CHAPITRE PREMIER
On a vu, dans le précédent chapitre, quelle était la situation à la fin de 1897 dans l'ouest et dans le sud de l'île.
Le Gouverneur général décida de diriger, en 1898, les efforts principaux du corps d'occupation vers l'ouest, c'està-dire du côté des territoires sakalaves, et de s'en tenir, pour les territoires du sud, aux résultats acquis, en se bornant surtout à assurer la sécurité des grandes lignes de communication de la mer vers l'intérieur, savoir : les trois chemins qui conduisent de Fianarantsoa à Tuléar, Fort-Dauphin et Farafangana.
L'objectif principal était bien, en effet, le pays sakahive : nous y avions rencontré la résistance inaxinia eu 1897. résistance due aux qualités guerrières de ses habitants ; il y avait grand intérêt à venir à bout le phis tôt [)ossil)h^ de cette résistance. Il était d'ailleurs [)robable (pie la soumission des Sakalaves du Ménabé, dont la ré{)utation d'irréductibilité était élablie dans l'île tout entière, entraînerait ijiso facto le ralliement d'autres tribus moins guerrières.
Le lieutenant-colonel Se[)tans , commandant le U'iiiloire sakalave, s'elforça, pendant l'hivernage 1897-1898, d'obtenir, par la politique, la soumission des riverains de la Tsii-ibihina.
OoO TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE PREMIER.
Il réussit à attirer quelques chefs dans les postes de la côte, mais les négociations n'aboutirent pas, parce que ces chefs redoutaient la vengeance d'Inguerezza que les Sakalaves regardaient comme Théritier légitime de Toera, roi du Ménabé ; et Inguerezza faisait dire partout qu'il avait juré une guerre à mort aux Français et qu'il ferait massacrer tous ceux qui parleraient de se soumettre.
Dislocation du territoire sakalave. — Rattachement des cercles de Morondava et de Maintirano aux 2e et 4e territoires militaires.
Le territoire sakalave avait été créé au mois de novembre 1897, pour introduire Tunité d'action dans l'administration des vastes régions insoumises, habitées par les triljus de même race, qui s'étendent du cap Saint- André au Mangoka. Mais cette organisation devait, pour porter ses fruits, être complétée par la mise à la disposition du commandant du territoire de moyens de transport et de communication rapides et d'un rendement suffisant, entre les différents postes de la côte. Or, ces moyens se réduisaient, pour le moment, au petit vapeur Mpanjaka, des Messageries maritimes, qui assurait un service mensuel entre Nossi-Bé et Tuléar.
On reconnut bien vite que le tonnage de ce vapeur était insuffisant pour satisfaire aux exigences causées par l'état de guerre dans lequel se trouvait la côte ouest.
Grâce à l'oliligeance du commandant de la division navale de l'océan Indien, des bâtiments de guerre furent, à diverses reprises, employés à remédier à l'insuffisance des moyens du commerce. Mais la division navale a d'autres missions à remplir que celle consistant à ravitailler les postes de la côte, et ses bâtiments ne sont pas toujours disponibles au moment voulu.
La vraie solution aurait été de mettre un l)âtiment à vapeur, du tonnage de la Mpanjaka^ à la disposition a])Solue du commandant du territoire : une demande avait été faite à cet etfet en France au mois de décembre 1897 ; cette demande ne put recevoir satisfaction que longtemps après. 11 était donc impossi])le au commandant du territoire de faire sentir rapidement son action sur les dillerents points de la côte, tant qu'il n'aurait pas de vapeur à lui.
D'autre part, les cercles côtiers étaient en relations fré- ([uentes avec l'Émyrne et le lîetsiléo. Ils tiraient de ces régions soumises ce qu'ils ne pouvaient pas trouver sur place : des porteurs et du riz ; les cercles de la côte étaient donc tributaires du centre de l'île.
Il devait, par suite, n'y avoir que des avantages à placer sous un môme commandement les lignes de communication reliant le centre à la périphérie ; on un mot, à sul)stifuor l'action en profondeur à l'action sur un front étendu.
En conséquence, le général, par un arrêté en date du 12 mars, disloqua le territoire sakalave, rattacha le cercle de Morondava au 2^ territoire et le cercle de Maintirano au V- territoire.
Le 4« territoire avait été créé précédemment, au mois de janvier, par la réunion, sous le commandement du lieutenantcolonel Lyautey, du cercle d'Ankazobé, du cercle aiuiexc de Mevatanana-Andriba, et du cercle de la Mahavavy.
Ce dernier cercle, créé à la même date que le i'' territoire, comprenait la région à peu près inconnue, située à l'ouest des cercles d'Ankazobé et de Mevatanana. arrosée ])ar le cours moyen de la rivière Mahavavy.
Vax sonune, le soin de mener à l>ien hi pacilication des pays sakalaves était dévolu aux commandants des 2*^ et t'" territoires. Ces deux officiers supérieurs devaient les occuper progressivement en pouss.inl des Ironpes à la fois de la côte et de l'intérieur.
Instructions du Gouverneur général.
Le Gouverneur général adressa à plusieurs reprises, dans les premiers mois de 1898, des instructions aux commandants de territoire et de cercle, en vue de les orienter sur le but à atteindre. On reproduira seulement ici la dernière en date, qui est du 22 mai 1898. Le Général tint à rappeler à tous ses collaborateurs, au moment où il quittait Tananarive pour entreprendre une tournée de plus de quatre mois autour de File, les principes de pacification et d'organisation qu'il y avait lieu de suivre pour achever l'œuvre entreprise par la France à Madagascar.