‹ La pacification de MadagascarChapitre 5 sur 92 · EXPOSÉ DE LA SITUATION EN ÉMYRNE · texte numérisé non relu

EXPOSÉ DE LA SITUATION EN ÉMYRNE

la cause de la désertion des bourjancs dans la pression exercée sur eux à Tananarive, et que les obstacles qui nous étaient opposés rentraient dans le plan général de l'insurrection.

Le général Yoyron voulut, à plusieurs reprises, faire intervenir le gouvernement malgache à ce sujet. Gomme pour les autres questions, le gouvernement malgache feignit de prendre certaines mesures pour faciliter le recrutement des bourjancs, mais son intervention n'eut aucune sanction eflicace.

Préoccupé à juste titre de cette situation, le général Yoyron s'était efforcé de substituer aux bourjanes des mulets de bat et de transformer la piste suivie par les bourjanes en chemin muletier.

Le colonel Marmier, directeur du génie, avait été chargé, dès la fin de décembre 1893, d'étudier le tracé d'une route devant relier Tananarive à la côte est. Cet officier supérieur reconnut que la vallée de la Sahantandra, affluent de l'Iaroka, se prêterait, bien que difficilement il est vrai, à la construction d'une route carrossable. Cette vallée communique, par le col de Tangaina, avec la vallée du Mangoro, d'où l'on peut monter en Imerina par une des rivières qui se jettent dans ce fleuve. C'était une solution, mais une solution qui ne permettait pas une réalisation rapide de la question posée, savoir: la jonction de Tananarive ù la côte par un cliemin muletier, s'écartant aussi peu que possil)le de la piste des l)ourjanes; aussi le colonel Marmier, de retour à Tananarive, envoya le capitaine Goudard étudier sur le terrain cotte dernière question.

Les conclusions de cet officier furent ([uil était [)ossihh' de transformer en chemin muletiei", entre .M;diatsara (point terminus de la navigation sur l'Iaroka) et Tananarive, la piste suivie par les bourjanes, et ([ue la transformation, relativement facile entre Tananarive et Ankeraniadinika, entre Andakana et Analamazaotra, entre Mahela et Mahatsara, devait

présenter, au contraire, de grosses difficultés sur les autres tronçons.

Le travail fut entrepris, dès le mois de février, sur les sections les plus difficiles.

On se heurta tout de suite à l'obstacle qui, à Madagascar, est la pierre d'achoppement de presque toutes les entreprises : le manque de main-d'œuvre locale. La population n'est dense qu'en Emyrne ; dès qu'on est sorti d'Émyrne, on ne trouve plus ou bien que des villages clairsemés, ou bien cpie des populations indolentes n'ayant aucun goût pour le travail, même bien rémunéré.

Des mesures furent immédiatement prises pour trouver la main-d'œuvre nécessaire. M. le résident Ferrand fut envoyé sur la côte d'Afrique pour recruter des Zanzibaristes ; il ne réussit qu'à en envoyer à Tamatave moins de 200, car les autorités locales firent des difficultés pour autoriser l'embarquement des indigènes. Un officier alla dans la région de Mananjary, d'où il ramena une centaine d'Antaimoros. Enfin le Ministre de la guerre fit recruter, à la frontière du Tonkin, 500 Chinois, qui débarquèrent à Tamatave en mai.

A ces travailleurs s'ajoutèrent 350 indigènes fournis par les villages de la région traversée par la route.

Ces différents contingents étaient loin de représenter un effectif suffisant pour le but cherché, qui était de terminer le chemin muletier à la fin de mai. Néanmoins, les améliorations apportées au sentier bourjane permirent de faire monter la relève pendant les mois de mai et juin, sans fatigues excessives pour les troupes ; la proportion des malades fut même relativement faible.

Communications postales et télégraphiques. — Elles étaient des plus précaires. Les courriers de France mettaient une dizaine de jours à monter de Tamatave à Tananarive ; sur les autres routes, le service n'existait qu'à l'état embryon-

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