‹ La pacte de famine [microforme]Chapitre 19 sur 38 · LE PARISIEN · texte numérisé non relu

LE PARISIEN

Léon Girard, qui s’introduisait ainsi dans l’assenblée, était un jeune peintre, de la plus joyeuse humeur. Elève d’un maître illustre, il avait failli obtenir grand prix de Rome, et s'était annoncé, dès ses début: comme un artiste d'avenir.

Par malheur, Girard était sans fortune, et, en atterdant la richesse et la réputation. il avait dû subir d’inexorables nécessités,

Nous avons dit qu'à quelque distance du village, n élevait une vaste construction, d'architecture bizarri

Le proprittaire était un banquier de Paris agioteur. spéculateur de la plus véreuse espèce, qui avait gagnt plusieurs millions dans toutes sorte ds vilaines affaires La fantaisie Jui était venue de se créer à Rivecourt, ‘à ii possédait déjà des terres considérables, une habit: tion qui surpassât en magnificence les plus magni'iques habitations de la province, Be tous les plans qu’ nl lui avait proposés, il avait choisi le plus extravagant «1 s'était hâté de le faire exécuter à grand frais.

Le millionnaire de Rivecourt, désira it que plusieurs salons de sa future demeure fussent peints À fresque. était venu trouver le maître de Girard pour le chars: de ce travail, auquel il affectait une somme de vinct mille francs. T'illustre artiste refusa pour son compte

personnel; mais il s’arrangea de sorte que la commande lit faite à son élève.

La tâche était rude; il y avait bien une année de bene, car il s'agissait de couvrir de peintures cent mères carrés au moins, plafonds et murailles. Mais ganer vingt mille francs était un coup de fortune au déit de sa carrière. Girard avait done dit adieu à ses unarades de Paris et était arrivé à Rivecourt queles jours auparavant.

Ileût pu se loger dans le château inachevé; mais le ruit qu'y faisaient les ouvriers. la tristesse de cette

crande bâtisse blanche, et, sil faut le dire, le mauvais ût de l'architecture, qui blessait les instincts artisties de Léon, l'avaient décidé à s'établir dans le village. Toutefois, comme il n'existait à Rivecourt aucune sorte d'auberge, il s’était logé chez la mère Hubert, qui pouinit disposer d’une chambre assez propre et lui préparit ses modestes repas.

On comprend que sa vie n'était pas des plus agréa-

Chaque matin il se rendait au “hâteau, et pendant huit, dix heures consécutives, il : sscrimait avec sa palette et ses pinceaux. Il n’y avait ai solument per-

donne avec qui Léon pât frayer, soit à Rivecourt, soit ans les villages environnants. Par bonheur, une initérable gaieté l’empêchait de prendre au tragique sa position présente. Habitué aux folles charges de l’aielier, il ne se gênait pas pour s'amuser aux dépens de < ceux qui Papprochaient, et qui. la plupart du ps, ne sen doutaient guère. Au milieu de ces sans çt paysannes, il lâchait la bride à sa verve mouse, à peu près sûr de le faire avec impunité. D’ail-

S il s’était montré galnt envers plusieurs femmes pays, parmi lesquelles, comme nous le savons, on ignait Thérèse, la fille de son hôtesse, Quoi qu’il

ii fût de ces mauvais bruits, on a deviné déjà que, si k jeintre était la coqueluche de toute la partie fémi-

l’asser.humeur, enir s début:

n atteibir d’in-

lage, «n bizarr

fresque, charger de vint | com}ite

nine de Rivecourt, il pouvait fort bien avoir des ennemis dans la partie masculine.

I ne s'en inquiétait pas, et, sachant que ce jour-là il y avait veillée dans la maison, il avait eu la folle idée de s’y présenter dans une mise qui eût été convenable pour ua salon. Lui, qui ne craigneit pas de se montrer dans l'unique rue de Rivecourt en vareuse maculés de couleurs et en casquette déformée, avait revêtu un pantalon clair, une redingete noire ct un gilet de soie Il avait arrangé avec soin sa baie et <es cheveux, et faisait ainsi, malgré son air impertinent, un fort beau garçon.

Pendant les quelques mois passés déjà à Rivecourt Léon avait appris le patois picard et il le parlait cou-ramment. Après avoir salué avee une politesse ironi que, il remit son chapeau sur sa tête et s'écria d’un ton rieur:

—Ah çà! vous savez, bonnes gens, à Paris, dans leveillées, il est d'usage qu'on embrasse les jolies femmes... Que les autres se rassurent! Cela ne regard que les jolies.

Et mon vaurien se mit à embrasser toutes celles qu lui parurent dignes de cet honneur, à commencer par la veuve Laurent.

Quand vint le tour de Thérèse Hubert, il lui dit ? l'oreille, en désignant Lerond par un mouvement d’é paules :

—Hein! il est fièrement “ mignon,” votre futur! Passant alors aux invités de l’antre sexe, il distribu quelques poignées de main à ses connaissances, Enfin. il s’assit sur un banc. demanda un verre de cidre et & mit à éplucher des marrons, en lutinant la veuve Laurent, qui ne semblait pas peu fière de mériter ses pré-

férences.

Peut-être Thérèse n’était-elle pas satisfaite, en sccret, des manières de l'étourdi Parisien, car elle di

en-

là il idée sable monculés U un soie x; 'el beau

ourt cou-roni

d'un

s le:

femrar

bientôt, de ce ton hypocrite que les femmes, même les lus naïves, savent prendre quand il s'agit de lancer ne perfidie :

—(Ça sera bien du chagrin pour nous, ronsieur lon; mais, à présent q * je me marie, nou aurons

soin de notre belle chambre, et il faudra que vous

liez loger ailleurs.

Léon leva les yeux au ciel, poussa un profond soumir, puis répliqua, en épluchant une pomme de terre:

—dJ’en mourrai de désespoir... Mais, en attendant,

faudra bien que je trouve à me loger autre part... Ft tenez! je gage que Mme Taurent, qui est si jolie et qui doit avoir le coeur compatissant, me trouvera un jeiit coin dans sa maison ?

—Je le voudrais, monsieur, répliqua la veuve, qui

isse modestement les yeux; mais chez moi il n’y a qun: chambre,

—Raïison de plus, dit le jeune fou.

Il changea Je conversation et se mit à raconter une histoire si drôle, si invraisemblable, & rcie de coq-àne, de lazzi, d'allusions railleuses, que tons ceux qui l''voutèrent se tordaient de rire. La petite Thérèse se tait les côtes; quant à la veuve, c’étaient de vérita-

< transports convulsifs, pendant lesquels il lui arriva plusieurs fois de poser + main un peu rouge et chargée de bagues sur l'épaule du conteur.

Les auditeurs masculins étaient beaucoup moins ra-

Lerond, le futur, contractait bien parfois sa face hième et faisait entendre quelques sons saccadés quand il voyait rire Thérèse; mais c'était par simple prit imitation: év'demment il ne comprenait pas

Lee qu'on disait. Hermann comnrenait, lui; il n’en pa-

ra -sait pas plus disposé à la gaieté et jetait pa. rois des tsards sombres à l’insouciant artiste. De son côté, etait entre le Parisien et la belle veuve Comme

Jean-Pierre souffrait de la familinrité naissante qu Léon Girard, à la suite de son récit, S'approchait du feu pour allumer un cigare, le pauvre garcon lui di bas, avec naïveté:

—Oh! M. Léon, vous ne voulez pas épouser Ja veus

Laurent, vous; alors ne nous là prenez pas!

—X\ec t'inquiète Pas, mon brave, répliqua l'artisi tranquillement, en lançant à l'air quelques boulfécs à son havane; je promets de vous la rendre... tôt « tard.

1 regagna sa place ct entama une nouvelle histoir

Tout marchait donc à souhait chez la mère Hube: quand un homme en tablier de QuIr, avant l'apparen d’un bâcheron, entra dans la salle, A la manière doi: il salua, à sa mine discrète, on pouvait deviner qu était porteur de quelque imporiante nouvelle,

— Tiens! c'est Bridou! crin-t-on de toutes part bonsoir, Bridou!... vous frendrez bien un verre cidre ?

Bridou accepta le verre ct le vida d'un trait,

—Merci, dit-il d'un ton lugubre en s’asseyant ; ju avais besoin, car J'étais sur les dents... Ah çà! mr. poursuivit-il en promenant autour de Jui un regrri étonné, vous êtes là bien tranquilles, vous autres. . ous ne savez donc pas ce qui se passe ?

—Que :e passe-t-il, Bridou ?

—Quoi! vraiment, aucun de vous ne sait rien core? Au fait, il n'ya que Rigonet et moi, et puis le maire, et puis M. Je juge de paix, qui en ayons € naissance... Alors je vais vous conter la chose: ce & le père Martin à été trouvé as assiné dans les fonde Bois-Brûlé,

—Assassiné !

Et il se fit un grand silence. Seul l'incorrigi artiste grommela entre ses dents:

ante qu chait di à lui di

la veus

l'artisi fées tôt

histoii Hube:

)paren dre doi:

er qu

part erre

nt; j'n

! me:

reg:

res,

— Pauvre père Martin!.…. Et sait-on qui à fait le up ?

Ce sont des braconniers ou dés gardes, répliqua récipitamment Hermann.

I y a peut-être lû-des ous un simple accident de asse, dit le garde Lescot : Je père Martin se servait in rouillard de fusil qui devait tôt ou tard Jui éclater ins les mains,

Bridou se fit verser un nouveau verre de cidre et “ursuivit d'un ton magistral:

“Qui a fait le coup? Voilà ce que les malins avront lécider ; cependant, R,sunet et moi, nous en pouvons Pre aussi long que personne... vous allez voir.

“Je travsille avec Risonct à déraciner des souches ns le Grand-Chaume, à moins de cent pas de Boisbrûlé. Done, hier au soir, Vers six eures, comme la U Commencçait à tomber, et com nous nous dissions à rentrer, nous entendîmes dans le bois deux 1ps de fusil, tirés à très court intervalle l’un de l’aus

Un de ces roups produisit une vive lumière: ni ira la cime des arbres: l'autre ne produisit pa le

iière, mais il n'était Pas moins fort,

“Bon! que je dis à Rigonet, voilà des gaillards

sont à l'affût et qui Souperont mieux que nous!... cela ne nous rearde Pas... partons.

© Et nous partimes,

Nous ne pensions plus à l'affaire, lorsque, ce ma- - °n travaillant à la même place, j'ai vu une bande corbeaux qui croassaient au-dessus Au bois: et puis ° pies agacaient, Jos geais piaillaient. Ca m'a paru le: jai dit à Rigonet :

*—Rigonet, il Y a des corbeaux et des pics.

Eh bien! qu’est-ca que Ça nous fait? demanda Riconot qui n’est pas fin.

“—Ne devines-tu Pas que les pies et les corbeaux Sont attirés par quelque pièce de gibier que les chas-

Page 1