II. — Plan d'opérations
Le commandant du cercle dispose à ce moment des effectifs suivants :
La compagnie de légion du capitaine de Thuy <à Ambohibé.
La compagnie de légion du capitaine Comiot à Tuléar.
La compagnie de Malgaches du capitaine Génin à Tuléar et Beraketa.
Une compagnie de milice, disséminée dans la province.
Les trois premières unités vont prendre part aux opérations actives ; soit ibO fusils au total.
Il importe, avant tout, de ne pas disséminer les efforts en attaquant à la fois chacun des groupes rebelles, mais bien de les concentrer sur chacun de ces groupes, isolément, pour les écraser les uns après les autres.
La ruine de Tompamanana est le premier objectif : en raison de la haute Influence de ce chef, dont il a été question plus haut, de la nécessité de nettoyer d'abord la région côtière de la province avant de se lancer dans l'intérieur et de l'inutilité d'une intervention immédiate vers le Vohinghezo et sur l'Onilahy.
Tompomanana dispose d'une centaine de fidèles et des forces de Sanabo (1), son hôte à Befandriana ; il est appuyé au nord-ouest par Andriamananga, dans le delta du Mangoka, et au sud, par son fds Rebiby, dans les massifs difficiles de l'Analavelona : tous deux ont attaché leur fortune à la sienne. II est donc décidé que la première série d'opérations comportera, tout d'abord et simultanément, la ruine d'Andriamananga et celle de Rebiby ; puis la colonne du nord (Andriamananga) et celle du sud (Rebiby), de concert avecune troisième qui se concentrera à Betsioka, se diiigeront par une marche convergente sur
(1) Sanabo s'appelle aussi Laiab
Befandriana, où Tompomanana et Sanabo, isolés et cernés, ne pourront offrir une grande résistance.
Ce premier objectif atteint, on gagnera du terrain le long du iMangoka, on reconnaîtra et l'on occupera tout le pays jusqu'aux confins Imamono, on mettra en relations A)ikazoabo et Ambohibé, par voie fluviale et par voie terrestre : on pourra alors bloquer étroitement dans leur repaire les gens du Vohinghezo, et attendre, s'il y a lieu, que les commandants des cercles voisins soient prêts pour une action d'ensemble sur toute la région insoumise qui borde, vers ce point, les rives du Mangoka.
En dernier lieu, on reviendra au sud occuper solidement la ligne de l'Onilahy et pousser vers l'est un ou deux postes qui protégeront les Antanosy contre les incursions des Vindas; on préparera enfin la pénétration dans le pays Mabafaly.
Mais avant de lancer ses colonnes, et pour bien affirmer aux populations que les Français ne clierchent pas la guerre pour la guerre, (jue sils ont recours aux armes, ce n'est qu'à la dernière extrémité et pour punir seulement les fauteurs de désordre, ennemis de la population autant que les nôtres, le commandant du cercle fait répandre partout la déclaration suivante :
i< Le capitaine qui commande à Tuléar ne veut pas la guerre, mais il la fera, si cela est nécessaire, contre ceux (jui n'obéissent pas.
'< Avant de la comnicncer avec ses nombreux soldats contre ceux qui n'obéissent pas, il veut dire dans quelle erreur sont ceux (jui s'opposent aux Français et ce que veulent ceux-ci.
« Les Français sont établis à Madagascar pour toujours ; ils ne quitteront jamais le pays. Ils veulent faire cesser les vols de bœufs, de femmes, d'enfants, d'hommes ; ils veulent faire des routes et veulent que chacun puisse aller d'un bout du pays h l'autre sans danger. Ils veulent empêcher la guerre et le mal, en jugeant, avec des gens du pays, ceux qui font mal, et en les punissant. Ils veulent montrer de nouvelles cultures, et ceux (jui le voudront les cultiveront j»our manger ou pour vendre les produits. Ils veulent rechercher ce ([u'on peut vendre et que l'on trouve dans la terre, sur la terre, dans les forêts et les eaux et rindi(|uer aux habitants. Ce sera à l'avantage de tout le monde.
" Cela est-il Iden, ou non ?
<< Les Français ne veulent pas changer la religion ni les coutumes. Ils veulent que les indigènes paient l'impôt pour les dépenses du Gouvernement, mais ils ne feront pas payer un impôt trop lourd; les gens pourront le payer facilement.
Il Les terres qui appartiennent aux indigènes ne leur seront pas enlevées.
M Donc les Français >culcnt la lran(|uiilité de tout le monde dans les villages. Le capitaine fait venir des charrues pour montrer A travailler la terre avec des bœufs, ce qui va plus vite et ne fatigue pas les gens comme l'angady(l).II fait venir des charrettes pour montrer comment elles transportent
(1) Sorte de hM\e étroite et longue avec laquelle les Mai^jarlies relonrnent la tt et l'ont les Icrrassonieiits : ils la iiianii'iil très liabilenienl.
les marchandises que l'indigène porte péniblement sur l'épaule. II fait venir des graines nouTclles pour les essayer ; il fait rechercher tout ce que produit le pavs et qui pourrait se \endre. II ouvre des écoles et les enfants qui le voudront apprendront à lire et à écrire,
(( Il a déjcà commandé dans le nord de l'île ; les gens n'ont pas eu à se plaindre de lui ; mais, parce qu'il avait bien agi, ils ont au contraire regretté que le Général l'ait envoyé à Tuléar.
« Le capitaine espère que les gens de la province auront la même confiance en lui que les gens du Nord, qu'ils se regarderont comme ses enfants et les enfants de la France, car il veut les traiter comme un père traite ses enfants. Tout le monde peut s'adresser à lui avec confiance, comme un enfant s'adresse à son père.
« Que les gens égarés voient donc d'un côté ce que veut le capitaine, et de l'autre, les maux qu'attire la guerre. Les vieillards, les femmes, les enfants souffrent le plus ; les bœufs disparaissent, on ne cultive plus la terre. Tout le monde a faim et est malheureux. Pourquoi alors ne pas faire la paix, pour que tout le monde soit tranquille dans sa maison.
<( Tout le monde ne veut-il pas cette tranquillité comme le capitaine la veut » ?