I. — 0PÉRA.TIONS DU COMMANDANT ClÉRET
Le commandant Cléret disposait, pour l'accomplissement de sa mission, des effectifs suivants : \i° compagnie du 13" de marine, capitaine Butteaud ; 7» compagnie du 2^ malgache, capitaine Dudouis ; un peloton de la 8^ compagnie du l^"" malgache, capitaine Gesland; une compagnie de 300 miliciens.
Secteur d'Ihosy. — L'enlèvement du village rebelle d'Ivohiby, en décembre 1897, par le sous-lieutenant Garenne, commandant le poste de Ranohina, semblait avoir produit dans le secteur d'Ihosy un eifet salutaire. Aussi, les premiers mois de l'année sont-ils calmes dans ce secteur, sauf dans la partie occidentale.
De ce côté, la destruction de la bande qui occupait la forêt du Vohinghezo et l'occupation du territoire Imamono auraient seules ramené la tranquillité ; cette opération devait être l'objectif de la compagnie de légion Flayelle, à laquelle des détachements du cercle devaient prêter leur concours.
Malgré ses protestations de dévouement, le chef des Imamonos n'exerçait aucune poursuite contre les pillards du Vohinghezo.
Quant aux Baras-Vindas, leur chef avait envoyé à Ihosy des émissaires, pour affirmer sa soumission au lieutenant-chancelier Mouveaux, mais il ne faisait rien pour refréner les instincts pillards de ses sujets. Là encore, une action aurait été désirable, mais elle était momentanément au-dessus des moyens du commandant du cercle et devait être différée.
Enfin, les Maromenas, dans l'est, inquiétaient également par leurs vols les populations soumises.
De petites opérations de police maintinrent néanmoins le calme dans le secteur : elles furent entreprises au mois d'avril par les lieutenants Garenne et Defer.
Secteur de Tamo-Tamo. — Quoique ce secteur fût celui où notre pénétration était la plus récente, c'était celui qui devait fournir, cette année, le moins de difficultés.
A Tamo-Tamo, aucun incident grave n'était venu troubler la tranquillité du secteur depuis la création du poste d'Isoanala par le capitaine Lacarrière. Cet officier était en voie d'obtenir, dans cette région, des résultats sérieux, lorsque la mort vint l'arracher à sa tâche. Il fut remplacé provisoirement, dans son commandement, par le sous-lieutenant Conchon.
La situation se maintint plutôt en voie d'amélioration jusqu'au mois de mars, malgré quelques actes de pillage des Antandroy et des Antnivondro.
RAPPORTS SUR LA PENETRATION DANS LE SUD EN 1898. 39o
Secteur d'Ivohibé. — Dans le secteur d'Ivohibé,los causes de troubles étaient assez nomlireiises, mais c'étaient celles que nous avons citées, sans qu'il en ait encore surgi de nouvelles ; c'étaient, à l'est, les Hovahihy ny lantara et les Tambavalas ; au sud, les Maromenas de l'Ivondro,
Reconnaissance du lieutenant Boin contre les Tambavalas (31 janvier-1" février), — A la suite d'une action heureuse, dans laquelle il avait surpris les campements du chef des Tambavalas dissidents, Tsivoa, le garde principal de la milice Deshayes avait reçu la mission de créer un poste à Isapeza, d'y protéger les Tambavalas soumis et de maintenir dans la forêt les gens de Tsivoa.
Les renseignements fournis par deux prisonniers ayant appris que ce dernier, ses deux fils et les principaux chefs s'étaient établis avec 60 hommes environ dans des campements provisoires situés à 2 kilomètres de la lisière de la forêt, le lieutenant Boin, commandant le secteur dlvohibé, voulut tenter de les surprendre.
La reconnaissance de cet officier fut malheureusement éventée ; il se trouva en pleine forêt aux prises avec plusieurs groupes de rebelles audacieux qui le harcelèrent de fort près pendant sept heures. C'est au cours de cet engagement et aux côtés du lieutenant Boin, que le frère d'ïsambo fut mortellement blessé. Le lieutenant Boin réussit néanmoins à chasser les rebelles et à s'emparer de 12 fusils.
Création du poste de Ranotsara. — Attaque de la reconnaissance du souslieutenant Jacquier (20 février). — La tranquillité de la ligne Ivohihé — Ihosy ayant permis de réduire la garnison du poste de liaison d'Analavoka, le commandant Cléret résolut de se relier à Betroky par un raccourci et d'employer les miliciens devenus disponibles à l'occupation d'un point à déterminer sur la ligne d'Ivohibé-Betroky.
En conséquence, il chargea le sous-lieutenant Jacquier, officier de renseignements du cercle, de la double mission : 1» de déterminer l'emplacement d'un poste aux environs de Ranotsara (sur la rive gauche de l'Ionaivo et au coude qu'il forme environ 40 kilomètres avant son embouchure dans la Manarara); 2° de rechercher au delà de ce point un chemin pour relier aussi directement que possible Ivohihé à Betroky.
La première partie de sa mission accomplie, le sous-lieutenant Jacquier se met en marche vers le sud-ouest avec une faible escorte. Mettant à profit les données des itinéraires reconnus antérieurement par le capitaine Lefort, la reconnaissance remonte la rive gauche de l'Ionaivo. Dès le premier jour, son chef constate (|ue les Maromenas se refusent systématitiuement .\ entrer en relations avec lui; les villages sont abandonnés, les troupeaux ont disparu.
La reconnaissance atteint le 20 février le village de Saroka; le chef et tous les habitants se sont retirés sur les hauteurs qui le dominent. Dans la nuit du 20 au 21, le petit détachement est attaqué dans le village par un groupe d'indigènes qui se sont faufilés par des issues que dissimulaient des cactus mobiles. Un combat corps à corps s'engage, les rebelles sont refoulés. Deu\ heures après ils reviennent à la charge; le sous-lieutenant Jac([uier les repousse définitivement.
Le sous-lieutenant Jacquier, en raison de la faiblesse et de riioslililé des
habitants, jugea plus sage de ne pas continuer sa marche sur Betroky et de revenir à Ranotsara. Au cours de la marche de retour, il était assailli à plusieurs reprises par les rebelles et, malgré deux tirailleurs tués, se tirait heureusement de cette situation difficile.
Néanmoins, l'installation de Ranotsara fut achevée dans les premiers jours <lc mars et le poste constitua un premier point de surveillance de la vallée de rivondro.
Quant aux Maromenas, ils devaient, quelques semaines plus tard, être durement punis de ce guet-apens par un sanglant échec à Tattaque du poste de Ranotsara.
Effervescence chez les Hovalnhy ny lantara. — Création des postes d'Antombohobé et d' Antananarivokely . — Attaque du poste d'Antombohobé (31 mars). — Des envoyés d'Inapaka, chef du Vohinghezo, avaient été signalés dès le mois de février chez les Hovalahy ny lantara, demandant l'aide de Tsivolany et de ses guerriers. Sans entraîner personne, ils réussirent néanmoins à créer une certaine agitation. Cependant la majorité de la tribu était pour la paix et donnait un signe manifeste de ce sentiment en allant présenter à l'administrateur de Fianarantsoa des griefs qu'elle avait contre les Baras-Menarahakas. M. Besson les renvoya au cercle des Baras ; avant même que le différend ait pu être examiné, les Menarahakas étaient attaqués, expulsés et leurs troupeaux enlevés.
M. Besson, craignant une prise d'armes générale, se dirigea le 23 mars, avec une reconnaissance de 100 miliciens, à Antananarivokely pendant que le lieutenant Boin et le garde principal Deshayes se portaient dans la vallée de la Menarahaka. Cette apparition de forces suffit à faire rentrer dans l'ordre la majorité des révoltés, à l'exception des Zaflmbolamenas, qui allèrent s'établir dans les grottes séparant la vallée de la Menarahaka de celle de l'Iantara.
Les Menerahakas furent réintégrés dans leurs rizières, mais le calme ne resta qu'apparent.
Le commandant Cléret avait jugé prudent de créer un poste à Antombohobé, chez les Hovalahy ny lantra, pendant que l'administrateur en chef Besson en installait un à Antananarivokely pour renforcer la ligne d'Ivohibé — Fianarantsoa.
Le 31 mars, le nouveau poste d'Antombohobé fut attaqué dans la nuit par 50 guerriers zafimbolamenas, qui furent repoussés par le garde principal Deshayes, sans que nous ayons eu à subir aucune perte.
Attaque du poste de Ranotsara (21 avril). — Quelque temps après, alors qu'une accalmie semblait se produire chez les Hovalahy dissidents et les Tambavalas, l'avis parvenait à Ivohibé que, dans la vallée de la Menarahaka, les Maromenas cherchaient à soulever contre nous plusieurs villages iantsantsas et baras-bé, limitrophes de leur territoire.
Déjà les courriers envoyés tous les quatre jours à Ranotsara ne parvenaient que très irrégulièrement à destination, souvent arrêtés en route.
Le commandant Cléret dirigea, le 21 avril, le lieutenant Boin avec 23 fusils pour vérifier le dire des émissaires, s'assurer de l'état des esprits et enrayer le mal dès le début.
La nuit qui suivit son départ, le lieutenant Boin, sur l'avis que le poste de
Ranotsara lui-même était attaqué, modifla avec beaucoup de décision ses instructions premières et se dirigea d'abord et en toute hâte vers le sud.
Le 23 avril, il arriva subitement en vue de Ranotsara au moment oîi le poste que commandait le sergent Latapie était attaqué, après avoir été investi pendant deux jours par les Maromenas, aidés de 80 Tambavalas et des habitants de quelques villages iantsantsas et baras-bé ; les assaillants, au nombre d'environ 600, avaient construit près de 300 mètres de tranchée dans la nuit du 22 au 23, à une centaine de mètres de la palissade du poste. A deux reprises, ils s'étaient approchés en rampant pour essayer, mais vainement, d'atteindre les défenseurs bien abrités derrière le talus, et tenter l'assaut. Ils furent repoussés par deux feux de salve bien dirigés.
Enfin le 23, à 9 h. 30, la sentinelle du mirador signalait l'arrivée d'un groupe dans la direction du nord ; les assaillants le prirent pour un renfort et sortirent de leurs tranchées. C'étaient 25 Baras auxiliaires armés qui éclairaient le détachement du lieutenant Doin. Celui-ci, qui suivait de près, installait rapidement sa troupe sur le versant d'un ravin qu'occupaient les rebelles et ouvrait sur eux un feu rapide.
Le sergent Latapie, énergiquement secondé par le caporal Leroy, sortait aussitôt du poste avec 2S fusils et s'installait sur l'autre versant du ravin croisant ses feux avec ceux du lieutenant Boin. Les Maromenas lâchèrent pied on désordre et furent poursuivis jusqu'à deux kilomètres du poste.
n. — Opérations du commandant Michard.
Au !'=■• juin 1898, le commandant Michard, qui avait remplacé le commandant Cléret, arrivé au terme de son séjour colonial, disposait des effectifs suivants :
Une section d'artillerie, lieutenant Dcfer ;
La 11" compagnie du 13* de marine, capitaine Butteaud ;
La 2* compagnie du 1"' malgache, capitaine Martinaud ;
La 7" compagnie du 2* malgache, capitaine Dudouis;
Un peloton de la 8* compagnie du 2» malgache, capitaine Gesland ;
Une compagnie de milice à l'etlectif de 300 hommes.
Ces forces étaient réparties dans trois postes du cercle, sauf la 2* compagnie du !«■■ malgache, tenue rassemblée à Ivohibé, dans la main du commandant du cercle.
C'est, en effet, dans le secteur d'Ivohii>é qu'il paraissait le plus urgent d'agir.
Le détail du programme d'opérations comprenait deux parties :
1° Consolider les communications d'Ivohil)é avec Fianarantsoa, les rétablir avec Farafangana, châtier les populations rebelles du haut Luitara, puis les Tambavalas, occuper enfui solidement le secteur d'Ivohibé et assurer sa parfaite jonction avec les provinces voisines. Pondant ce temps, niaiiUonir iiartout ailleurs le slalu quo ;
2" Porter les eflorts des troupes restées disponibles sur le secteur dlliosy, dont les richesses en bœufs sont la proie (|ue guettent tous les pillards des régions voisines. Comme corollaire, occuper le pays des Vindas et assurer, si
possililo, l;i liaison des secteurs d'Ihosy et de Tamo-Tamo avec la province de Tuk^ar.
Répression des Hovalahy nij lantara et des Zafimbolanienas. — Deux raisons principales déterminent le commandant Michard à porter ses efforts contre les bandes établies dans le massif rocheux et boisé de l'Andringitra, entre le haut Menarahaka et le haut lantara.
La première, c'est qu'en infligeant un échec aux Hovalahy ny Tantara, nous portions un coup sensible à la renommée de cette tribu turbulente, réputée une des plus guerrières du sud et nous donnions aux autres rebelles comme aux gens soumis un exemple des plus salutaires ;
La seconde, c'est que les Hovas s'étaient, il y a 30 ans environ, à l'époque où ils essayèrent en vain de soumettre les Baras, heurtés sans succès contre le village fortifié d'Iaritsena.
Nous devions, sous peine de voir compromis notre prestige et les résultats acquis, tenter d'obtenir un résultat dififérent.
En conséquence, le commandant Michard forme trois détachements chargés :
Le premier, sous ses ordres directs, d'enlever le village d'Ambohitsabo, puis d'attaquer les grottes d'Iaritsena ;
Le deuxième (capitaine Martinaud), de tenir en respect la population du haut lantara ; prendre à revers, si l'état des chemins le permettait, les rebelles attaqués de front par le commandant Michard ;
Le troisième (capitaine Jacob), de surveiller le débouché nord des grottes d'Iaritsena.
Le commandant Michard, parti le 7 juin d'Ivohibé, enlève le 8, après l'avoir bombardé avec des obus à la mélinite, le village d'Ambohitsabo, puis le 12, après une sérieuse préparation par l'artillerie, les grottes d'Iaritsena.
Les jours suivants, la jonction est faite avec les deux autres détachements, malgré les difficultés considérables dues à un terrain extraordinairement tourmenté.
A la suite de ces opérations, qui eurent beaucoup de retentissement dans le pays, tous les villages de la rive droite de l'Iantara furent réoccupés par leurs habitants.
Répression des Tanalas de la rive gauche de l'Iantara.— L'Iantara descend à peu près perpendiculairement sur la communication d'Ivohibé— Farafangana.
Continuant l'exécution méthodique du programme fixé par le général en chef, le commandant Michard, après la leçon infligée aux tribus de la rive droite, se décide à agir contre les clans de la rive gauche, qui sont un souci continuel pour la sécurité des communications du cercle avec Farafangana.
Le 2 août, il envoie un fort détachement, aux ordres du capitaine Butteaud, dans la forêt de l'Andringitra, théâtre des dernières affaires.
Cette reconnaissance constate que les villages récemment enlevés ont été détruits ; la traversée de la forêt s'effectue sans incident.
Le 4 août, le capitaine Butteaud débouche sur l'Iantara. Le lieutenant Sénèque reçoit alors la mission de déterminer les rebelles à se soumettre de bon gré, et, en cas de non-réussite, de reconnaître les villages qu'ils occupent encore.
Les ouvertures pacifiques qui leur sont faites ayant été repoussées, le lieutenant Sénèque marche sur Imahabo, que les rebelles incendient à l'arrivée du détachement.
De là, le lieutenant Sénèque rayonne et reconnaît l'emplacement des villages de Marotsiriry, dlvilivily et d'Ivatovory.
Le commandant Michard, parti d'Ivohibé le 7, fait sa jonction le 9 avec le détachement du lieutenant Sénèque.
Il fait canonner et occuper successivement les villages de Marotsiriry le 9, d'Ivatovory le 10, que les rebelles brûlent et évacuent. La création du poste d'Iampasika consolida les résultats acquis.
Répression des Tambavalas. — 11 ne restait plus au commandant Michard, pour compléter le dégagement de la route de Farafangana, qu'à infliger une leçon aux Tambavalas dissidents, cantonnés dans la forêt au sud de la route.
Après avoir donné au chancelier (lieutenant Boin), en octobre et en novembre 1897, les premiers gages de soumission et fourni des travailleurs pour la construction du poste d'Ivohibé, les Tambavalas abandonnèrent brusquement leurs villages; à la création du cercle, en décembre 1897, dès qu'il fut question du désarmement, Tsivoa, leur roi, alla s'établir en pleine forêt, d'où ses guerriers inquiétaient les communications avec Farafangana et partaient pour opérer des razzias chez les tribus soumises.
Du 30 août au 5 septembre, une série de reconnaissances faites à l'ouest de la forêt et jusqu'à la Mananara, donne la certitude que les Tambavalas, après avoir envoyé une grande partie de leurs troupeaux sur la rive droite de la Mananara, se disposaient à résister dans la forêt.
Le commandant Michard confie alors au capitaine Debon la mission de reconnaître et de fouiller le massif boisé de l'ivondrokely.
Cet officier dispose de la compagnie Martinaud, 160 tirailleurs, 8 soldats européens et de 50 miliciens, soit 218 fusils.
La reconnaissance arrive à 10 heures devant cette montagne isolée et boisée de 14 kilomètres de tour. Un village qui en occupe le pied est brûlé par les rebelles, qui se retirent ensuite dans les abords du massif.
Des reconnaissances sont envoyées dans diverses directions et occupent trois villages sans résistance sérieuse.
Vers 3 heures, le détachement arrive sur les derrières du village retranché d'Ibemapay, clef de toutes les positions du massif. Le capitaine Debon en décide l'enlèvement. Pendant que le capitaine Martinaud menace le flanc gauche, le lieutenant Thiébaux va poser deux pétards à la mélinite sous la porte d'entrée. L'assaut est donné. Les lieutenants Quintard et Jacquier forcent le passage des deux côtés. Les rebelles s'enfuient, poursuivis vigoureusement par les diflérents groupes. Ils abandonnent trois des leurs sur le terrain.
Une reconnaissance, dirigée par le lieutenant Séiiè([ue, avait rencontré un groupe de rebelles et l'avait délogé à la baïonnette.
Le 8 septembre, le massif est fouillé. Les rebelles ont gagné la grande forêt.
Le commandant Michard se porte alors, le 10 septembre, vers la grande forêt. La colonne, forte de 250 fusils et d'une pièce d'artillerie, s'y engage le 11 septembre; le 13, elle arrive à proximité du village de Bemompo, repaire
de Tsivoa. Un emplacement pour la pièce est trouvé ; le lieutenant Thiébaux peut ainsi canonner le village, qui est ensuite enlevé à la baïonnette.
Création des postes d'Iaholanga et d'Ifandana. — A la suite de ces affaires, deux postes sont créés, l'un à labolanga, au sud-ouest d'Isapeza, l'autre à Ifandana, sur la route la plus facile et la moins dangereuse d'Ivohibé à Farafangana, c'est-à-dire sur la véritable ligne de ravitaillement du cercle.
Ces deux postes reçoivent aussitôt des soumissions partielles, mais le vieux roi Tsivoa reste irréductible. Au cours des pourparlers, il envoie son frère, sa sœur et un de ses fils au lieutenant commandant le poste d'Iabolanga ; luimême ne paraît pas, par crainte sans doute plutôt que par fierté. Aussi le commandant du cercle se voit-il dans l'obligation d'envoyer contre lui le capitaine Venel avec un détachement de 172 fusils et une pièce de 80.
Du 18 au 27 novembre, la forêt est traversée en tous sens, sans qu'il nous soit opposé de résistance ; les derniers campements sont détruits.
Chassés de leurs positions fortifiées, errant dans la forêt en désordre et sans vivres, dans l'impossibilité de nuire désormais, les derniers Tambavalas sont à bout de résistance et leur soumission semble n'être plus qu'une question de
temps. Quelques semaines plus tard, Ikandrezy, deuxième chef des Tambavalas,faisait d'ailleurs sa sou- ' mission.
Affaire d'Iaropotsy. — Un événement regrettable, mais heureusement sans suite, se produisait en même temps sur la limite du cercle et du district autonome d'Ikongo (province de Farafangana), que dirigeait avec distinction depuis un an le lieutenant Clavier.
Fin septembre, les Antebetonas, tribu de cette province, refusent de payer le modeste impôt qu'ils ont accepté jusque-là et se réfugient dans le massif boisé d'Iaropotsy, formant la limite entre le cercle des Baras et la province de Farafangana, appelant à eux tous les gens désireux de conserver leur indépendance.
L'administrateur Cardenau, chef de la province, prévenu par le commandant du poste d'Ankitsika, se porte siu- les lieux et y concentre tous les hommes des postes de sa province dont il peut disposer.
Le 26, 140 fusils se trouvent rassemblés à Fierenana, à deux heures d'Iaropotsy, position où les rebelles se fortifient. Le 27 au matin, le sergent Désarménien, commandant le poste voisin d'Iam-
Sergent DESARMENIEN, de l'Infanterie de Marine.
patika (du cercle des Baras), prend la décision de concourir à faction et se met en marche sur laropotsy avec un faible détachement ; il se heurte, avant Tarrivée des autres détachements, à la position des rebelles et, après une lutte de plusieurs heures, succombe héroïquement avec quelques-uns de ses hommes.
Le même jour au soir, arrive à Fierenana un renfort de 58 tirailleurs, commandés par le lieutenant Clavier.
Cet officier recueille le détachement du sergent Désarménien, mais se heurte à une résistance imprévue.
Le commandant Michard dépèche à Limpasika le lieutenant Quintard, avec un renfort de 40 fusils. Cet officier arrive le 2 octobre à Fierenana. L'opération est reprise et, après un combat acharné, le village d'Iaropotsy est enlevé. Malheureusement, le lieutenant Clavier, blessé mortellement au feu, mourait quelque temps après.
Ce succès avait démoralisé les Antebetonas, qui entamèrent des pourparlers immédiats de soumission.
Le 6, ils rapportèrent 9 fusils à tir rapide, 9 fusils à pierre et 50 sagaies.
Le capitaine Debon arrive le 7 au soir, avec un nouveau renfort et une pièce d'artillerie.
Le 8, 160 hommes, 200 femmes et enfants se rendent à discrétion. La tribu est sévèrement châtiée.
Cette rébellion inattendue n'eut aucune répercussion sur les tribus tanalas de TLintara, qui prêtèrent au contraire le concours de leurs
hommes pour les transports nécessaires aux détachements qui venaient d prendre part à cette affaire.
Lieutenant CLAVIER, de l'Infanterie de Marine.
Secteur d'Ikosy. — En mai 1898, quatre postes seulement gardaient le secteur d'Iliosy, long de 250 kilomètres nord-sud, sur 133 kilomètres est-ouest.
A vrai dire, nous n'en connaissions que les grandes artères. A droite et à gauche de celles-ci, de vastes espaces étaient inconnus.
Diverses petites opérations amenèrent un progrès sensible dans la pacification de ce secteur.
Le lieutenant Sénècjue surprit, le 26 septembre, après une marche de (piinze heures, le repaire d'Andramitra , perdu à l'extrémité nord-est du plateau désert de l'Horombé.
A 40 kilomètres au nord-ouest de Detroky, dos dissidents s'étaient installés à Arubatoinitatra.
L'ininumité dont ils semblaient jouir pouvait devenir dangereuse pour la tranciuiiiité des environs de Betroky. Aussi, le conunandant .Michard dirigea-t-i! contre ce village une opération qui le fit tomber entre nos mains le 20 novembre.
Enfin, à peu près à la même date, le repaire d'iambanabé fut enlevé après
que le lieutenant Robert eut fait, avec sa pièce de canon, une brèche aux retranchements. Le lieutenant Sénèque fut légèrement blessé dans cette afliiire.
Situation générale au l"^"" mars 1899. — L'affaire d'Iambanabé devait clore la suite des échecs infligés aux rebelles pillai-ds du cercle pour Tannée 1898.
Le 15 novembre, jugeant la situation du secteur d'Ivohibé suffisamment tranquille, le commandant Michard avait transporté le chef-lieu du cercle à Betroky, qui en est le point principal, offre l'avantage de se trouver au seuil des régions encore insoumises dans la direction de Fort-Dauphin et doit permettre d'exercer une pression politique plus directe sur les peuplades riveraines de la grande route d'Ihosy — Betroky— Fort-Dauphin, avec lesquelles nous n'avons encore pris qu'un contact superficiel.
Dans le secteur d'Ihosy, comme dans celui d'Ivohibé précédemment, les trois affaires d'Andramitra, d'Ambatomitratra et d'Iambanabé déterminèrent un mouvement de soumission sensible et qui semble continuer.
De nombreux points, des familles efiTrayées, des villages châtiés viennent faire amende honorable, demander à cultiver aux abords de nos postes et de nos routes, en promettant le calme et la docilité.
Cet exemple et la prospérité que le travail va apporter à nos nouveaux sujets ne peuvent qu'exercer une heureuse influence sur les tribus voisines. Les efforts de nos officiers tendent donc h généraliser ces cas et à écarter des gens paisibles toutes les causes d'inquiétude et tous les fauteurs de troubles.
20 CERCLE DE TULÉAR
Opérations en 1898.
Programme de j)é)iétration. — Le principal obstacle à rexpansion clans l'hinterland de la province de Tuléar, était le rassemblement du Yohinghezo, massif montagneux et boisé situe au confluent Malio — Mangoka.
M. Estèbe, administrateur de la province de Tuléar, avait donc pour mission :
1" De disperser les rassemblements qui occupaient le massif boisé du Yohinghezo, d'occuper ensuite solidement la région Imamono;
2° De poursuivre en outre les débris de la bande de Tompomanana, et, de concert avec le commandant du secteur
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