INSTRUCTIONS REÇUES DU GENERAL EN CHEF
Les instructions du 16 février, du Général en rlief, en ciéant un nouveau cercle dans la région, jusque-là inoccupée, de la Mahavavy, assignaient comme rôle au 4« territoire l'occupation de la Menavava, puis la progression vers l'ouest en partant du front Ankilahila — Ankadibé et en occupant successivement les lignes de la Mahavavy et de l'Andranoniavo, le but final étant la liaison avec les troupes du territoire sakalave. Le commandant du cercle de la Mahavavy, chargé de ce mouvement, devait se maintenir en liaison constante au nord avec la province de Majunga, au sud avec le 2" territoire, qui tenait la ligne Makarainga — Ambalarano.
Le 12 mars, le Général en chef su|)primait le territoire sakalave, rattachait le cercle de Maintirano au 4* territoire; en même temps, et comme consé- ([uence, pour assurer la liaison complète entre le cercle d'Ankazobé et le cercle de Maintirano, il détachait du 2° territoire et rattachait au 4* le secteur nord du cercle d'Ankavandra.
Un arrêté du 9 juin coinplt'tait cclli' inesiuc en rattachant au 4*^ territoire le secteur du Valalafotsy, de nianièie à laisser au 4" territoire toute la ligne Ankazobé — Fenoaiivo— Makarainga — Maintirano, à la fois ligne d'opérations, ligne d'étapes, ligne de ravitailleinenl.
Lenscmble de ces ratlaclicnu-nts attribuait au commandant du 4' territoire la direction d'ensemble du prograninu- itrécédenunent assigné, tant au cercle de Maintirano (ju'aux troupes nord du 2° teiritoire.
Les lignes générales de ce progianuue étaient les suivantes :
1» Occuper solidement la ligne du Manambaho, y établir une ligne de postes la Jalonnant pour assurer la sécurité des courriei-s et des convois et pour ei\ faire ime piemière ligne de communication délinilivc cuire l'intérieur cl la côle ;
2" Cfltf ligne une fois assurée, piogre-^MT au iicid et oecupei- les UKe^sil'^ du
Fonjia et la zone montagneuse et boisée située enti-e le Mananibaho et le Ranolié et occupée par les groupes rebelles les plus sérieux ;
3" Assurer ensuite la liaison éti'oite des cercles de Maintirano et de la Mahavavy sur toute la zone de contact ;
4" Faire occuper par le cercle de Maintirano la zone côtièrc, depuis Bera- \ina jusqu'au cap Saint-André, ainsi que le Milanja.
Opérations exécutées. — 1° Cercle de la Mahavavy. Les instructions du Général en clief, du 16 février, affectaient au nouveau cercle de la Mahavavy la 7' compagnie haoussa (capitaine de Bouvié) et la 5® compagnie du l^"" malgache (capitaine Dubus). De ces troupes, il n'y avait à ce moment sur place qu'un peloton de la 7^ haoussa, qui occupait la Menavava sous le commandement du lieutenant Arnault; le reste de la compagnie était encore au nord de la province de Majunga et ne devait être disponible que trois semaines plus tard. Quant à la compagnie Dubus, elle ne devait arriver à destination que deu\ mois et demi plus tard.
Le lieutenant Arnault reçut immédiatement (18 février) pour mission de préparçr la pénétration en accumulant les renseignements, en usant d'émissaires et en poussant des reconnaissances jusqu'<à la Mahavavy. Il s'acquitta de cette mission d'une manière remarquable : sans attendre la fin de la saison des pluies, il atteignit le 1""^ mars la Mahavavy, où il installa le poste de Bekodia, organisa en ce point, ainsi qu'à Ankadibé, des magasins de ravitaillement, établit et assura l'occupation de la ligne de la Mahavavy en se reliant dans le courant de mars et d'avril au nord avec la province de Majunga à Stampitsy, au sud avec le 2« territoire, à Ankilahila et Makarainga.
Le capitaine de Bouvié, commandant le nouveau cercle, arrivait avec le reste de sa compagnie à Andriba, le 27 mars, et y recevait les instructions générales du commandant du territoire, qui se résumaient dans le programme suivant :
1" PÉRIODE. — Achever et fortifier sur la ligne de la Mahavavy l'occupation et la liaison ébauchées par le lieutenant Arnault ; y constituer des bases de ravitaillement pour les opérations ultérieures ; assurer les lignes de ravitaillement et de communication avec l'arrière ; prendre en main les indigènes, les rassurer et préparer par tous les moyens politiques possibles une pénétration pacifique chez les tribus sakalaves restées jusqu'ici étrangères à notre contact.
2* PÉRIODE. — Second bond jusqu'à la vallée de l'Andranomavo; occupation de cette vallée en s'inspirant de la même méthode.
3° PÉRIODE. — Liaison avec les troupes du cercle de Maintirano sur la zoni; de contact, en prenant comme axe de la progression la ligne Ankilahila — Beravina, c'est-à-dire la vallée du Ranobé.
Après de très grandes difficultés pour franchir l'Ikopa, causées par le dernier mois de pluies, le capitaine de Bouvié arrivait le l^'" mai à Bekodia et remplissait pendant le mois de mai son programme de la manière la plus brillante et la plus heureuse.
Après avoir assuré d'une façon définitive l'occupation de la ligne de la
Mahavayy, il prenait, le 6 mai, à Stampitsy, la compagnie Duluis, arrivée par voie maritime et fluviale et, se portant rapidement à Toucst, recevait successivement la soumission des petits rois indigènes, sans leur laisser le temps de se concerter: celle du roi Tiso, sur l'Andranomavo, où il laissait le poste à'Antangeno, relié immédiatement avec celui d'Andranomavo, de la province de Majunga; celle du roi Tisoliara, sur le Mananibaho du nord, où il laissait le poste de Mayaguido, à Test du pic d'Ambohitrosy, près de la frontière est du Milanja; celle du roi Moussa, sur le haut Sambao, où il laissait le poste de Bekodoka, voisin de la frontière du cercle de Maintirano. Cette occupation de toute la zone nord-ouest de son cercle avait été menée avec une rapidité, une méthode, un sens politique tels, que pas un coup de fusil n'avait été tiré; depuis six mois, l'attitude des chefs et des jmpulations ne s'est pas une fois démentie, et ils n'ont cessé de contribuer à l'installation et au ravitaillement de nos postes.
A cette date, l^"" juin, le capitaine de Bouvié recevait du commandant du territoire de nouvelles instructions élargissant son champ d'action en rattachant à son cercle la région du haut Manambaho avec les postes de Morafenobé et d'Ambalarano, c"est-!i-dire le massif du Fonjia, repaire des groupes les plus hostiles.
Le capitaine de Bouvié, après avoir laissé le capitaine Dubus et sa compagnie compléter l'œuvre commencée au nord-ouest, concentrait tout l'effectif disponible de sa compagnie à Ankilahila pour se porter sur le haut Manambaho.
Le lieutenant Trousselle, commandant l'avant-gardc, atteignit le 22 juin le groupe de villages à' Ampandriambositra , à un jour à l'est du Fonjia, et y rencontrait le premier groupe hostile dirigé par Nevombelahy, ancien chef de Morafenobé, qui, apiès avoir opposé une certaine résistance, était rejeté à l'ouest en «bandonnant quatre tués, un nombreux troupeau, douze fusils et un butin assez considérable. Le surlendemain 24, le lieutenant Trousselle retrouvait ce groupe sur le haut Ranobé et le rejetait encore à l'ouest après un court engagement.
Laissant le lieutenant Trousselle à Ampandriambositra, avec la double mission de menacer le flanc est du Fonjia et de relier entre eux les postes de Bekodoka et de Morafenobé, le capitaine de Bouvié prescrivait au capitaine Dubus de progresser au sud de Bekodoka, dans la direction de la ^allée du Ranobé. Lui-même se portait avec ii tirailleurs sur Morafenobé, où il trouvait et installait le lieutenant Arbogast, qui venait d'établir le poste intermédiaire de Tsinjorano, sur les indications du capitaine Détrie, adjoint au commandant du territoiie. Continuant sa marche, le capitaine de Bouvié était le G juillet h Ambalarano, où il faisait sa jonction avec le commandant du cercle de Maiiitilano et le conmiandanl du territoire venus de la côte. Les garnisons du 2" territoire laissées à Moiaf(!nobé et à Ambalarano étaient ainsi enfin relevées et dirigées sui- Ankavandra.
Pendant ce temps, le caiulaiiie Détrie, |)arti d'Ânkazobé le 10 juin, établissait la liaison entre Anka/.obé et Makarainga, organisjiit li- nouveau secteur du Valalafolsy rattaché au 4" leiiitoiie, y installait le capitaine Krey, successeur du capitaine Philippe, constituait à Féonaiiv.» I;i b.isf du ravitaillement du haut
Manambaho. (Ic'lerniinait les emplacements d'une ligne optique et créait le nouveau poste de ïsinjorano, au milieu d'une région précédemment peuplée, reliant Makarainga et Morafenobé.
2° Cercle de Maintirano. — Le 24 mars, le commandant du territoire avait envoyé au commandant du cercle de Maintirano ses premières instructions, laissant avant tout à cet officier supérieur sa liberté d'action, en lui laissant le soin do poursui\re la pacification et Toi-ganisation de la zone côtière de son cercle et en lui indiquant seulement les axes suivis par la pénétration du capitaine de Bouvié, afin qu'il puisse coordonner ses mouvements avec ceu\ du cercle voisin.
Le 28 avril, apiès avoir reçu des renseignements plus précis sur la situation et la position des groupes rebelles, et après avoir arrêté le programme de la marche concenti'ique à effectuer autour des massifs occupés par les rebelles, le commandant du teiritoire adressait au commandant du cercle de Maintirano de nouvelles instructions pour lui prescrire :
d" De jalonner le bas Manambaho d'une ligne de postes bien reliés depuis la côte jusqu'à Ambalarano, pour en faire Taxe des opérations ultérieures et la ligne de ravitaillement ;
2" De constituer h Ambalarano un grand magasin de ravitaillement dont l'appiovisionnement lui était fixé;
3» D'amorcer, h partir de Beravina, une nouvelle ligne de pénétration sur la vallée du Ranobé.
Tout en se conformant à ces instructions, dont il assura l'exécution d'une manière rapide et complète, le commandant du cercle de Maintirano avait dirigé, pendant les mois d'avril et de mai, une série d'opérations actives des plus heureuses.
Dégageant d'abord le sud de son cercle, il avait dissous la bande de Bibiny et soumis la zone entre le Manambaho, la Demoka et le Bemaraha, puis, après une pointe chez Fatoma, où il s'arrêta à la frontière du cercle d'Ankavandra, il avait battu les chefs Famoria et Filleglii, qui firent leur reddition le 26 mai, et il avait dégagé la rive nord du Tondrolo en battant Anjaka, (lu'il poursuivit jusqu'à la Soahanina, à la limite sud du cercle.
Pendant ce temps, le capitaine Landeroin et le lieutenant Gremillet, partis de Beravina, enlevaient, le 1" mai, le repaire du roi Tsimametra, à Andonaka, préparant ainsi. la piogrcssion sur le Ranobé.
Revenu à Maintirano, le commandant Ditte créait les postes d'Ampasiketaka, de Bekoboky et de Vakianrano, qui reliaient la côte à Ambalarano.
Le 6 juillet, comme il a été dit plus haut, il faisait sa jonction avec le capitaine de Bouvié à Ambalarano.
Ravitaillement. — En raison des énormes distances à parcourir, de la pénurie complète de ressources dans des régions désertées pour la plupart et, par consé<juent, de ral)sence de porteurs, cette opération présentait les plus gi-andes difficultés.
Elle fut réglée de la manière suivante :
Pour le cercle de la Mahavavy, la base de lavitaillement avait d'abord été Mevatanana, d'où h s approvisionnements apportés par voie fluviale étaient
iliiigôs par la voie de terre sur Aiikiulilu'-Bokoilia. Cette l>ase fut ensuite repoitée plus en aval sur la Betsiboka, à Madirovalo, point plus facilement al)ordaI)le en tout temps par les remorqueurs et situé dans une région plus peuplée, où le transport pouvait ètie assuré par terre jusqu'à Stanipitsy. De ce point, les approvisionnements destinés au sud du ceitle remontaient la Mahavavy par pirogues jusqu'à Ambalilia ; ceux destinés h l'est du cercle étaient dirigés par voie de terre, grâce à une population assez dense, de Stampitsy sur Antangcno et Mayaguido, sauf le riz, qui se trouvait en (juantité sufflsante sur place.
Le capitaiiu! Laverdure, ayant piis le 27 juin le commandement de l'Ambongo nord, prit la direction de ce ravitaillement ; et, après avoir reconnu la navigabilité de la Mahavavy jusqu'il la mer, put ainsi doubler la ligne Majunga — Madirovalo d'une seconde ligne fluviale.
Dès lors, et grâce à l'activité et à l'exactitude avec lesquelles M. le souscommissaire Martin dirigea les approvisionnements, le ravitaillement de l'est et du nord du cercle de la Mahavavy fut assuré d'une manièie très satisfaisante.
Pour le sud-ouest du cercle, au contraire (région est du Fonjia), les difticultés furent extrêmes ; la région ou déserte ou minée n'offrait aucune espèce de ressource et aucun porteur ; il fallait constitue!- l'approvisionnement à trois mois des tioupes en opérations : d'une part, à Moiafenobé, au moyen de bouijanes de Tananarive, du Valalafotsy et il'Ankazobé, lourde et pénible opération qui fut dirigée par le capitaine Détrie ; d'autre part, à Ambalarano, au moyen de 30 mulets de Maintirano et des Makoas de la zone côtière. Cette opération, dirigée avec ténacité par le commandant Ditte, aboutit à temps et assura une liberté de manœuvres complète, mais elle exigea un effort énorme pour la population peu dense de Maintirano. La fermeté et l'influence du commandant et des officiers du cercle de Maintiiano forcèrent la bonne volonté des indigènes. De même que pour Mevatanana, les approvisionnements avaient été, conformément aux instructions du commandant du territoire, accumulés d'avance à ïaïuboliarana et à Maintirano par les soins de MM. les sous-commissaires Morel et Martin, son successeur.
Tel est le lésumé de la première période des opérations, c'e>t-à-diie de la péiiode d'opérations indépendantes pour les deux cercles de la Mahavavy et de Maintiiano, suivies de marches concentriciues aboutissant à l'investissement des |)rincipaux groupes rebelles dans la zone de conlacl constituéi- par les massifs du Fonjia et la chaîne noid du Bemaraha.
Le fi juillet, le ci (Mitre le commandant DitI opérations combinées ]iai
.. Les opé Maintiiano i
iida
nt du tcirit'
i>ir.'
élablissail
a Al
nbalai
laiio la liaison
le I
'1 Ir (Mpililil
■ lb)U\ii>, (
rt (.11
iNiail
la iH'riode des
irdi 1' siiivan
Ordrk
•es
rcs]iecti\('n
K ni
p.r le en.
nni;i
iidaiil
du cerclr .!,•
nni.
iMidanl du i
•rrcl
i-anne\i' (
Ir hi
Mali;
ii\av\ ont cil-
conscrit les robcllcs dans les zones montagneuses du Fonjia et du Bemaralia nord et sur les versants ouest du Bemaralia.
« Les i-ebelles semblent appartenir à deux groupements principaux : l'un, sous la direction de Tsisatray (dit Monrosy), occupant le Fonjia et la haute xallée du . Ranobé ; l'autre, sous la dii-ection de Tsabely et de Vazou, sur le versant ouest du Bemaralia, au sud du Manambalio. Ce dernier groupe paraît en relations avec les débris de la bande de Tsimametra, au nord du Manambaho.
« Le commandant Ditte et le capitaine de Bouvié, ayant opéré leur liaison effective le G juillet à Ambalarano, la zone rebelle se trouve encadrée dans un demi-cercle, ouvert vers le nord, formé par les postes de Tamboharana, Anipasiketaka, Bekoboky, Anjia, du cercle de Maintirano ; Ambalarano, Morafenobé, Ampandriambositra, Bekodoka, du cercle de la Maliavavy.
« Au nord, formant la corde de cet arc, les troupes du commandant Ditte et du capitaine de Bouvié, parties respectivement de Beravina et d'Ampandriambositra, marchent <à la rencontre l'une de l'autre, suivant la vallée du Ranobé.
« Les zones rebelles vont être nettoyées par une action du commandant Ditte et du capitaine de Bouvié, agissant respectivement, le preniiei' par le sudouest, le second par le sud-est.
« Première phase : Préparation de l'occupation du Fonjia. — Le commandant Ditte, partant de Maintirano, procédera au nettoyage du versant ouest du Bemaraha, au sud du Manambaho, et aboutira à Ambalarano, oîi il sera entre le 23 juillet et le i" août. Il prendra ses mesures pour qu'à la même date la pièce de canon soit amenée à Ambalarano, et pour que le ravitaillement du magasin constitué en ce point se poursuive de manière à pourvoir, et aux prélèvements que le capitaine de Bouvié lui indiquera, et à son propre ravitaillement. Il cherchera à avoir des intelligences avec les gens du Fonjia et, notamment, avec Monrosy.
« Le capitaine de Bouvié assurera une liaison étroite entre ses divers postes, assurera la sécurité absolue de la route d'étapes entre Ambalarano et Morafenobé, empêchera autant que possible toute infiltration de rebelles vers le sud, procédera à la constitution de deux groupes mobiles d'environ 60 fusils chacun, l'un à Morafenobé, l'autre à Ampandriambositra, et complétera leur ravitaillement à deux mois, tant par prélèvement sur le magasin d' Ambalarano que sur le pays. Il cherchera à entrer en relations avec les rebelles, de manière à provoquer, si possible, leur disjonction, leur rentrée partielle, et à amener une chance, si peu probable qu'elle soit, d'une solution pacifique. Il prescrira à ses postes du noi-d (capitaine Dulius) de rester dans l'expectative et de ne procéder à aucun mouvement risquant de provoquer une exode des rebelles vers le sud, tout en restant assez liés pour en préserver le Milanja. Le capitaine de Bouvié se trouvera de sa personne à Ambalarano, à partir du 25 juillet, pour y attendi-e l'arrivée du commandant Ditte.
" Deuxième phase : Occupation du Fonjia. — Entre le 23 juillet et le 1" août, le lieutenant-colonel se trouvei-a à Ambalarano avec le commandant Ditte et le capitaine de Bouvié, dont il centralisera les renseignements. Si l'éventualité d'une solution pacificjue doit être écartée, il sera procédé à la pénétration dans jt- massif du Fonjia :
OPÉRATIONS DANS LE ¥ TERRITOIRE EN 1898. 'à%\
« 1° Au sud-ouest et à l'ouest par le commandant Ditte, partant d'Anibalarano et de Vakianrano;
'( 2° Au sud-est et à l'est par le capitaine de Bouvié avec ses deux groupes, paitant de Morafenobé et d'Anipandrianihositra, en laissant 20 lioiunies de garnison à Ambalarano. ><
II. — 2'^ période : Opérations combinées, sous la direction du commandant de territoire, du 6 juillet au 18 août.
Occupation de la chaîne nord du Bemahara et du massif du Fonjia. —
Après rétablissement de la liaison entre le commandanl Dilte et le capitaine de Bouvié, le 7 juillet, à Ambalarano, la situation comportait ime iiremière phase d'attente pour les motifs suivants :
1° Le (louverneur général devait être le 14 juillet à Maintirano, où le coni- «mandant du cercle et le commandant ilu territoiie devaient le recevoir et lui rendre compte de la situation ;
2° Ce motif n'eût d'ailleurs pas suspendu les opérations, s'il n'y avait eu, en outre, pour ce temps d'arrêt, des i-aisons polititjues et militaires. Le capitaine de Bouvié, commandant du cercle de la Mahavavy, avait en etTet procédé à sa pénétration depuis la Menavava jusqu'au pied est du Fonjia, ;ivec une extrême rapidité.
Ses divers groupes avaient abouti, sans temps d'arrêt, aux points de Bekodoka (groupe Dubus), d'Anipandriambositra i groupe Troussellej, d'Anibalarano (gioupe de Bouvié).
Cette marche rapide jusipi'au j)ied des massifs occupés par les rebelles avait eu, ainsi ijuon l'a vu, les conséquences les plus heureuses ; mais il s'agissait maintenant de relier entre eux ces groupes, de constituer les ravitaillements pour la période suivante (car ils avaient marché en n'emportant (juc le strict nécessaire), de nettoyer la zone en arrière (jui .n'avait été que traversée sans être battue, et avant tout de dégager entièrement la route de Moi-afenobé — Anjia ; cette route avait été, jusque-là, constamment inquiétée par les rebelles, des courriers avaient été enbîvés, on n'y pouvait circuler qu'avec de forts détachements; or, il fallait (|u'elle devint absolument sûre, puis(iu'elle formait à la fois la ligne de lavitailleiuent des colonnes, la ligne de communication entre Ankazobé et .Maintirano, et la base des opérations qui allaient se poursuivre au nord. La période de trois semaines laissée au capitaine de Bouvié, par l'ordre n° 1, pour atteindre ces dill'érents objets, n'était donc ([ue strictement sufûsanle.
D'autre part, elle permettait au connnanilant Ditte, conunaiulant le cercle de Maintirano, tout en recevant et accompagnant le Gouverneur général, do constituer de son côté une colonne de 150 fusils et son ravitaillenu^it.
Enfin ce répit permettait d'essayer, au moyen d'émissaires, d'aboutir à une solution pacifiipie.
Le terrain. — La région occupée par les Sakabues insoumis entre la zone côtière et le pays pacifié par le capitaine de Bouvié avait, comme centre, le massif éruptif du Fonjia, massif isolé entre le Mananibaho et le Banoiié.
38^ troisie:me partie.
Au siul-oiiost lia Fonjia, rcxtréinité nord de la chaîne dn Bcmai'uha. Ni le Manainbaho, ni lo Ranohé ne sont navigal)les sur une partie notable de leui- parcours.
Situation politique. — Les chefs rebelles, rejetés par le eonmiandant Ditte dans rintérieur, se divisaient en deux groupes :
1*^ GROUPE. — Bibiny, sur le bas Mananibaho ; Vazou et Tsabely, k l'est de Tani])oharana ; Tsinianietra ;
2^ GROUPE. — Il dépendait de deux chefs principaux : Tsisatray, ditMonrosy, et la reine Fatoma.
Le Gouverneur général, en débarquant le 14 juillet à Maintirano, y ramenait libre la reine Bibiasso, déportée depuis un an k Nossi-Bé. Celle-ci s'employa à entamer des négociations avec les chefs insoumis.
Période d investissement et de reconnaissances du 5 juillet au 1*"' août. — Action préparatoire du capitaine de Bouvié. — Le cercle de la Mahavavy avait constitué trois groupes :
1" Groupe du capitaine Dubus à Bekodoka (partie disponible de la 5*^ compagnie malgache, 50 hommes, chiffre porté à 100 dans la suite);
2° Groupe du lieutenant Trousselle à Ampandriambositra (50 tirailleurs haoussas) ;
3° (iroupe du capitaine de Bouvié, 44 tirailleurs haoussas, 60 tirailleurs hovas (détachement du lieutenant Arbogast), à Morafenobé, avec un détachement à Ambalarano, où avait été amenée la pièce de montagne de Maintirano.
Pour exécuter le programme de liaison, le capitaine Dubus quitta Bekodoka le 6 juillet et, après trois jours de marche dans im pays désert, atteignit le 9 juillet le gros village de Tsimatiaromaty, où la rapidité de nos troupes et des négociations habilement conduites déterminèrent les habitants à rentrer et là fournir des guides. Un poste provisoire y fut laissé.
Affaire d'Azy (10 juillet). — Le 10, le capitaine Dubus atteignait la live droite du Ranobé, profondément encaissée et couverte de forêts. Il s'y heurtait au premier groupe de défense du Fonjia ; ce groupe, bien armé, bien approvisionné de munitions, ût une résistance énergique. Le capitaine Dubus le délogea de ses positions après un combat à travers bois. L'ennemi, après deux heures de lutte, s'enfuit vers l'ouest en abandonnant sur place 5 hommes tués, plusieurs blessés et un matériel considérable ; nous avions, de notre côté, 2 tirailleurs grièvement blessés. Le capitaine Dubus installa un poste en ce point, (|ui reçut le nom d'Azy, nom du chef de la bande.
Il se mit immédiatement en liaison avec Ampandriambositra, occupé par le lieutenant Trousselle, qui s'y était établi, comme on a vu précédemment, après deux combats livrés, les 22 et 24 juin, au chef Nevombelahy.
A partir de cette date, le capitaine Dubus, conformément aux instructions d'ensemble, installait fortement le poste d'Azy, y constituait, en se reliant avec Ankilahila, des approvisionnements pour deux mois et passait, le 25 juillet, le commandement au lieutenant Bastard, pour aller reprendre au nord, à Beko- <ioka, le commandement de son secteur dégarni de troupes et de cadres.
Le lieutenant Trousselle, à Anipaudrianibosilia, établissait sa liaison a\ee Morafenohé et, juscjuà la fin de juillet, rejetait tout ee (|u"il avait devant lui sur le Fonjia et le Raiiohé.
Le capitaine de Bouvié, tout en assurant la liaison de ses différents groupes et en constituant à Morafenobé son ravitaillement , tin'" d'Ankilahila et de Makarainga, s'occupait principalement de dégager les abords de la route de Tsinjorano h Ambalarano, séparés d'elle par le Manambalio, (jui n'est franchissable qu'en très peu de points ; les gens du Fonjia avaient cessé de l'intiuiéter, mais il n'en était pas de même des groupes inslalb's dans le IJemaralia nord et sur le Bemarivo. C'est du massif rocheux et du village fortifié d'Ampiketraha que semblaient partir toutes les alta(|ues.
Affaire d'Ampiketraha. — Le 17 juillet, le sous-lieutenaul Allard, parti d'Ambalarano à la tète de 30 hommes, et accompagné de M. Gautier, directeur de l'enseignement, arrivait à l'aube devant Ampiketraha. M. Gautiei-, connaissant admiral)lement le sakalave, voulut d'abord chercher h i)rovo(pier des soumissions en s'avançant à plusieurs reprises et en s'cxposant courageusement, mais ses derniers appels furent reçus à coups de hisil et le sous-lieutenant Allard attaqua le village ; la résistance fut longue, favorisée par les bois, et ne cessa que devant un mouvement tournant dessiné au nord ; les rebelles laissaient sur le terrain 3 morts, dont le gardien des bœufs de Monrosy, un troupeau de 220 tètes, 4 fusils, 1 é])ée-baïonnette modèle 188G et un nombreux butin.
A la suite de cette affaire, le capitaine (iallois, commandant le cercle dAnkavandra, demanda au capitaine de Bouvié son concours pour enlever la position d'Ananialaza, mamelon situé entre Maroabo et Morafenobé. Le lieutenant Vacher, officier de renseignements du cercle de la Mahavavy, prit le commandement d'une reconnaissance partant de Morafenobé, forte de 64 homnn-s, avec le lieutenant Arbogast et le maréchal des logis chef de cavalerie Marlic ; le 22 juillet, il coopérait avec le capitaine Gallois à l'occupation d'.Vnamalaza, ((ui ne résista pas. Le lieutenant Vacher poursuivit à l'ouest les rebelles, cpii l'accueillirent à coups de fusil dans trois villages successifs, mais sans y tenir, et se réfugièrent dans la forêt du Bemaraha. Le lieutenant Vacher rallia Ambalarano par .Vmpikeliaha.
Action préparatoire du commandant Dilte. — Le commandant Ditte avait concentré, le 27 juillet, à Andemba, une colonne forte de 140 miliciens, commandés par l'inspecteur Verriei-, et de 10 partisans.
11 était accompagné du lieutenant Charbonnel, son olTuicr île lenseignements, du lieutenant Gruss, officier de renseignements du 4'' territoiri>, et du l)rince Salim. Il se; dirigeait d'abord sur son poste de Bekoboky, dont la liaison directe avec Maintiraiio n'avait pas encore élé établie. 11 recevait le chef soumissionnaire Tsisavy, cpii lui déclarait qu'il n'avait plus au sud liu Manambalio (|u'un seul chef hostile, Bibiny, déjà nommé, réduit à (luelipies fusils. En ellel, le 30 juillet, à la traversée des bois, les honnnes de ce chef liraient (pielques coui>s de feu.
Le conunandant du territoire, |>aiti de son côté de Mainlirano le 29 juillet, accompagné du cai»itainc Uétrie et d'émissaires de Bibiasso, prenait le 31, à
Anjia, le capilaino Lauzuniie, qui venait d'y arriver, pour y installer le siège du nouveau secteur du Beniaraha. Le i" et le 2 août, suivant la chaîne du Bcniaralia jusqu'au Mananibaho, il recevait la soumission de tous les villages situés sur les deux versants. Ce résultat avait été préparé par les émissaires, qui avaient fait comprendre pour la première fois aux habitants, qu'enserrés de toutes parts entre les postes et les détachements, ils n'avaient plus d'autre issue. Tous les hommes de ces villages étaient bien armés, bien approvisionnés de numitions et dépendaient tous de Tsisatray. C'était le premier groupe indigène que nous arrivions à désagréger de ce bloc du Bemaraha et sa soumission ne s'est pas démentie depuis cette époque.
Le 3 août, le commandant du territoire retrouvait à Ambalarano le capitaine de Bouvié.
Occupaticn du Fonjia. — Le capitaine de Bouvié mit le commandant du territoire au courant de la situation. Elle s'était beaucoup précisée, grâce aux reconnaissances spéciales exécutées par le lieutenant Vacher, officier de renseignements du cercle de la Mahavavy et grâce aux renseignements recueillis par cet officier avec autant de métliode que d'habileté auprès des émissaires et des prisonniers. Il en résultait :
i° Que le Fonjia, dont toute la partie nord nous était cachée, était profondément déchiré, raviné, presque entièrement boisé, et se terminait sur le versant du Ranobé par trois éperons : nord-ouest, nord et est ;
2° Que les groupes rebelles s'étaient massés sur les versants sud c' sud-esl, dans lesquels ils occupaient, au milieu des bois, de nombreux villages, la plupart fortifiés. Ils tiraient de lu vallée du Ranobé leur ravitaillement, consistant en très peu de liz et surtout en manioc .
Le principal centre de résistance et, si l'on veut, la clef de la position, était formé par les villages de Bekieky, établis sur le versant sud-est, sérieusement fortifiés et dissimulés au sommet de pitons boisés se rattachant à l'ensemble du massif. Ils avaient pour chef le nommé Tsimanombiky, sorte de premier ministre de Tsisatray et chef religieux. C'était de là qu'était partie l'attaque qui avait, au mois d'avril, tué un sergent indigène de l'escorte du commandant Cussac (commandant le cercle de Miarinarivo).
Ce groupe se trouvait dans la zone d'action assignée au capitaine de Bouvié; la colonne Ditte devait arriver à Ambalarano le lendemain; le lieutenantcolonel décida donc que, dès le lendemain, le capitaine de Bouvié enlèverait cette position et lui donna l'ordre suivant :
Ordre n° 2.
« Le capitaine de Bouvié est chargé de diriger la pénétration du Fonjia par l'est et le sud-est. Il donnera des ordres pour ([ue les mouvements de ses divers groupes soient simultanés et aboutissent, le 7 août, à une prise de pied générale sur la crête est du plateau.
« Le groupe du Ranobé (lieutenant Bastard) suivra, partant d'Azy, le mouvement en progressant vers l'ouest, en restant lié aux groupes opérant sur le Fonjia, et en ne les dépassant pas.
OPÉRATIONS DANS LE 4« TERRITOIRE EN 1898. 38o
« Le capitaine de Bouvié, de sa personne, procédera le 5 à roccupation du village de Bekieky. Il prendra ainsi pied sur le vei-sant sud du massif et se maintiendra pendant cette opération en relation constante avec le lieutenant-colonel resté à Ambalarano.
« Il ne reprendra, de sa personne, la marche en avant, que sur nouvel ordre du lieutenant-colonel, de manière à lier son mouvement à celui du commandant Ditte, aussitôt celui-ci arrivé à Ambalarano.
« Ambalarano, 4 août. »
Le capitaine de Bouvié envoyait immédiatement ses ordres aux groupes d'Azy (lieutenant Bastard) et d'Ampandriambositra (lieutenant Trousselle) pour la reprise de l'offensive à l'ouest; quant à Bekieky, il résolut de l'enlever par surprise, par une marche concentrique et de nuit exécutée par le groupe de Moi\ifenobé (lieutenant Arbogast) et son propre groupe parti d'Ambalarano.
La surprise pouvait compenser l'inutilité qui avait été reconnue d'employer rartillerie, en raison des difficultés du terrain et de l'impossibilité de bien déterminer les objectifs dissimulés dans les bois.
Cette opération fut conduite avec la dernière vigueur. Le groupe Arbogast quitta Morafénobé le 4 dans la soirée, le groupe Bouvié quitta Ambalaiano ;\ minuit; le Manambaho fut franchi par les deux groupes hors des gués reconnus pour ne pas éveiller l'attention de l'adversaire et tromper sa surveillance. Hors des gués, la rivière est très encaissée et torrentielle, le passage fut extrêmement difficile, la marche de nuit qui s'ensuivit à travers bois fut très pénible, mais la surprise réussit : les deux reconnaissances attaquèrent le groupe de villages presque à la même heure, à l'aube. Le groupe Arbogast fut accueilli, dès le premier village, par une décharge générale, mais grâce à la surprise et à l'affolement des défenseurs, qui n'eurent pas le temps de se grouper, il l'enleva, ainsi que les trois autres villages qui lui faisaient face. Il n'eut qu'un blessé, le sergent Giocanti. Les Sakalaves se rejetèrent dans les bois en abandonnant 3 tués, 1 homme mortellement blessé, 6 fusils, toutes leurs provisions.
Le groupe de Bouvié :u-rivait en même temps jusqu'à 500 mètres du village de l'ouest sans être signalé. Une quarantaine d'hommes se jetèrent à la barricade qui défendait l'entrée du village et ouvrirent le feu, mais, couverts de feux de salve, ils se jetèrent dans les bois. Le chef s'échappa hâtivement de sa case, poursuivi de près par le maréchal des logis chef Mairie et le tirailleiu- Domingo, franchissant les premiers la barricade. En même temps, deux groupes conduits par les lieutenants Vacher et AUard se précipitaient aux deux autres villages. Les Sakalaves n'eurent pas le temps de se grouper : ce fut ime résistance isolée, une fusillade générale presijue à bout portant, partant des bois dans tous les sens. Un groupe qui se concentrait à une lisière en fut débusqué par le capitaine d'artillerie Dubois et M. Gautier. La poursuite, menée sinudianément par les groupes Bouvié et Arbogast, se fit à travers bois pendant quatre kilomètres. Les Sakalaves abandonnaient sur le terrain dix fusils dont un Snider, des lialles, des caitouchières, de nombreux emblèmes religieux et amulettes.
Pendant ce temps, un groupe sakalave, filant sous bois, cherchait h enlever le convoi resté près de la rivière, mais l'escorte le repoussa vigoureusement et le rejeta dans les bois.
Jusque-là, les Sakalaves s'étaient regardés comme inviolables dans leurs bois et dans leurs rochers. Cette brillante affaire, en les désillusionnant, les démoralisa complètement; mais si nos troupes, grâce à la surprise, n'avaient fait que des pertes insignifiantes, elles étaient exténuées par trente-six heures de marche consécutive dans le terrain le plus difficile.
Pendant ce temps, la colonne Ditte était arrivée à Ambalarano, et le lieutenant-colonel, ayant rejoint le capitaine de Bouvié sur la position enlevée, donna Tordre suivant :
Ordre n° 3.
« Bekieky, S août.
« Situation. — Le capitaine de Bouvié a pris pied le 5 au matin sur la rive droite du Manambaho, au pied sud du Fonjia, au village de Bekieky, occui^é par les rebelles et l'a enlevé.
(c Le 6, il continue son mouvement sur le versant sud-est du massif, de manière à prendre pied, le 7, sur la crête, que le groupe Trousselle, parti d'Ampandriambositra, doit atteindre par l'est le même jour.
« Le groupe Bastard, de la colonne de Bouvié, progresse en même temps vers l'ouest, sur le Ranobé, en restant lié au groupe Trousselle.
« Ordre. — Le commandant Ditte, arrivé le S à Ambalarano, y reposera sa colonne le 6.
« Il est chargé de la pénétration et de l'occupation du massif du Fonjia par le sud-est et l'ouest. 11 commencera son mouvement le 7 au matin. Il réglera la marche de ses divers groupes de manière à battre les versants boisés qui lui sont assignés et à aboutir le 8 sur l'éperon nord-ouest du massif.
(( Le capitaine de Bouvié prendra, le 8, le même objectif.
« Chaque commandant de colonne donnera les instructions les plus strictes pour que les groupes convergents ne se tirent pas les uns svir les autres.
« Une fois l'éperon nord-ouest atteint et le massif occupé, le lieutenant-colonel donnera de nouveaux ordres de détail, mais dans son ensemble le mouvement sera repris face au nord vers le Ranobé, l'occupation de cette ligne étant l'objectif final de l'opération.
<( Les commandants de colonne feront en conséquence leurs prévisions pour la marche et le ravitaillement. »
En exécution de cet ordre, le capitaine de Bouvié gravissait, le 6, le versant est, abrupt et complètement boisé ; le soir, il atteignait la crête sans avoir rencontré de résistance : tout ce qu'il avait devant lui la veille s'était rejeté au nord.
Le 7, à l'aube, le commandant Ditte rompait d' Ambalarano en trois groupes, celui de droite mené par le commandant lui-même, celui du centre par le lieutenant Gruss et celui de gauche par l'inspecteur Verrier, et abordait les pentes du versant ouest, en profitant de quelques clairières qui formaient comme des sillons à travers la masse compacte des bois. Toute une population y vivait établie, et, de toutes les lisières, partirent des coups de fusils ; mais comme à ce moment même les groupes de Bouvié apparaissaient sur la crête découverte du
plateau, il n'y eut pas de résistance; ce fut une fuite générale sous I)ois vers le nord, qui, malheureusement, ne put être poursuivie d'assez près pour recueillir des prisonniers à cause des difficultés extrêmes du terrain et des bois. Le 7 au soir, les troupes bivouaquaient sur la crête sud du plateau.
Le 8, elles atteignaient l'éperon nord-ouest donné comme point de rendezvous par le lieutenant -colonel.
Le 9, à l'aube, la marche était reprise vers le Ranobé en trois groupes : à l'ouest, le commandant Ditte; au centre, le lieutenant-colonel avec 50 fusils de la colonne Ditte, ayant une direction nettement nord ; au nord-est, le groupe de Bouvié.
Du 10 au 12, le massif du Fonjia fut battu en tous sens par les trois groupes. Un poste fut installé au point B, un autre sur le Ranobé à Ambindo. La liaison était ainsi établie entre Azy et Borevo, la ligne du Ranobé jalonnée de postes, et la soudure des doux cercles établie.
Les opérations combinées étaient terminées.
III. — 3° période : Organisation. — Opérations divergentes au nord (commandant Ditte) et au sud (capitaines Détrie et Lauzanne), à la suite de l'occupation du Fonjia, du 14 août au 1" septembre.
Le rôle du capitaine de Bouvié était terminé : la soudure entre son cercle et celui de Maintiriino, sur toute la zone de contact depuis la limite sud jusqu'au Ranobé, était solidement établie <à travers les massifs occupés précédemment par les rebelles.
Le lieutenant-colonel lui rendait donc sa liberté d'action en lui donnant, pour l'occupation définitive et la police du Fonjia, des instructions qui se résument ainsi ;
Établissement d'un quadrilatère de quatre postes :
1° Azy (1 sergent français);
2° Morafenobé (lieutenant Arbogast) ;
3° Amitalarano, reporté sur la rive droite du Manambaho (sous-lieutenant AUard);
A" Ampoza (lieutenant Bastard).
Liaison constante entre ces quatre postes.
Reconnaissances et patrouilles à travers le massif, ayant pour but d'empêcher tout centre do résistance de s'y reformer, d'y encourager au contraire toute reconstitution de -villages et de cultures.
But immédiat : repopulation du pays, reconstitution <les troupeaux, reprise des exploitations et des échanges avec la côte que les chefs do poste doivent provoquer et faciliter par tous les moyens.
La région du Ranobé constituée en secteur sous le conuuandenient du lieutenant iJastard, à qui incombe la mission de se relier avec Bekodoka, de résoudre les rassemblements hostiles restés sur la rive droite du Ranoi>o et d'utiliser pour la pacification les habitants du village d'.Vmpoza, déjà reconstitué.
Liaison constante avec le cercle de Maintirano, assurée d'une part par des relations suivies entre le lieutenant Bastard et le lieutenant Guillet; d'autre part, entre le lieutenant Allard et les postes d'Anjia et de Bekoboky,
Progression du commandant Ditte dans le nord de son cercle. — Le
lieutenant-colonel avait laissé, le 12, au commandant Ditte, les instructions suivantes :
Instructions.
« Le commandant Ditte reprend sa liberté d'action. Il continuera la pacification de son cercle en se conformant aux indications générales suivantes :
<( Liaison avec le cercle de la Mahavavy : le massif du Fonjia est attribué au cercle de la Mahavavy; la surveillance sur les versants sud et ouest en sera assurée par le poste à établir sur le versant sud au nord d'Ambalarano par le lieutenant Allard, la surveillance du versant nord par le lieutenant Bastard, qui devront se maintenir en liaison constante entre eux d'abord, en outre, le premier avec Anjia et Ambalarano, le second, avec le lieutenant Guillet. Le commandant Ditte s'entendra avec le capitaine de Bouvié, pour la détermination de la limite à l'ouest de la zone d'action de ces postes, tout le Bemaraha et ses deux versants devant rester entièrement dans le cercle de Maintirano.
« Aussitôt que le commandant Ditte aura occupé soit de sa personne, soit par l'un de ses officiers, l'embouchure du Sambao, il devra se mettre en relation effective avec le capitaine Dubus, dont le poste de Bekodoka est sur cette rivière, et, si possible, avec le capitaine Laverdure, commandant l'Ambongo nord.
« A cet effet, aussitôt qu'à Beravina il aura fixé son programme vers le nord, il en avisera les deux officiers précités.
« Il déterminera, de concert avec les capitaines Dubus et Laverdure, la limite de leurs zones respectives.
« Aussitôt en relations avec le capitaine Dubus, le commandant Ditte verra à assurer le ravitaillement de ce dernier par Nossi-Voalavo et le Sambao.
« Bivouac du Ranobé, 12 août. »
Dès le 20 août, le commandant Ditte rendait compte qu'il était arrivé le 19 h Beravina. Le 17, il avait atteint le village de Beïbo, qu'il avait trouvé en pleine paix sous le chef Tsimihila, qui lui avait confirmé le 18 sa soumission solennelle.
Il avait atteint, le 18, le poste de Berevo, établi depuis un mois au milieu d'un groupe entièrement soumis, dans un pays en pleine culture.
Le 19 au matin, il avait atteint Andonaka, ancien repaire de Tsimametra, enlevé trois mois auparavant ; il avait trouvé ce point repeuplé et les indigènes exploitant actuellement le caoutchouc. Il avait constaté que toute cette vallée du Ranoljé était très riche et bien cultivée, le fleuve navigable pendant la saison des pluies par boutres jusqu\à Beïbo, les chefs et les habitants franchement soumis et se mettant ii notre disposition pour le ravitaillement, la fourniture de pirogues, etc., en un mot la situation aussi satisfaisante que possible;
CCS résultats, dus à la politique excellente du lieutenant Gremillet, poursuivie de la manière la plus efficace par son successeur, le lieutenant (iuillet.
Opérations dans le Bemaraha, au sud d'ADjia. — Le 14, le commandant du territoire était de retour à Anil)alarano.
Les reconnaissances ordonnées par le capitaine de Bouvié, du 17 au 25 juillet, au sud du Manambabo, pour dégager la route d'étapes, avaient eu, comme on Ta vu, pour résultat de constater la présence de groupes considérables de rebelles dans le Bemaraha, au sud et à proximité d'Anjia. Ces reconnaissances s'étaient heurtées à des postes avancés situés à l'est et h une certaine distance de la forêt du Bemaraha, gardant tous les sentiers d'accès qui devaient vraisemblablement conduire au centre du groupement. Sur le versant ouest, les reconnaissances dirigées à partir du 5 août par le capitaine Lauzanne, nouveau commandant du poste, avaient constaté le même fait.
Bien qu'en principe le lieutenantcolonel eût limité son action à l'occupation du Fonjia et à la soudure des deux cercles, et eût réservé au commandant Ditte, à son retour du Milanja, le soin d'achever la pacification du Bemaraha jusqu'à la frontière du 2"= territoire, il était impossible de ne pas dégager, à une journée de marche au moins, le sud de la route d'étapes et de ne pas profiter de l'impression produite ;\ la fois par la soumission du Bemaraha noi'd et par la répression des rebelles du Fonjia, pour commencer immédiatement une action contre Monrosy et une désagrégation dos groupes qui rentouraient.
Cette action s'imposait d'autant plus que les renseignements représentaient ce groupe sakalavc comme démoralisé par la prise du Fonjia, affaibli par la misère et la variole, ébranlé par les soumissions déjà snnenues dans le voisinage, et divisé en deux partis : l'un disposé à la soumission, retenu surtout parla crainte de représailles de notre part; l'autre, irréductible, étroitement
CoinuKuidaiit DlTi'K, de l'Infanterie de Marine (1).
(1) Le connnandanl Ditio, qui déploya, pondant toiito l'année 1898, pc ur la pacification ot l'organisation de son cercle, une activité et une intoUigoncc dignes dos plus grands éloges, est mort à sa rentrée en France, en juillet 1899, des suites d'une maladie conlractéo aux colonies.
groupé autour île Monrosy. Mais celui-ci même, sérieusement malade, ne disposait plus de toute son influence et aurait même déclaré, au dire d'une captive hova, « que ceux qui en ont assez se soumettent, je resterai seul h défendre le royaume ».
Le lieutenant-colonel chargea le capitaine Détric de diriger vivement cette opération par le versant est, tandis que le capitaine Lauzanne, commandant le poste d'Anjia, combinant ses mouvements avec ceu\ du capitaine Détrie, occuperait les débouchés de l'ouest.
Le capitaine Détrie, accompagné de M. Gautier, parcourut le Bemaraha du 18 au 27 août, découvrit plusieurs campements sakalaves, fit des prisonniers, mais ne put rejoindre Monrosy lui-même. Bien qu'il eût été accueilli îi diverses reprises à coups de fusil, il ne riposta pas une seule fois, afin de capter, par la douceur, la confiance des indigènes.
Le capitaine Lauzanne installa le poste de Mangomba et améliora encore les résultats obtenus par le capitaine Détrie.
Opérations dans le Milanja. — Dans le nord du cercle, le commandant Ditte, arrivé le 19 août à l'embouchure du Ranobé, avait continué sa marche au nord, et atteint, le 29, Besalampy, résidence de la reine Kellé, sur le Sambao.
Pendant sa marche, tous les chefs établis entre le Ranobé et le Sambao lui confirmèrent leur soumission.
Le 30 août, il étiiit à Nossi-Voalavo.
L'occupation du Mi'anja fut sanctionnée par l'établissement de trois postes: Vilamatsa, Besalampy, Nossi-Voalavo.
Le 13 septembre il faisait sa jonction avec le capitaine Dubus, du cercle de la Mahavavy, au pied ouest du pic d'Ambohitrosy, au village d'Andabomadinika. Il déterminait avec cet officier la limite de deux cercles siu' le Sambao et installait un quatrième poste à Andabomadinika.
Le IS septembre, la soudure des deux cercles était donc ainsi établie au nord comme elle venait de l'être au sud et le programme donné par le Général en chef, pour la liaison des troupes de l'intérieur avec celles venues de la côte, sur toute la zone de contact, était intégralement rempli.
A la même date, le lieutenant AUard, commandant le nouveau poste d'Ambalarano, rendait compte qu'après avoir battu depuis quinze jours les bois du ■versant sud du Fonjia, avec le maréchal des logis d'artillerie Le Goff, il avait réussi, apiès quelques petits engagements, à mettre la main sur un certain nombre des habitants dispersés dans ces bois et à les déterminer à i-entrer. Comme confirmation, le lieutenant Arbogast, commandant le poste de Morafenobé, rendait compte que vingt-trois familles sorties du Fonjia venaient de se réinstaller autour du poste.
Résumé de la situation le 15 septembre. — A la date du 15 septembre :
1° La cùte (lu cercle de Maintirano est entièrement occupée jusqu'à la limite
de la province de Majunga et jalonnée de deux nouveaux postes, Nossi-Voalavo
et Vilamatsa, dont le rôle principal est d'empêcher toute pénétration d'armes
et de munitions;
2" Le cercle de la Mahavavy a atteint ses limites ouest sur toute la zone de contact avec le cercle voisin ;
3° La liaison effectuée est établie entre les deux cercles sur les trois lignes naturelles de pénétration :
a) Sur le Manambao, entre Ambalarano et Anjia;
b) Sur le Ranobé, entre Ampoza et Berevo ;
c) Sur le Sambao, entre Bekodoka et Andcibomadinika ;
4° Il subsistait encore trois taches non pacifiées :
a) Dans le cercle de la Mahavavy, entre Ampoza et Bekodoka, oiï est réfugié un groupe chassé du Fonjia.
b) Dans le cercle de Maintirano : la grande forêt à l'est de Tamboharana où sont réfugiés Vazou, Tsal)ely et Tsimametra,
c) Au sud-est de Beialitsy, la zone de la forêt du Bemahara où règne Fatoma, auprès de laquelle Monrosy semble s'être réfugié.
Lyautey.