‹ La pacte de famine [microforme]Chapitre 26 sur 38 · LE GUET-APENS · texte numérisé non relu

LE GUET-APENS

Lhistoire que us racontons n’est pas invent' plaisir; elle est véritable, non-seulement pour le f.

1De

‘à ] Hu,

mais encore pour la plupart des détails, comme on à }..

le reconnaître à certains signes; et quelques-uns principaux personnages existent encore. Nous n'a donc pas à expliquer ou à justifier le plan de con:

de Léon Girard envers un homme qu’il considérait «: me un assassin; nous nous bornerons à constater le ‘ai

en le laissant à la libre appréciation du lecteur.

Du reste, le joyeux artiste que nous avons al Léon Girard n’était pas homme à conserver longte:

son attitude défiante envers Hermann. Ce cara: étourdi et téméraire, qui lui faisait rechercher le

ger, l’avait poussé à se relâcher bientôt de ses pré tions primitives. Il avait renoncé d’abord à porter

lui un revolver; puis il avait averti le notaire qu'i!

sur nê

passerait plus à l’étude que tous les huit jours. Enfin.

il ne se barricadait plus la nuit dans sa chambre

ivec

des meubles. Peu à peu, sa sécurité augmentant il ventrait souvent la nuit, à travers les bois immenses qu

couvraient la contrée.

Iermann ne paraissait pas disposé à abuser de cette confiance. Jamais asservissement n'avait été aussi complet; les gens du pays ne reconnaissaient plus cet homme indomptable qui, autrefois, leur inspirait tant de terreur. T1 demeurait grave et taciturne, mais il ne se montrait plus agressif ct évitait soigneusement les conflits. Une parole, un signe de Léon, suffisaient pour le faire renoncer au projet le mieux arrêté.

Toutefois, cette soumission servile avait sans doute beaucoup coûté à Hermann, car il devenait de plus en lus pâle et maigre. Catte espèce de colosse, brun aux

rres épaules, n’était plus qu’un squelette aux cheveux grisonnants, aux yeux enfoncés: sa voix elle-même avait perdu son timbre éclatant pour prendre des intonations voilées, sourdes, presque craintives.

Léon Girard ne tarda pas à lui imposer un sacrifice plus poignant que les autres. On se souvient qu’il avait interdit à Hermann toutes relations avec la Laurent, et comme il fréquentait lui-même la maison de la jolie veuve, en dépit des caquets, Hermann s’imigina que l'artiste, en lui faisant cette injonction, n'avait obéi au'à un intérêt personnel. Il put croire bientôt qu'il s'était trompé, car on annonça dans le village que le petit Jean-Pierre était nommé jardinier en chef du Château-Neuf, et que de plus il épousait la veuve Laurent: on ajoutait que “le Parisien” était l’auteur des prospérités qui tombaient ainsi, dru comme grêle, sur Jean-Pierre.

Peu de jours auparavant, en effet, le spéculateur millionnaire auquel appartenait le château était venu en grand appareil visiter ses bâtiments, et il avait été ravi des peintures de Girard. De plus, l'artiste lui avait fait passer si agréablement le temps de son séjour, que l'eyxlent boursier s'était pris pour lui d’un véritable ensouement. Léon avait profité de l’occasion pour lui vanter son protégé; et le maître du château, voulant

prouver quel cas il faisait d’une pareille recomman. tion, avait nommé séance tenante Jean-Pierre jardin + en chef du château. Dès le soir même, l’humble am reux de la veuve était installé avec sa famille dans charmant pavillon, recouvert en ardoise et surmonté girouettes dorées, qui était attribué à ses nouve! fonctions.

Quels moyens Léon avait-il employés pour décider belle Laurent à mettre le comble aux félicités de Jen. Pierre en lui accordant sa main? On ne l'a pas Toujours est-il qu’à la grande joie de Jean-Pierre, à profonde stupéfaction de ses rivaux, le mariage fut cidé.

Cette nouvelle produisit sur Hermann plus d’ pression qu'aucune des épreuves auxquelles son per cuteur avait jugé à propos de le soumettre, Le: nuit suivit le jour où tout le village avait pu lire Is no des futurs époux affichés à la mairie, le peintre éveillé en sursaut par un bruit étrange qui semblait nir de la chambre d'Hermann. Sautant à bas du lit se hâta de fermer sa porte au verrou, de saisir son volver, et, debout dans l'obscurité, il prêta l'oreille.

Rien ne bougeait dans la maison: mais le bruit venait de plus en plus distinct: étaient des sang| des cris inarticulés, des gémissements convulsifs, E demment celui qui les poussait était en proie à transports frénétiques, se tordait sur son lit. mord : les oreillers et les couvertures: une véritable tempêt: désespoir !

Girard, bien qu’il n’ignorât pas combien Hermi était indigne © pitié, ne put se défendre d’une cer! ue compassion :

—Pauvre diable! murmura-t-ii, il aimait réellen cette femme! S'il savait... bah!

Et il se recoucha.

Néanmoins, renonçant pour cette fois à son systèrne

de vexations et de tortures morales, il n’obligea pas le tonnelier d'assister au mariage, Lui-même s’abstint d'y “raitre, et ce jour-là il emmena Hermann avec lui dns un village voisin, sous je ne sais quel: prétexte, si lin que lorsqu'ils rentrèrent le soir à Rivecourt, tout éta ! terminé.

\algré ces ménagements, on eût dit que le mariage 1 Veuve avait brisé dans le coeur d'Hermann une uière et vague espérance. 11 devint de plus en plus re. Plusieurs fois, la nuit, Léon fut encore réveilar des accès semblables à celui dont nous avons par- : tt il était à craindre que ce désespoir, soigneuseont dissimulé le jour, ne fit explosion, à la première ocusion favorable, contre l’homme qu'Hermann pou- “ii considérer comme l’auteur de ses souffranves. Léon Girard ne prévit pas cette éventualité, ou ne lut pas en tenir compte. 1] avait repris son rôle de jeux bourreau, Tout en ne touchant qu'avec réserve ertaines fibres délicates, il frappait incessamment sir le coeur de sa coupable victime, (C'était plutôt étourderie que cruauté véritable, comme les enfants qui toriurent tout ce qu’ils touchent. Une circonstance se Pr -enta, néanmoins, où Hermann pouvait être tenté de prendre une terrible revanche.

Nous avons dit que Léon Girard, dévoré par j’ennui, herchait volontiers des distractions, et il lui arri-ait vent de se rendre à des veillées, À des noces et à des tes, dans les villages environuants. En pareil cas, il faisait accompagner par son garde . corps Herann, avec dautant plus de raison que sa verve satiri- . Ses manières audacieuses et surtout sa galanterie, hosaient fréquemment à des querelles et À des venances. Dans ces parties de nlaisir, Hermann était solument passif: il se tenait à l’écart, répondant à ne aux questions qu’on lui adressait, indifférent aux crtissements de la soirée. Quand il s’agissait de

rentrer au logis, il reprenait une énorme trique dont || avait soin de se munir; puis l'artiste et son acolyte re. venaient par des chemins déserts à Rivecourt, où la pu part du temps, comme nous le savons, il n’arrivaint qu’au milieu de la nuit.

Un mois environ avant la fin de ses travaux de P: ture, Léon s’était rendu ainsi au village de Baint-\n. dré, situé à une lieue environ de Rivecourt, de Pau! côté de la forêt. 11 y était attiré par un essaim de jo femmes, parmi lesquelles s’en trouvait une qui surpsait en beauté la veuve Laurent elle-même. Il y a à Saint-André une grande salle où l’on dansait à tains jours; et c'était là que Girard avait occasion voir la personne qui, pour le moment, semblait être l jet de ses hommages. Par malheur, ses assiduités près d’elle irritaient fort un père, un frère, un fim sans compter bon nombre de rivaux.

Cette colère se manifesta surtout le soir dont n: parlons. Léon avait dansé constamment avec la den selle, et il avait paru l’égayer beaucoup aux dépens beaux fils de l'endroit répandus dans le bal, Iln gênait point pour donner cours à son humeur malici se; ses sarcasmes tombaient sans vergogne sur tous c qui l’approchaient, et peu à peu une vive irritation produisit parmi les danseurs.

Le premier effet de cette réprobation fut que les nàrents de la jeune fille s’empressèrent de l’emmen sans même lui laisser le temps de dire adieu à Gir Celui-ci, qui était en ce moment à l’autre extrémité la salle, ne comprit pas le regard désolé qu’elle adressait en se retirant, et, convaincu qu'elle alait bientôt revenir, il s’assit, pour l’attendre, à une place vide.

Le départ subit de la jolie dancouce et de sa fan accrut encore la fermentation dans la partie maseul ne de l’assemblée. On causait avec animation: on ii-

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ait tout haut que l'insolence du Parisien ne pouvait pue se supporter, et qu'il était temps d'y mettre un

Peut-être Léon n'entendait-il pas ces propos meniçants; mais, s'il les entendait, il ne s'en émouvait pure, et continuait tranquillement d'attendre le retour de sa danseuse préférée.

Ilrmann, qui, selon son habitude, s'était tenu au

er rang des assistants et dans l'ombre, s'approcha

dit à voix basse :

M'est avis, monsieur Léon, qu'il ne fait pas bon ici pour vous... Plusieurs de ces, gars li-bas parlaient de vous assommer, rapport à la petite. 11 y a surtout ce garcon, €: pantalon blanc, qui est, paraît-il le promis de 1 demoiselle et qui cherche à monter les autres. Si voue voulez m'en croire, nous partirons au plus vite.

ah! répliqua Léon, en haussant les épaules, ces drôles sont trop lâches pour m'attaquer ouvertement, Ne faut pas s’y fier... Et puis nous avons un bon

Dont de chemin à faire dans la forêt pour retourner

chez nous; il pourrait leur venir l’idée de se mettre en embuscade...

Si tu as peur, tu cs libre de retourner seul à Riveœurt... D'ailleurs, dans le cas où la petite ne reviendrait pas au bal, je sais où j’aurai la chance de la trouver, et alors ta présence me sera tout à fait inutile. Par: donc; non-seulement je te permets de partir, mais encore je te l'ordonne, car tu ne peux que m’embarrasser ici.

Avec votre permission, monsieur Léon, prenez mario... Ces gens-là sont montés contre vous; voyez comme ils vous regardent de travers!

Te m’en moque... Je voudrais qu’ils se décidassent à m’attaquer pour me fournir l’occasion d’en rossr quelques-uns... Le “pantalon blanc” surtout me gêne beaucoup... Mais ne t'inquiète pas de cela et file au plus vite.

= 156 — —C'est une imprudence, monsieur Léon ; YOus ne songez pas... Si] VOUS arriv Pourrais moi-même me trouver dans de cruels embir. ras, à cause de cette boîte chez le notaire... | —Allons ! je vois d'où souffle Je vent, répliqua L'ir. tiste avec gaieté; tu as raison : si je commets une i prudence, il n’est Pas juste que tu en pâtisse. .. Sa donc que, depuis longtemps déjà, la boîte ct son con. Au n'est plus chez Je notaire, car je trouvais fort y. nuyeux d'aller à chaque instant montrer mon visao l'étude. Elle est maintenant chez moi, à Rivecor rt. dans un tiroir de la commode... Voici la clef de ce tie roir; &i j'ai les os rompus dans quelque bagarre. :; Pourras prendre telles mesures que tu jugeras conve bles pour ta sûreté. Dans Je Cas contraire, ce soir 4 demain, tu me rendras Ja clef. ++ Maintenant que dois être tranquille sur ton Compte personnel, tour: moi les talons, car tu m'agaces considérablement. Hermann avait saisi la clef et avait fait dispara

dans sa poche. Cependant il dit encore, les yeux bis. sée :

ct puis, ait un accident. L

—N’empêche Pas, monsieur Léon, que vous devriez un peu songer à Vous-même. Il y a Parmi ces «ns certains mauvais gars...

—ÆEh! va-t-en an diable avec eux! cria Partiste impatienté.

Hermann n’osa p

très Jnt

as insister davantage et sortit, Léon attendit encore quelques instants : comme

cidément la jolie danseuse ne Teparaissait pas, il qu le bal à son tour. Dans sa Préoccupation, il ne ren 1r. qua pas que cinq on six jeunes gens, Parmi lesqu\s était le “pantalon blanc”, le quittaient en même terne que lui.

Du reste, il ne songea pas d’abord court, et s’engacea dane une André. La June éclairait le ci

à regagner Re.

Tue du village de Saint.

el; mais une épaisse obs-

curté régnait à l’ombre des maisons, et l’artiste pou- “® glisser inaperçu, d'autant plus qu'il marchait

embir.

ai ds précautions extrêmes, Il suivit assez lon::- & ‘ps une muraille qui semblait dépendre d'une ferme, ua or arrôta devant une petite porte; là. après Ôtre resté ane ii 5 roment en observation, il frappa d'une manière + Sac ticulière, 1 CO !ll'attendit de nouveau ct, ne recevant aucune réponort «n- répéta son signal. Alors, un pas pesant se fit enisag à re de l’autre côté de la clôture, et une grosse voix eco rt eva qui disait :

e ce ti. \°y à rien pour toi ici, Parisien de malheur! Va- Te ME Un d'où tu viens, ct ne flâne plus autour de ma mai- BVOE SE Son... J'ai nion fusil, ct si tu voux recevoir une balle, oir où À «1 0 froidira pas.

que ‘u Girard avait reconnu (a voix du père de sa jolie dan- Our DE eise, 11 battit on retraite en mur:iurant : -Suffit..…. On garde Ja porte, nous reviendrons par ra là fenêtre!

buis Néanmoins, jugeant inutile de poursuivre, cette nuitfi. ses aventures galantes, il regagna le grand chemin OU qu conduisait à Rivecourt. / .

gens Il avait, ainsi que nous l'avons dit, près d’une lieue à faire dans Ja forêt : cf. quoique la route fût large et haut le, quoique la lune éelairât suffisamment, le trajet, à vfte heure de Ja nuit, offrait, dans les circonstances brésentes certains dangers, re Nous avons vu, en effet. que la population masculine Ua aint-André était fort irritée contre Girard, et, se- MATe D lun los prévisions dTTermann, il se pouvait bien que les FOR AE orcntse, Jos prétendants et les simples amoureux de la TS D jo! danseuse so fussent entendue pour donner une cor- Te ion au séductour parisien : or, on sait ce qu’est une US nr administrée par des paysans brutaux.

int. D'autre part, Léon. tout en marchant. songeait com- O)$e

bien il avait fait Ja part belle à Hermann. En lui con-

fiant la clef du meuble où se trouvaient les preuves \le son crime, l'artiste ne s’était-il pis mis entièrement à sa discrétion? Hermann, sûr de l'impunité, ne serait-il pas tenté de satisfaire ses rancunes contre son impito able persécuteur? Il lui suffirait pour cela de se cacher dans le bois, d'attaquer Girard par surprise et de

tuer. Le peintre avait maintenant assez d’ennemis dan: le pays pour que ce nouveau crime passât sur le comye d’une vengeance particulière et pour que les soupecr: tombassent sur tout autre que sur le vrai coupable.

Léon ne devait pourtant, en cas d'attaque, compter que sur son adresse et sur ses poings vigoureux, On €e souvient que depuis longtemps il ne portait plus revolver dont il avait cru devoir se précautionner cui tre Hermann, et qui le gênait dans ses allées et venu: +. I] n’avait même pas une canne, qui, dans ses mains «1. périmentées, eût été une arme redoutable. Pour y su pléer, il cassa au bord de la route une branche d’arbrr, dont il arracha les ramilles; puis il reprit sa marche «n pleine lumière, au milieu de la chaussée, en sifflant un air belliqueux.

C'était une double imprudence; il eût beaucor» mieux fait de se glisser sans bruit, à l'ombre des haut: futaies qui bordaient la route, que de se montrer et 1! signaler de loin son approche. I] ne tarda pas à porter la peine de sa témérité.

I] se trouvait à moitié chemin, c’est-à-dire dans un partie de la forêt aussi éloignée de Saint-André que de Rivecourt, quand il entendit un chuchotement près le lui. sous la couvert des arbres. T1 s'arrêta et cesea de siffler, sans cependant se mettre encore en défense. Une personne invisible s’écria en patois du pays:

—Cest lui... Je suis certain que c’est lui.

—Alors, tombons dessus! dit un autre.

Aussitôt il se fit un grand mouvement dans les buis sons, et cinq ou six hommes, parmi lesquels était le

uves ile ment à serait-il mpito - > cacher de is dans comic ou pe!

ble.

compter IX. On plus CT Colle vent: :

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d'arbre, rche on lant un

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ans tn que de près le cesea le défense.

meux “pantalon blanc”, fondirent sur Girard, en brandisant des bâtons énormes.

—-Gredins! cria l'artiste, si vous n’etiez pas des làches et si vous vous présentiez l’un après l’autre, je vous prouverais...

Mais les sentiments chevaleresques ne semblaient pas re dans les habitudes de ces paysans cxaspérés, qui attaquèrent Léon tous à la fois.

Il essaya vainement de se jeter dans le taillis: on l'entourait de toutes parts, et, s’ maladroits que fussent le assaillants, il était impossible de leur échapper.

le malencontreux artiste reçut, dans le premier moment, plusieurs horions. 11 faisait pourtant bonne contenance; et comme un de ses adversaires le pressaittrop, il lui déchargea sur la tête un coup qui le renversa à moitié assommé, En revanche, sa misérable branche se rompit du choc, et il ne lui resta plus dans la main qu'un tronçon à peu près inutile.

Les assaillants, voyant son embarras, le pressèrent avec plus de vigueur encore. Girard finit par tomber à coup de poing sur le plus acharné, qui se trouvait être k “pantalon blanc”. Il en eut bientôt raison, et le malheureux “pantalon blanc” roula sur la poussière à son tour. Toutefois cette victoire coûta cher à Léon. Pendant qu’il s’occupait d’un seul adversaire, le reste de la bande frappait avéc vigueur: étourdi d’un coup sur le front, Vartiste chancela et fut renversé.

Sa chute n’arrêta pas ces brutes, exaltées par la résistance même; peut-être n’eussent-elles pas de sitôt cessé de frapper, quand une voix haletante, qui se rapprochaït rapidement, s’écria :

—De quoi! de quoi! des traîtrises? 11 faut que je m'n mêle... Tenez bon, monsieur Girard !

Un homme de haute taille apparut à quelques pas, ügiiant une espèce de massue dont les assaillants ne fardèrent pas à sentir la puissance. Profitant de cette

diversion, Girard se remit de son étourdissement, se re. leva, et, s'étant armé d’un vrai bâton ramassé sur le champ de bataille, il entra en ligne de nouveau.

Cette fois, les gars de Saint-André dont plusieur: avaient reçu de sérieuses blessures, trouvèrent la par beaucoup trop chaude; ils prirent la fuite en entraînant les écloppés.

—C'est encore ce dogue d’Hermann! disait l' d'eux ; d’où diable sort-il? Sans lui, le Parisien n’en rait pas revenu.

Léon, animé par la lutte et par le désir de vengean «, voulait recommencer le combat; Hermann, craignant un retour offensif des ennemis, ne le lui permit pas: i le prit par le bras et lobligea de rentrer bien vite dim le taillis, où, vu l'uxcurité, toute poursuite était imp sible,

Lis marchèrent en silence, tandis que les gens de Saint-André s'éloignaient dans une direction différ » te, en maugréant. Enfin Girard qui avait été très mi traité, dit à son compagnon :

—Doucement donc Hermann... Sur ma jarole, ik m'ont mis en capilotade. Je suis dans l’état où se tr vait don Quichotte, à la suite d’une certaine rencor : avec des muletiers... Ma foi! tu es arrivé à propo- Je te croyais déjà rentré à Rivecourt.

—il faut le dire, monsieur Léon, je me méfii Aussi n’allais-je qu'au petit pas, et quand j'ai vu à chenapans sur la route, je me suis douté qu’ils vous 2 voulaient. Je me suis caché dans un buisson, jee. à guettés, et, aussitôt qu'ils vous ont attaqué, je suis 1 nv bon train.

—Et tu m'as sauvé la vie, Hermann, car ces buun frappaient comme des sourds. Tu a: d'autant plu: mérite que je ne t'ai guère ménagé depuis quelque te et qu’il se présentait une belle occasion de te venvr,

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sans le moindre risque pour toi... Cest bien, je ne l'oublierai pas.

Peut-être ces éloges chatouillaient-ils agréablement son coeur, cependant Hermann ne répondit pas . Comme on ne craignait plus d’attaque, on avait regazné la grande route, et on approchait clopin-clopant d& ivecourt. Au moment d'y arriver, Hermann dit à Girard :

--Sans doute, monsieur Léon, vous allez demain porter plainte à la gendarmerie contre ces mauvais gars ? — Voilà ce qui te trompe; je ne porterai plainte contre personne, et même je ne me vanterai pas de cette affaire... Je te prie toi-même d’en parler le moins posile: on ne se soucie pas d’auvouer qu’on a été bâtonné, quoique lon ait rendu avec usure ce que l’on a reçu! Mais pourquoi ne pas faire punir ces brigands ? Parce que, répliqua l'artiste un peu penaud, je n’ai ce que je mérite... Ce sont là Les revenants-bons "non métier de coureur d'aventures galantes, et je doi: en prendre mon parti... Pourvu que la leçon me srl... Mais j'ai bien peur qu’elle ne me serve pas! —Ïs vous ont abîmé, et vous vous en sentirez long-

Plusieurs d’entre eux portent aussi de mes marques et des tienncs... Bah! j'ai à la maison deux ou tro. flacons d’eau de Cologne qui me serviront à bassimer mes écorchures. Faisons le moins de bruit possible avec cette histoire; tout le monde Y gagnera.

— (Quel homme! murmura Hermann.

Coinme l’artiste allait rentrer dans sa chambre, Her- Mann lui dit doucement :

La clef de votre commode, monsieur on.

— (C'est bien, dit Girard,

Puis il alla poser des compresses d'eau de Coloune ür «es nombreuses contusions.

Le jour arriva enfin où Léon Girard devait quitter définitivement le village de Rivecourt. Ses peintu:: au Château-Neuf étaient terminées; il n’avait plus qu’à retourner à Paris pour s’y livrer à des travaux |: gnes de son talent.

Ce jour là, dès le matin, Hermann était à l’ouvrax pour fermer les paquets et clouer les caisses, Malgré là joie qu’aurait dû lui causer ce départ, le tonnelier ;uraïissait aussi sombre que jamais. Girard profita d'un moment où, fatigués l’un et l’autre, ils se reposaient -ut des malles, pour dire avec sa bonne humeur habituel:

—Ah çà! Hermann, tu es sans doute bien content? Je pars, et ton supplice va cesser.. Ma foi! il est tenips pour toi que cela finisse! Te voilà jaune comme coing, tu n’as plus que la peau sur les os; depuis huit mois, tu n’as pas dormi deux heures d’un bon sommi Oui, je t’ai rudement mené; je t'ai martyrisé de toute manières... Mais je ne pouvais agir autrement.

—Ainsi donc, monsieur Léon, dit Hermann, les veux baissés, je ne peux espérer que... vous ne me dénorvtrez pas?

(Ces paroles étaient un aveu, et le premier qu’Ifermann eût jamais fait, car on a pu remarquer que jusqu’à œ jour pas un mot ne lui était échappé tendant à reconnaître les accusations portées contre lui.

L'artiste prit un air grave:

—Cela dépendra de toi, Hermann, répliqua-i-il après t'avoir bien torturé ici, je voulais t’imposer ! bligation de vendre tes biens et de t’expatrier. Ma: j commence à croire que réellement tu te conduiras sormais en honnête homme, D’ailleurs, tu m'as sut la vie dans la forêt de Saint-André, et cette bonne : tion doit avoir sa récompense... Continue done d'habiter Rivecourt et d’y vivre en travaillant, comme par le passé. Peut-être ne remettrai-je jamais le pied dans ce village; cependant, souviens-toi bien de mes paroles:

noce

PIfer.

je jus dant à

d'haie par 1 dans aroles:

Quoique absent, je serai informé de tes moindres actions. Des personnes que tu ne connais pas me rendront compte de tes faits et gestes; au premier soupson grave qui s’élèvera contre toi, tu me verras accourir ici. Autant tu m'as trouvé indulgent, autant alors tu me trouveras inexorable. Quoique j'aie brûlé l'écrit qui l’accusait, peu de minutes me suffifont pour en rédixer un nouveau. Toutes les personnes dont j'aurais À invoquer le témoignage existent encore, et à un moment donné elles fourniront contre toi des preuves irréfutables. Enfin, j'emporte le fameux pistolet, qui est la principale pièce à conviction, et je le produirai, s'il y a lieu... Sois donc bien averti, Hermann, au moindre faux pas, malheur à toi!

—Cest dit, monsieur Léon, répliqua Hermann; allez j ne broncherai plus; j’en ai assez... Vous m'avez mis au pas; j'y resterai.

—J'y compte... Tu me connais à présent, et tu sais que rien ne m’effraye... Marche donc droit; car, dussèje te brûler la cervelle de ma propre main, un nouveau crime de ta part ne demeurera pas impuni, je te le jure!

Quelques instants plus tard, un beau char-à-bancs, appartenant au service du château, stationnait dans la cour et devait transporter Léon à la plus prochaine station de chemin de fer.

Une partie de la population de Rivecourt était venue assister au départ de ce “Parisien”, qui avait inspiré des sentiments si divers dans le pays. Les femmes surtout, et les plus jolies femmes, étaient en grand nombre ; les unes avec leurs maris, les autres toutes seules, et, comme dit la vieille chanson:

Y avait Dine, Y avait Chine, Y avait Claudine et Martine

Il y avait aussi Thérèse, flanquée de son époux lo. seph Lerond, et la ci-devant veuve Laurent avec -2 mari Jean Pierre. L'une et l’autre, comme bon no: bre de leurs compagnes, éprouvaient une afflictn qu’elles s’efforçaient de cacher, ct toutes se regardaivnt avec défiance. Léon les embrassa et glissa furtivem nt à oreille de chacune d'elles un mot que les autre: n’entendaient pas.

\ Au moment de monter en voiture il prit congé ls hommes présents. Arrivé à Hermann, il ui dit tnt bas:

—Adieu, Hermann... souviens-toi!

—Je n'ai garde d'oublier, répliqua Hermann de : à me.

Le peintre, frappé de l’altération de sa voix, regarda avec attention. Les traits d'Hermann étant contractés par la douleur; de grosses larmes, des Jarre: d'affection et de regret, coulaient sur ses joues bis nées.

Explique qui pourra cette singularité, cette contradiction humaine! Hermann aimait le jeune étourdi ui avait pénétré ses affreux secrets, qui lavait torturé sans pitié pendant huit longs mois, qui, encore en ce moment, le menaçait d’une incessante et occulte -urveillance. C’est qu’en effet les natures rudes et farouches, telles que la sienne, se soumettent volontiers à n° spériorité physige et morale énergiquement affirie. Ainsi le tigre ou le lion finit souvent par aimer | dompteur qui l’a frappé avce des barres de fer, qu' l'a privé de nourriture et de sommeil, qui l’a sanglé de coups de cravache; et on a vu de ces féroces animaux défendre leur maître dans un moment de périr, où méême mou::: de douleur quand ils venaient à le perdre.

Hermann ne rendit pas nécessaire une interven: on de lartiste dans ses affaires, et vécut en honnête honme. Seulement, quand on prononçait devant lui le

nom de Léon Girard, il disait d’un ton d’attendrissement, de respect et de crainte:

—Quel homme!... un fier homme tout de même!

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