CHAPITRE II
Telle était la situation quand le général Gallieni arriva ;« Tananarivc, muni des instructions du gouvernement de la République.
La loi du 6 août 1 896 venait de déclarer Madagascar avec les îlots qui en dépendent (i\ossi-Bé, Sainte-Marie, etc.) colonie française. Ainsi se trouvait définitivement réglée la situation des étrangers dans l'île, qui avait donné lieu jusquelà à des échanges de notes diplomatiques entre la France et les puissances, et que ne définissait pas suffisamment la déclaration de prise de possession qui avait suivi l'étaldissemcnt de notre protectorat. Il ne pouvait plus être question désormais des juridictions consulaires, et tous les étrangers devenaient justiciables des tril)unaux français.
Cette loi avait été conqdétée par le décret du 1 i juillet 1896 rendant applicables à Madagascar les prescriptions des décrets des 27 janvier 1886 et 3 février 1890 relatifs aux [)()uvoirs militaires du gouverneur général de l'Indo-Chine et des gouverneurs des autres colonies françaises. En conséquence, le commandant supérieur des troupes cessait d'avoir le droit de correspondre directemenl avec le niinisfre duciuol il relevait : toute la corres[)()n(l;uKe, sanf" celle n'.iyani trait
'26 PREMIÈRE PARTIIE. — CHAPTRE 11.
qu'à dos questions de matériel (munitions, armement, etc.), devait passer par l'intermédiaire du résident général.
Par là se trouvait supprimée la dualité d'attributions créée par les articles 3 et 5 du décret du 11 décembre 1895, et réalisée l'unité de direction dans l'administration centrale de la colonie.
Cette unité, indispensable également à tous les échelons de la hiérarchie, fut obtenue en concentrant dans les mains des commandants des cercles et provinces tous les pouvoirs politiques, administratifs et militaires. Les officiers ou administrateurs placés à la tête des sulxlivisions administratives disposèrent de tous les moyens, eurent autorité sur les gouverneurs indigènes et furent rendus responsables, vis-à-vis du résident général, de la bonne marche des affaires, et leur responsabilité devint effective.
Le principe de la responsabilité individuelle fut en effet appliqué strictement, mais il ne pouvait l'être que grâce à la concentration des pouvoirs ; c'est ce qu'il est essentiel de ne jamais perdre de vue.
L'action du pouvoir central sur les chefs de province ou de cercle se fit sentir par des inslructions qui leur laissaient une initiative aussi grande c[ue possible dans le choix des moyens d'exécution. Elles furent d'ordre politique, administratif ou militaire.
Afin d'imprimer à ces instructions, si diverses en apparence, l'unité de vues indispensable, le général Gallieni tint à se charger lui-même de la direction des affaires civiles comme des affaires militaires, et son chef d'état-major, le commandant Gérard, remplit momentanément, au point de vue civil, les mêmes fonctions que les règlements attribuent au chef d'état-major au point de vue militaire. Le chef d'étatmajor prit aussi les fonctions de secrétaire générai en territoire militaire et eut, à ce titre, l'ordonnancement des dépenses civiles en territoire militaire.
MÉTHODE APPLIQUÉE POUR LA PACIFICATION DE l'ÉMYRNE. 27
. Ainsi, le général voulut concentrer dans ses seules mains, pendant la période critique que la colonie traversait, la direction de toutes les afl'aires de Madagascar, aussi bien civiles que militaires; mais, dans son esprit, cette organisation, qui répondait aux nécessités du moment, devait faire place, quand la pacification aurait fait des progrès suffisants, à une autre plus en rapport avec les exigences de la colonisation : c'est ainsi que, le 1" janvier 1898, les bureaux des affaires civiles et indigènes furent séparés de l'état-major. Mais, en septembre 1896, pour mener à bien Fœuvre si complexe de pacification et de réorganisation du pays, il fallait concentrer les moyens d'action, et le chef d'état-major dut, quelles que fussent déjà les difficultés de sa tâche au pomt de vue purement militaire, comprendre également dans son service les affaires civiles.
L'état-major fut, à cette époque, divisé en 7 bureaux :
l^"" Bureau : Personnel militaire. — Budget colonial. — Administration des services militaires. — Recrutement. — Mobilisation. — Réserves. — Justice militaire. — Postes et télégraphes. — Télégraphie optique.
2« Bureau: Opérations militaires. — Transports. — Ravitaillement. — Constructions militaires. — Routes. — Remonte.
3° Bureau [Affaires civiles, jw/'uiqurs et cuinmerclales) :
l""^ Section : Affaires civiles et politiques en territoire civil. — Budget local. — Service judiciaire. — Service pénitentiaire. — MiHces. — Travaux pul)lics. — RAtimonts civils.
2® Section : Personnel des affaires civih's. — Affaires diverses.
3" Section : Commerce et colonisation. — Domaines. — Service topogra[)lii({ue. — Agriculture. — l'orèts. — Concessions. — Mines. — Chambres consultatives. — Iin[)ùts. — Taxes diverses. — Douanes.
i*' Section : Comptabilité.
4*^ Bureau : Service géographique du corps d'occupation. — Géodésie et topographie.
5® Bureau : Rédaction du Journal officiel de la Colonie et de la Bévue mensuelle. — Imprimerie officielle.
C Bureau [Affaires indigènes) : — Affaires indigènes. — Affaires civiles et politiques en territoire militaire. — Enseignement. — Cultes.
. 7® Bureau: Service des renseignements.
Tous ces bureaux, sauf le 6^ (Affaires indigènes), furent dirigés par des officiers. Le capitaine Lucciardi, chef du 3^ bureau (affaires civiles), était secondé par des officiers et des chanceliers de résidence.
Sans perdre de vue les intérêts multiples et complexes de la colonie, une tâche s'imposait tout d'abord impérieusement : c'était la pacification de l'Emyrne.
Concentration des forces tnilitaires en Énujrne. — Le général y consacra la presque totalité des forces militaires dont il disposait, en ne laissant sur les côtes et dans le Betsiléo que ce qui était strictement indispensable pour la sécurité de nos nationaux. Les résidents de la côte furent invités à accélérer le recrutement des milices locales, afin de rendre disponibles les troupes régulières.
Le bataillon de marche de la légion étrangère, débarqué à Tamatave en septembre, monta en Émyrne et fut réparti dans les cercles et sur la route d'étapes ; il constitua le S** bataillon du régiment d'Algérie.
Les compagnies d'infanterie de marine stationnées à Majunga, Diégo-Suarez et Tamatave, furent également appelées en Emyrne.
De même pour les deux compagnies sénégalaises tenant garnison sur la côte.
MÉTHODE APPLIQUÉE POUR LA PACIFICATION DE l'ÉMYRNE. 29
Enfin, par câblogramme du 29 septembre, le général demanda au Ministre l'envoi dans la colonie de deux des compagnies du bataillon de la Réunion. La demande fut accordée ; les deux compagnies débarquèrent à Tamatave au mois de novembre et vinrent occuper la ligne d'étapes entre Tananarive et Ankeramadinika ; elles étaient à un très faible effectif, 50 hommes à peine par compagnie.
Par mesure de compensation, le détachement d'artillerie appartenant à la batterie de la Réunion et qui tenait garnison à Tamatave, fut renvoyé à Saint-Denis.
Il ne resta plus dans le Betsiléo et les régions côtières, après cette concentration des forces sur le plateau central et sur la route Tamatave — Tananarive, c{ue le 2^ bataillon du régiment malgache terminant son recrutement sur la côte est; le 3^ bataillon malgache, dont 2 compagnies (9® et 10®), se recrutaient sur cette même côte, et les deux autres (il'' et 12") dans le Betsiléo ; 2 compagnies Ilaoussas à Majunga et dans le Boueni, 1 compagnie du régiment colonial à Andriba.
Tout était donc pour le moment sacrifié à la pacification de l'Emyriie et à la garde de la communication avec Tamatave.
La route de Majunga fut abandonnée provisoirement, et notre installation dans celles des régions côtières qui ne reconnaissaient pas notre autorité remise à plus tard, lorsque le calme serait revenu dans la région centrale.
Création des cerclrs )nilil aires en Eiitijrnr. — Le résident général prit, à la fin de septembre, des arrêtés pour diviser en un certain nombre de cercles militaires l'Einyme et la région avoisinant la route d'étapes dans la partie que menaçaient les rebelles.
Pour l'assiette territoi-iak^ qui fut a(k)i)tée, on eut grand soin de respecter, autant (juc possible, d'une part, les
anciennes subdivisions administratives indigènes, d'autre part, les groupements naturels des tribus, soit de race hova, soit de race difTérente. Les commandants des cercles purent, dans ces conditions, se décharger d'une partie de l'administration sur les gouverneurs et sous-gouverneurs indigènes, tout en les faisant, au début surtout, surveiller étroitement ; et, dans les régions habitées en majorité par des peuplades de race étrangère à la race hova, appliquer la politique de races, en remplaçant peu à peu les gouverneurs hovas par des chefs autochtones.
Les arrêtés furent complétés par une répartition nouvelle des subdivisions administratives indigènes, de sorte qu'à chaque cercle militaire correspondit un gouvernement général indigène, dont le chef devait résider au chef-lieu du cercle.
Enfin, l'état de siège était déclaré dans les régions de l'Emyrne et du Betsiléo. Cette mesure introduisait, en matière judiciaire, l'unité d'action déjà obtenue au triple point de vue politique, militaire et administratif.
L'Emyrne fut divisée en un gouvernement militaire et quatre cercles, savoir :
Gouvernement militaire de Tananarive , comprenant la ville de Tananarive et le sous-gouvernement du Voromahery ;
Cercle militaire d'Arivonimamo, comprenant la province d'Ambodirano , le sous -gouvernement d'Ainbohimasina (Yakindrano), le Mandridrano, le Mamolakazo et le Valalafotsy ;
Cercle militaire d'Ambohidratrimo, comprenant la province du Morovatano, moins le sous-gouvernement d'Ambohimasina (Yakindrano), le Yonizongo et le sous-gouvernement d'Ambohiinanga (Tsimahafotsy) ;
Cercle militaire d' Ambohidrabiby , comprenant les deux
METHODE APPLIQUEE POUR LA PACIFICATION DE l'ÉMYRXE. 31
sous-gouvernements d'Ilafy (TsimiamLolahy) et d'Ambohidrabiby (Mandiavatos) ;
Cercle militaire d'Ambatomanga, comprenant la province du Sisaony et le sous-gouvernement d'Amljoliimalaza.
A la même date fut créé le cercle cCAmbatondrazaka, comprenant tout le pays habité par les Sihanakas. Certes, la région d'Ambatondrazaka était tout à fait excentrique par rapport à l'Emyrue, et elle en était séparée par une zone considérable com])lètenient insurgée ; mais nous y étions trop engagés pour pouvoir l'évacuer. Le bruit courut même, à la fin de septembre, que la compagnie malgache qui l'occupait était étroitement cernée par les rebelles et exposée aux plus grands périls.
Enfin, un cercle militaire fut créé dans la réyion liczcuwzano avec son centre à Moramanga. Ce cercle comprenant la moyenne vallée du Mangoro, était à cheval sur la ligne d'étapes.
Organisai ion intérieure des cercles militaires. — .Nous avons dit plus haut que le commandant d'un cercle militaire réunissait dans ses mains tous les pouvoirs : militaires, politiques et administratifs. Pour le moment, la tAche à laquelle il devait consacrer tous ses eilbrts, était la pacification de la région placée sous son commandement, mais la pacification comprise dans sou acceptation la plus large : il devait partir de ce principe ([u'il ne suffisait pas de détruire ou de disperser les bandes rel)el]es, mais qu'il fallait surtout ramener le calme et la prospérité dans le pays, en rassurant les habitants paisibles momentanément égarés, en ramenant dans les villages ceux qui les avaient désertés pour s'enfuir dans la ])rousse ou dans la forêt, en donnant aux villages repeuplés une administration ferme et conforme aux mœurs locales, en veillant à la reprise des cultures, (k's marchés, etc., œuvre complexe pour l'accomplissement de huiuelle k* com-
mandant tic cercle est aidé par deux officiers sur lesquels il peut, en partie, se décharger des détails du commandement et de radministration :
\ù officier de renseignements ; V officier chancelier ;
ce dernier étant plus particulièrement chargé de ce qui a trait à la comptabilité-matières et finances.
Dans les cercles les moins importants, dits cercles annexes, ces officiers sont réduits à un seul, Vofficier adjoint.
Création des secteurs. — Au début de la période de pacification, les cercles avaient une étendue territoriale insignifiante, limités qu'ils étaient à la banlieue de Tananarive. Au fur et à mesure des progrès de la pacification, leur superficie s'augmenta considérablement, et il aurait été alors bien difficile au commandant de cercle de tout commander et administrer directement. Aussi le général insista-t-îl d'une manière toute spéciale, dans ses instructions, sur la nécessité pour les commandants de cercle de créer des secteurs.
Le secteur est une subdivision territoriale du cercle, commandée par un officier choisi avec le plus grand soin par le commandant du cercle parmi les officiers des troupes sous ses ordres.
Cet officier a dans le secteur tous les pouvoirs, et n'est responsable que vis-à-vis du commandant du cercle ; il dispose des troupes du secteur et a sous ses ordres les autorités indigènes.
Autant que possible, le secteur correspond à une subdivision administrative indigène, dont le gouverneur ou le sousgouverneur réside auprès du commandant du secteur. Donc, unité d'action complète dans le secteur comme dans le cercle.
Sous-secteurs. — Quand l'étendue des secteurs l'exige, ils
doivent être divisés en sous-secteurs, correspondant à des groupements indigènes naturels.
Enfin, les sous-secteurs comprennent un certain nombre de postes militaires, dont les chefs jouissent de la plus large initiative possible et ont autorité sur les villages placés sous leur protection et sur le district territorial en dépendant.
On le voit, cette organisation simple et rationnelle réunit dans les mêmes mains, à tous les échelons de la hiérarchie, le commandement militaire et les pouvoirs administratifs. A chaque échelon, responsalîilité vis-à-vis de l'échelon supérieur, mais aussi initiative la plus large et moyens d'action puissants.
Peut-être trouvcra-t-on qu'il y avait double emploi entre les autorités indigènes et les autorités françaises, ou du moins un contrôle excessif des premières par les secondes. Mais qu'on n'oublie pas qu'il s'agissait d'une organisation de début; tout en utilisant les gouverneurs indigènes, il fallait bien leur faire sentir que les exactions seraient réprimées immédiatement, que leur mollesse et leur incapacité seraient punies.
De plus, les régions nouvellonKMit pacifiées furent, pondant un certain temps, exposées à des incursions des Jjandes rebelles, incursions qui furent toujours facilement et vite repoussées, grAce au réseau serré des postes. Les lialiitants des villages soumis comprirent alors toute la valeur du nouveau système militaire et administratif, ils obéissaient avec déférence aux ordres des chefs de posfe, [)arce ([u'ils senlaient que ces chefs étaient leur sauvegarde.
Mais, par la suite, lorsque le pays fut compK'lement et définitivement pacifié, le réseau des postes se reh\clia peu i\ peu, le contrôle sur l'administration indigène devint moins subdivisé en ({uelque sorte. Le cerch' (VAfivoiiimamo est ;\
Si PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE II.
citer à cet égard : en 1898, il n'y avait plus du tout de troupes régulières dans le cercle, et le capitaine qui le commandait n'avait avec lui qu'un seul officier adjoint pour diriger l'administration d'une population de près de 250,000 habitants.
Il est certain que, dans toute l'Einyme, l'administration directe fera place peu à peu à une autre se rapprochant du protectorat.
Le territoire. — Le Résident général fut bientôt amené à réunir plusieurs cercles sous un même commandement, en créant des territoires militaires.
Le territoire est un organe de décentralisation, créé pour répondre à un besoin chaque fois nettement déterminé ; c'est ce qui explique les modifications fréquemment apportées à sa constitution territoriale. Alors que les cercles ont peu varié à ce point de vue, les territoires ont été souvent modifiés, certains même supprimés quand le but pour lequel ils avaient été créés était atteint.
Au début, la raison d'être des territoires fut purement militaire ; il s'agissait de faire converger les efforts de plusieurs commandants de cercle vers un objectif bien défini, tel ([ue la soumission d'un chef rebelle. Un peu plus tard, quand la pacification de l'Einyme fut à peu près terminée et qu'il s'agit de pénétrer dans les régions de l'ouest et du sud, les commandants de territoire furent chargés de préparer la pénétration en utilisant les moyens locaux, militaires et politiques, dont, étant sur place, ils pouvaient apprécier la valeur relative mieux que le pouvoir central.
Enfin, quand la pénétration fut en bonne voie, et que nous occupâmes des régions habitées par des tribus restées jusquelà réfractaires à toute domination et, en particulier, à la domination liova, un nouveau facteur entra en jeu pour motiver la création de certains territoires-: les régions insoumises de l'ouest et du sud sont séparées de la région centrale
(Emyrne et Betsiléo), par de vastes espaces inhabités. Ce ne sont point des déserts naturels, mais l'état de guerre perpétuel existant entre les gens du centre et les indigènes de la côte, ceux-ci venant périodiquement piller les villages ho vas et betsiléos, lit peu à peu déserter le pays intermédiaire. Donc, il y avait intérêt à créer des territoires englobant à la fois certains cercles du centre et les cercles côtiers, afin de rétablir et d'assurer les communications à travers la région déserte, afin de repeupler, pour commencer, les routes d'étapes, afin de créer des courants commerciaux entre la mer et l'intérieur .
En résumé, le coininaudaiit du territoire, sans s'immiscer dans les détails du commandement et de l'administration des cercles, oriente leur action dans le sens indiqué par le Résident général. Il a sous ses ordres un personnel réduit au strict nécessaire : deux officiers placés hors cadres, un interprète et quelques secrétaires.
Moyens d'action mis à la disposition des commandants de cercle. — Commandement des troupes et milices.
Les troupes stationnées en Emyrne furent réparties entre les dilférents cercles au prorata de leurs l)esoins. Lfs conimandaiils de cerclr en curent la (lisposition ahsoluv. Quel que fût le corps auquel a[)partenaicnt ces troupes, elles ne relevaient de leur commandant de corps que pour les questions concernant la discipline générale, l'avancement et l'adinhiistration des unités. Il était essentiel, en eifet, que les commandants de cercle, seuls responsables de la marche de la pacification, ne dépendissent, au point de vue (k^ l'emploi des troupes, que du commandant de tei-ritoire ou du Résident général.
Il est certain (pie l'organisation actuelle des troupes colo-
niales est peu compatible avec l'application du principe énoncé plus haut, en ce sens que la solution des questions purement administratives (solde, habillement, équipement, etc.) rencontre parfois certaines difficultés. Il est arrivé que les compagnies d'un même régiment furent, à un moment donné, disséminées sur toute l'étendue de la colonie, ce c^ui compliqua singulièrement leurs relations avec la portion centrale. Mais ce n'est là cj[u'un inconvénient secondaire, si on le compare à l'immense avantage de donner pleins pouvoirs militaires aux commandants de cercle.
Ceux-ci choisirent, dans le personnel ainsi mis à leur disposition, des officiers de choix cj[u'ils nommèrent au commandement des secteurs.
Ils eurent le droit de faire, sauf à rendre compte au Résident général, les mutations qu'ils croyaient nécessaires au bien du service. Quand ces mutations étaient jugées difficiles ou impossibles (pour des raisons d'ancienneté, par exemple), le général faisait des mutations entre officiers de différents cercles pour répondre, dans la mesure du possible, aux desiderata c[ui lui étaient exprimes.
Les demandes de cette nature, faites par les commandants de cercle, ont presque toujours reçu satisfaction immédiate.
C'était une des conditions essentielles du succès ; il eût été absurde de laisser un officier dans une situation pour laquelle il ne convenait point, alors cju'il pouvait rendre des services dans une autre. Mais, il faut le dire, les permutations dont il s'agit n'étaient possibles que parce que le Résident général avait obtenu des ministres compétents que les officiers ou fonctionnaires fussent envoyés dans la colonie à sa disposition^ et non pas désignés d'avance pour telle ou telle fonction ou tel ou tel corjis. Les mutations n'étaient, d'ailleurs, prononcées cj^ue sous réserve de l'approbation du ministre, approbation cjui a toujours été donnée.
MÉTHODE APPLIQUÉE POUR LA PACIFICATION DE l'ÉMYRNE. 37
L'application de ce système a donné les résultats les plus féconds. Elle a montré que, grâce à sa hiérarchie si solidement constituée, le commandement militaire, superposé aux différents rouages administratifs, est en mesure non seulement de pacifier rapidement des régions trouldées, mais aussi de mener à hien leur réorganisation. C'est la hiérarchie militaire et la discipline qui marche avec elle, qui permettent à un commandant de troupe, envoyé dans un pays soulevé, de trouver instantanément des collaborateurs intelligents et dévoués qui se connaissent, ont appris à s'estimer et savent ce que veut leur chef, quelles sont ses intentions. Il suffit que celui-ci répartisse sa troupe dans le pays à occuper, suivant les circonstances du moment, qu'il désigne des commandants de secteur, et, du jour au lendemain, l'ordre et la méthode succèdent à l'anarchie.
Le recrutement des inilices suivit de près la pacification. Il fut fait par cercle sous la surveillance du commandant de cercle.
L'effectif des compagnies était fixé par arrêté.
Les commandants de cercle avaient la disposition entière de leurs compagnies de milices, qui étaient destinées à remplacer progressivement, en tout ou en partie, suivant les progrès de la pacification, les troupes régulières.
Masses.
Le ministre des colonies avait autorisé le général Ciallieni, avant son départ de France, à introduire (huis Tadministration du corps d'occupation le régime des « masses » pour l'installation des troupes dans les postes et pour la fourniture des vivres de cain[)agiie, mesure dont le général avait déjii pris lui-même l'initiative dans la région du haut Tonkin. Les avantages en sont multiples.
Le régime des masses est infiniment plus souple que le régime budgétaire habituel.
Les inconvénients que ce dernier présente pour l'administration des troupes aux colonies ont été signalés à maintes reprises. Le budget est voté pour un an seulement, et il faut que le service local l'établisse au cours de l'exercice précédent, généralement jîendant le premier trimestre. Comment prévoir aussi longtemps à l'avance les besoins d'un corps d'occupation, pendant la période de conquête et d'organisation? Ces besoins varient, pour ainsi dire, à chaque instant, au fur et à mesure que se modifie la situation militaire, de sorte que l'autorisation de dépenser, au moment où elle arrive, s'applique à des besoins qui souvent ne sont plus du tout ceux de l'année précédente. Il en résulte qu'il est impossible d'établir une balance exacte entre les dépenses prévues et celles réellement effectuées, et qu'il y a presque toujours, à la fm des exercices, des excédents de dépenses ou des crédits non employés.
Pour obvier à ces irrégularités, on a souvent proposé de substituer au budget annuel un budget voté pour une période f)lus longue, trois, quatre ou cinq années, avec faculté pour l'administration locale de reporter d'un exercice sur le suivant les excédents de recettes ou de dépenses. Cette faculté est admise dans le régime des masses, puisque les bonis non utilisés à la fin d'une année viennent en recette au compte des ayants droit.
Mais ce n'est pas là le seul avantage du système : il simplifie considérablement l'établissement du projet de budget, puisque le montant des dépenses ne dépend plus que de l'effectif entretenu et varie pro^^ortionnellement avec lui.
Il permet aussi d'avoir constamment des fonds disponibles, qui permettent de parer à des besoins immédiats et imprévus. Ces fonds sont indispensables aux colonies, surtout dans les colonies de conquête récente, où il est impossible de tout prévoir à l'avance comme en Europe et en temps
MÉTHODE APPLIQUÉE POUR LA PACIFICATIOX DE l'ÉMYR.XE. 89
de paix. 11 faut, d'ailleurs, que ces fonds soient décodralist's^ c'est-à-dire mis à la disposition du commandement local, qui est le meilleur juge de leur emploi et le plus à même d'apprécier dans quels cas ils doivent être dépenses.
Enfin, l'emploi des indemnités représentatives en deniers, à cond'dion qu'il soit efficacement contrôlé, correspond le plus généralement à des besoins réels ; il n'y a aucun retard dans la satisfaction de ces besoins, et il est toujours fait un large usage des ressources locales.
En ce qui concerne spécialement la masse des vivres, elle permet aux troupes de vivre sur le pays, en tirant leur alimentation des ressources agricoles ou commerciales.
Une de ses conséquences est donc d'aider au développement économique du pays et de supprimer les intermédiaires entre le producteur et l'acheteur.
Une autre conséquence de la « masse des vivres », appelée aussi masse de ravitaillement, est de supprimer les pertes énormes supportées par l'Etat du fait des déchets survenant en cours de transport, de la mauvaise installation des magasins et môme de la négligence de certains employés, car tout ce qui était précédemment à la charge de l'État sous la rubrique « pertes par cas de force majeure » est désormais payé par la masse.
Quand les masses sont Inen gérées, elles doivent produire, si les indemnités journalières ont été calculées avec équité, des bonis qui représentent, non point l'économie faite sur l'alimentation des hommes de troupe ou leur installation, mais précisément le gain correspondant à l'emploi d'un système ([ui se plie exactement aux ])esoins et aux circonstances. (iC gain est tout à fait anah)gue au l)énélice réalisé par le chef d'une maison de commerce, lors(|u'il est intelligent et actif. Il est juste qu'une partie du boni serve ù améliorer le logement ou la nourriture des troupes, alin de stimuler le zèle de tous ceux diai'gés de la gestion des masses; il est juste aussi cpTune paille revienne à l'I'^tat, alin
de diminuer les lourdes charges qui lui incombent du fait de l'entretien des troupes aux colonies.
Les indemnités journalières sont payées aux ayants droit sur feuilles de solde et encaissées par les commandants d'unité adndnistrative. Mais, ici encore, le commandant de cercle doit avoir une action directe sur l'emploi des fonds, car il est responsable vis-à-vis du Résident général de l'installation et de la bonne alimentation des troupes sous ses ordres. Nous dirons plus loin comment la question a été résolue, d'une part pour les constructions, d'autre part pour les A'ivres.
La masse de baraquement fut mise en vigueur dès le l^*" octobre 1896 ; quant à la masse de ravitaillement^ son emploi immédiat eût été prématuré, car les ressources locales étaient à peu près nulles ; seul le service des subsistances était donc en mesure de fournir aux troupes les vivres en nature, et encore avec de grandes difficultés au début (1).
Masse de baraquement. — Créée par arrêté du 25 septembre 1896, elle était, dans le principe, destinée à subvenir :
1° A la construction, à l'aménagement intérieur, aux menues réparations et à l'entretien par les corps, des bâtiments ayant un caractère d'installation provisoire, c'est-àdire construits seulement pour donner aux troupes l'abri indispensable ;
2" Aux menues réparations et à l'entretien des bâtiments construits ou loués par le service du génie et mis à la disposition des troupes comme bâtiments définitifs.
(1) Voir à la fin du volume le rappoi't de M. le commissaire Noguès, chef de vices administratifs, sur l'aijplication, en 1898, de la masse de ravitaillements
MÉTHODE APPLIQUÉE POUR LA PACIFICATION DE l'ÉMYRNE. 41
Il restait entendu que les bAtinients importants, pavillons d'officiers, casernes, hôpitaux, magasins, élevés à titre permanent, seraient construits par le service du génie.
Mais, par la suite, l'emploi des fonds de la masse de baraquement fut étendu et généralisé. Dans tous les postes militaires qui, par leur situation, avaient un caractère de durée, les commandants de cercle firent entreprendre, au moyen de
Ankazobé : Bureaux du 4'^ loiritoiie inilitaiiT
ces fonds, des constructions définitives en bri([ues crues ou cuites, recouvertes en tuiles.
La « paillotte » fut réservée pour les postes provisoires et les blockhaus a])pelés à disparaître après la pacification du pays.
Le progrès ainsi réalisé eut les plus heureux elfets sur l'hygiène des troupes, et il frapjja l'es^jrit des indigènes ([ui comprirent fort bien que, si nous nous installions confortablement, c'est que nous étions décidés ù rester chez eux.
Le service du génie continua à être chargé de toutes les constructions intéressant le casernement, l'hospitalisation des malades et l'installation des services administratifs dans les grandes places, Tananarive, Tamatave, Majunga, etc.
Les dispositions fondamentales de l'arrêté créant la « masse de baraquement » sont les suivantes :
La masse est formée et alimentée par des prélèvements exercés sur le budget du service des constructions.
Elle comprend :
Vil fonds commun, géré par le conseil d'administration de chaque corps de troupe ;
Des fonds particuliers, gérés par les commandants d'unité administrative.
Fonds commun. — Il est alimenté par des primes journalières ducs pour les journées de présence seulement, savoir : 0,02 pour les officiers et hommes de troupe européens ; 0,02 pour les indigènes, chevaux et mulets.
En i^rincipe, le fonds commun est destiné à pourvoir à toutes les dépenses engagées par les conseils d'administration dans un but d'intérêt général (par exemf>le, constructions ou entretiens effectués à la portion centrale). Il peut, sur la décision de ces conseils, fournir des subventions aux fonds particuliers des compagnies, en cas de besoins dûment justifiés.
Dans la pratique, les ressources des fonds communs ont aussi servi à faire face à des besoins surgissant inopinément, pour lesquels les ressources des fonds particuliers n'étaient point suffisantes. A cet effet, les corps fournissaient périodiquement à l'état-major (i^"" bureau) la situation de leurs fonds communs, afin que le commandement pût statuer sur les demandes de crédits supplémentaires adressées par les commandants de cercle.
MÉTHODE APPLIQUÉE POUR LA PACIFICATION DE l'ÉMYRNE. 43
Quand ces demandes étaient justifiées, elles recevaient satisfaction au moyen de prélèvements faits sur les fonds communs au prorata de leurs bonis.
Fonds particuliers des unités administratives. — Ils sont également alimentés par des primes journalières dues pour les journées de présence, au taux de OJO pour les officiers
Ankazohé : Postes cl tolivi''il)li''S.
et hommes de troupe européens; 0,0i- pour les hommes de troujie indigènes, chevaux et mulets.
Les fonds particuliers sont gérés par l(>s coniinaiidants des unités administratives. Toutefois Tarrété reiihM-me nue disposition fondamentale, sans huiuelh» l'application du système ne produirait que des résultats médiocres ou même illusoires.
Les ressources des fonds pai-ticuliei-s ne doixent être dépensées par les commandants d'unité ou de détaehenuMit
que conformément aux ordres et sous la surveillance des commandants de cercle. C'est toujours l'application du même principe : autonomie complète du cercle militaire. Le commandant de cercle est responsable de la bonne installation de ses hommes, de la conservation des vivres en magasin ; c'est à lui que doivent être donnes les moyens nécessaires. Comme pour ce qui touche à ses autres attributions, il délègue une jîartie de ses pouvoirs aux commandants de secteur et de sous-secteur et aux commandants de poste.
A cet effet, il est constitué dans chaque poste, avec les fonds particuliers des détachements qui y sont stationnés, une masse de baraquement du poste, dont le chef de poste a l'administration, sous le contrôle de son commandant de secteur.
Appliquée dans ces conditions, la masse de baracjuement donna des résultats vraiment remarquables. Les troupes, continuellement en mouvement pendant la période de pacification, purent se constituer rapidement, dans les postes créés au fur et à mesure de la progression dans les territoires insoumis, des abris, d'abord rudimentaires, puis qui furent peu à peu perfectionnés et même transformés en constructions définitives, partout où les commandants de cercle en reconnurent la nécessité. Les qualités d'ingéniosité et de (( débrouillage » (dans le bon sens du mot) du troupier français se donnèrent carrière là comme dans toutes les circonstances où il est fait appel à l'initiative individuelle.
Les ouvriers j)rofessionnels servirent de moniteurs aux indigènes. L'autorité du commandant de cercle et des commandants de secteur sur les habitants permit de recruter facilement et à bon compte la main-d'œuvre nécessaire.
Certains postes furent ainsi dotés, à très peu de frais et rapidement, de logements, d'infirmeries et de magasins confortablement aménagés. Plusieurs commandants de cercle tinrent la main tout spécialement à l'exécution de cette partie
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de leur programme et prirent à cœur de toujours perfectionner les installations existantes. Ils cherchaient en cela à réagir contre cette tendance funeste qui n'est que trop répandue et qui consiste à croire que des installations rudimentaires sont toujours assez bonnes pour les colonies. C'est le contraire qui est vrai ; il faut chercher à s'installer aux colonies encore mieux qu'en Europe. A cette condition seu-
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lement, ou se porte ])ien, on peul travailler et l'on se plaît partout où l'on se trouve.
Ravitaillement des troupes dans les cercles. — Création des gérances d'annexé et des caisses de fonds d'avances.
Le moment n'était pas encore venu, à la lin de ISIM). de mettre en applicati(Mi thins les cercles la /jiassc dr ravitaille-
4b PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE II.
ment : les ressources locales étaient insignifiantes et les prix du commerce trop élevés. Il fallait donc avoir recours presque uniquement aux vivres en nature fournis par le service des subsistances. Néanmoins, le général s'eiforça, dès cette époque, d'élargir le plus possiljle les attributions des commandants de cercle au point de vue de l'alimentation des troupes, afin de les mettre à même de pouvoir exercer efficacement le contrôle sur les distributions et la qualité des
Gérances d'annexé . — A cet effet, des magasins dits « centres d'approvisionnement » furent organisés dans cliaque cercle, le plus souvent au chef-lieu.
Ces magasins sont gérés par des sous-officiers choisis avec soin et placés sous la surveillance du chancelier du cercle, en ce qui concerne la bonne tenue des magasins, la manutention et la mise en distribution des denrées.
Les approvisionnements sont tenus au complet, soit par des achats faits sur place, soit par des envois des magasins administratifs.
Les sous-officiers gérants sont, au point de vue de la compta1)ilité, sous la surveillance administrative du commissariat: leurs magasins sont considérés comme des annexes des magasins administratifs, d'où le nom de « gérants d'annexé » donné aux sous-officiers gardes -magasins, et celui de « gérances d'annexé », qui servit à désigner les magasins centres d'approvisionnement.
La gérance d'annexé est donc le trait d'union entre le service administratif et le commandant du cercle. Celui-ci, à l'intérieur de son cercle, a la charge entière du ravitaillement; il organise des magasins de secteur et de poste, qui se ravitaillent à la gérance d'annexé pour les vivres des services administratifs, ou qui font des achats sur place, quand c'est possible.
Les dépenses effectuées pour l'achat des vivres ou pour
leur transport d'un magasin à un autre sont faites au compte des services administratifs et soldées par la caisse de fonds d'avances.
Caisse de fonds d'avances. — Elle est le complément indispensable de la gérance d'annexé ; gérée par le chancelier du cercle, elle est destinée à encaisser les recettes (impôts, amendes, etc.) et à acquitter les dépenses de solde, ravitaillement, transport, construction, etc. L'encaisse initiale, variant de 50,000 à 200,000 francs, est fournie et tenue à hauteur par les payeurs de Tananarive, Tamatave ou Majunga. Les opérations sont centralisées, vériiiées et régularisées par les coninnssaires aux fonds de ces mêmes places.
Composition de la ration. — La ration fut hxée comme il suit :
1" Troupes européennes et algériennes.
Wùn 0^750
ou Pain biscuité 0,700
ou Pain de guorip 0,500
Sel 0,020
Sucre 0,033
Café vert 0,024
Riz 0,040
Haricots ou lentilles 0,030
Julienne 0,030
Viande fiaiclic 0,500
Vin 0'40
Tafia 0,04
Thé COO*
Graisse 0.030
Bois 1,000
2° l'iruilleurs sénégalais et haoussas; conducteurs sénégalais, somalis et kabyles.
Riz 0''7.i0
Haricots 0,060
Sel 0,024
Sucre 0,020
Café O'^OIS
Viande frairlic 0,400
Bois 1,000
3° Tirailleurs et conducteurs malgaches.
Riz 0^1-10
Haricots ou lentilles 0,060
Sel 0',02i
• Tafia 0' 02
Viande fraîche 0''400
Bois J ,000
N. B. — Le tafia n'est délivré aux Malgaches que sur un ordre spécial du commandement.
Lca fourniture des vivres en nature était une lourde charge pour l'administration, en raison surtout des difficultés de transport ; aussi, pour atténuer cette charge dans la mesure du possible, le général décida que les officiers recevraient l'indemnité en remplacement de vivres ; cette indemnité variait avec la cherté des vivres dans les différentes régions.
Cette mesure fut étendue par la suite à certaines catégories d'hommes de troupe isolés : télégraphistes, secrétaires, ordonnances, etc.
Création d'une indemnité journalière dite de transit. — Jusqu'au mois de septembre 1896, les officiers et hommes de troupe avaient droit au transport gratuit, effectué par les soins de l'administration, de leurs bagages, de leurs effets et des vivres d'ordinaire. Cette disj)osition pouvait donner lieu à des abus et avait l'inconvénient grave de distraire, pour les transports privés, des moyens qui eussent été mieux utilisés sur la ligne d'étapes.
Aussi une décision du 13 octobre arrêta les mesures suivantes réglementant les droits des officiers et hommes de troupe relativement au service des transports :
a) Le service des transports ne devait plus intervenir dans le transport des militaires et de leurs bagages que
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lorsqu'ils rejoignaient leur poste, changeaient de garnison, étaient envoyés en mission ou rapatriés. Le nombre de bourjanes à leur allouer variait avec les différents cas.
h) En dehors de ces cas, l'administration n'avait plus à assurer le transport des bagages ou denrées que les militaires stationnés soit dans l'intérieur de l'île, soit sur la côte (en dehors des ports de Tamatave, Diego et Majunga), étaient obligés de faire venir de ces ports. Mais une indemnité était donnée aux intéressés en remplacement du droit au transport. Cette indemnité variait avec les différentes régions conformément au tableau ci-après :
Tableau fixant l'indemnité journalière en remplacement du transit supprimé.
(Décision du 13 octobre 1896.)