‹ La pacification de MadagascarChapitre 74 sur 92 · NOGUÈS · texte numérisé non relu

NOGUÈS

Budget. — Electifs entretenus. — Le budget des dépenses du corps d'occupation pour chacun des exercices 1897 et 1898, s'est élevé à un chiffre moyen de 25,000,000 de francs.

Pour l'exercice 1899, le Parlement a A'oté une somme de 23,381,000 francs. Il est intéressant de rapprocher ce chifï'rc des effectifs entretenus.

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Voici quelle était la situation d'eliectif au l'"" février 1899 :

Officiers. Hommes.

Radiilloii (le l.'gion à 6 compagnies 31 i ,078

13° régiment (liiifantcrie do marine (12 compagnies . 50 ■1,571

Bataillon de la Réunion (2 compagnies) 4 127

Uégiment colonial (14 compagnies) 5d 2,163

l«''régimcnt do tirailleurs malgaches lOcompagnies) 48 2,270

4« batterie à pied 4 106

5» l»atterio de montagne 7 115

5« compagnie d'ouvriers 3 60

l'^, 2° et 3° compagnies de conilucteurs 15 844

13* et 14° compagnies du génie 9 54

2* compagnie de disciplinaires 2 99

Prévôté 2 113

En ajoutant les officiers II. C. du service d'état-major, de l'artillerie, du génie, le personnel du service de santé et des

services adunnisfi-alifs, on ari'ive, poiu' rens(Mnl)le du corps d'occupation, à un elfeclif (olal de i(»lt ol'liciers, 10,i3G lioinnies de troupe.

Le nombre des animaux était, à la même date de 76 chevaux, 1464 mulets.

Les crédits votés par le Parlement doivent faire face à toutes les dépenses imputables à l'entretien du corps d'occupation : solde, vivres, indemnité de marche, transports par mer et dans l'intérieur de la colonie, frais d'hospitalisation, constructions militaires, rapatriements, solde de congé en France (pour les troupes de l'armée de terre seulement), indemnités d'entrée en campagne.

Si l'on compare ces crédits aux effectifs, on estimera certainement que les dépenses ne sont pas excessives.

G. — Flottille locale.

La flottille du corps expéditionnaire de 1895 était, au commencement de l'hivernage, dans un état plus que médiocre. Le service intensif qui avait été demandé aux canonnières, pendant toute la durée de l'expédition, en avait rendu le plus grand nombre indisponibles. Quant aux chalands, on sait qu'ils présentaient un défaut capital : ils avaient été construits pour naviguer à la fois en ^ade et en rivière. Or, la baie de Bombetoke est souvent clapoteuse et même houleuse ; les chalands, n'étant pas assez élevés au-dessus de l'eau, se trouvaient à chaque instant en danger de couler ; plusieurs ont d'ailleurs sombré.

Leur avant carré ne remplissait pas de bonnes conditions pour la navigation en rivière, il offrait une trop grande résistance au courant, courant qui atteint au moment des hautes eaux jusqu'à S et 6 nœuds.

La base de ravitaillement du corps d'occupation ayant été transférée de Majunga à Tamatave dès les premiers mois de 1896, la flottille de la Betsiboka cessait donc d'avoir un rôle d'importance primordiale pour le ravitaillement, rôle

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qu'elle n'aurait d'ailleurs certainement pas pu jouer, étant donné son état d'entretien.

Néanmoins, il était toujours nécessaire d'avoir en service deux ou trois canonnières et quelques chalands sur la Betsiboka, pour le ravitaillement des troupes du Boueni.

Le personnel de la marine de l'Etat en service sur les canonnières, s'embarqua pour la France au mois de janvier' 1897, après avoir remis le matériel au service colonial. Il ne fut remplacé qu'au mois de mars par un personnel recruté dans la marine du commerce et placé sous les ordres d'un lieutenant de vaisseau en retraite.

L'absence de personnel technique coïncida malheureusement avec les deux plus mauvais mois de l'année ; le matériel souffrit considérablement du manque dentretien indispensable et subit encore de ce chef une notable dépréciation.

Trois canonnières seulement, la Vigilante^ Ylnvincih/r^ Yliifernalc purent être remises en service, et encore n'eurcnt-elles qu'un rendement insignifiant.

Le général Gallieni, au cours de son premier voyage d'inspection autour de l'île, s'embarqua à Majunga, sur \ Invincible, pour monter à Mevatanana. Cette canonnière était signalée par le commandant de la flottille comme le meilleur de ses bâtiments. Or, à peu de distance de Majunga, elle dut s'arrêter plusieurs fois pour réparer des avaries, et, à la suite d'un accident plus grave survenu à la machine, le Résident général se vit obligé de l'abandonner au tiers de son trajet, pour continuer son voyage sui' un petit bAtinuMil de la compagnie Suberbie.

En présence de ces constatations, le |{ési(hMil général nomma une commission présidée [)ar >L de la Valette, inspecteur des travaux j)ul)hcs des colonies, pour passer, au point de vue technicpie. nue inspcntion ininulieuse (hi nialéi'iel. Voici fjueh|ues extraits (hi ra|)p(»rl l'onnii pai- la conmiission :

« I,('s mcmliii •> dr I; mini>-iii>ii uni pu ;iC(|in'iir l;i iDiniclidii ipif Ir ni.ili'-

riel ne pouvait continuer à fonctionner sans présenter un danger constant et sans amener sa ruine à brève échéance.

<> La flottille est restée sans direction du 1" janvier M\91, époque à laquelle M. le lieutenant de vaisseau Crespin l'a remise au service colonial, jusqu'au 2 mars, date de l'arrivée de M. de Mornii.

« Ces deux mois sans surveillance technique ont été tiès préjudiciables au matériel.

« Le personnel de la flottille ne paraît pas être, en général, à hauteur de sa tâche. Il existe chez ce personnel des défauts tels que : indiscipline, indifférence, incompétence, inconduite même, très préjudiciables au service.

« La commission estime : qu'il y a lieu de ne pas maintenir en service le matériel de la flottille dans l'état où il se trouve actuellement, parce qu'il en résulte un danger pour le personnel, et que la remise en état du matériel sera de i)lus en plus difficile ;

« Qu'il serait indispensable de s'assurer le concours d'un personnel technique plus instruit et plus nombreux que celui qui existe actuellement, tant au point de vue de la conduite des bâtiments que des réparations à l'atelier ;

« Que pour donner un avis fondé sur l'utilisation du matériel, conformément aux termes du rapport de M. Wahl, ingénieur de la marine, et de la dépèche ministérielle du 2 avril 1897, il y a lieu de faire dresser un devis des réparations pour chacune des unités de la flottille, et un état des dépenses nécessaires au bon fonctionnement du matériel que l'on peut garder. »

Les conclusions de la commission, en ce qui concerne le matériel, furent malheureusement confirmées par le naufrage à Marovoay, dans la nuit du 6 au 7 juillet, de la canonnière Y Invincible^ transportant la compagnie de Haoussas du capitaine de Bouvié. Le personnel put être sauvé, mais le matériel fut entièrement perdu.

Quant au personnel de la flottille, il était, dans son ensemble, au-dessous de ses fonctions. Beaucoup d'agents durent être révoqués ou renvoyés en France, soit à cause de leur esprit d'indiscipline, soit pour inconduite, soit en raison de leur incapacité.

Dans ces conditions, c'eût été imposer une charge inutile au budget que de continuer à entretenir un personnel coûteux : le Ministre supprima la flottille de la Bctsiboka, par décision du mois de septembre 1897.

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Flottille (le la cote est. — A partir de raiince 1897, Tamatave devint , comme nous Favons dit , le port de ravitaillement du corps d'occupation.

La route de Taniatave à Tananarive suit la côte jusqu'à Mahatsara : dans cette partie du trajet, elle traverse un certain nombre de rivières ou d'embouchures de lagunes.

La rivière Ivondro est trop large pour qu'il ait été jugé possible de construire un pont. Une chaloupe à vapeur, empruntée à la flottille de Majunga, fut donc transportée à Ivondro au commencement de 1897, pour assurer les communications par tous les temps entre Ivondro et Ambodisiny.

Une autre chaloupe à vapeur, de la même provenance, lit le service entre Andevorantc et Mahatsara, point initial de la route de terre.

Ces embarcations, et les chalands qu'elles remorquaient, furent placés sous l'autorité du directeur des services de l'arrière (1), ainsi que le matériel servant aux embarquements et débarquements en rade de Tamatave.

Réorganisation de la flottille locale. — L'occupation par nos troupes des territoires insoumis de l'ouest devait conduire à une conception nouvelle touchant l'organisation de la Uottille locale. — En efl'et, la côte nord-ouest, du cap d'Ambre au cap Saint-André, et à un degré moindre, la côte ouest, du cap Saint-André au cap Sainte-Marie, ofl'rent une infinité de points propices au débar([uement, et accessibles aux boutres arabes et indiens ([ui y font un commerce actif de toiles, et surtout la contrebande de guerre.

11 était indispensable d'arriver à supprimer cette contrebande sur toute la côte, [)our diniiiiucM" les elforts à deniaïuhM" au corps d'occupation.

(1) Un colonel, placé à Tamatave comme directeur des services de l'arriiVe, a\ait dans SCS attributions le functionneuient du service du ravitaillement sur la route

délaiies.

Or la division navale, pas plus que les postes de douanes, ne pouvaient suffire à cette tâche. Il est impossible en efTet d'installer un réseau douanier assez serré pour la multiplicité des points à surveiller. Quant à la division navale, son rôle consiste à montrer notre pavillon dans les divers ports de l'océan Indien et à faire face aux incidents qui peuvent y survenir, bien plus qu'à croiser sur les côtes de Madagascar. D'ailleurs ses bâtiments, généralement d'un assez fort tirant d'eau, ne peuvent aller partout.

Il faut donc une flottille spéciale pour assurer la surveillance de la côte ouest, contribuer à la pacification des tribus guerrières qui l'habitent et relier les différents postes militaires de la côte suivant les circonstances de guerre ; il faut que cette flottille soit locale^ c'est-à-dire aux ordres du Gouverneur général, de manière qu'il y ait unité d'action entre les forces de terre et les forces de mer.

Quels doivent être les éléments de cette flottille? Le type de bâtiment mixte pouvant servir à la fois sur le littoral et en rivière, est une conception irréalisable qu'il faut écarter de prime abord ; l'expérience de l'expédition de 1895 a même prouvé qu'il n'est pas prudent d'avoir un bâtiment à deux fins pour rivière et pour des baies aussi ouvertes que celle de Majunga.

Il est donc indispensable d'avoir :

1° Des avisos d'un tirant d'eau moyen leur permettant de s'approcher des côtes et de pénétrer dans les baies ;

2° Des canonnières de rivières.

AvUo. — Un seul bâtiment de ce type est pour le moment nécessaire. L'aviso \ Etoile^ qui a été mis par le département à la disposition de la colonie, est arrivé à Majunga en avril

Il servira à plusieurs fins ; cet aviso facilitera la tâche du commandement, en permettant aux commandants des cercles côtiers de se transporter d'un point à un autre rapidement et

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quand le besoin s'en fera sen/ir ; il portera des renforts et des approvisionnements là où ce sera nécessaire et au moment voulu ; — il surveillera la côte et empêchera la contrebande de guerre ; — enfin il ravitaillera en vivres, munitions et charbon les canonnières ou canots à vapeur en service sur les fleuves do la côte.

Canonnières. — La tranquillité dont jouit actuellement la côte nord-ouest, n'exige aucun moyen spécial pour la surveillance de ses fleuves.

Au contraire, les peuplades sauvages et bellicjueuses de la côte ouest n'ont pas encore toutes reconnu notre autorité : nous avons dû installer de nombreux postes pour maîtriser le pays, principalement le long des fleuves ou rivières ; c'est en eifet dans les vallées qiie la population est la plus dense et que se trouvent les cultures et les pâturages.

De tous les cours d'eau de la côte ouest, la Tsiribihina. formée au débouché du Betsiriry par la réunion de la Mania et du Mahajilo, est de beaucoup le plus important. (Test une voie de pénétration commode qui pourra devenir un jour une artère commerciale de premier ordre. Son importance était soupçonnée avant notre arrivée dans le pays : les indigènes racontaient que les boutres indiens remontaient à une certaine })ériode de l'année jusqu'à Miandrivazo (KîO kilomètres de Tsimanandrafozana), mais on n'avait aucune donnée précise sur les conditions de navigabilité.

Sa reconnaissance hydrographicfue, commencée en 1S97 par des officiers appartenant aux ti<)Uj)os doccnpation du Ménabé, fut achevée en 1898 par M. r.KhninisIraletir adjoint Compagnon, commancbuit de la flottiUe locak\

Elle permit d'aflirmer que des end)arcations ne calanl pas plus de 0"',80 pourront remontei- en lont tcnq)s jusciiics (mi aval et près de Hemena, et. pendant la pi'ricxK' des hanles eaux, jns([u'à Miandriva/o.

Les indications fournies pai' h's reconniiissances p(M'niirenl

i/4 QUATRIEME PARTIE.

de construire à Nantes, sur les plans de M. Wahl, ingénieur de la marine, une canonnière dont les principales caractéristiques sont les suivantes :

Longueur entre perpendiculaires, 24 mètres ; plus grande largeur, 4"", 70 ; tirant d'eau, 0™,75 ; vitesse en eau morte et route libre, 8 nœuds 5.

Le mouvement est produit par deux hélices centrales sous tunnel : l'expérience a montré qu'avec un semblable dispositif les hélices étaient moins sujettes à se prendre dans les herbes.

Il y a deux ponts distants l'un de l'autre de deux mètres : sur le pont inférieur sont la machine, les logements, le poste de l'équipage; sur le pont supérieur, l'artillerie (3 canonsrevolvers) et la roue du gouvernail.

La canonnière est arrivée à Majunga le lo janvier 1899, sectionnée en deux tranches, dont la surface de séparation passe par le travers de la voûte centrale. Le dispositif adopté est à retenir, car il a été imaginé en vue de permettre la mise à l'eau de la canonnière à l'embouchure d'une rivière quelconque et son entrée en rivière par ses propres moyens.

La tranche arrière contient tous les organes essentiels (machine, chaudière, hélices, gouvernail) et peut donc naviguer aussitôt sa mise à l'eau sans moyens étrangers — et même remorquer la tranche avant — l'assemblage des deux tranches se faisant en rivière.

On comptait, suivant le projet primitif, opérer de cette manière en rade de Tsimanandrafozana, mais alors il aurait fallu transporter en même temps à l'embouchure de la Tsiribihina, pour le montage, le personnel ouvrier de l'atelier de Majunga. On préféra efiectuer le montage dans ce port et faire remorquer la canonnière de Majunga à Tsimanandrafozana par le « MPANJAKA ». C'est ce qui eut lieu du 8 au 11 février. L'opération était certes un peu risquée, car la canonnière aurait pu rencontrer du gros temps aii large du cap Saint- André ; elle réussit, grûce aux bonnes dispositions prises.

La canonnière est commandée par M. Sainjon, enseigne de vaisseau II. C, mis par le Ministre de la marine à la disposition du Gouverneur général ; il relève du colonel commandant le 2^ territoire.

La canonnière a, dès sa mise en service sur la Tsiribihiiia, remonté jusqu'à Miandrivazo ; elle y est arrivée le o mars après trente-trois heures de navigation effective. C'est un événement considérable pour la pacification du Ménaljé. Les relations régulières entre les postes, leur ravitaillement sont désormais assurés dans de bonnes conditions.

En outre, le Betsiriry pourra être maintenant ravitaillé économiquement par la côte ouest, alors que, jusque-là, en raison des moyens précaires dont on disposait pour les transports en rivière, il fallait faire venir les vivres et les munitions à grands frais de l'Einyme et, par suite, de la côte est.

Navigaliun sur les autres fleuves ou rivières. — Les conditions de navigabilité des autres rivières de la côte ouest ne sont pas, à beaucoup près, aussi avantageuses que celles de la Tsiribihina.

Le Mangoka pourra, d'après les reconnaissances effectuées en 1898, recevoir des endjarcations calant 0™,tO au maximum ; elles remonteront en tout temps jusqu'à Betaratsy (loO kilomètres de l'embouchure).

Le Manambolo n'est navigable que pendant la période des hautes eaux, de décembre à avril, et encore j)endant cette période, son courant très violent exige des machines puissantes. Le poste de Bekopaka est alors ravitaillé pai' un canot à vapeur; aux basses eaux, des rapides empêchent la navigation.

Les autres rivières [)rés(Mitenl des biefs navigables de liop fail)le étendue pour être utilisés.

Flol tilles (les jiorts et rades. — L'(Mnb;ir([U(Mn(Mii et le (h'-bar- <[uement du personnel et du matériel des services pul)lics

dans les ports exigent des canots à vapeur et des chalands. Au début de notre installation à Madagascar, l'industrie privée n'était pas suffisamment outillée pour assurer ce service dans de bonnes conditions, il a fallu que la colonie y pourvût ellemême ; mais au fur et à mesure que les moyens du commerce s'accroissent, il est d'une sage administration que la colonie et l'Etat passent, avec les compagnies de batelage, des marchés qui sont toujours plus avantageux que le système de régie.

C'est ce qui a été fait à Tamatave et à Diego, où, après adjudication, le service des transports en rade est maintenant effectué par des compagnies de batelag-e. C'est ce qui sera fait à Majunga dès que les moyens locaux le permettront. De même c'est une compagnie privée qui exécute les transports de la colonie et de l'Etat entre Majunga et Mevatanana. Sur la côte est, la Compagnie des Messageries fluviales assurera prochainement les transports par les canaux entre Ivondro et Mahatsara.

En un mot, le but qu'il faut chercher à atteindre dans cet ordre d'idées, c'est la substitution progressive de l'initiative privée à l'action de l'administration. Mais il est évident que, sur la côte ouest, l'état troublé du pays ne permettra pas de réaliser ce desideratum d'ici quelque temps.

D. — Recrutement des tirailleurs malgaches.

Le premier essai de création de troupes indigènes à Madagascar fut fait en 1883, dans le nord de l'île, par le capitaine Pennequin. La compagnie de tirailleurs sakalaves ainsi formée prit part aux opérations au sud de Diego-Suarez (fin 1884 et commencement de 1885). Elle subsista sous ce nom jusqu'au mois de mai 1892.

Par décret du 3 mai 1892, elle fut dédoublée en deux compagnies et constitua les « tirailleurs de Diego-Suarez ».

FONCTIONNEMENT DES SERVICES DU CORPS d'oCCUPATION. 't t I

Ce décret stipulait que l'eflectif pouvait être porté à un bataillon, par décision de M. le Ministre de la marine et des colonies, et que le recrutement devait s'opérer parmi les indigènes par voie d'engagements et de rengagements d'une durée fixée uniformément à 3 ans avec prime de 30 francs.

Ce corps était composé principalement de Comoricns (moitié de leffectif environ), d'Antankaras, de Zanzibaristes et de Sakalaves du nord-ouest.

En 1805, il devint le l*''" bataillon du rrgiment nialgachf, créé par décret du 13 janvier 1895. « Le régiment malgache pourra être porté à 4 bataillons, et les officiers des compagnies à 16 ; le recrutement admet les engagements volontaires et les rengagements de 2 ou 3 ans avec prime de 100 francs pour 3 ans et de 40 francs pour 2 ans. »

Ce bataillon, appelé à faire partie du corps expéditionnaire de Madagascar, devint le bataillon malgache du régiment colonial. (Circulaire ministérielle de la marine du 21 février 1895.)

Composé d'éléments aguerris déjà par une série de petites opérations aux environs de Diego, il se distingua d'une façon particulièrement brillante parmi les troupes du corps expéditionnaire.

Le 2*^ bataillon du règiiuont malgaclu- l'ut tonné ;\ Diego- Suarez dans les conditions suivantes : la 5'' (•()nq)agnio avec les éléments laissés à, Diego au départ du 1'' bataillon, les G", 7" et 8'" dans le courant de l'année 1895 (I i. La T' conq)agnie fut emmenée à Tamatave, au mois de sei)tembi'e, [)ar le contre-amiral Dienaimé.

Les indigènes de ce l)alailloii se nioiilrèiciif légèrrinciit inlV'i'icui's, en (|ualités militaii'os, à ceux du 1''' bataillon.

(1) Le rccniteiiiiiil du 2'" l)al;iilIon ne fut ai-|ic\i' toutefois (jucn I89t).

Création du 3" bataillon. — Le S*' bataillon fut recruté dans le courant de 1896 sur la côte est et à Fianarantsoa (9^ et 10® compagnies sur la côte est, 11" et 12*^ à Fianarantsoa).

Jusqu'à ce moment, le recrutement des tirailleurs malgaches avait été très satisfaisant; plusieurs des compagnies recrutées en dernier lieu, comme la compagnie Clavel (5® compagnie), dont le recrutement ne fut achevé qu'en 1896, se trouvèrent aux prises, au commencement de 1897, avec des difficultés dont elles se tirèrent tout à leur honneur.

Mais on ne s'était encore adressé qu'aux peuplades de la côte : Sakalaves, Antankaras, Betsimisarakas. Dès la fm de 1896, le général Gallieni se préoccupa d'augmenter les contingents indigènes, en faisant appel aux Hovas. Les progrès de la pacification allaient en effet bientôt permettre de recruter des jeunes soldats parmi les populations de l'Emyrue récemment soumises ; et l'on voyait dans ce nouvel appoint un moyen de diminuer les charges imposées à la métropole par l'occupation de Madagascar, en remplaçant par des bataillons malgaches le bataillon de tirailleurs algériens d'abord, les troupes noires de l'Afrique occidentale ensuite, dont l'entretien est beaucoup plus onéreux, sans compter les frais de recrutement, de transport et de rapatriement.

En conséquence, le général demanda au Ministre, par lettre du 26 décembre 1896, la création d'un i*' bataillon pour le jer régiment et la formation d'un 2*^ régiment.

Une décision, en date du même jour, créa, sous réserve de l'autorisation ministérielle, la 13*^ compagnie, dans laquelle furent incorporés (^anciens soldats hovas., ramenés des provinces côtièrcs, du pays betsiléo et du pays sihanaka.

Cette création constitua le début de la seconde phase dans le recrutement des tirailleurs malgaches.

Les 14'', IS'^ et 16'' compagnies furent formées à Fianarantsoa avec des Betsiléos. (Décision du 18 février 1897.)

La formation du 4" bataillon fut régularisée par décret

du 9 juillet 1897, qui prévoyait pour les compagnies un effectif de 281 hommes.

Création du 2^ régiment. — Le décret du 10 octobre 1897 créa un 2'' régiment de tirailleurs maleaches à 4 bataillons. Une décision locale du 30 mai l'avait organisé, sous réserve de l'approbation ministérielle ; mais le l*"" bataillon fut d'abord constitué seul :

Les l"""^ et 1^ compagnies avec les recrues hovas et bctsiléos, en excédent d'effectif dans les 13'' et 14® compagnies du l'"'" régiment ; La 3® à Fihaonana; \ au moyen d'engements volontaires La 4« à Betafo ; î (Hovas).

La création du 4® bataillon du l*''" régiment et du I" bataillon du 2'^ permit de rapatrier 3 compagnies de Ilaoussas en juillet 1897 et 4 compagnies de tirailleurs alg-ériens en août de la même année.

La nécessité de ne pas dépasser les ressources budgétaires mises par la métropole à la disposition de la colonie, décida le Gouverneur général à faire les propositions ci-après dans le projet de budget pour l'exercice 1898 :

1*^ Ramener de 280 hommes à 2i0 l'eflcctif des compagnies malgaches ;

2° Créer un G^ ])ataiU()n, alin de pouvoir rapatrier en 1S98 le dernier l)atailIon de tirailleurs algériens ;

3" Grouper les ti bataillons en 2 régiments à 3 bataillons. Ces propositions furent adoptées (décret du 17 déceml)re 1897).

Le 2*^ régiment fut constitué à 3 l)ataillons à hi date dti !•"• juillet 1898. Le 2« bataillon fut formé avec les

11'- \ / 'i'^du 2«.

12'' r com[)agni('s du 1''' régiment, j ti'' — 1')'' { ([ui (Knini-ent les j 7'^ —

i80 QUATRIÈME PARTIE.

Gomme conséquence, les 13'^ et 14*' compagnies du l'"'' régiment prirent respectivement les numéros 11 et 12.

Quant au 3*^ bataillon (9% 10% H** et 12" compagnies), il put être formé immédiatement par prélèvements sur les compagnies des deux régiments, dont l'effectif fut, par mesure d'économie, ramené à 200 indigènes.

Le dernier bataillon de tirailleurs algériens fut, en consé- ([uence, rapatrié en janvier et février.

En résumé, pendant Tannée 1897, le nombre des compagnies malgaches avait été porté de 12 à 24, et le Gouverneur général espérait pouvoir supprimer peu à peu le régiment colonial par voie d'extinction, grâce à l'appoint fourni par les nouvelles compagnies indigènes ; mais l'expérience vint ])ientôt démontrer que les tirailleurs hovas et betsiléos, non seulement n'avaient pas les qualités militaires voulues pour lutter contre les tribus guerrières de l'ouest et du sud, mais étaient même incapables de supporter le climat de ces régions malsaines.

Sur le premier point, les rapports des commandants de territoire et de cercle sont unanimes : les événements de guerre qui marquèrent la pénétration en pays sakalave à la fin de 1897 et au commencement de 1898, et au cours des- ([uels nos troupes éprouvèrent des pertes sensibles, frappèrent l'imagination des tirailleurs liovas et betsiléos, dont beaucoup essayèrent de se soustraire, en désertant, aux dangers d'une nouvelle campagne.

Quant au second point, inaptitude de ces mêmes tirailleurs à supporter le climat côtier, et surtout le climat de la région comprise entre le Bemaraha et le Bongo-Lava, le tableau ci-après, établi au mois d'avril 1898, le met en lumière d'une manière malheureusement trop éloquente (1).

(1) Ces renseignements statistiques et ceux qui suivent sont extraits du raiiport (le M. le colonel Sucillon, commandant le 2« territoire militaire.

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