‹ La pacte de famine [microforme]Chapitre 18 sur 38 · LA VEILLEE · texte numérisé non relu

LA VEILLEE

On était au mois d’octobre, et il y avait veillée ch la mère Hubert, fermière aisée du village de Rivecour!. en Picardie.

N’oublions pas de dire à ceux que ce détail pour intéresser, qûc Rivecourt, habité à peu près exclusiv: ment par des paysans, est situé au bord d’une granil route, au milieu de forêts où pullulent le gibier, braconniers et les gardes. Seulement, à l’époque où 1 monte cette histoire, c’est-à-dire en 184., on voyait, à un quart de lieue de là, une immense construction ln: roque, encore inachevée, qui avait la prétention d’êtr un “château” et dont les travaux attiraient à Rivecoui! une affluence inaecoutumée d'ouvriers de toute sorte La veillée se tenait dans une pièce du rez-de-chausst servant de cuisine et de salon à la mère Hubert. Ce‘! pièce. carrelée en briques, aux murailles ornées d’inr ges d’Epinal, avait un mobilier grossier, dont un: bruyante pendule à armoire était l’objet le plus saillant£ Deux chandelle: jetaient leurs clairté fumeuses du hat de leurs chandeliers de cuivre; maïs la salle était sur

il Mout éclairée par le feu qui brillait dans la gigantesque heminée.

7 MS Cette réunion avait un objet particulier. La mère

lubert, vaillante veuve qui, depuis la mort de son ma-

ï, dirigeait seule les travaux de la ferme, et avait dou-

E blé sa modeste fortune, devait marier sa fille unique,

a veillée était en quelque sorte une fête de fiançailles.

ussi les pots de cidre s’alignaient-ils avec les verres à

eux sous sur la longue table; les marrons éclataient

omme des bombes dans les poêlons, et de savoureuses

pommes de terre cuisaient sous la cendre, à l'intention

des invités. Les hommes, en blouse et en bonnet de

oton, fumaient leur pipe, causaient culture, chasse ou

Dolitique. Les femmes, en jupon court, en fichu étri-

qué, coiffées d’un madras ou d’un bonnet de linon, ma-

oeuvraient leurs fuseux, leurs aiguilles à tricoter ou

illée cheMeurs aiguilles à coudre, et jacassaient en riant, ou Rivecour.iaient en jacassant, comme on voudra.

MN Au milieu d'elles, on remarquait d’abord la maîtres- | pourri be du logis, qui s’gitait pour que les assistants ne manexclus quassent pas de cidre ni de pommes de terre; puis sa ie grand: fille Thérèse, dont le nez retroussé et loeil éveillé proibier, ] settaient de faire voir du chemin à son futur mari, que où 1 brand dadis à figure blême, qui la regardait bouche bé-

voyait, iMihnte, sans lui adresser une parole. Mais l'attention se iction la-iportait particulièrement sur une belle femme de vingtion d'étrbinq à vingt-six ans, fraîche, dodue, et toujours sou-

Rivecot jante, afin de montrer des dents blanches comme des ute sorte erles. Mise avec une certaine recherche, elle essayait s-chaue:P'imiter les modes de la ville. On l’appelait madame ert. Cet aurent ; elle était veuve sans enfants, et possédait une

es d'inrMapropriété qui faisait d’elle un des meilleurs partis du lont une ays. Aussi la piquante veuve ne manquait-lle pas s saillant amoureux, et, à cette veillée même, elle était l’objet du haut e soins assidus.

était sur-à

Parmi eeux qui recherchaient ses bonnes grâces, 80 trouvaient deux hommes d’aspects fort différent. L'un encore très jeune et vêtu avec simplicité, mais très pro prement, avait un air doux et modeste. Il observait avec admiration chaque mouvement de madame Laufent, cherchait à prévenir ses moindres désirs, approu vait d'un signe chacune de ses paroles. Ce brave garçon, nommé Jean-Pierre, était orphain, et élevait di produit de son travail un jeune frère et une jeun soeur, incapable de se suffire à eux-mêmes.

L'autre. au contraire. qui doit jouer un rôle important dans cette histoire, était un homr.e de trente an: de taille presque colossale, à figure mâle et énergique Il exerçait la profession de maître tonnelier. Sa maison était la plus belle du village, et il passait pour riche, tant de son chef que de celui de sa femme, mort peu de mois auparavant. Il s'appelait Hermann, « était originaire de la Lorraine; mais il habitait le par depuis longtemps.

Hermann, chez la mère Hubert, paraissait plus r

en homme qui ne souffre pas la contradiction; dur intimidait quiconque eût tenté de lui résister. Le pauvre Jean-Pierre, depuis qu'Hermann s'était instal lé, la pipe à la bouche, à côté de la jolie veuve, n’osa plus s’approcher d'elle, ne la regardait qu’à la dérobéc. Madame Laurent elle-même, fascinée par cet hom impérieux, n'écoutait personne avec plus d'empres ment et d’apparente satisfaction que lui.

La première partie de la soirée était passée, quan | madame Jaurent qui avait plusieurs fois tourné Iyeux vers une porte intérieure, demanda à Thérè Hubert. en patois du pays. que parlaient tous les assi tants:

—Eh! petiote Thérèse, le monsieur de Paris, qui |

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dans votre belle chambre, n’entrera-t-il pas un peu * soir ?

—Si, si, il me l’a promis, répliqua Thérèse avec un r de suffisance; et il tient toujours ce qu'il promet. Aussi servira-t-il de témoin à mon mariage, et ce sera n grand honneur pour nous, n'est-ce pas, Joseph Leond ? vy;sLe Le blème fiancé se frotta les mains; mais plusieurs les assistants accueillirent les paroles de Thérèse par « clignements d’yeux ou de sourires équivoques. N°. ut Je dire, la malignité des habitants de Rivecourt s'é- {ait déjà un peu exercée au sujet de mademoiselle Hurt et du “monsieur de Paris”, qui, depuis deux mois ljà, occupait une chambre de la maison.

Cependant, personne n'osait exprimer clairement sa nsées: seul, Hermann répliqua d’un ton hourru: Bah! il viendra, votre muguet de Parisien: il ne manque jamais de venir quand il y a des cotillons quelque part... Mais ce gaillard là a des manières qui Jui ont casser les reins un de ces jours. je vous en aver- A

Toutes les femmes se récrière —Oh! Hermann, dit la veuve avee un accent de revroche, pouvez-vous parler ainsi d’un jeune homme si sentil, si comme il faut ?

Et qui, ajouta Thérèse, gagne de l'or à pleines sains, rien qu'à peinturlurer du bois ou de la toile! D’ailleurs, monsieur Hermann, dit Jean .Pierre, ‘ne serait peut-être pas aussi facile de casser les reins Parisien, que vous avez l'air de le croire. Malgré beaux habits et sa petite figure de papier maché, poignets sont solides, voyez-vous... T?autre jour, aù Château-Neuf. où il travaille. pour faire des images en couleur sur les murs, un grand diable de gâcheux à voulu Jui dire auelque chose qui ne lui plaisait pas. Mon Parisien n’a fait ni un ni deux, il est descendu de

son échaffaudage, a empoigné le gâcheux, l’a mis sous son bras comme un paquet, puis l’a jeté à 1: porte, après lui avoir appliqué quelques coups de pied... 4 gâcheux jure qu’il ne s’y frottera plus.

—Bon pour les mauviettes, comme il y en a, dit Her- Mann, d’avoir peur du Parisien... Mais s’il s’en prenait à quelqu'un capable de lui répondre... Eh! eh' On verra Ça... un de ces jours, peut-être!

En ce moment, un hoinme entre deux âges, qui portait une sorte d’uniforme ou de livrée, avec la plaqu de garde particulier, s’approcha d’Hermann :

—Ah (à, demanda-t-il ne verra-t-on pas aussi, c« soir votre beau-père, le père Martin? Je comptais le: rencontrer chez la Hubert.

Cette question si simple produisit sur le tonnelier une impression extraordinaire. I] nâlit visiblement. et répondit après un moment d’hésitation :

—Est-ce que je m'inquiète de ce que fait le pèr Martin, moi? Je ne le fréquente guère depuis la mort de ma pauvre femme. .… ; Un paresseux, un ivrogne qui mange son bien: il ne laissera Pas un sou à ma petit: Madelon, qui est maintenant À Saint-Valéry, chez <a tante... Ce n’est pas que je lui veuille du mal, ajoutat-il aussitôt: mais nous ne nous entendons pas, on }° sait, et je ne m'occupe plus de lui.

—Vous me faites penser. dit la mère Hubert, que depuis hier personne n’a vn Martin.

—Hum! répliqua le garde. Il y a peut-être bien en- Core quelque affaire de braconnoge là-dessons.….… Quoique garde lui-même, Martin ne se gêne pas pour aller braconner sur Jes terres des autres: c’est pour cela qu'une fois j'ai dû lui déclarer procès-verbal et le mettre dans l’embarras.…. Mais cette affaire est finis, et sans doute il ne men conserve pas rancune... Qi is Pavais rencontré ici ce soir, je lui auraïs tendu la main et nous aurions trinqué ensemble.

SOUS porte, PITX

Herpreeh!

poraqu

en-

Le garde Lescot qr° parlait ainsi, avait un air de bonhomie et de franchise qu’on ne pouvait suspecter. Cependant Hermann dit en branlant la tête:

—Suffit, monsieur Lescot, vous faites le bon apôtre, mais Vous ne Vous aimez pas non plus, vous et le père Martin. Si done il lui arrivait quelque chose, on saurat à qui s’en prendre!

-—Et que voulez-vous qui lui arrive? Tout de même ie serais bien content de le rencontrer. .…, et j'espère qu'il viendra.

—Le voici! s’écria Thérèse toute joyeuse.

Hermann tressaillit ct se retourna vivement, tandis 4e le garde Lescot disait :

—Qui ça? le père Martin?... Où est-il donc?

—Mais non, répliqua Thérèse, rouge de plaisir; vous voyez bien que c’est M. Léon. notre Parisien!

En effet, la porte intérieure venait de s’ouvrir, et un srand jeune homme, élégamment vêtu, chaussé de bottes vernies et bien ganté. entra dans la salle, avec des démonstrations de politesse beaucoup trop exagérées pour ne pas être ironiques,

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