‹ La pacte de famine [microforme]Chapitre 20 sur 38 · AM · texte numérisé non relu

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seurs auront perdue hier et qui est morte au pied d’une cépée? Allons voir, peut-être sera-ce nous qui souperons aujourd’hui d’une lièvre ou d’un chevreuil!

“C'est tout de même vrai, répliqua Rigonet, qui. il faut lui rendre cette justice, ne s’obstina pas; allons-y donc.

“ Et nous y allâmes.

“ Nous cherchâmes assez longtemps dans la parti de la forêt où, la veille au soir, nous avions entendu les deux coups de fusil. Enfin, dirigés par les corbeavx qui voletaient toujours en fuisant vacarme, nou: découvrons ce qui causait cette affluence de mauvais: bêtes. Ce n’était ni un lièvre ni un chevreuil, c'était le pauvre père Martin, étendu mort en travers d'u: sentier... Il avait une balle dans la poitrine, une autre lui avait fracassé le crâne. Outre cela, la figure était toute tailladée, comme si on eût voulu le rendre

méconnaissable, ou qu’on se fût acharné contre lui avi: fureur... Mais nous ne pouvions nous y tromper, cr nous le connaissions bien; d’ailleurs, il avait sa plaqu: de garde; et son fusil, dont les deux coups étaient ei core chargés, se trouvait à deux pas de là...”

Bridou s’interrompit pour juger de leffetsque pr duisait son récit; tous les vsiages exprimaient Pho:-

reur. .

—Eh bien, qu’avez-vous fait alors, Bridou? dema: d une voix.

—Ce qu'il y avait de mieux à faire, répliqua le bi cheron; nous sommes allés sur le champ prévenir | maire, qui, de son côté, a prévenu le juge de paix les gendarmes. Tout ce monde s’est rendu avec nous à Bois-Brûlé ;mais, comme nous n'avons pas traversé | village, vous n’en avez rien su. À Bois-Brûlé, ils ont tout examiné, mesuré des distances, pris des nott-: puis ils nous ont questionnés, Rigonet et moi, et no" avons raconté ce que nous avions entendu la veile.

Après cela, ils nous ont fait porter ici le corps du père Martin, et nous avons dû signer le procès-verbal comme nous avons pu... Les choses ont si bien traîné en iongueur que c’est seulement tout à l’heure que ç’a été fini et qu’on nous a laissés partir... Aussi, mon camarade et moi, sommes-nous éreintés.

Et Bridou tendit de nouveau son verre.

Un grand silence continua de régner dans l’assemblée. Il semblait qu’une question, que personne n’osait formuler, fût sur toutes les lèvres. Léon Girard, avec sa légèreté habituelle, exprima la pensée commune.

—Ah çà! mi, demanda-t-il, sait-on qui a tué ce pauvre diable?

—Non, répliqua Bridou laconiquement.

Personne ne souffla; pas un des assistants ne songea à regarder son voisin.

—Quoi! parmi les indices qu'ont recueillis les magistrats instructeurs, on n’a rien découvert qui pût mettre sur la trace?

—Rien; à force de chercher, on a ramassé sur la bruyère une bourre de papier à journal et un bout d’allumette récemment brûlée... c’était tout. Quant au pauvre père Martin, il est certain qu’il ne s’est pas défendu ; il a été atteint à l’improviste par une balle pendant qu’il guettait un braconnier, ou qu’il était luimême à l'affût. Quoiqu'il fût bien mort du premier coup, on lui en a tiré un second à bout portant, et, outre cela, on lui a abîmé la figure... Il est clair que celui qui a tiré détestait fièrement le père Martin!

—Tout cela est bien malheureux! dit le garde Lescot.

Des groupes se formèrent cà et là, et chacun exposait ses idées sur l’événement qui venait de se produire; Léon Girard s’écria:

—Bah! tout cela regarde la justice, et elle saura bien découvrir l’assassin... Dites donc, voue autres, savez-

vous que notre veillée n’est guère amusante ? Si maintenant nous parlions un peu d'autre chose!

Mais Léon avait perdu, pour l'instant, son influence sur l’assemblée. On ne l’écoutait plus, pas même la veuve Laurent et Thérèse ITubert; les chuchotements animés continuaient, Tout à coup Hermann s'écria à son tour:

—Où donc est Je garde Lescot ?

Chacun regarda autour de soi. Plusieurs des invités venaient de sortir, sans doute pour aller raconter dans le village le grand événement. et Lescot était du nombre. Cette retraite subite dn garde, en parcille circonstance, sembla donner à penser.

—Qu'en dites-vous, bonnes gens? poursuivit Fermann, est-il nécessaire maintenant de vous nommer l'assassin de mon beau-père? Ne vient-il pas de se dénoncer lui-même ?

Nul ne se hâtait de répondre.

—Cela ne prouve rien. répliqua enfin Jean-Pierre : le père Lescot a toujours passé pour nn brave homme.

—Alors qui serait done le coupable? demnda Hermann d’un ton rude et presque menaçant. Lescot, &i brave homme qu’on le dise, a dressé procès-verbal contre Martin (comme si les loups devaient se manger entre eux!), ct il l’avait fait condamner à l'amende. après quoi ils se sont battus à coups de-poine... Est-il étonnant que si, hier, ils se sont rencontrés an coin du: bois, l’un ait eu l’idée de porter un mauvais coup à Vautre?... Et tenez, avez-vons remarqué ce soir l'air embarrassé et doucereux de Lescot ? I] est venu soi-disant pour se trouver avec mon beau-père, ct il annon Gait l'intention de lui offrir un poignée de main... Comprenez-vous la frime? Lescot savait très bien qui s'était paseé hier, et. comme je le Jui ai dit on face, il voulnt faire “le bon apôtre.” Voyant ane ]:

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