‹ La pacte de famine [microforme]Chapitre 14 sur 38 · LÀ REVELATION · texte numérisé non relu

LÀ REVELATION

Quoique le nouveau venu ne parût pas bien redoutable, Boyrel attacha sur lui pendant quelques secondes un regard magnétique. Tout à coup il porta son fusil à son épaule; on eût dit un chasseur ajustant la bête fauve qui vient de se lever sous ses pas.

Madame de Beaumont poussa un cri d’effroi,

—Boyrel, ce serait une lâcheté! dit Jules en avancant le bras pour détourner le coup.

Il n’en eut pas besoin. Une réflexion, aussi rapide que éclair avait fait changer de détermination au vieil ouvrier. Il laissa tomber son fusil, se précipita sur l’inconnu et le sisit avec violence par le collet de son habit.

—Tu ne nous échapperas pas cette fois !cria-t-il d'une voix tonnante en le secouant comme un roseau.

Le malheureux tomba sur ses genoux.

—Boyrel, dit le garde-française en cherchant à dé- “ager le suppliant des mains de l’ouvrier, vous êtes trop cruel dans votre haine!... Si cet homme est un de nos ennemis, comme vous paraissez le croire, livrezle au peuple qui le cherche; mais que son sang ne coule

i sous Îles yeux et dans la chambre de ma mère.

—Ce sang, versé ici, serait une juste et légitime ex-

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piation! s’écria Boyrel; monsieur Jules, savez-vous pour qui vous demandez grâce ?

—Oh! je suis un honnête homme, un bon patriote, je vous le jure! dit l'inconnu ; on m’a pris pour un autre... Je suis l'ami du peuple, moi... Ils viennent! continua-t-il en désignant l'escalier où se faisait déjà entendre le bruit confus de voix et de pas; ils me tucront! sauvez-moi...

Infâme! vous, un honnête homme? Vous ne savez done pas chez qui vous êtes, monsieur Pierre Malisset ?

Ce nom retentit comme un éclat de foudre sur la vête des assistants. Madame de Beaumont se leva, et désigna du doigt le financier prosterné :

Cest lui, mon fils, s’écria-t-elle; que ton père me pardonne de n’avoir pas reconnu d’abord un de ses assassins !

Mais effrayée de la sentence qu'elle venait de porter par ce geste et ces paroles. elle retomba sur son siège en se couvrant les yeux.

Pierre Malisset! répéta Jules de Beaumont.

T1 bondit et tira son épée, qui flamboyait moins encore que ses yeux.

La foule cherchait Malisset et se Tua dans la chambre. Des hommes armés .de leur seule colère, des femmes aux cheveux épars, des enfants même, envahirent cette étroite mansarde pour s'emparer de l'ennemi commun.

Je voilà! disait-on; c’est Malisset! Cest ce brigand qui a si longtemps affamé le peuple! A mort! À la lanterne! | {

Des mains, crispées par la rage, se tendirent vers ‘° financier.

Mais Bovrel ne l'avait pas lâché: il repoussa par 11 effort énergique le jeune de Beaumont qui voulait frapper l'assassin de son D tre en pièce un de ses plus cruels ennemis.

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