CHAPITRE II
Création du cercle militaire d'Analalava.
On a vu plus haut (1), qu'à la suite des opérations de la compagnie Glavel et des milices de la côte nord-ouest appuyées par la division navale, les rebelles liovas avaient été dispersés. Mais des bandes s'étaient reformées dans l'intérieur, à l'appel de l'agitateur Rakotovaomoramanga, et rassemblées à une trentaine de kilomètres d'Andranosamonte.
Le général (lallieni, au cours de sa tournée d'inspection autour de File, s'arrêta le 2 juin à Andranosamonte, et lit savoir, de là, au chef rebelle que, s'il se soumettait dans un délai de huit jours, il aurait la vie sauve.
En même temps, pour assurer l'unité d'action dans cette région troublée, il décidait de transformer en cercle militaire le pays conq)ris entre la mer, la chaîne faîtière de lest, la Sotia et la limite des Etats de la reine lîinao (2). Le capitaine Toquenne, ({ui venait de s'installer à Analalava, fut
(2) Province de Nossi-Bé.
placé à la iete du nouveau cercle : la 5^ compagnie de tirailleurs malgaches (capitaine Clavel) fut mise à sa disposition, ainsi qu'une autre compagnie malgache, la 7®, appelée de la côte est.
Rakotovaomoramanga ayant repoussé les avances qui lui avaient été faites, le capitaine Toquenne marcha contre lui et, dans deux rencontres (le 29 juin et le 6 juillet), mit ses partisans en déroute complète. Le 6 juillet, les rebelles avaient tenté de résister sur une position fortifiée : 400 fusils, dont 70 Sniders, 1 canon Maxim, 1 mitrailleuse Gardner, 1 pièce de 4 de montagne, 3 canons en fonte tombèrent entre nos mains.
A la suite de ces échecs, les Hovas se soumirent : le capitaine Toquenne les emmena à la côte, où ils installèrent des villages à proximité et sous la surveillance du poste d'Analalava.
Cette mesure eut les plus heureux effets ; elle enlevait aux Hovas toute influence politique et permettait néanmoins d'utiliser leurs réelles qualités de travail et d'intelligence pour le développement économique du pays.
Le cercle d'Analalava fut divisé en un certain nombre de secteurs ; le calme s'y rétablit tellement vite que le capitaine Toquenne put mettre, au mois d'août, la 7^ compagnie malgache à la disposition du capitaine de Bouvié, qui opérait au sud du cercle contre Rainitavy.
Opérations du capitaine de Bouvié dans le Boueni oriental. — Masokoamena.
Le programme d'extension fixé à M. Alby, résident de Majunga, comportait la progression méthodique le long de la Betsiboka et de la Mahajamba.
Pendant l'hivernage 4896-97, cette région avait été travaillée par trois chefs hovas : Rainitavy, Ranafitsara et Rainikiburv.
Dans la nuit du 31 mars au 1" avril 1897, le poste d'Ambato, sur la Betsiboka, fut attaqué par une bande de 2 à 300 Fahavalos. Les miliciens les repoussèrent ; mais il devenait urgent de prendre l'offensive contre les rebelles pour dégag-er la route de Majunga à Tananarivc.
Le capitaine de Bouvié, commandant la 7* compagnie du régiment colonial (compagnie haoussa) fut cbargé de cette mission.
Il quitta Marovoay le G avril avec un détachement composé de :
Fraction de la 7^ compagnie : i sous-officiers. 34 tirailleurs haoussas ; Milice (inspecteur Yivié) : 54 miliciens ; Docteur Gauducheau ; 200 partisans sakalaves.
Il atteignit la Mahajamba à Maroadabo (10 avril), et y installa un poste (3 Européens, 28 tirailleurs ou miliciens).
Le lieutenant Lafleur, (jui était passé par Amliato et Marololo pour renforcer ces postes, arriva à Maroadabo le 20 avec 28 tirailleurs, 3") miliciens et 120 partisans.
Tsaratanana et Andranolava furent successivement occupés.
Mempikony, sur la rive gauche du Bemarivo (affluent de gauche de la Sofia), avait été signalé au capitaine de Bouvié comme le réduit de Rainitavy. Il l'attaqua le î» mai. et l'enleva malgré la résistance énergique de l'ennemi. In poste de 40 tirailleurs et miliciens (sergent Chastry) y fut installé.
Ranafitsara et l{ainikil)ury, pourchassés i)ar les garnisons des postes, firent successivement ]cuv soumission. Vers le milieu de juillet, la tranquilHlé élait rétabhe dans la région comprise entre la Betsiboka et le cours uKtyen de la Mahajamba ; les transactions commerciales re[)renaieiil eiiti-e Tsaratanana, centre ini[)()rtanf de cultuic et d'(''h>vage, ri la basse Betsiboka.
Mais Kaiiiitavy n'avait pas encore désarmé : le 20 juillet,
à i heures du matin, il attaqua le poste de Mempikony ; le sergent Chastry arrêta l'élan de l'ennemi par quelques feux de salve, puis le dispersa par une vigourçuse sortie.
Au su de ces événements, le Général décida qu'une opération serait immédiatement entreprise contre Rainitavy, que l'exécution en serait confiée au capitaine de Bouvié, et que la T*' compagnie du l*"" régiment malgache, stationnée dans le cercle d'Analalava, serait mise à la disposition de cet officier.
Le capitaine de Bouvié eut donc sous ses ordres :
Sa compagnie (7« haoussa) ; la 7'' compagnie du l" malgache; un détachement de milice.
Les renseignements que l'on avait sur Rainitavy, au commencement d'août, étaient des plus vagues : on savait seulement qu'il était campé sur la rive droite du Bemarivo, Les indigènes refusaient de nous renseigner, parce C£u'ils craignaient la vengeance du chef hova.
Le capitaine de Bouvié passa donc quelques jours à faire des reconnaissances et à compléter le réseau des postes (1).
Enfin , le 19 août , deux renseignements précis lui parvinrent : le premier, que Rainitavy avait un camp fortifié dans le massif de Masokoamena, entre le Bemarivo et l'An- (Iranolava ; le second, que le chef rebelle se proposait de quitter Masokoamena, avec un fort détachement, pour aller attaquer à Miarinarivo (poste du cercle d'Ambatondrazaka), le capitaine Chieusse (2).
Le capitaine de Bouvié décida aussitôt d'aller attaquer le camp de Masokoamena. Il quitta Belalitra le 21 août, y laissant une garnison de 1 officier, 1 sous-officier européen, 41 hommes chargés de surveiller la boucle Bemarivo — Sofia.
(1) Belalitra, Lehanja, Andranofotsy sur la rive droite du Bemarivo ; Mempikony sur la rive gauche.
(2) Le capitaine Chieusse venait d'installer, tout récemment, les postes de Miarinarivo et Antsevakcly dans lé nord du secteur d'Imerimaudroso.
Le groupe d'opérations avait la composition suivante :
Régiment [ Ciipitiiino conimanilant le groupe, colonial } i sous-officier européen.
(7"= compagnie). ( (io haoussas.
, . f Capitaine BoERV.
i" reffiment i , ■' . n
, ) Lieutenant Berge.
malgache
1 sous-officier européen.
(.0 compagnie). ( gg tirailleurs malgaches.
l Inspecteur Verrier.
Milice < 30 miliciens de Majunga.
I 30 — d'Analalava.
Le groupe arriva le 23 au poste d'Andranofotsy ; le capitaine de Bouvié préleva sur la garnison 1 sous -officier (sergent Ghastry) et 20 hommes, et n'y laissa que lo hommes, le poste étant fortement retranché et à portée immédiate de secours. Le 24, la colonne franchit l'Andranolava à gué et arriva au pied de la position ennemie.
Masokoamena est une position légendaire, sur laquelle les Sakalaves avaient résisté aux Hovas pendant dix; ans ; les hnl)itants des villages voisins la comiaissaient donc parfaitement bien, mais leur mutisme était déterminé par la crainte de Rainitavy.
Celui-ci s'était installé sur un plateau rocheux situé tout en haut de l'éperon hoisé ({ui sépare la vallée du Bemarivo de celle de l'Andranolava. 11 y avait réuni loOO à 2,000 hommes, 2,000 femmes et 3,000 bœufs.
Deux mauvais cliemins permettent de grimper sur le plateau, inaccessible sur tous les autres i)oiii(s : le i)i'eniier, venant d'Andranofotsy, gravit la moiit.ignc on suivant le cours d'un torrent; le second, venant de .MiaiinarÏM) et de Maitsokely, aboutissait à un bois de lianibous épineux.
Les déclarations des individus faits j)ris<)nniers par les reconnaissances du poste d'Andranofotsy laissaient croire (jue le premier passage était le [)lns praticable. Le s(H()n(l a\ait
(railleurs rinconvénient crobliger la petite colonne à défiler sous le feu des retranchements ennemis et à faire un long-
détour l'éloignant de sa base.
En conséquence, le 24, après avoir passé FAndronalava, la colonne commença à gravir le sentier du nord.
Ce sentier se confondait avec un ruisseau dont le lit était
\ vers Majunga
Position
de
MASOKOAMENA
Ech. 1.100.000 Légende
sa Rebelles y««-?^- Rochers
une interminable coulée rocheuse encombrée par des fragments de roc et des arbres abattus.
Au pied de la montagne les différents groupes avaient été formés et les dispositions suivantes prises :
1° L'avant -garde, composée de tirailleurs malgaches {}\2 hommes), était commandée par le lieutenant Berge;
2» Le gros comprenait 80 tirailleurs haoussas, divisés en deux groupes, sous les ordres de deux sergents européens ; et la milice, sous les ordres de l'inspecteur Verrier ;
/.,î Mli.R.rh<.pdol et Cr/'iri.
3° Le convoi, escorté par 35 hommes, formait un groupe particulier, placé sous le commandement d'un sergent européen, et devait marcher isolément sous les ordres de son chef, dès que le combat aurait commencé.
Apres deux heures d'une montée harassante, la tête déboucha dans une clairière, d'où l'on apercevait des groupes d'hommes très nombreux et des troupeaux considérables de bœufs. Un des groupes agitait des drapeaux et des lamhas blancs.
Le capitaine ordonna à l'avant-garde de ne pas se fier à cette manifestation, mais lui recommanda, néanmoins, de ne pas ouvrir le feu avant qu'on put connaître d'une façon plus sûre les intentions des manifestants.
Il était impossible, du reste, de s'arrêter dans cette situation : un seul sentier donnait accès sur la montagne, il fallait le gravir au plus vite.
Jusqu'aux deux tiers du chemin, les drapeaux blancs furent agités ; mais, lorsque l'avant-garde s'engagea dans le dernier tiers, une fusillade intense balaya le sentier.
Le lieutenant Berge partit en tète pour former sa section et prendre position ; pendant qu'il la disposait à l'abri des rochers, il fut atteint d'une balle au ventre; un tirailleur tomba près de lui.
Tandis que l'avant-garde ouvrait le feu, le gros de la colonne, se rejetant en arrière du sentier l^attu par les feux ennemis, s'établit à l'abri d'un pli de terrain. A ce moment (3 heures), l'avant-garde faisait face aux retranchements ennemis. Les prisonniers indiquèrent ([u'il était possible de tourner la position en contournant le plateau.
Aussi, pendant que les miliciens (h' l'inspecteur Verrier, qui avaient relevé les tirailleurs malgaches de l'avant-gardo, dirigeaient des feux de salve sur la position ennemie, les tirailleurs haoussas et malgaches tirent un mouvement de conversion vers la gauche pour essayer de déborder la position par le sud.
Ils arrivèrent devant un ravin infrancliissable : sur le bord opposé, des groupes rebelles étaient en position, qui s'enfuirent après avoir essuyé quelques feux. Comme il était tout à fait impossible de passer le ravin, le capitaine de Houvié ramena les tirailleurs en arrière de la position occupée par l'avant-garde. Ce mouvement nous coûta 10 hommes blessés.
Licnti'iiinit BERGE de l'Infanterie de Marine.
Le sentier suivi par la colonne dans le lit du ravin tournait court vers l'ouest près d'un gros rocher, il était barré par une palissade, puis suivait un couloir taillé dans le roc, large de 1™,50, aboutissant à une barricade en pierres sèches. Ce sentier était dominé à pic par une ligne de fortins. Tn canon en fonte, placé au pied de l'escarpement, enfilait le senlicr.
OPÉRATIONS DANS LE NORD-OUEST. 28o
Le capitaine de Bouvié résolut de tenter Fenlèvement de vive force de la palissade et de la barricade.
Pendant que les miliciens dirigeaient des feux de salve sur les fortins et obligeaient Tennemi à s'abriter, les Ilaoussas vinrent se placer derrière le gros rocher que couronnait un fortin. Ils se trouvaient là en angle mort et à lo mètres de la palissade.
Le sergent Chastry, avec 10 tirailleurs, démolit deux palanques.
Mais les défenseurs du fortin font tomber sur le passage étroit qu'il fallait franchir une quantité de roches et de pierres.
Sous cette avalanche de pierres, qui rebondissent contre l'autre muraille et roulent ensuite au bas du couloir, les tirailleurs, qui venaient de perdre 2 hommes tués et 4 blessés dans les travaux d'attaque, ont une minute d'hésitation et restent à l'entrée, malgré les appels du sergent, qui, à 5 mètres de la deuxième barricade, attend leur arrivée pour achever son œuvre de destruction.
Les rebelles, profitant de ce temps d'arrêt, reprirent leurs positions dans les fortins et commencèrent un feu meurtrier que ne pouvait éteindre la milice sans risquer de toucher les nôtres.
Le jour commençait à baisser, et le premier assaut ayant été arrêté, le capitaine de Bouvié ne voulut pas tenter, à l'approche de la nuit, une nouvelle attaque, qui, dans l'obscurité, eût été trop aléatoire; il clioisit comme position de nuit les avancées qui avaient été abandonnées par les rebelles et qui, retournées contre eux, plaçaient sous notre feu, à 150 mètres, le chemin d'accès et l'entrée des barricades ; il donna l'ordre aux tirailleurs liaoussas de se replier sur cette position.
Cette marche, conduite par le sergent Chastry, fut protégée par les feux de la milice et des tirailleurs malgaches ; le sergent Favey, avec le 2"- groupe des liaoussas, s'établit
:28i) DEUXIEME PARTIE. — CHAPITRE II.
en avant, et lui-même fit rentrer sa section, passant le dernier, après avoir, en personne, ramassé sous le feu, et à loO mètres de la tranchée, deux tirailleurs tombés et leurs fusils.
Pendant la dernière phase du combat, la garde du convoi annonça qu'une troupe venait de l'est; elle ne pouvait préciser la nationalité de cette troupe.
Le capitaine commandant envoya le capitaine Boery pour faire face de ce côté en cas d'arrivée d'une troupe de rebelles et le chargea de le fixer au plus tôt.
Cette incertitude dura une heure et demie.
Enfin, on apprit qu'il s'agissait de 60 tirailleurs malgaches commandés par le capitaine Ghieusse ( 1 ) et venant de Maitsokely. A 8 heures du soir, ce petit détachement faisait sa jonction avec la colonne.
La journée du 24 nous avait coûté 1 officier mortellement blessé, 4 tirailleurs tués et 18 blessés dont 2 mortellement (sur un effectif inférieur à 200 hommes).
Le capitaine de Bouvié, constatant qu'il ne pouvait, avec le faible effectif dont il disposait et sans artillerie, enlever de vive force la position de Masokoamena, prit la résolution de l'investir le plus étroitement possible et d'attendre l'arrivée des renforts qu'il demandait à Majunga et à Taiianarivc, en s'interdisant jusque-là toute action brusquée qui eût entraîné des pertes hors de proportion avec les résultats à espérer.
Il envoya donc à Mevatanana un courrier rapide porteur d'un télégramme (2) destiné au Général commandant le corps d'occupation et au résident de Majunga, dans lequel il
(1) Le capitaine Ghieusse, apprenant la présence, au sud de Maitsokely, d'une bande, commandée par Rainitavy, avait quitté Miarinarivo le 22 août, lui avait livré combat dans l'après-midi et l'avait dispersée. Il la poursuivit les 23 et 24 dans la direction de Masokoamena. Mais Rainitavy s'était dérobé par une marche rapide et avait pu regagner Masokoamena dans la nuit du 23 au 24.
(2) La ligue télégraphique de Tananarive à Majunga avait été ouverte le mois précédent.
(Icmandait l'envoi d'une compagnie de renfort et d'une pièce.
Au reçu de ce télégramme, le Général donna l'ordre au chef de bataillon Rouland, commandant le cercle d'Amljatondrazaka, de se porter sur Masokoamena avec l'infanterie dont il pouvait disposer. En même temps, une pièce, 100 miliciens, 70 conducteurs sénégalais étaient expédiés de Majunga.
Investissement de la position. — Le temps nécessaire à l'arrivée de ces renforts fut activement employé. La position occupée dans la soirée du 24 fut soigneusement fortifiée : trois petites redoutes se reliaient entre elles et à la tranchéeabri des avant-postes, par des gabionnades. Ces travaux exigèrent de gros efforts, car la troupe n'avait à sa disposition que des outils rudimentaires ; ils furent protégés par des tireurs de position.
Le ravitaillement de la colonne était assuré par des convois envoyés de Mempikony.
Des postes de surveillance furent installés sur la rive droite du Bemarivo, les difficultés du terrain et le petit nombre de fusils dont pouvait disposer le capitaine de IJouvié ne permettaient pas un blocus rigoureux ; néanmoins, des convois de ravitaillement, destinés aux rebelles, furent interceptés à diverses reprises. Le 3 septembre, notamment, le sergent haoussa Moussimouck, commandant un poste d'observation voisin du chemin de Maitsokely, enleva un assez gros convoi; l'ennemi le défendit avec opiniâtreté, il fallut une charge à la baïonnette pour décider les convoyeurs à s'enfuir après avoir abandonné leurs charges ; nous eûmes 1 tué et 1 blessé dans cette affaire.
La misère commençait à être grande au camp de Uainitavy : il n'y avait plus de riz, et le j)i\turage mancpiait pour le bétail.
Le 4, à la pointe du jour, les rebelles tentèrent une sortie qui fut repoussée.
Bientôt les renforts furent signalés : le G, le détachement fourni par la province de Majunga (l pièce, 100 miliciens, 70 conducteurs et 30 Haoussas), arrivait à Maroadabo.
Le capitaine de Bouvié envoya l'ordre à la milice de s'arrêter à Andranolava (rive gauche du Bemarivo) en face de Masokoamena, pour barrer la route de Maromoka.
Le 7, le lieutenant Briincher arrivait avec 80 tirailleurs malgaches : il s'installa tout près du Bemarivo, au sud de la position ennemie. (En li sur le croquis.)
Dans la soirée, le commandant Rouland (1) arrivait avec 60 hommes et une pièce de canon.
Il prit le commandement des troupes et la direction des opérations.
Enlèvement de la position (9 septembre). — Le commandant Rouland employa la journée du 8 à faire la reconnaissance de la position et à arrêter son plan d'attaque.
Un premier succès fut obtenu ce jour-là par le lieutenant Brïinchcr, qui enleva deux ouvrages situés au sud du camp ennemi. La veille, cet officier avait mis le feu aux herbes sèches garnissant le versant sud. L'incendie gagna les bambous qui obstruaient un chemin permettant, comme nous l'avons dit plus haut, d'arriver à Masokoamena.
A o heures du soir seulement, le détachement de Majunga (moins la milice) arrivait.
L'attaque fut décidée pour le lendemain.
Le 9, à 6 heures, la pièce d'Ambatondrazaka tira à brèche dans les barricades, puis, transportée au sommet du plateau, elle tira sur les fortins. Pendant ce temps, la pièce de Majunga, qui avait également tiré sur les fortins, dont un
(1) Le commandant Rouhiud n'avait pas attendu les ordres de Tananarive pour se mettre en mouvement. Ayant été mis au courant de la situation par le commandant du poste d'Aiitsevakeiy, il avait, de sa propre initiative, quitté Ambatondrazaka le i^'' septembre, avec les renforts dont il est question ci-dessus.
fut eu partie détruit, se transportait sur une colline dominante au nord, faisant un tir fusant sur la crête.
Sous la protection de l'artillerie, deux colonnes d'assaut se mirent en route : l'une, passant par la forêt incendiée de bambous, atteignit la crête sans trouver de grosses difficultés naturelles; l'autre franchissait les barricades. Tout était abandonné par l'ennemi, qui s'était enfui pendant la nuit, traversant le Bemarivo.
Lorsque la première colonne eut pris possession de la crête, des reconnaissances allèrent au village qui avait été abandonné avec une précipitation telle, que des blessés étaient restés sur place, des enfants avaient été laissés par leurs mères, des cadavres presque chauds étaient à découvert.
Des outils, des meubles, des canons en bois, des affûts gisaient pêle-mêle sur le sol.
Les bœufs, 2 à 300, derniers survivants de l'immense boucherie de ces derniers jours, erraient affamés et mangeaient les troncs d'arbres.
Les traces de la fuite existaient partout. On avait fui au travers des bois, sans route et sans direction; la sortie la plus fréquentée était indiquée par un couloir qui surplombait le Bemarivo.
La suite des événements fit connaître que le départ avait eu lieu dans le plus grand désordre, et que les chefs, comptant sur les approvisionnements énormes accumulés près de Maromoka, avaient prescrit à leurs bandes de s'y réunir. Au dire des prisonniers (des vieillards et des femmes), plus de 150 hommes étaient morts, tués ou des suites de l)lessures; environ 200 avaient été blessés, plus de 300 personnes étaient mortes de faim.
PoKi'snitc (Ir rcimcnù. — Le commandant Mouland installa un poste à Masokoamena et lit poursuivre l'ennemi par le capitaine de Bouvié. Cet officier se mit en route le 10 pour Maromoka, avec laO fusils et l pièce. 11 lit quelques pri-
soiiniei'S, qui racontèrent que les bandes rebelles s'étaient dispersées par petits paquets et que les chefs, désespérant du succès, avaient autorisé les gens sous leurs ordres à se rendre aux Français. En conséquence, le capitaine de Bouvié relâcha les prisonniers et s'en servit comme d'émissaires pour activer la soumission des insurgés. Dès le 12, deux bandes, composées chacune d'une centaine d'individus, venaient se rendre, en rapportant 110 fusils.
Le capitaine se dirigea ensuite sur Antsevakely et fît sillonner les plateaux de Tompoketsa par de petits détachements. Peu à peu, les habitants rentrèrent dans leurs villages, et, le 20 sejîtembre, la colonne put être disloquée.
Les résultats obtenus par le capitaine de Bouvié pour la pacification de cette région furent comjilétés par le lieutenant Bruncher, commandant le poste de Maitsokely, qui, dans une endjuscade qu'il tendit sur le plateau de Tompoketsa aux derniers débris irréductibles des bandes de Rainitavy, captura, le 28 septembre, 120 individus. Le chef rebelle s'enfuit avec 2 hommes seulement ; il ne se rendit qu'au mois de novembre.
Organisation du pays conquis.
A la suite de ces événements, la région au sud de la Sofia fut organisée en un secteur appelé secteur du Bemarivo, relevant, au point de vue administratif, de la province de Majunga.
Son chef-lieu était Port-Bergé, nom donné au poste de Belalitra, en souvenir du lieutenant tué le 24 août. Les autres postes étaient :
Mempikony, Maroadabo, Andranofotsy, Maromoka, Ampasimantera, Lehanja, Masokoamena.
La liaison entre la province de Majunga, les cercles d'Ankazobé et d'Ambatondrazaka, était un fait accompli.