M. LE COMMANDANT DU CERCLE DE MORA.MANGA
J'ai l'honneur de tous adresser ci-joint une expédition des instructions générales que j'ai fait rédiger pour tous les commandants de cercle militaire.
11 est bien entendu que ce ne sont là que des indications et que vous avez la plus grande latitude dans le choix des moyens à employer pour arriver le plus rapidement possible à la pacification de la région soumise à votre autorité.
Aux termes de l'arrêté en date du 29 septendne dernier, cette région comprend tout le pays des Bezanozauos, c'est-à-dire la presque totalité de la vallée du Mangoro.
Mon intention est de mettre à votre disposition, pour maintenir l'ordre dans cette vallée et pour assurer, en particulier, la sécurité de la route d'étapes entre Analamazaotra inclusivement et Ankéramadinika exclusivement, trois compagnies de votre bataillon et la 4° compagnie de la légion étrangère.. ..
Votre attention devra se porter tout d'abord sur la protection immédiate de la route d'étapes, fréquemment inquiétée depuis quelque temps, aux environs d'Analamazaotra, par de petites bandes qui paraissent venir de la vallée du Mangoro.
Je vous adresse ci-joint des extraits d'un rapport que j'avais demandé à ce sujet à M. le capitaine du génie Goudard, chef du génie de la route d'étapes, et dont les conclusions me paraissent très judicieuses.
11 vous appartiendra d'organiser une opération combinée entre vos ditl'éicnts postes pour reconnaître l'emplacement exact du repaire de ces bandes rebelles et de l'enlever, s'il y a lieu, avec toutes les précautions (jui sont de rigueur quand on opère en forêt. Vous y laisserez ensuite un poste, si c'est possible, en reliant ce poste à la roule par une percée dans les bois, et vous organiserez la surveillance de l'entrée ouest de la forêt par ruccupation de points convenablement choisis de la vallée du Mangoro.
A un point de vue plus général, vous voudrez bien examiner s'il ne serait pas possible d'occuper parallèlement à la route d'étapes une ligne marquée par un cours d'eau ou une série de hauteurs, de sentiers, de clairières, etc.. — Nous n'arriverons, en cttet, à garder cette route (ju'en en gardant les abords.
Quand la séciiritt' de cette ligne d'étapes sera assurée, vous pourrez songer à étendre notre influence vers les limites de votre territoire. Dans ce mouvement d'extension, vous porterez de préférence vos premiers effoi'ts vers le nord, pour assurer le plus tôt possible votre liaison avec M. le commandant Rouland vers Anibatondrazaka; mais vous devrez, à l'occasion, combiner vos opérations avec celles de M. le commandant Mougeot (1) et de M. le lieutenant-colonel Borbal-Gombret (2), pour que la bande étroite, mais continue, de forêts, qui forme la bordure du plateau d'Émyrne, ne reste pas un repaire pour les insurgés.
Enfin, du côté du territoire civil, vers Beforona et le pays des Betsimisarakas, dont vous êtes isolé par la Grande Forêt, vous ne perdrez pas de vue que ces populations, calmes pour le moment, pourraient être aisément entraînées au désordre par des bandes qui traverseraient cette forêt, et vous devrez exercer une surveillance constante sur les tentatives de ce genre qui pourraient se produire.
Gallieni.
Rapports militaires et politiques à fournir par les commandants de cercle. — Il fut prescrit aux commandants de cercle de fournir périodiquement des rapports politiques et militaires sur les événements de la période écoulée, sur les progrès de la pacification et de la réorganisation administrative, etc.
Les réponses à ces rapports faisaient la critique des opérations, indiquaient la marche à suivre pour l'avenir et mettaient le commandant du cercle au courant de la situation dans les cercles voisins.
Yoici, entre autres, une de ces réponses ; c'est plutôt d'ailleurs une instruction complémentaire :
(1) Commandant du cercle d'Ambohidrabiby.
(2) Commandant du cercle d'Ambalomanga.
MÉTHODE APPLIQUÉE POUR LA PACIFICATION DE l'ÉMYRNE. 63
Tananarive, o février 1897
J'ai rhonncur de tous accuser réception des rapports politique et militaire que vous avez établis pour la période du 20 novembre au 20 décembre 180G.
Bien que vos communications doivent être actuellement rétablies avec M. le colonel Combes (1), et que vous puissiez, par suite, recevoir de lui des instructions détaillées, je tiens à vous adresser directement quelques indications complémentaires sur la ligne de conduite à suivre dans l'importante province qui vous est confiée.
A. Au point de vue militaire, — Je ne veux pas revenir ici sur les critiques que M. le colonel Combes vous a adressées, à la date du 12 janvier, au sujet du retard apporté à rétablissement de votre liaison avec Tanifutsy.
La préoccupation (légitime, je le reconnais) de ramener dans le devoir les habitants des parties les plus riches du pays Sihanaka, vous avait sans doute fait perdre de vue la nécessité d'assurer cette liaison le plus rapidement possible.
Cette lacune étant aujourd'hui comblée, votre première préoccupation doit être, tout en consacrant des efrectifs suffisants à l'occupation de cette voie de comnumication de Tanifotsy, Ambalondrazaka, Imérimandroso, Sahatavy, Fénérive, de vous étendre vers le suil et vers l'ouest de votre cercle.
II faut, dans ces deux directions, faire « tache d'huile », ainsi que vous l'avez déjà fait avec succès dans la direction de l'est et du sud-est, do manière à arriver, d'une part, .\ la liaison complète avec le cercle de Moramanga, et à refouler, d'autre part, progressivement vers l'ouest les bandes qui tiennent encore le pays dans le voisinage de la ligne de partage des eaux entre les bassins du l;ic Alaotra et les rivières tributaires du canal de Mozambique.
Il est essentiel d'arriver le plus tôt possible à créer une frontière artificielle à la limite de votre cercle dans toutes les directions, de manière à isoler les Sihanakas de toutes les autres populations de l'île et à les mettre à l'abri de leurs incursions par un réseau judicieusement organisé de postes militaires, de blockhaus et de villages armés, et de manière à vous permettre ainsi, après avoir assuré la sécurité absolue à rintéri(>ur du pays, de consacrer vos ell'orts à la réorganisation de son adniinistiation et à la mise en valeur de ses richesses.
11 est bien entendu, d'ailleurs, qu'une judicieuse division de tout votre territoire en secteurs doit marcher de pair avec l'organisation de sa frontière.
(1) Qui conunaiiilait alors le !«' territoire, formé des cercles J'Auilatondrazaka, Atnboiiidrabiby et Moramanga.
G-i PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE II.
Dans les directions les plus menacées, comme celle de l'ouest, cette frontière doit être constituée d'une manière particulièrement solide et comprendra :
l*' Une première ligne, formée de postes militaires et de blockhaus, tenant toutes les voies de pénétration et destinés à assurer efûcacement la protection contre les rassemblements de rebelles qui subsistent encore de ce côté ;
2° Une deuxième ligne, formée de postes de milice, pour surveiller les intervalles entre les postes de première ligne et arrêter les petites bandes qui pourraient se glisser entre ces derniers ;
3° Enfln, une troisième ligne de villages armés, suffisants pour arrêter les petits groupes de maraudeurs et de pillards qui auraient pu échapper à la surveillance des deux premières lignes.
C'est ce réseau qu'il s'agit de constituer le plus solidement possible et qu'il faut pousser progressivement en avant jusqu'à la limite de la région soumise à votre autorité.
Je laisse à M. le colonel Combes le soin d'apprécier à quel moment il sera possible d'étendre cette organisation à toute la région particulièrement troublée qui s'étend à l'ouest du lac Alaotra, et qui semble d'un abord difficile en cette saison. Mais rien ne s'oppose à ce que vous organisiez, dès maintenant, toute la partie sud et sud-ouest de votre cercle, le seul moyen d'assurer la sécurité d'une ligne telle que celle qui vous relie à Tanifotsy étant d'occuper eifectivement le pays de chaque côté de la ligne.
Enfin, il est bien entendu que vous ne devez pas perdre de vue l'intérêt qui s'attache à la sécurité de la route de Fénérive.
J'estime, d'ailleurs, que la présence de postes militaires à Imérimandroso et à Sahatavy et l'installation de quelques blockhaus intermédiaires aux points les plus dangereux de cette route, doit vous ôter toute préoccupation de ce côté, à condition toutefois que le capitaine commandant le poste d'Imérimandroso exerce ime surveillance suffisante sur les populations encore douteuses de la rive nord de l'Andromba.
Je ne doute pas qu'une entente complète, au sujet de l'organisation de toute cette région, ne soit déj\ établie entre vous et M. le Chancelier de Mahambo...