous les villages étaient abandonnés.

Diverses reconnaissances envoyées sur la rive droite n'eurent pas plus de succès.

La saison des pluies qui commençait allait bientôt rendre impossible la circulation sur les bords du fleuve et de ses affluents. Le commandant du territoire ne laissa donc à Ambiky que la 4*^ compagnie sénégalaise, et les autres unités regagnèrent Morondava,

Le commandant Ditte fut dirigé au mois de décembre sur Maintirano pour prendre le commandement du cercle ; il emmenait avec lui la 9*^ compagnie haoussa.

La i^^ compagnie de légion (capitaine Flayelle) alla à Tuléar renforcer les troupes d'occupation du cercle.

La o*' compagnie sénégalaise (capitaine Robin) fut envoyée à Ambohibé (embouchure du Mangoka) avec mission de commencer la pénétration dans cette vallée.

En somme, il y eut, pendant l'hivernage 1897-98, une sorte de trêve imposée par le climat, trêve au cours de laquelle on entama des négociations avec les chefs sakalaves. Elles échouèrent d'une manière absolue ; il fallut donc reprendre les opérations au commencement de la belle saison. Elles seront décrites dans la 3" partie.

Résultats de la campagne de 1897.

Malgré l'attitude hostile prise par les Sakalaves en octobre, après leurs protestations de fidélité, et malgré les événements qui en avaient été la conséquence , des résultats importants avaient été obtenus. Un pays immense, que, seuls, jusque-là, quelques rares explorateurs avaient visité,

avait été sillonné par nos troupes qui recueillirent des renseignements précieux sur sa géologie, sa topographie et ses ressources. Un grand nombre de postes furent créés, jalonnant les principales lignes de pénétration, et destinés à servir de bases aux opérations ultérieures.

De ces lignes de pénétration de la côte vers l'intérieur, la Tsiribihina fut reconnue comme de beaucoup la plus importante, tant au point de vue militaire qu'au point de vue économique. Les nombreuses reconnaissances exécutées sur ce fleuve avaient démontré qu'il pouvait être remonté jusqu'à Bemena, et peut-être au delà, même en saison sèche, par des embarcations d'un tirant d'eau de O^jTO. Le Manambolo et le Manambaho étaient loin de remplir des conditions aussi avantageuses. Aussi, dès le mois de décembre, une canonnière fut demandée en France pour la Tsiribihina (1); elle était indispensable pour relier les postes entre eux, les ravitailler, transporter les blessés et les malades, etc.

Pour le moment, les communications par les mauvais sentiers qui suivent la vallée de la Tsiribihina, étaient précaires, aussi bien à cause de la saison que par suite de l'hostilité des Sakalaves. Un chemin plus commode, bien que plus long, reliait Morondava à l'intérieur, c'est celui qui passe par Mahabo, Malaimbandy, Midongy.

Le pays découvert qu'il traverse ne se prête pas aux embuscades, et la population, clairsemée, n'a point les instincts aussi belliqueux que celle du Ménabé. C'est ce chemin qui, provisoirement, fut adopté pour relier Morondava à Tananarive.

Postes de la côte. — Communications par mer. Un certain nombre de postes avaient été installés sur la

(1) Elle n'arriva dans la colonie qu'en janvier 1899.

cote pour empêcher la contrebande de guerre : Beravina, Tamboharana, Maintirano, Soahanina, Benjavilo, Tsimanaudrafozana, Bosy (installé en décembre), Morondava, Ambohibé.

Suftîrent-ils pour l'arrêter d'une manière absolue ? Non, car bien d'autres points de la côte se prêtent à Téchouage des boutres et goélettes (1) ; et une surveillance efficace était bien difficile à exercer sur les commerçants indiens, sujets anglais, comme on le sait.

Comme les postes des fleuves, ceux de la côte doivent donc être complétés par une « surveillance mobile », exercée au moyen de bateaux à vapeur de faible tonnage; nous reviendrons, à la fin de l'ouvrage, sur cette question.

(1) La côte au sud du cap Saint-André est uniformément basse et sablonneuse ; les boutres et les goélettes peuvent pénétrer directement dans les estuaires des fleuves en franchissant la barre de leur embouchure, mais les bâtiments d'un certain tonnage sont obligés de rester au large : passagers et marchandises sont alors transbordés soit dans de petites goélettes, soit dans des pirogues à balancier que les vezo ou gens de la côle manœuvrent très habilement.

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