BOURGERON
\ détachement de canonniers et conducteurs, lieutenant Smbt.
Mais toutes ces troupes ne furent pas disponibles dès le début ; ainsi la 8^^ compagnie du l'^'^ malgache n'arriva qu'en juin et juillet à Morondava ; la 5^ compagnie sénégalaise, qui occupait le delta du Mangoka, rattaché à Tuléar, fut relevée partiellement par la 3® compagnie de légion, dans le courant de juin ; toutefois un peloton ne rallia Morondava qu'en septembre ; la 4* compa-
(1) Voir la 4'= partie pour la formation successive des bataillons du 2® régiment malgache.
OPÉRATIONS DANS LE MPÎNABÉ EN 1898. 3o3
gnif du V malfrachc était loin d'avoir son effectif complet ; toutes les compagnies du 2« malgache étaient, en réalité, en formation ou en transformation, les anciennes versant une partie de leur effectif aux compagnies nouvelles, etc.; même la iO* compagnie ne servit que comme compiignie d'instruction pour 148 recrues du Mandridrano, qui furent versées dans les autres unités, quand la iO® compagnie quitta le territoire en août.
Les compagnies malgaches elles-mêmes différaient beaucoup les unes des autres; les 4' et 8^ compagnies du \" malgache, les 11= et 12= du 2= (cellesci ayant chacune moins de lOD hommes à l'effectif) ne comptaient qu'une très faible proportion de Ilovas ; presque exclusivement recrutées en gens de la côte nord et est : Comoriens, Sakalavcs, Bctsimisarakas, leurs tirailleurs avaient une valeur militaire et offraient une résistance au climat très satisfaisantes; les 2«, 4", 5°, 6«, 9« compagnies du 2^ malgache n'étaient composées au début que de Hovas de l'Emyrne et de Betsiléos, vite atteints de la nostalgie, en proie à la fièvre, à l'ulcère malgache, etc. ; le nombre d'indisponibles était considérable, on prononça beaucoup de réformes et l'on étoffa ces compagnies en leur attribuant les 148 recrues du Mandridrano, paraissant plus résistantes en pays sakalave que les autres, et un nombre à peu près égal de Comoriens ; mais l'instruction de ces derniers était à faire.
Enfln, l'inaptitude des compagnies hovas au service militaire dans le pays sakalave ne faisant que s'accentuer (1), on décida de transformer en compagnies sénégalaises les 2« 9*, 10« (celle-ci quitta le territoire) et ■11'= compagnies du 2* malgache, au moyen de recrues venant du Sénégal, que Ton attendait en août ; par suite des circonstances, la 9® compagnie seule fut remplacée en septembre par la 6° compagnie sénégalaise, qui rejoignit Morondava à cette époque, d'où elle gagna le Betsiriry, et la 9= compagnie fut dissoute ; la 2" compagnie, aujourd'hui 12° sénégalaise, n'a encore reçu que la moitié de son effectif et la 1I« compagnie pas un seul homme (2).
Tous ces changements se lircnt au cours même des opérations et ne laissèrent pas que d'apporter une certaine gène ; ils nécessitèrent aussi une ccnsommation en vivres un peu supérieure à celle que l'on avait prévue.
Ajoutons qu'une épidémie de beri-beri se déclara dans la 4® compagnie sénégalaise et l'immobilisa presque en entier dès le mois de juin ; quelques hommes des autres compagnies furent aussi atteints, notanuuent dans la b" compagnie, mais en petit nombre.
En somme si les troupes du ccrde-annexe du Betsiriry pouvaient se mettre en marche dès le mois de mai, et celles de Betafo en juin, celles du cercle de Morondava ne furent disponibles en nombre suffisant que dans la première (juinzaine de juillet.
Plan d'opérations. — Dans la dernière quinzaine de mars, le colonel commandant du territoire réunit à Soavinandriana le comm;indant Putz, sur le point de partir pour Morondava, et le commandant Durand, en vue do conférer
(1) Voir la 4» partie.
(2) En raison dos événoments du nord, qui ont ou pour conséquence l'onvoi Analalava et à Sambirano de deux compagnies de marche sénégalaises.
aTCC eux sur les opérations à entreprendre : quelque temps plus tard il reçut dans le même but 1.) \isite du commandant Cussac, rentrant d'un long et pénible Toyage dans le secteur nord d'Ankavandra et de Makarainga.
Les forces à la disposition du commandant du 2"= territoire ne lui permettaient pas d'agir simultanément dans le Menabé et sur le Mangoka ; la pacification du Menabé était sans conteste le premier résultat à obtenir ; les populations de cette région ont toujours passé pour les plus réfractaires et les plus indépendantes ; la pacification du Mangoka n'aurait exercé aucune influence sur celle du Menabé ; la réciproque n'était pas exacte, et l'établissement de notre domination sur les Sakalaves du Menabé aurait certainement une grande influence sur la prompte terminaison des opérations à la côte ouest ; il fut donc admis qu'on se contenterait sur le Mangoka de la possession des points occupés, sans chercher à y progresser ; les bonnes dispositions de la reine de Mahabo isolaient du reste les gens du Menabé de ceux du Mangoka. Toutefois, les rebelles gênant par trop les communications entre Ambohibé et Amborovoky, le capitaine Peltier résolut de les éloigner de vive force, et le 9 mai enleva le repaire d'Antsahatrabo après un violent engagement où fut tué le sergent Pulicani ; pendant que les troupes ralliaient Ambohibé par voie de mer, un coup de vent jeta à la côte une des goélettes servant au transport, et quatre Sénégalais furent noyés.
On décida de prendre pied solidement dans les vallées de la Tsiribihina et du Manambolo ; toutefois, la possession du Manambolo n'était pas aussi urgente, la valeur de cette voie de pénétration étant notablement inférieure à celle de la Tsiribihina ; c'est sur cette dernière que devait porter Teffort principal, car, à proximité, se tenaient les rassemblements sakalaves les plus puissants, ceux auxquels nos troupes avaient eu afïiiire si souvent ; au sud de la Tsiribihina se trouvaient Inguerezza et ses adhérents ; au nord, les anciens partisans de Toëra, dont Havana et Ozoué étaient les principaux.
Le commandant du territoire se réserva de déterminer sur place dans quelles conditions il serait procédé à la prise de possession de la vallée de la Tsiribihina, en venant à la fois de l'intérieur et de la côte ; une fois maîtres de cette vallée, on aviserait.
Sergent PULICANI, de l'Infanterie de Marine.
Ravitaillement. — Auparavant, il y avait à prévoir le ravitaillement des troupes en opérations, ainsi que l'approvisionnement des postes que l'on serait amené à créer, pour le prochain hivernage ; il ne fallait rien espérer trouver dans le pays, sauf la viande ; en outre, il était d'ores et dt\jà certain que l'on
ne pouvait obtenir un arrivage suffisant par la voie fluviale en ce qui concernait les troupes du Betsiriry et de Betafo, et que, par conséquent, il fallait, pour ces dernières, tout faire venir de l'Emyrne ; si, à la suite de l'ouverture de la Tsiribihina à la navigation, les transports de l'intérieur pouvaient cesser, on s'empresserait de les supprimer, mais on n'y devait pas compter, et de fait, sauf quelques tonnes reçues à Androngony ou prises à Mahabo, tous les approvisionnements des troupes du Betsiriry et de Betafo parvinrent de l'intérieur.
a) Troupes du Betsiriry et de Betafo. — Or ce transport nécessitait un effort considérable ; en admettant dans le Betsiriry une garnison d'une compagnie sénégalaise et deux compagnies malgaches aux effectifs réglementaires, le poids de l'approvisionnement nécessaire jusqu'au l'"" mai 1899 pouvait être évalué à 400 tonnes environ, dont 350 pour le riz, y compris celui prévu pour la nourriture des bourjanes de transport ; mais si les effectifs théoriques ne furent pas toujours atteints, il y eut pendant un certain temps des rationnaires provenant d'unités mises temporairement à la disposition du capitaine Lucciardi ; il y eut aussi des mouvements dus à la formation des nouvelles compagnies hovas, etc.
Enfin le ravitaillement des troupes du cercle de Betafo prenant part aux opérations nécessita également un effort sérieux ; il en résulta un transport supplémentaire qu'on ne peut guère évaluer à moins de iOO tonnes.
Il est évident que le cercle de Betafo ne pouvait à lui seul suffire à une tâche aussi rude, et les régions voisines, cercle-annexe d'Arivonimamo et province d'Ambositra, lui prêtèrent un concours des plus précieux. Sauf le riz, tous les approvisionnements furent pris à Tananarive ; ils avaient été l'objet d'un examen minutieux de la part d'une commission fonctionnant auprès du service des subsistances, et renfermés dans des récipients appropriés ; aussi les déchets furent-ils peu importants.
D'une manière générale, les bourjanes marchaient en convoi libre jusqu'à Analaidirano ; d'Analaidirano à Miandrivazo, ils voyageaient sous escorte et couchaient dans les deux gîtes d'étaj)es intermédiaires, où avaient été constitués des dépôts spéciaux de médicaments, ainsi qu'à Analaidirano ; à Betafo et à Miandrivazo, ils étaient l'objet d'une visite médicale ; par ces soins minutieux, par les précautions prises pour leur assurer une alimentation réparatrice et un abri convenable pendant la nuit, l'état sanitaire des milliers de bourjanes mis en mouvement est demeuré très satisfaisant ; pour n'en citer qu'un exemple, le cercle-annexe d'Arivonimamo fournit 1400 porteurs ; un mourut en route, un autre fut noyé au passage d'un arroyo ; ce sont les seules pertes que l'on eut à regretter dans ce cercle et, rentrés dans leurs foyers, l'état sanitaire des bourjanes ne laissa rien à désirer. Grâce à cet effort considérable, car le chargement à transporter excédait sensiblement celui d'un puissant train de marchandises (il équivalait à 35 wagons à 10 tonnes), les troupes en opérations n'ont manqué de rien et les postes ont été approvisionnés en moyenne jusqu'au l*"" mai.
b) Troupes de Moromlava. — Bien (|u'on se trouvAt dans des conditions infiniment supérieures à celles du Betsiriry, le ravitaillement des postes de
rintéi'icur ntVossita aussi un vigoureux effort ; les moyens les plus divers furent employés suivant les circonstances et la situation militaire locale ; pour Tapprovisionnement de Mahabo on utilisa les bourjanes et les voitures Lefebvre, même les pirogues sakalaves (mourlangues) ; pour les postes de l'intérieur, les bourjanes et les mulets ; pour ceux situés sur la Tsiribihina, un canot à vapeur remorquant, ou des goélettes, ou une jonque de guerre matée ; l'approvisionnement fut partout constitué en temps utile.
Dans le secteur du Manambolo, seul le ravitaillement de Bekopaka présenta des difficultés et dut être eiFectué par des bourjanes envoyés de Morondava et voyageant sous la protection de fortes escortes; il fut absolument impossible d'employer la voie fluviale en raison de l'hostilité des riverains.
Départ du commandant du territoire pour Morondava. — Le commandant du territoire quitta Soavinandriana le 9 mai et se rendit d'abord à Miandrivazo, chef-lieu du cercle annexe du Betsiriry, où il arriva le 15 mai ; il visita successivement Manandazza, Béria, Bemaraha, Ankatrevo ; de là il se dirigea par Ankazoambo sur Malaimbandy, puis Mahabo, et parvint à Morondava le ier juin.
Réoccupation d'Ankalalobé. — La première partie de la tâche dévolue aux troupes du Betsiriry, c'est-à-dire le rétablissement complet du calme dans cette région, était accomplie.
On pouvait désormais faire un nouveau bond plus à l'ouest, et le 24 mai, en quittant le capitaine Lucciardi à la limite de son cercle, le commandant du territoire lui donna l'ordre d'aller réoccuper Ânkalalobé.
11 existait, en effet, un souvenir pénible qu'il importait d'effacer au plus vite : au mois d'octobre 1897, le poste d'Ankalalobé, en construction, était tombé aux mains des Sakalaves après la mort du lieutenant Chambaud ; la réoccupation de ce point s'imposait avant tout.
Les troupes disponibles comprenant 180 fusils {['^^ compagnie sénégalaise, capitaine Morize, 94 fusils; peloton Perthuis, de la 4^ compagnie du 1®' régiment malgache : 58 fusils ; 1 section de la 9* compagnie du 2« régiment malgache, lieutenant Colonna d'Istria : 2(5 fusils) furent réunies le 1" juin à Tsianerena. Après trois marches de nuit successives, la colonne arriva sur les bords orientaux du lac d'Andranomena ; depuis le mois de novembre 1897, les Sakalaves s'étaient retirés sur les bords ouest de ce lac, formant un fossé profond et un obstacle sérieux. Le 4 juin, la colonne franchissait le lac en suivant ses contours septentrionaux sans être inquiétée par les Sakalaves, qui, surpris par cette invasion subite, eurent cependant le temps de pousser vers l'ouest leurs immenses troupeaux ; la traversée des nombreuses rivières , qui alimentent le lac, fut très laborieuse et dura quatre heures. C'est ce qui permit 'aux Sakalaves d'évacuer leurs villages et de faire échapper leurs troupeaux.
Du 5 au il juin, pendant qu'une partie de la colonne procédait à l'organisation défensive du nouvetiu poste d'Ankalalobé, les 50 à 60 hommes non employés aux travaux de défense couvraient ces travaux par des reconnais sances à l'extérieur dans un rayon de deux heures de marche au maximum. Une de ces reconnaissances, comprenant 45 fusils, sous les ordres du lieutenant Colonna d'Istria, livra, le 7 juin, un combat qui fait le plus grand honneur à
cet officier et au noyau d'hommes qu'il avait avec lui. La reconnaissance s'était heurtée aux groupes armés de la région réunis en kabary, qui se portèrent vivement à l'attaque du détachement français. Le lieutenant Colonna résista sur place pendant une demi-heure, faisant subir à l'ennemi s'avançant à découvert, des pertes sérieuses ; mais, atlaibli par de nombreux tués et blessés, atteint lui-même de deux graves blessures qui l'empcchaient de marcher, ce valeureux officier dut se retirer du terrain do la lutte et prendre position à trois quarts d'heure de marche en arrière, adossé au lac d'Andranomena ; l'ennemi n'osa pas le poursuivre ; un renfort de 20 Sénégalais était d'ailleurs envoyé sur les lieux par le commandant du cercle annexe, qui avait entendu le bruit de la fusillade. Les 8 et 10 juin, de nouvelles reconnaissances furent poussées sur les environs ; les Sakalaves avaient définitivement abandonné la région, et les convois de ravitaillement, les courriers dirigés plus tard sur Ankalalobé, ne furent plus inquiétés.
La colonne quitta Ankalalobé le li juin, après y avoir laissé une garnison de 53 fusils sous les ordres du lieutenant Perthuis : cet officier repoussa brillamment, le 25 juin, une furieuse attaque du poste par une bande de 200 Sakalaves, dont l'armement comportait 25 à 30 fusils à répétition. Depuis cette époque aucun Sakalave, même isolé, n'a été aperçu dans les environs du poste d'Ankalalobé.
Le résultat le plus heureux de ces opérations fut la sécurité enfin donnée aux populations soumises de la rive droite du Mahajilo, ce qui permit de supprimer les postes du Bemaraha et de Tsianerena, dont les garnisons fournirent un appoint de 60 fusils pour les opérations à l'extérieur.
Opérations dans le Ménabé sud. — Nos effectifs ne nous permettaient pas d'iigir en forces suffisantes à la fois sur les deux rives de la Tsiribiliina : tant que nous opérions à l'est du Bemahara, nous n'avions affaire qu'à des groupes rebelles d'effectif restreint, n'appartenant pas à la pure race sakalave, et qui, ayant derrière eux le refuge du Menabé, ne résistèrent pas avec acharnement.
Il eût été certes fort avantageux de marcher simultanément contre les Sakalaves du nord et contre ceux du sud ; mais il n'y fallait pas penser, car nous ne disposions pas de troupes suffisantes.
Le commandant du territoire estima qu'il était préférable de s'en prendre tout d'abord à Inguerezza, chef des Sakalaves du sud; celui-ci, en effet, intronisé par nous comme souverain du Menabé après la mort de Toëra, nous avait trahis de la façon la plus révoltante; afin d'excuser sa trahison, il ne craignait pas de recourir au mensonge, disant qu'il avait été outragé et battu; ces allégations sont fausses et rien ne saurait justifier Inguerezza de la première attaque d'Ambiky et de l'attitude hostile qu'il conserva ensuite.
a) Mouvements préparatoires. — Nous pouvions envaliir le Menabé on venant à la fois de l'intérieur et de la côte.
Les troupes de Betafo, qui se trouvaient très loin de leur point de départ, durent tout d'abord se constituer une base de ravitaillement à proximité du terrain futur des opérations, car le pays était désert, et l'on n'y trouvait rien ; à cet eU'et, le capitaine Gubian partait d'Ankazoambo le lOjuin avec 177 fusils, dont 20 Sénégalais ; son intention était tout d'abord de s'établir sur le Bema-
raha, d'où l'on a une vue très étendue, et où l'on est à l'abri des surprises î mais, comme la région immédiatement à l'ouest de cette chaîne de montagnes est encore très découverte, il était plus avantageux d'accentuer le mouvement vers l'ouest et de s'établir au pied même du Bemahara, le long de la vallée de la Saharcza; les villages d'Andranomena et d'Andranobilo étaient signalés comme habités; on s'en empara (23 juin) et l'on établit des postes à proximité.
Dans le cercle de Morondava, il fallait tout d'abord assurer la libre navigation sur la Tsiribihina entre Tsimanandrafozana et Port-Ambiky ; pendant toute la durée de l'hivernage, on n'avait pu communiquer que par pirogues, en voyageant la nuit et en se cachant le jour dans les roseaux ; comme Ambiky était nécessairement le point de départ d'une de nos colonnes futures, il était indispensable d'y constituer un approvisionnement de vivres suffisant, et pour cela de n'avoir aucune inquiétude sur la marche des goélettes devant effectuer le ravitaillement.
La création d'un poste sur la Tsiribihina obligeait les Sakalaves à se tenir à une certaine distance du fleuve, et l'on décida de le placer à Kajoabo, village dont la situation paraissait particuhèrement dangereuse pour la circulation, et que, par suite, il semblait avantageux d'occuper.
En conséquence, le capitaine Mazillier partit de Tsimanandrafozana le 26 mai avec 57 tirailleurs montés sur quatre boutres, dont un armé d'un canonrevolver ; le vent n'ayant pas été très favorable, il n'arrivait devant Kazoabo que le 27 à midi, et s'en emparait aussitôt, après un assez vif engagement. A diverses reprises, les Sakalaves cherchèrent à entraver les travaux d'installation, tant cette occupation les gênait ; ils finirent par y renoncer devant l'inanité de leurs efforts et, depuis cette époque, aucun incident n'a troublé la sécurité de la navigation sur la Tsiribihina jusqu'à Ambiky.
Quant aux troupes destinées aux opérations qui devaient venir des différents postes de la côte et de Mahabo, la réunion aux points de concentration des colonnes (Bosy et Ambiky) nécessita de nombreux mouvements de troupe qui ne présentent pas d'intérêt ; les dernières fractions attendues arrivèrent à Morondava le 10 juillet, et, dès le 13, le commandant Putz quittait cette localité pour se rendre à Ambiky, où il parvenait le 14.
b) Marche générale des opérations. — Étant donné que l'occupation de la rive gauche de la Tsiribihina devait s'effectuer d'abord, les troupes venant de l'est, comme celles venant de la côte, marchèrent parallèlement au cours du fleuve, de façon à pouvoir s'y ravitailler ; elles formaient isolément des colonnes suffisamment fortes pour n'avoir rien à craindre des Sakalaves ; une fois leur jonction faite, le commandant du territoire, retenu à Morondava par le passage du général Gallieni, donnerait des ordres pour la suite des opérations ; le commandant Putz, en raison de son ancienneté, avait reçu des instructions pour coordonner les mouvements des diverses colonnes dès qu'elles seraient au contact et éviter les doubles emplois dans les créations de postes.
Avant d'exposer les mouvements effectués, il convient de donner une description d'ensemble du pays dans lequel on allait opérer.
1° Description du Menabé méridional. — Le Menabé sud comprend
d'une manière générale la zone de terrain située entre le Bemaraha et la côte d'une part, entre la Tsiribihina et la route Morondava — Mahabo de l'autre ; mais les États de la reine de Mahabo, limités au nord par rAndranoniena, n'en font pas partie intégrante.
Cette région était peu connue ; les opérations de la colonne du Menabé avaient eu lieu principalement sur la rive droite de a Tsiribihina.
L'aspect de cette région, longue d'environ 70 kilomètres dans le sens nordsud et large de 50 h 60 dans le sens est-ouest, est loin d'être uniforme.
A l'est, le Bemaraha s'étend du nord au sud dans l'angle entre la Tsiribihina et la Sakeny, sur la rive gauche de cette dernière, bordé parallèlement, le long de son versant ouest, par le fossé de la Sabareza ; la Morondava prend sa source entre deux chaînons du Bemaraha ; tout ce pays est formé de plateaux étendus, dénudés, séparés par des vallées étroites, profondes et boisées."
Dans la direction nord-sud, une série de collines subdivisent le pays de la rive gauche de la Tsiribihina en compartiments séparés, tous envahis par les eaux du fleuve lors de l'hivernage, compartiments qui constituent ainsi des cuvettes à fond presque plat, parfois fort étendues, véritables golfes intérieurs; ces cuvettes se vident lentement dans le fleuve pendant la saison des basses eaux ; il arrive même que l'écoulement n'est pas complet, comme dans les lacs Kamanomby et Tsitampolia ; les fonds recouverts par les eaux constituent, lors de la baisse, des rizières d'une fertilité remarquable ; sur la rive droite de la Tsiribihina, le pays pr-éscnte le même caractère, et les dépressions sont plus étendues et plus profondes encore que sur la rive gauche ; les renseignements recueillis s'acQordent à dire qu'à toute époque de l'année, le lac d'Andranomena par exemple, pourrait être parcouru par de petits canots à vapeur.
Antsoa est à la limite méridionale de la région cultivable au sud de la Tsiribihina ; en partant de Mahabo, tout le pays au nord de l'Andranomena jusqu'aux environs mêmes d'Antsoa, est constitué par un calcaire crayeux, aride, couvert de bouquets de bois rabougris, région crevassée. Assurée, pierreuse, où l'on ne trouve pas d'eau, oià l'on ne peut avoir ni cultures ni troupeaux ; il en résulte qu'entre la contrée fertile au nord de la roule de Mahabo, limitée par r.\ndranomena, et celle au sud de la Tsiril)iliina, marquée à peu près par Antsoa, Andranomainty, Tsiangorano, Andranobilo, il existe imc sorte de large bande de terrain orientée de l'ouest fi l'est, déserte, inutilisable, qu'il n'y a aucun intérêt à occuper ; elle n'est couverte que de boqueteaux isolés, entre lesquels on peut circuler sans grand danger, sauf en deux ou trois endroits faciles h. éviter ; les étapes ou haltes sont marquées par de rares points d'eau.
Cclfi explique pour([uoi les intérêts des gens di' Mi-habn sont séparés de ceux des habitants du Menabé.
La contrée qui s'étend au sud d(> la Tsiribihina sur une piofondeur de 20 kilomètres environ est au contraire très habitée, A cause des rizières qu'on peut y cidtiver; très boisée, surtout dans les bas-fonds; on y trouve beaucoup de bananes ainsi que des tubercules propres fi la nourriture des Sakalaves (tavolo); le poisson est abondant d;ins la Tsiribihina, ses affluents ou les mares; coiunie l'herbe n'y maii(|ut' pas, même en saison sèche, les troupeaux
de bœufs sont importants ; pour toutes ces raisons, on y a rencontré une résistance opiniâtre, que facilitait encore la profonde connaissance qu'avaient les Sakalayes de ce pays découpé et couvert, oîi ils trouvaient sans trop de peine des ressources pour leur alimentation.
Evaminons maintenant les mouvements particuliers de chacune des colonnes.
2° Opérations des troupes de Betafo. — Ainsi qu'il a été dit précédemment, le capitaine Gubian, partant d'Ankazoambo le 19juin avec 477 fusils, était venu sur la Sahareza et avait créé des postes à Andranomavo et Andranobilo.
Le commandant Durand arrivait le 10 juillet à Andranomavo avec 60 conducteurs sénégalais; trouvant les postes d'Andranomavo et d'Andranobilo trop rapprochés (trois heures de marche), il supprima le premier ; nous allions, en effet, continuer le mouvement de marche en avant vers l'ouest, et un poste suffisait pour couvrii- la vallée de la Sahareza et servir de centre de ravitaillement ; cette suppression permettait d'avoir plus de fusils en ligne.
Conformément aux instructions qu'il avait reçues, le commandant Durand avait appelé sur la rive gauche de la Tsiribihina le capitaine Lucciardi ; les troupes du Betsiriry devaient marcher parallèlement à celles de Betafo, entre ces dernières et la Tsiribihina ; avant de pousser plus loin dans l'ouest, le commandant Durand voulut essayer de se lier avec le capitaine Lucciardi, mais cet officier ne put quitter Ankalalobé que le 15 juillet.
Il devenait difficile au commandant Durand, qui ne savait quelle direction prendre dans ce pays inconnu, de continuer sa marche ; le pays était complètement désert, les habitants fuyaient devant nous ; on n'avait aucun renseignements sur les points de rassemblement des rebelles et le seul Sakalave fait prisonnier au cours des opérations n'avait pu donner aucune indication utile.
Toutefois, le 18 juillet, le commandant Durand était rejoint par des guides qu'on lui envoyait de Mahabo, d'après les ordres du commandant du territoire, et qui étaient relativement bons ; il apprenait que les Sakalaves étaient réunis en force à Andranomainty, Bekily et Antsoa ; il résolut alors d'aller les attaquer, en commençant par Andranomainty, qu'il enleva le 22 juillet.
Le 23 juillet il s'emparait de Bemonto, après une vive résistance des Sakalaves.
Le commandant Durand constata qu'il n'avait plus assez de vivres pour pousser sur Bekily avec la certitude de laisser au poste qu'il faudrait y installer, un approvisionnement suffisant; abandonnant donc le capitaine Gubian en position à Andranomainty, il vint avec tous les bourjanes disponibles à Mahabo oij il savait trouver des vivres ; pendant que le convoi se préparait, il alla de sa personne à Morondava, où il arriva le 27 juillet au matin,
A Morondava il trouva le commandant du territoire qui le mit au courant de la situation ; les troupes de Morondava s'étaient emparées des villages d'Inguerczza situés près de la Tsiribihina et allaient agir contre les Sakalaves d' Antsoa; le 22 juillet, le commandant Putz était arrivé avec le canot à vapeur à Androngony, que le capitaine Lucciardi avait occupé le 16, et d'où il était reparti le 21 pour passer sur la rive gauche de la Tsiribihina, conformément
aux ordres antérieurs du commandant Durand ; ainsi la liaison des troupes de Morondava et du Betsiriry était effectuée.
Complètement orienté, le commandant Durand quitta Morondava le même jour, 27 juillet, après n'y avoir passé que quelques heures et repartit pour Andranomainty ; dès le i"' août il entrait en relations avec le capitaine Deleuze, commandant une colonne du cercle de Morondava, qui lui apprit que les troupes do ce cercle s'étaient emparées d'Antsoa et Bekily ; les Sakalaves tourbillonnant entre nos colonnes, perdant leurs bœufs, ne savaient plus où aller ; certains, ceux de Marotongono dans le Betsiriry, en fuite depuis le mois de décembre, vinrent faire leur soumission et regagnèrent leur village par Ankazoambo ; d'autres étaient en déroute vers le sud, cherchant à rejoindre leurs amis du Mangoka ; le commandant Durand poussa une pointe de ce côté, sur la Mitsotaka, et fut amené à installer un poste à Bemahvo, reliant ainsi la région ouest du moyen Bemaraha à la route Mahabo-Malaimbandy.
A ce moment (15 août), il reçut du commandant du territoire une convocation lui prescrivant de se trouver à Kiboui le 23 août avec le capitaine Lucciardi.
3" Opérations des troupes du Betsiriry. — Ainsi qu'il a été exposé précétlemment, les troupes du Betsiriry avaient procédé à la réoccupation d'Ankalalobé; le capitaine Lucciardi quitta ce poste le 13 juillet avec 170 fusils pour se porter sur Androngony.
Ce point, évacué par les Sakalaves, fut occupé sans coup férir ; l'ennemi installé sur la rive opposée fut facilement dispersé et nous abandonna cinq pirogues, prise précieuse qui devait nous permettre quelques jours après de passer sur la rive gauche de la Tsiribihina. Pendant qu'un des groupes de la colonne procédait à l'organisation définitive du poste d'Androngony, le second groupe retournait à Ankalalobé pour chercher un nouveau convoi de vivres ; il accomplissait son voyage sans incident sérieux et apportait le 20 à Androngony la correspondance du commandant du territoire et du commandant du cercle de Betafo, relative aux opérations. Les troupes du Betsiriry devaient agir, sous les ordres du commandant Durand, sur la rive gauche de la Tsiribihina et cet officier supérieur les appelai! à Andranomena (rive gauche de la Sahareza). Le capitaine Lucciardi fit franchir le fleuve à sa colonne dans la soirée du 20 et la matinée du 21, et se mit en marche le 21 dans l'après-midi; Le 22, l'avant-garile de la colonne refoulait vivement les Sakalaves après une lutte assez chaude devant un village fortifié (région de Berevo) et, le 23 au matin, les troupes arrivaient h Bemena. Là, un ordre du commandant Durand proscrivait au capitaine Lucciardi d'agir sur le bas Bemarivo, pendant que les troupes du ceicle de Betafo opéraient sur le cours moyen de cette rivière, plus au sud.
Occupation de Berevo. — Le 23 juillet, les 110 hommes don! disposait le capitaine Lucciardi se portèrent sur Berevo et connuencèrent des battues dans le pays, pendant qu'une partie d'entre eux s'occupaient de l'organisation défensive d'un poste solide sur les bords mêmes de la Tsiribiliina. Les Sakalaves évacuèrent la région avec leurs fournies et leurs troupeaux (pii franchilent en partie la Tsiribihina; toutefois les hommes on armes, pouvant franchir
facilement ce fleuve, ne cessèrent de tendre des embuscades à nos reconnaissances ; un convoi aux ordres du lieutenant Bouteloupt passa sans incident notable: mais, le 31 juillet, une centaine de Sakalaves, dont plusieurs armés du fusil à répétition se postèrent sur le passage d'un convoi de vivres venant de Bomena à Berevo. Le lieutenant Burguière, commandant l'escorte (70 fusils), dut livrer, à deux heures du poste, un sanglant combat pour assurer le passage de ce convoi, qu'il ramena intact à Berevo.
A ce moment, les opérations du capitaine Lucciardi subirent un temps d'arrêt par suite de la relève des tirailleurs libérables de la l""^ compagnie sénégalaise ; cet officier en profita pour remettre de l'ordre dans les détachements et activer le ravitaillement ; il reçut alors un certain nombre de recrues du Mandridrano et les employa à la garde des postes; il put ainsi reconstituer une force mobile de 170 fusils avec laquelle il effectua une série de reconnaissances dans la basse vallée du Bemarivo en aval d'Ântsoa ; au cours de ces opérations, un campement de 70 cases sakalaves fut surpris et détruit; les Sakalaves nous abandonnèrent un cadavre, deux fusils, beaucoup de marmites et tous leurs ustensiles de cuisine (i) ; puis le capitaine Lucciardi arriva à Antsoa le 23 août pour se rendre à la convocation qui lui avait été adressée.
4° Opérations des troupes de Morondava. — La tâche principale dans les opérations contre Tnguerezza incombait évidemment aux troupes du cercle de Morondava; mais ainsi qu'il a été dit auparavant, leur mise en [ilace exigeait de nombreux mouvements; puis l'épidémie de beri-beri, qui sévit cruellement sur la 4« compagnie sénégalaise, immobilisa cette dernière presque en entier ; le seul service qu'elle rendit fut de tenir Ambiky.
Dans le principe, les troupes du commandant Putz avaient pour premier objectif Kiboui, le repaire d'Inguerezza, qu'on savait non loin de la Tsiri-bihina et qu'on devait attaquer par trois colonnes partant d'Âmbiky, Bosy et Mahabo; cette dernière avait, en outre, la tâche d'empêcher les Sakalaves de se replier vers le sud ; elle couvrait donc la route Morondava — Mahabo, et devait éventuellement assurer la liaison avec les troupes de Betafo ; mais l'indisponibilité de la 4^ compagnie sénégalaise obligea de modifier ce dispositif, en se contentant, pour agir contre Kiboui, des colonnes formées à Bosy et Ambiky, dont la composition fut déterminée en conséquence ; afin de protéger la route de Mahabo, les garnisons de Morondava et Mahabo exécutèrent quelques reconnaissances vers le nord.
L'occupation de Kazoabo, la mise en service du canot à vapeur ainsi que d'une jonque de guerre, tous deux armés d'un canon revolver avaient assuré une sécurité complète à la navigation jusqu'à hauteur d'Ambiky ; les approvisionnements des colonnes pouvaient donc être constitués sans difficulté.
Le capitaine Deleuze, avec 14.^ fusils et un canon, partit le 13 juillet de son bivouac situé près et au nord-est de Bosy ; faute de guides sûrs, il se dirigea à
(1) La privation de marmites et d'ustensiles de cuisine est très sensible aux Sakalaves, qui ne peuvent s'en procurer qu'avec peine et n'ont plus les moyens de faire cuire leurs aliments.
AKALAVIOS Dl MI;NA
l'estime sur la position présumée de Kiboui, en se taillant un chemin à la hache à travers la forêt ; le capitaine Mazillier, avec 128 fusils et un canon, quittait le 16 au matin le bivouac vis-à-vis Port-Ambiky sur la rive gauche de la Tsiribihina ; le commandant Putz marchait avec cette dernière colonne qui éprouva les mêmes difficultés que la première.
Inguerczza avait annoncé l'intention de défendre les villages de Kiboui qu'il avait fortement retranchés et organises ; nous ne les découvrîmes qu'avec peine et les occupâmes le 17 pour ainsi dire sans combat ; à l'ouest de Kiboui on n'avait trouvé personne.
Une battue méthodique des abords du lac Kamanomby et la reconnaissance des chemins recoupés au cours de cette battue, pendant laquelle nous enlevâmes le troupeau d'Inguerezza sur les bords du lac, nous donna la conviction que les Sakalaves n'étaient pas en force de ce côté et pouvaient s'être réfugiés, comme on le disait, dans la région d'Antsoa.
Avant de s'engager plus loin, le commandant Putz fit reconnaître le pays entre le nord du lac Kamanomiiy et le fleuve, sur lequel remontaient des bateaux de ravitaillement ; se trouvant le 21 juillet à Betakiltra, il apprit par le patron du canot à vapeur que des feux de salve avaient été entendus dans l'est; comme il n'avait pas de troupes de ce côté, il en conclut que ces salves provenaient des colonnes du commandant Durand ou du capitaine Lucciardi, et il partit avec ce canot, le 22, pour Androngony, que le capitaine Lucciardi venait de faire occuper, et qu'il avait quitté la veille ; la liaison avec les forces du Betsiriry était donc obtenue ; à partir de celte époque les voyages du canot s'effectuèrent régulièrement entre Tsimanandrafozana et Androngony ; dans une reconnaissance de la Tsiribihina, l'administrateur Compagnon (1) a même dépassé Berevo et est allé jusqu'à cinq kilomètres de Bemena. Le commandant Putz ayant ainsi assuré sa liaison avec les troupes de l'est, installa en poste provisoire à Betakiltra les éléments les moins résistants de ses troupes, c'est-à-dire les recrues de la 4'' compagnie sénégalaise et un détachement de la 8" compagnie malgache, pour garder les troupeaux de prise et protéger les convois mobiles de ravitaillement sur le fleuve; il se mit ensuite à la recherche des positions d'Antsoa, Bekily, que les guides ne pouvaient ou ne voulaient indiquer ; il finit cependant pas les trouver, fréquemment harcelé par des Sakalaves isolés ; Antsoa et Bekily ne furent pas défendus.
On se rabattit alors sur le fleuve, vers Ambato, à hauteur d'Androngony, où étaient montés les bateaux de ravitaillement, toujours «uivi par quelques Sakalaves, qui, le 30 juillet, furent même assez nombreux pour imiuiéter le convoi dans un passage difficile.
Pendant ce temps, le capitaine Deleuze, partant d'Antsoa, avait été à Andranomainty, où il prit contact avec les troupes de Befafo ; il alla alors reconnaître les vallées de la Bemarivo et de Tsiangorano, qu'il trouva abandonnées, puis revint à Andranomainty où il rencontra le conuuandant Durand rentrant de Mababo ; la soudure entre nos diverses colonnes était ainsi entièrement effectuée.
(1) Conmiaiidant la fluttillo de la cAte ouest.
Le commandant du territoire avait prescrit au commandant Putz de délimiter la zone d'action respective des différents cercles, afin d'apporter des vues d'ensemble dans la création et l'emplacement des nouveaux postes ; cet officier supérieur ayant décidé d'occuper solidement Antsoa, Andranomainty qui en est à moins de 12 kilomètres, n'avait plus de raison d'être, et l'installation temporaire qu'y avait faite le commandant Durand fut supprimée ; on adopta la ligne Mahabo — Antsoa— Androngony comme démarcation provisoire entre les troupes de Morondava et celles de Betafo— Betsiriry.
Au commencement d'août les deux colonnes Deleuze et Mazillier étaient sur les bords do la Tsiribihina pour se ravitailler ; les nombreuses battues répétées, efTectuées au sud de la Tsiri- "• - bihina jusqu'à Antsoa, montraient
que les Sakalaves refusaient le combat et n'avaient nulle part d'établissement sérieux dans le pays.
Il devenait nécessaire de manifester d'une façon évidente notre volonté de conserver et de garder le terrain conquis en y créant des postes solides ; d'autre part, les troupes en marche depuis plus de trois semaines, sans aucun temps d'arrêt, avaient besoin de quelque repos; enfin il était indispensable d'organiser un service complet de ravitaillement.
En conséquence, le commandant Putz donna des ordres pour la création de postes définitifs àKiboui et Antsoa ; chacun d'eux devait être pourvu d'un réduit solide armé d'un canon-revolver ; im secteur, dit de la Tsiribihina, était institué sous les ordres du capitaine Mazillier ; cet officier se rendait à Tsimanandrafozana afin de pousser activement le ravitaillement par voie fluviale ; enfin le commandant Putz rentrait momentanément à Morondava, où il arrivait le 8 août, pour régler les affaires du cercle et l'endre compte de ses opérations au commandant du territoire.
Le poste de Kiboui se créa sous la protection d'une fraction de la colonne Mazillier aux ordres du capitaine Bourgeron ; le choix de cette localité avait été déterminé par ce fait qu'elle était la résidence d'Inguerezza et que sa position sur le fleuve se prêtait fort bien à la protection de la navigation ; de plus, c'est le point extrême où les marées se font sentir, ce qui permet aux goélettes d'y remonter sans trop de peine, même avec peu de vent.
Le capitaine Deleuze, après s'être ravitaillé à Ambato, protégeait de même, avec les troupes sous ses ordres, la construction du poste d'Antsoa; le
Lieutenant de P1ERRE130URG,
de la Légion étrangère.
OPÉRATIONS DANS LE MÉNABÉ EN 1898. 36o
villag-e est à proximiti- de cultures assez importantes ; son action, combinée avec celle de Kiboiii, assure notre influence dans la région des lacs Kamanomby et Tsitampolia, où se trouvent des rizières déjà étendues et qui pourraient recevoir un développement considérable.
Les Sakalaves ne laissèrent pas, sans Tinquiéter, la construction du poste d'Antsoa ; et à plusieurs reprises ils vinrent tirailler sur les travailleurs. Dans l'après-midi du IS août, en se rendant à son poste de combat, le lieutenant de Pierrebourg, de la 2° compagnie du bataillon étranger, fut tué raide d'une balle au cœur.
Situation au 25 août. — Les comptes rendus verbaux que fit M. le commandant du territoire lors de sa rentrée à Morondava, ainsi que tous les renseignements donnés par le commandant Durand et le capitaine Lucciardi, étaient entièrement d'accord pour représenter les Sakalaves comme évitant en général tout engagement.
La tactique adofitée par les rebelles était, il faut le dire, fort bien appropriée au pfiys ; décidés à ne pas résister en force, ils s'égrenaient de tous côtés ; cachés dans les bois dont ils connaissaient à fond les moindres recoins, demeurant inaperçus, ils pouvaient à bout portant lâcher un coup de fusil et se sauver ensuite avant qu'on fût à même de les poursuivre on de riposter; à peine percevait-on un peu de fumée ; l'emploi de flanqueurs ne suffisait même plus pour nous préserver, et du reste il n'était pas toujours possible ; puis quelquefois, tapis derrière un arbre, les Sakalaves poussaient l'audace jusqu'à se laisser dépasser par la ligne des flanqueurs, cheminant à côté d'eux sans les voir et tiraient ensuite à loisir ; on était ainsi conduit, en arrivant près d'un endroit suspect, à le fouiller par des feux de salve ; il en résultait une consommation de munitions sensible, mais c'était le seul moyen d'éviter les pertes.
Parfois cependant, ils se réunissaient en groupes assez nombreux, édifiant des barricades ou plaçant des abatis dans des endroits oii nous étions déjà passés à plusieurs reprises sans incidents, et ils nous y attendaient.
3'' période (du 25 août au 31 décembre) : Achèvement des opérations.
But à atteindre avant l'hivernage. — Si la prise de possession du pays au sud de la Tsiribihina riait obtenue, il restait à la consolider et à la rendre définitive; il y avait à ravitailler les postes en construction jusqu'au retour de la belle saison ; c'était une tâche assez lourde, car en raison de la présence, dans ce pays difficile, de rebelles encore nombreux qui n'avaient pas renoncé à la résistance, chaque convoi de ravitaillement nécessitait des escortes sérieuses.
Puis il fallait arrêter les conditions définitives de l'occupation, examiner la marche du ravitaillement et les améliorations qu'il comportait, et fixer l'emploi des troupes jusqu'à la saison des pluies ; à cet ellel, le connnandant du territoire, accompagné du commandant l'utz, quitta .Moroiulava pour se rendre
à Kiboiii où il comptait parvenir le i2a août; il y avait convoqué pour cette date le commandant Durand, le capitaine Lucciardi et l'administrateur Compaiinon.
Le commandant du territoire arriva à Antsoa le 23 août avec une escorte fournie par le poste de Mahabo ; le même jour, le conunandant Durand et le capitaine Liu'ciardi y étaient rendus chacun de leur côté, ayant préféré, pour se rendre à Kiboui, suivre la voie de terre, plutôt que de descendre la Tsiribihina à partir d'Androngony, oii le canot <à vapeur les attendait ; le capitaine Bo\u-geron était depuis le 20 à Antsoa avec l'escorte qui devait accompagner le commandant du territoire d'Aiitsoa à Kiboui.
Dans la matinée du 23, cet officier fit parcourir les environs du poste par une reconnaissance commandée par le lieutenant Badot, forte de 16 légionnaires et 44 tirailleurs malgaches ; cette , - • -^ reconnaissance devait au retour suivre le
chemin de Bekily à Antsoa, déjà plusieurs fois parcouru ; les Sakalaves, profitant d'une disposition avantageuse du terrain, s'étaient fortement reti'anchés et attendirent la reconnaissance : un vif engagement se produisit au cours duquel nous éprouvâmes des pertes sensibles, mais les Sakalaves furent vigoureusement repoussés. Le sergent Jacquot fut tué dans cette affaire.
Le pays est si difficile, si fourré, on s'y oriente avec tant de peine, que le commandant Durand et le capitaine Lucciardi entendirent tous deux le bruit de l'engagement et ne purent se rendre compte de l'emplacement du théâtre de l'affaire.
Dans l'après-midi du 23 août, le commandant du territoire étant rendu à Antsoa avec les commandants des cercles de Morondava, de Betafo et du Betsiriry, il devenait inutile que ces derniers officiers vinssent à Kiboui.
Le commandant du territoire ayant réuni les commandants Putz et Durand et le capitaine Lucciardi, recevait leurs comptes rendus verbaux et procédait avec ces officiers à un échange de vues sur la suite ultérieure à donner aux opérations.
Jusqu'à présent nous n'avions fait que prendre possession du pays mais non des habitants ; certains, provenant du Betsiriry, avaient cependant fait leur soumission (150 familles environ) ; on pouvait espérer qu'il en serait de même pour ceux qui, n'étant pas sujets immédiats d'inguerezza, s'étaient réfugiés dans son pays quand nous avions progressé vers l'ouest.
En ce qui concerne Inguerezza, il ne fallait penser en venir à bout qu'avec le temps ; les Sakalaves n'étaient pas encore persuadés de la permanence de notre occupation ; soit qu'ils aient reçu des conseils perfides, soit, comme tous
Sergent JACQUUT, de l'Infanterie de Marine.
les gens simples d'esprit, qu'ils aient pris leur désir pour la réalité, ils croyaient, cela a été dit plus haut, que nous abandonnerions le pays si nous y trouvions trop de résistance ; la mise en service continue de bateaux à vapeur sur la Tsiribihina ne pouvait que les détromper.
C'était donc en les harcelant, en ne leur laissant aucun repos, qu'on en viendrait à bout; déjà, piivés de leurs bestiaux, de leurs cultures, réduits aux racines qu'on trouve dans les bois, ils ne sauraient aller loin. Puis leurs munitions devenaient rares ; sans doute ils en avaient encore ; les pertes subies par nos troupes ne le prouvaient que trop ; mais elles finiraient bion par s'épuiser et il leur faudrait alors faire de force ce qu'ils n'avaient pas voulu faire de bon gré ; leur soumission n'était donc qu'une affaire de temps.
L'occupation solide d'Antsoa, de Kiboui et d'Aiidranobilo assurerait dans de bonnes conditions la possession du pays d'Inguerezza ; leurs garnisons seraient constituées de façon à leur permettre d'agir à l'extérieur avec 50 à 60 hommes au moins, tout en gardant le poste avec 25 ou 30 hommes ; des approvisionnements suffisants pour attendre la fin de l'hivernage seraient rassemblés dans un réduit pourvu d'un canon à tir rapide,
11 restait dans les troupes de Morondava et du cercle-annexe du Betsiriry environ 330 fusils disponibles, dont l'emploi sur la rive gauche était devenu inutile, puisque les Sakalaves continuaient à se dérober et que du reste on laissait de ce côté assez de monde pour parer à toute éventualité.
Jusqu'alors, sauf la réoccupation d'Ankalalobé et d'Androngony, qui avait surtout pour but de reprendre le terrain abandonné en octobre, nous n'avions procédé à aucune opération contre les Sakalaves de la rive droite ; ces derniers nous laissaient assez tranciuilles et n'avaient pas inquiété d'une façon sérieuse nos convois fiuviaux. L'administrateur Compagnon avait seul reçu quelques coups de fusil vers Androngony , en procédant à la reconnaissance de la Tsiribihina.
Depuis la fin de juillet, des pourparlers étaient entamés avec les Sakalaves par l'intermédiaire de M. Ludwig Larsen, capitaine au long cours de la marine norvégienne, qui avait autrefois commercé avec eux et était connu des principaux chefs ; M. Larsen s'était offert de lui-même pour aller dire aux Sakalaves les conditions que nous mettrions à l'acceptation de leur soumission et qui pouvaient se résumer ainsi : anmistic pleine et entière pour tous les Sakalaves, sauf Inguerezza, qui aurait la vie sauve et serait libre de se retirer où il voudrait hors de l'île ; respect de toutes les coutumes; remise de toutes les armes; payement d'un impôt modéré.
M. Larsen quitta Morondava le 21 juillet.
Mais, malgré ses généreux efforts, n'obtenant rien d'eux, il renonça h sa mission et s'embarqua à Tsinianandrafozana le l"' septembre ; on ne peut ([ue rendre hommage an zèle humanitaire (jui le guidait dans celte circonstance, tout en regrettant que la mauvaise volonté îles rebelles l'ait rendu infructueux.
Nous n'avions donc |tlus aucun ménagement à garder avec les Sakalaves du nord et une action contre eux fut décidée en conséiiueiu'e ; la pioximité de la saison des pluies, jointe à l'absence de troupes et d'approvisionnements suffisants dans la vallée du Manamiiolo, ne nous permettait pas de nous
engager à fond ; on se contenterait de déblayer complètement les abords de la Tsiribihina, en rejetant les Sakalaves au nord du chemin Amliikv — Ankalalobé ; cette opération devait être effectuée, dans la dernière quinzaine de septembre, par les troupes de Morondava et du Betsiriry.
Opérations jusqu'à la fin de l'année. — Les opérations furent aussitôt entreprises, conformément au programme qui avait été arrêté.
a) Petites opérations sur les deux rives de la Tsiribihina : \° Battues dans LE PAYS d'Inguerezza. — Plusieurs colonnes circulèrent dans la région au sud de la Tsiribihina, pendant la fin d'août et la première quinzaine de septembre ; les Sakalaves se refusèrent à tout contact et, partout, fuirent devant nos troupes qui leur enlevaient, à chaque instant, des petits troupeaux ; ces battues ne présentaient donc plus d'utilité; et le commandant Durand, laissant le détachement de conducteurs sénégalais à la disposition du commandant Putz, rentra en Emyrne de sa personne ; la 4° compagnie du i" malgache, peu après rejointe par le peloton Perthuis, venant du Betsiriry, garda le versant ouest du Bemaraha par les postes d'Andranobilo et de Bemarivo ; le peloton Banal fut principalement affecté à la surveillance de la Sakeny ; la 6*= compagnie du 2<= malgache fut en entier attribuée au secteur de Midongy.
2° Ravitaillement d'Antsoa. — Des approvisionnements étaient réunis sur la Tsiribihina, à Ambato, pour le ravitaillement d'Antsoa ; des convois, comprenant un certain nombre de mulets et de bourjanes, voyageaient sous l'escorte du détachement de conducteurs commandé par le lieutenant Charlier, détachement que l'on complétait à l'effectif de 60 fusils, au moyen de tirailleurs sénégalais de la garnison d'Antsoa ; les premiers convois passèrent sans incident ; le 30 septembre, à 3 heures, au sud d'Ambato, le convoi fut vivement attaqué, dans une clairière, par une bande embusquée ; le lieutenant Charlier et 5 hommes furent blessés ; les Sakalaves furent repoussés et le lieutenant Charlier amena à destination ses blessés, tout son convoi et toutes ses munitions.
Le lendemain, la même bande attendait encore le passage de nos troupes; mais, comme le convoi marchait à vide et par conséquent était bien plus léger, le lieutenant Charlier prit une vigoureuse offensive et bouscula énergiquement la bande.
Depuis cette leçon, les convois n'ont plus été inquiétés.
3° Battues dans le triangle Ankalalobé, Androngony, Bemena. — Le 24 août, le commandant du 2« territoire avait donné l'ordre au commandant du cercle annexe du Betsiriry de chasser les Sakalaves de la région comprise entre les postes de Bemena, Ankalalobé, Androngony. Une série de reconnaissances furent effectuées du 27 août au 7 septembre dans cette région, principalement sur les bords de la Tsiribihina et de la rivière qui sert de déversoir du lac d'Andranomena. Le repaire de Koromby fut détruit le -i»' septembre, après un vif combat livré par le capitaine Morize, à l'entrée du défilé qui était barré par un mur en pierres sèches et des abatis.
b) Occupation de la rive droite de la Tsiribihina. — Le commandant Putz
iivait reçu l'ordre d'effectuer, sur la rive droite de la Tsirihihina, la reconnaissance et le nettoyage de la région Soatanimbary, Ankazoaberevo, Tsiniangoa, c'est-à-dire du pays compris entre le chemin d'Ambiky à Ankalalobé et la Tsiribihina ; il devait commencer cette opération vers le 25 septembre, di' concert avec le capitaine Lucciardi, et déterminer l'emplacement des postes destinés à assurer la protection de la navigation sur le fleuve ; Kazoabo, par exemple, qui se serait trouvé sous l'eau lors des cmes, ne pouvait être conservé.
Les opérations, même restreintes, qui allaient être ainsi engagées sur la rive droite de la Tsiribihina, présentaient un caractère qui les différenciait sensiblement de celles ayant eu lieu sur la rive gauche ; ici, nous avions eu affaire à une population entièrement et résolument hostile ; sur la rive droite, il y avait certainement des groupes animés des mêmes sentiments, mais quoique les pourparlers de M. Larsen n'eussent pas abouti, il n'en résultait pas moins que certains seraient peut-être amenés à traiter quand ils verraient (jue nous pénétrions dans leur pays ; c'est ce qui arriva en effet.
Le 25 septembre, le capitaine Lucciardi était à Androngony, prêt à marcher avec 160 fusils, dont 90 Sénégalais.
Le commandant Pulz préparait à Kii)oui la concentration dune colonntcomprenant :
Le capitaine Bourgeron avec 85 fusils de sa compagnie (12" du 2* malgache) ;
Sous-lieutenant Doualin avec 37 fusils (2* compagnie sénégalaise) ; lieutenant Marx avec 62 fusils (S'' compagnie sénégalaise) ; adjudant Roésberg avec 2d fusils (2« compagnie de légion) ; lieutenant Smet (1 canon de 80 de montagne), soit environ 210 fusils, 1 canon et 182 bourjanes.
L'effet de cette concentration ne tarda pas à se faire sentir ; avant même (jue nos forces fussent passées sur la rive droite, des offres de soumission étaient faites au capitaine Mazillier, commandant le secteur de la Tsiribihina, qui jouit d'une grande influence vis-à-vis des Sakalaves ; les unes, émanant de l'onde d'Inguerezza, étaient sincères et furent suivies d'effet ; les autres, provenant d'Ozoué, cousin de Toëra, n'avaient pour but (jue de gagner du temps ; on lui accorda jusqu'au 26 septembre au soir pour effectuer sa soumission.
Le 24 scptemiire, le commandant Putz remonta jusqu'à Aniirongony avec le canot à vapeur pour conférer avec le capitaine Lucciardi et lui ilunner ses dernières instructions.
Ozoué n'ayant pas répondu dans la limite de tenips qui lui a\ait été fixée et se vantant d'être inexpugnable dans son village de Soatanimbary, c'est contre cette localité et ses défenseurs (jue furent portés les premiers coups; la colonne du commandant Putz franchit la Tsiribihina dans la journée du 27, vis-à-vis Betakiltra, au moyen d'un canot à vapeur et de deux goélettes remorquées ; le passage demandait toute la journée, et, le soir, la colonne était en entier réunie à Tsimangoa.
L(^ 28 au matin, le commandant Putz savait par une fusée aperçue de Betakiltra »|ue, dès la veille, le capitaine Lucciardi était arrivé sur les hauteurs d'Ankazoabcrevo ; il marcha à sa rencontre et le rejoignit dans l'après-midi du même jour, après un petit engagement d'avant-garde.
Le 29, on ni;uTliii sur Soatanimbary ; les deux groupes arrivèrent avec Itcaucoup de peine, mais sans incident, à remplacement de l'ancien Soatanimbary.
Une section commandée par le sous-lieutenant Pierre, envoyée pour reconnaître un chemin, se heiu-ta à des obstacles défendus par des Sakalaves assez nombreux, installés dans un fortin, et qui ouvrirent un feu violent ; ils tentèrent même un mouvement tournant contre la petite troupe ; mais des renforts arrivaient ; les Sakalaves furent rapidement rejetés et chassés du fortin.
En poursuivant les fuyards, on découvrit un peu plus loin, dans une clairière, le nouveau village de Soatanimbary, composé de 5 hameaux réunissant .300 à 400 cases ; on l'occupa aussitôt pour montrer à Ozoué qu'il n'était pas inexpugnable, comme il s'en était vanté.
Les troupes bivouaquèrent à côté de Soatanimbary ; pendant la nuit, elles furent inquiétées par quelques isolés. Pendant les journées qui suivirent, la région fut battue par de nombreuses colonnes qui constatèrent qu'aucun rassemblement important ne s'y trouvait plus.
Le commandant Putz décida d'établir un poste à Ankazoaberevo, qui lui semblait le point le plus favorable, et il y laissa le capitaine Bourgeron ; il repartit avec les troupes disponibles à Ambiky et Belo, oià le capitaine Mazillier continuait les négociations avec Tsiatoka, l'oncle d'Inguerezza ; le commandant Putz arrivait à Belo le 10 octobre au soir.
Un certain nombre de chefs faisaient définitivement leur soumission, et pour les protéger, un poste était établi à Belo, oii s'installait le capitaine Mazillier.
La création de ces nouveaux postes assurait, d'une façon certaine, la libre navigation de la Tsiribihina et marquait une nouvelle étape dans notre prise de possession du Ménabé ; le nouveau programme tracé aux troupes du cercle de Morondava et du cercle annexe du Betsiriry était accompli à son tour.
c) Opérations diverses jusqu'au 31 décembre. — Après la prise de possession de la rive droite de la Tsiribihina, diverses opérations de moindre importance eurent lieu dans les cercles de Morondava et du Betsiriry.
\° Opérations sur Belengo et Berevo. — Dans le cercle annexe du Betsiriry, le commandant du cercle de Morondava ayant rendu, le 10 octobre, au capitaine Lucciardi, la libre disposition de ses forces, celui-ci en forma deux groupes. Le premier, comprenant le gros de la 1 ''' compagnie sénégalaise (1 ) et le peloton Perthuis, fut chargé, sous la direction du capitaine Morize, de déblayer les environs d'Androngony et de récolter les rizières de Belengo. Le second groupe, sous les ordres du commandant du cercle, comprenait le gros de la 6^ compagnie sénégalaise (recrues récemment arrivées du Sénégal), 1 section de la !'■<' compagnie sénégalaise et 2 sections de tirailleurs malgaches; il
(1) Les ijcrtes de la 1''° compagnie sénégalaise se sont élevées, pour la campagne (le 1898, à 7 tués, o noyés, 17 blessés, sur un elTectif moyen de 3 officiers, 8 sousofficiers, 120 indigènes.
(levait : i° chasser de nouveau les Sakalavcs de la région do Berevo, où ils s'étaient réinstallés pour faire la récolte; 2° assurer, pour riiivernago, le ravitaillement de la garnison de Berevo par des convois venant de l'intérieur ; 3° récolter les lizières de Berevo.
Dans chacun des deux groupes, les procédés d'exécution furent identi(iues : installation de postes provisoires à Belengo et Berevo, auprès des rizières à récolter ; reconnaissances et surtout embuscades placées sur tous les chemins suivis par les Sakalaves essayant de faire la récolte.
Le capitaine Morize emmagasina à Androngony 10 tonnes de jiaddy ; il put infliger à l'ennemi des pertes sensibles. Autour de Berevo, les résultats furent à peu près analogues. Le poste de Berevo fut ainsi ravitaillé poui- près de six mois.
2° Tournée du commandant du cercle de Morondava. — Le commandant Putz, arrivé à Belo le 10 octobre, où il vit les soumissionnaires, reçut «■ncore de nouvelles soumissions ; il se rendit ensuite h Antsoa pour voir où en était le ravitaillement et l'installation du poste, qu'il trouva pai-faitement organisés ; le 30 octol»re, il arrivait à Berevo pour s'entendre avec le capitaine Lucciardi sur la liaison de leurs postes respectifs, visitait Andianobilo, Bemarivo, s'occupait du rediessement de la ligne optique, et revenait i)ar Antsoa et Ambato ; puis, il visitait Ankazoaberevo et arrivait à Tsiiuanandrafozana b; 7 novembre ; au cours de cette longue tournée, il constata que, sauf vers Berevo et Andranobilo, il n'y avait pas de rassemblements, mais (nie les Sakalavcs se cacliaienl |iar |)ctits gi'oupes, surveillant de très près nos mouvements.
3° Battues ENTRE LA Tsiribihina ET la Mandrohatsy.— Pendant toui le mois de novembre, des icconnaissances, aux ordres du lieutenant Auberl, battirent le pays au sud de la Tsiribihina, entre Antsoa et la mer; vigoureusement menées, elles tuèrent jilusieurs lebelles et apprirent (pi'Inguerezza se cachait dans les marais presque inqténétrables de l'embouchure de la Mandrohatsy.
4° Destruction du village d'OzoUÉ. — Enfin l'année se termina par un bj-illant coujt de main exécuté par le capitaine Bourgeion sur le village, d'Ozoué, (|ui était \enu se réinstaller au nord de Soataninibary. Le 18 décembre, un Sakaiaxe était venu au poste d'Ankazoaberexo déclarer (jue les chefs Ozoué, Vazo, etc., voulaient faire leur soumission et demaii'Iaient un drapeau pour venir sans crainte se présenter au poste ; cet émissaire fut bien reçu ; on lui leinit un drapeau et il assura qu'Ozoué, dont le village était h quelques heures du poste, viendrait dans les (juatre jours ; le capitaine Bourgeron lui donna jus(iu"au 24 pour faire sa soumission.
Aucun soumissionnaire n'étant venu le 24, ni le 2o, ni le 26, le capitaine Bourgeron estima avec raison (juc la visite de l'émissaire avait plutôt pour but de reconnaître les moyens de défense du poste que de se soumettre, et <iu'il fallait léponilie ]tar une action offensive.
Paitanl d'Ankazoaberevo le 27 décembre, à 4 lieuivs du matin, avec 80 fusils, il se dirigea sur l'ancien \illage de Sn;tliiniinliat\ , ipii n'a pas él('-
reconstiuit ; vers 7 heures, ravaiit-giirde trouva des Sakalaves en train de rouper des roseaux ; d'autres indices nlontraient qu'un village en construction ou récemment construit se trouvait dans les environs; la colonne fut éventée, et ijueliiues coups de fusils tirés sur elle ; on poussa alors vigoureusement de Tavant, et, les Sakalaves surpris, tirant à peine, s'enfuirent dans toutes les directions, sans défendre les palanques qu'ils avaient placées.
On découvrit alors un village tout neuf composé de 158 cases ; on y trouva 2 tonnes de riz, 10 de paddy, des approvisionnements et des ustensiles divers. Ce village devait abriter SOO personnes ; plusieurs Sakalaves se firent tuer en le défendant; la reconnaissance l'entra à Ankazoaberevo le même jour.
Situation militaire au 31 décembre. — Toute la région du 2« territoire jus(iu"au pied du Bongo-Lava est, depuis longtemps, dans le calme le plus complet ; l'occupation par des postes de partisans, à distance d'étape, des routes de Soavinandriana et Tsiroanomandidy sur Manandazza, a achevé tl'enlever aux: rôdeurs sakalaves toute velléité d'incursion ; déjà, depuis le 14 juillet 1897, il ne s'était produit aucune tentative contre les confins de l'Emyrne.
Entre le Bongo-Lava et le Bemaraha, la sécurité est presque aussi complète ; luie partie de ce pays est, du reste, inhabitable ; vers Ankavandra, comme dans le Betsiriry, de fail)les détachements circulent sans le moindre incident ; il ne sei-ait ct'pendant pas encore prudent de voyager seul, car la proximité du Bemaraha pourrait amener les rares isolés qui s'y trouvent à tenter ({uekjues mauvais coups.
A l'ouest du Bemaraha, quand on compare la situation au 31 décembre avec celle qui existait au 1^' mai, on constate une grande amélioration.
L'occupation de la vallée de la Tsiribihina a établi d'une façon définitive la liaison entre la côte et l'intérieur ; la création de postes sur les deux rives a obligé les rebelles à s'écarter du cours du fleuve et les a privés des belles rizières (jui en sont voisines.
La sécurité de la navigation n'a pas été troublée ; il ne serait cependant pas prudent pour les petites embarcations de mouiller pour la nuit loin d'un poste, à moins de se tenir au milieu du fleuve ; la mise en service de la canonnière attendue assurera d'une façon définitive la tranquillité de la navigation.
L'occupation d'Ankalalobé a obligé les gens du pays à se retirer dans l'ouest, et après leur vaine tentative contre le poste, leur retraite a été définitive ; depuis le mois de juin, les communications de Miandrivazo avec Ankalalobé n'ont pas été inquiétées, et l'on peut aller avec quelques hommes du Betsiriry au lac d'Andranomena.
Dans le triangle compris entre Ankalalobé, la rive ouest du lac Andranomena, la Tsii'ibihina et le lac Hima, il n'y a plus de gros rassemblements ; seuls, (luelques petits camj)ements tenaces demeurent dans la forêt.
D'une manière générale, les Sakalaves dissidents se tiennent dans le pays comitris entre la ligne Belo— Ambiky — Soatanimbary — Ankalalobé au sud, et la vallée du Manambolo au nord.
Sur le Manambolo même, notre situation n'est pas aussi avantageuse que
sur la Tsiribihina ; nos effectifs, qui devaient comporter deux compagnies sénégalaises, n'en ont qu'une ; il a donc fallu renoncer à r»'-tablissement de postes entre Benjavilo et Bekopaka, postes destinés à maîtriser la vallée du Manamholo.
Résultats obtenus. — Les opérations enlrepiises, à paitir du 23 août, ayant eu suitout en vue de rendre plus effective la prise de possession des pays au sud de la Tsiribihina et d'assurer la sécurité complète de la navigation sur ce fleuve, on ne pouvait s'attendre qu'<à voir développés et affermis les résultats obtenus dans la période précédente.
Les améliorations apportées à la situation telle i|u"elle était un au auparavant sont :
La désagrégation des bandes d'Inguerezza et, par conséipicnf, l'affirmation de notre occupation de son pays ;
La création des postes de Belo et d'Ankazoaberevo, sur la rive droite de la Tsiribihina, qui, tout en assurant la sécurité complète de. la navigation sui- le fleuve, serviront d'excellents points de départ poui- les opérations entre Tsiribihina et Manambolo ;
La pacification de la basse Tsiribihina (rive droite) et la soumission de chefs comme l'oncle d'Inguerezza et la grand'mère de Toëra qui, sans avoir beaucoup <rautorité réelle, sont très vénérés des autres Sakalaves ;
Le développement de la navigation sur la Tsiribihina ; dès que la hauteur des eaux permit de dépasser Androngony, le canot à vapeur a cheichi' à remonter plus loin et, le 1^'' janvier, il arrivait h Hemena, malgré un courant atteignant 3 à 6 nœiuls ; il est donc certain que la canonnière attendue, (jui doit donner plus de 8 nœuds, parviendra sans peine à Bemena et au delà (i), et que le service du remorquage sera assuré aussitôt que la vitesse excessive du courant, occasionnée par les pluies tonentielles et persistantes de la fin du mois de décembre, sera diminuée ; déjà, les particuliers se préoccupent d'employer cette voie fluviale, et la Compagnie lyonnaise y aura prochain<'menf un canot à vapeur.
Le 11 décembre, une communication opticpie, beaiu'oup plus courte t|U(> la |)iécéd('nte, mettait en comnuuiication Tananaiive et Mahabo — Morondava, par Miandrivazo et Andianobilo ; on peut avoir i\i'> nouvelles de Moronilava eu cpiatri- ou rin(| jouis.
Enfin, au point de vue de la colonisation, les résidlals obiciuis par la prisf de possession du pays sakalavc, (|U()ii|ut' cncori' incomplels, sont déjà di'S plus apprécia i>Ics.
A l'est lin Hemaraha, toute incuision des Sakalaves est désormais impossible ; quebiues isolés peuvent venir encore au pied du Bongo-Lava, mais ils n'osent jtas s'aventurer plus loin ; les jtostes de milice de la rive droite du Sakav, les villages de partisans assurent à toute la région ouest d(> l'Eniviiii' une s^ciuité complète tprclle n'avait jamais connue ; aussi, les habitants du Miindridano n"lii'-<iti'nl-ils pas à ])oussci- leurs lroMp.';ui\ ilans la Mille. • du
(Il La canonnière a pu remonter, aux hautes cati\, jusqu'à Miandrivazo (mars
Sakay, où, môme en saison sèche, ils troment un pâturage suffisant ; dans le rerclo de Miarinarivo, le cheptel a pris par suite un développement considérable, favorisé encore par la grande pioportion de vaches existant dans les troupeaux; l'augmentation en animaux adultes a été de 20 p. 100, et le dernier recensement, effectué en juin 1898, donne 24,209 animaux adultes, plus 16,456 ^eaux ; cette augmentation ne s'est certainement pas ralentie.
Des résultats tout aussi avantageux pourraient être obtenus dans toute la contrée, jusciu'au Bongo-Lava ; les bœufs sauvages abonderaient dans cette région, d'après tous ceux qui l'ont parcourue, et c'est par milliers qu'on les } compterait; la réussite de l'élevage y est donc certaine.
SuciLLON.
OPÉRATIONS DANS LE 4'^ TERRITOIRE EN 4898. 37o
RAPPORT DU LIEUTENAINT-COLOiNEL LYAUTEY