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IV. — Opérations autour du Vohinghezo

i° Liaison d'Ankazoabo avec Mikoboko, Befandriana et Ambohibé : Mesures préparatoires. — 11 est essentiel, avant de s'engager dans l'intérieur, de mettre en liaison avec le reste de la province le pays Imamono, uni jusqu'ici à Tuléar par le mince cordon du Fiherenana.

Les postes de Mikoboko et de Befandriana sont les premiers jalons de deux nouvelles routes à reconnaître : le Mangoka, au nord, offre une troisième voie de pénétration à reconnaître et à occuper aussi.

En conséquence, le capitaine Comiot se porte de Mikoboko à Ankazoabo ; le capitaine Toquenne reconnaît la route de Befandriana— Amoina. Sur ces deux directions, les colonnes tombent presque au départ dans le pays Bara ; leur tâche est singulièrement facilitée.

En même temps, le sous-lieutenant Rapine, partant de Befandriana, descend au sud sur Manera et met ainsi en communication les nouvelles voies de pénétration dans l'intérieur qui viennent d'être reconnues.

Sur le Mangoka, le capitaine de Thuy décide l'occupation de Vondrové et la création d'un poste en ce point; il part de Tanandava le 18 août, avec 20 lé-

gionnaires et 50 tirailleurs ; le 49, son objectif est atteint; la population, bien préparée, fait un très bon accueil au détachement et s'emploie activement, dès le lendemain, à la construction du poste.

Mais il est indispensable de fonder un nouveau poste sur le Mangoka, à hauteur d'Ankazoabo, à deux jours à l'est de Vondrové, pour en maîtriser complètement le cours et pouvoir sans crainte utiliser cette \oie, que tous les renseignements laissent supposer navigable : d'autre part, le pays bara est découvert sur sa frontière nord, en face du Volambita ouest. Ces deux raisons décident Toccupation du point de Botaratsy, où un jjoste de milice est installé le 30 août : Ankazoabo est, dès lors, en communication avec Ambohibé par le Mangoka au nord, avec l'intérieur du pays par Befandriana à l'ouest, avec Tuléar au sud-ouest, par Mikoboko et par Mancra, et peut devenir une base d'opérations vers le Vohinghezo.

En prévision de cette éventualité, dès le 19 août, le commandant du cercle fait concentrer en ce point 3,000 rations européennes ; des magasins à riz ont déjà été répartis, par les soins de M. l'administrateur Marcoz, à Manera, Besavoa, Maromiandro, Ankazoabo et Belindo, destinés à subvenir au ravitaillement des troupes elles-mêmes et des bourjanes chargés de transporter leurs approvisionnements en vivres et munitions.

2° Pourparlers avec les rebelles et blocas du Vohinghezo. — Le commandant du cercle juge qu'une offre de soumission générale a quelque chance d'aboutir, et il entame les pourparlers par l'intermédiaire du roi bara Impoinimerina.

Les conditions posées sont : la remise des armes, l'abandon du repaire, une amende de cent bœufs. Cette capitulation est définitive pour les Imamonos relevant de la province; elle ne le sera, pour les Baras-Bé d'Inapaka et de Ramieba, qu'après sa ratification par le commandant du cercle des Baras dont ils relèvent. L'hospitalité leur est offerte, en attendant, sur le territoire de Tuléar.

Les négociations semblent d'abord devoir aboutir. Pour leur donner plus de poids encore, le capitaine Toquenne fait avancer ses troupes (colonne Comiot) portées à 100 fusils, dont 30 légionnaires, sur le repaire, et établit un poste à sept heures environ au sud de son emplacement, soit à peu près à hauteur des sources de l'Irevo à Manandrea.

C'est de là qu'il continue les pourparlers. Impoinimei'ina est mandé par les chefs rebelles pour les conduire au poste ; il se rend à l'endroit désigné pour le kabary ; Inapaka et Raûay sont là avec une partie de leur peuple ; ils offrent à Impoinimerina le bœuf qu'on sacrifie en pareille circonstance ; puis, au moment de partir pour Manandrea, surgissent une soixantaine de Tanalas du Volambita ; prévenus des intentions de leurs alliés, ils leur reprochent amèrement leur défection, leur rappellent les services rendus dans la lutte soutenue contre nous, les épouvantent par la description des supplices qui les attendent s'ils font aux Français une soumission que ceux-ci ne leur proposent que pour les tenir et les martyriser. iJref ils retournent les esprits, le kabary est rompu ; Impoinimerina juge inutile d'essayer un nouvel effort qu'il sait d'avance condanuié à l'impuissance.

Sans doute, il semble nécessaire, à ce moment, de mener sur ces irréducli-

bles une attaque à fond et de détruire par la force une résistance que les moyens pacifiques ne peuvent surmonter. C'est la première solution à laquelle s'arrête le commandant du cercle, puis il se ravise, en considération des raisons suivantes : il n'a que 80 fusils disponibles ; c'est peu pour tenter l'enlèvement de vive force d'un repaire où deux colonnes déjà n'ont pu pénétrer (l'une d'elles comptant cependant près de 150 fusils) et où les rebelles nous attendent, certainement renforcés par des gens du Volambita qui leur ont promis leur concours s'ils refusent de se soumettre ; par le seul fait que nous avons déjà échoué, le Vohinghezo et les gens qui le défendent ont pris une importance, que le calme des derniers jours a diminué, et qu'il ne faut à aucun prix relever en s'exposant, non pas à un échec, mais seulement à un demi-succès qui n'amène, par exemple, que l'évacuation partielle du massif : il y va de la tranquillité du pays imamono. Enfin, même en cas de succès bien net, la fuite des rebelles ne peut se faire que sur la rive droite du Mangoka, et le commandant du cercle de Morondava est trop occupé dans le nord de sa province pour songer à détacher vers le sud quelques troupes de couverture destinées à empêcher un exode possible vers le nord des bandes refoulées sur son territoire.

La seule action qui convienne est donc l'action lente ; en conséquence, il est créé une marche militaire du Vohinghezo sous le commandement du capitaine Comiot; son effectif est porté à 115 hommes et 1 officier (lieutenant Rose), et le poste de Betaratsy est mis sous ses ordres. Son programme lui est défini de la façon suivante :

« Sans attaquer les rebelles dans des positions qu'ils auraient choisies, le capitaine Comiot a pour rôle de les investir par des postes successivement créés, de telle sorte que, s'il y a lutte, cette lutte ait lieu sur des points choisis au contraire par le capitaine Comiot. Le but final est de border le Mangoka en se reliant avec Soaserano ».

Il faut en outre assurer le ravitaillement des troupes en opérations de ce côté, et prévoir des approvisonncments suffisants pour affronter sans crainte la saison des pluies. Le lieutenant Boucabeille i-eçoit l'ordre de descendre le Mangoka depuis l'embouchure de la Manandrea, de constater la navigabilité de ce fleuve, de compléter et de coordonner les renseignements recueillis sur son cours, et d'assurer, à Ambohibé, l'embarquement et le départ de cinq mille rations européennes à destination de Betaratsy. Cette reconnaissance réussit pleinement. Le lieutenant Boucabeille descend le fleuve en pirogue sans difficultés, confirme les dires des indigènes sur la possibilité de l'utiliser comme voie de ravitaillement, recueille en un mot, tous les renseignements désirables et expédie d'Ambohibé les approvisionnements demandés.

Pendant ce temps, le commandant du cercle, laissant le capitaine Comiot tout à la mission qu'il lui a confiée, descend vers le sud pour aller régler la situation sur l'Onilaliy (16 septembre).

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