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ion coup, et nous mangerons un morceau. Le voyage ‘a affamé. Débarrasse-toi comme moi de ton épée, baniel, et confions-les à nos gens jusqu’à notre retour. Son ami obéit, et ils marchèrent à travers le taillie ; prenant toutes les précautions nécessaires pour ne a se meurtrir le visage ou déchirer leurs vêtements. © Ne scrions-nous pas ici sur le territoire de la Sei- “üeurie de Merchem? demanda Walter.
—C'est possible, répondit <on compagnon. Peut-être “si Sommes-nous, sans le savoir, sur les terres de Liugemarck.
—Quoi qu'il en soit, Daniel, nous ne dirons pas d’où nous VCNONs ni qui nous sommes, Quelle folie!
—C'est une bonne précaution. Si l’on sait que je s le châtelain de Staden, on va me recevoir avec ites sortes de cérémonies. Et cela me contrarie de ne jamais voir un visage souriant, Puis, les paysans Foscront pas n'offrir leur modeste collation. S'ils ous interrogent, nous dirons que nous sommes les fils “ marchands de Thourout, qui allons à Ypres pour les laires de notre commerce, et que nous sommes éga- Nous échapperons ainsi aux témoignages de res- ‘ct que je redoute, C’est pour cela que j'ai voulu sser nos épées à nos gens. On ne soupçonnera pas ië nous sommes des chevaliers.
—Et si on demande nos noms?
Walter réfléchit un instant.
—Pai trouvé, dit-il: Je m'appelle Walter Sicbrechts, toi Daniel Houtmans, Ce sont les nome de deux de es hommes d'armes, Ne les oublie pas: Siebrechts et Houtmans.
Etrange fartaisie! murmura Daniel: mais puise tu le veux... I] fut interrompu par un brusque uvement de son ami. Celui-ci s'arrêta, mit un ivigt sur ses lèvres, et de l’autre main montra à Da-
niel une petite maison située à une centaine de pas au milieu d’une clairière.
C’était une charmante maisonnette, d’un aspect soi riant et coquet; bien qu’elle n’annonçât qu'une ha tation de paysan, à en juger par la propreté extéric de cette demeure, ses habitants devaient jouir d'u certaine aisance.
La nature, d’ailleurs, semblait avoir fait beauco à pour rendre ce séjour agréable, La maisonnette s'al, tait sous l’ombrage d’un énorme tilleul dont les gigi. tesques branches s’étendaient par-dessus le toit, come pour le préserver de la chaleur du soleil. Des milli d’abeilles, de papillons et de mouches aux ailes trar parentes voltigeaient ct bourdonnaient dans les flei blanches dont l'arbre était couvert.
Tout autour de la maisonnette s’étendait un pré \ doyant où croissaient çà et là des bouquets d’arbu: odoriférants, ct des groupes d'arbres fruitiers, D’inn brables oiseaux gazouillaient leurs chansons amour ses dans les arbres et les buissons. et des milliers fleurs étoilaient le tapis vert de la prairie.
Le soleil versait sur cette riante nature le doux & de ses rayons printaniers, et pour des gens qu'une | gue marche à travers la sombre forêt devait avoir tigués, cet endroit était une véritable oasis.
Telle fut du moins l'impression que ressenti: Walter et Daniel à l'aspect de ce délicieux asile; n eur surprise et leur admiration redoublèrent lorsqu' virent, assise sur le seuil e la maisonnette, une je fille occupée à tricoter une espèce d’écharpe en rouge. Elle devait avoir vu fleurir scize où dix-s fois au plus le grand tilleul, car elle avait encore | Tune enfant, tant ses membres étaient délicats, t ‘on visage angélique respirait la fraîcheur de la j::nesse !
Pour toute parure elle portait une robe de t
blanche serrée à la taille par une ceinture nieue. Les boucles rebelles de son abondante chevelure noire, s’échappant de son chaperon couleur pourpre, faisaient res sortir léclatante blancheur de son cou.
Autour d’elle un coq au brillant plumage se promeuit fièrement au milieu de ses poules, de leurs poussus, et d’une dizaine de pigeons qui se rengorgenient ui se poursuivant. Un agneau blanc comme la neige posait sa tête sur les genoux de la jeune fille, et sembat implorer une caresse de sa petite main,
Assise ainsi dans la pénombre, les joues animées par le rayons du soleil qui se jouaient à travers le feuilla- #, ct tournant autour de son doigt, d’un mouvement rapide, le fil rouge de son écharpe, la jeune fille avait l'air d’une création échappée du cerveau de quelque zrand poête, personnifiant la jeunesse, la candeur et la pureté,
Walter et son ami contemplèrent un instant en si-
cette vision enchanteresse, puis murmurèrent ne voix à peine intelligible :
—Est-ce une illusion ? Où sommes-nous ? Oh! qu’elle «1 belle! qu’elle est ravissante! C’est l’ange de ce paralis terrestre !
Daniel se remit en marche le premier, Walter le
vit, ému et presque tremblant.
\ peine avaient-ils fait quelques pas que la jeune fe les aperçut et se leva toute surprise. Le rouge
monta aux joues, et elle considéra les étrangers Stupeur; mais lorsqu'elle vit qu’ils hésitaient à iprocher, un doux sourire entr’ouvrit ses lèvres ; jeunes gens, encouragés, s’avancèrent vers elle, int peine à contenir leur admiration.
Exeusez notre hardiesse. dit Daniel, nous nous mes égarés dans la forêt; nous avons soif et faim, ‘nous vous supplions de nos aider à réparer nos for- Nous paierons ce qu’il faudra.
—Payer? murmura-t-elle d’un air blessé. Le “lo. pos de la forêt” n’est pas une auberge, et nous ne vendons rien. Veuillez entrer, messires. Mon père n':t pas à la maison; mais ma bonne tante Kathelyne vo offrira tout ce que nous avons.
—Grand merci pour votre bonté! répondit Walt: Je ne sais comment vous nommer; vous semblez êtr fille d’un laboureur, et peut-être êtes-vous une no demoiselle.
—Vous vous trompez, messire; mon père est bien | homme libre, mais nous ne sommes pas de race n ble. Je r':ppelle Bertine Jacobszone. Appelez-n Bertine.
—Ah! quel joli nom!... Nous aussi nous somn.
des bourgeois, les fils de marchands de Thourout. Nou: allons à Ypres pour affaires de commerce. Je m'anpelle Walter Siebrechts, et mon ami Daniel Houtmar.
Ils étaient entrés dans la maison.
La jeune fille approcha deux chaises de la table. Ie vais appeler ma tante et lui dire ce que vous désiriz. car ici, au Repos de la forêt, il ne vient presque jamais personne. Et ce n’est pas toujours agréable de vivre ainsi solitaire...
Elle disparut dans une autre pièce.
—Sommes-nous le jouet d’une illusion de nos sen:” murmura Walter. Peut-on rêver une créature plus douce et plus charmante ?
—C’est une aimable et jolie fille, en effet, dit 11niel d’un ton plus calme; mais regarde donc cette chanbre, Walter. A quelle classe peuvent appartenir les habitants de ce logis tranquille? Cette épée pendre à la muraille, ce casque, cette cotte de mailles! Ce sent les armes d’un chevalier, Bertine nous a-t-elle trompés. et cacherait-elle comme toi la noblesse de son ui gine? Cette énigme m’intrigue.
—Ce ne sont pas des nobles, Daniel. Les vêtements
de Bertine sont trop simples, trop humbles. Et regarde le mobilier qui nous entoure: il est convenable et propre, mais il n’a rien de riche... La voici! J’entends sa douce voix.
Bertine rentra avec une vieille femme grisonnante, habillée comme une vraie paysanne, qui salua les jeune gens avec un sourire amical.
—Voilà nos hôtes, Kathelÿne, dit la jeune fille. Voici M. Walter Siebrechts, et l’autre est M. Daniel out... Zout... Ah! Je l'ai oublié.
—Houtmans, dit Walter, tout joyeux de ce que la
z-n jeune fille eût mieux retenu son nom que celui de son
ami.
mins —Ces messieurs désirent manger quelque chose? de- Nous manda la vieille femme. Dans un instant. Nous n’a-
n'a je ons pas grand’chos ; mais ce peu est tout à leur sermais, vice.
Elle se dirigea vers Ja porte et cria de toutes ses forces, —Jean! Jean!
U: grognement étrange, pareil à celui d’une bête Savage, répondit de loin à cet appel. Sans attendre le domestique, elle ouvrit un buffet. et plaça sur la table, du pain, du beurre, du fromage, et même un pigeon rôti, Ün homme puissamment musclé, au visage grêlé, au le voûté, et aux mains calleuses, entra dans la cham- Il revenait sans doute du travail des champs, car portait une lourde bêche, Sans regarder les étran- - ct sans prononcer une parole, il demanda du relà Kathelyne ce qu’elle voulait.
la vieille femme lui montra la porte de derrière et lui dit à oreille quelques mots dont les jeunes chevafiers ne distinguèrent que les suivants :
Sous le sable, dans le coin à gauche, nents Pr
—Et maintenant, messires, permettez que je vous serve, dit Bertine.
—C'est trop de bonté.
—N'’est-il pas de mon devoir de servir les hôtes le mon père? Ah! Voilà Jean avec sa bouteille. Mon pire dit que c'est un vin exquis, âgé de plus de quinze ans. [| l'appelle Beaune.
—On boit ici du vin? du vin fin? dit Daniel étoni.
—Pas du tout, répondit Bertine. Ce vin ne pari jamais sur la table excepté quand le hasard nous ani ne comme aujourd’hui des étrangers; et cela arrive rarement ! Parfois aussi, quand mon père est indispo:i, il en boit un gobelet; mais, Dieu merci, voilà longten: qu’il n’a été malade.
Lorsque Jean eut débouché la bouteille, il reprit «1 bêche et sortit sans prononcer une parole.
—I1 est muet, dit Bertine.
Les jeunes chevaliers le suivirent un instant des y6 1, puis ils vidèrent leurs verres et affirmèrent qu’ils 1avaient jamais rien bu de meilleur.
—C’est dommage; ajoutèrent-ils, que le maître logis soit absent. Nous eussions été heureux de le rmercier ainsi que vous de sa gracieuse hospitalité.
—Mon père est en chasse dans la forêt avec son àr balète. Nous ne savons à quel endroit le chercher m1 tenant, et notre Jean ne le trouverait pas. Maissi vous avez le temps d’attendre un peu, messires, vous le ve:1v7 certainement, car l’heure habituelle de son retour :: proche...
—Pardonnez mon indiscrétion, interrompit Dar el. Ces armes, cette cotte de mailles, à qui appartienn ntelles ?
—Mon père est un vieux soldat qui a assis à lun coup de batailles.
—Et maintenant, il ne fait plus la guerre?
—Non, il se repose des fatigues d’une vie labori: rx.
Et sous quel chef at-il fait la guerre?
—Ah! ceci... ceci...
l' la jeune fille hésitante regarda la vieille femme qui répondit d’un ton bref:
—Nous l’ignorons, messires; il y a beaucoup de ho-cs que nous ne savons pas.
l1- jeunes gens comprirent qu'ils avaient poussé trop loin leurs questions, et continuèrent pendant quelque temps à manger en silence.
Bertine reprit la première l'entretien interrompu en taront du beau temps, des fleurs nouvelles et des oi- “liX qui commençaient à faire leurs nids. La vieille Kaïlwlyne finit par s’y mêler, et ainsi les jeunes gens itvrirent que leur hôte, Segher Jacobezone, était un home libre de Wulpen, entre Furnes et Nieuport ; que Bertine, jusqu’à l’année précédente, avait été élevé à Bruges, dans un couvent; que Kathelyne, la soir de sa défunte mère, m’avait cessé de veiller sur elle omme un mère véritable et que leur maison, quoi: que enclavée dans le territoire de Woumen, appartenait au couvent des Bénédictins de Merchem.
ls jeunes gens, mis en belle humeur par l’amabilité de Bertine, et de sa tante, et sans doute aussi par le bon “in qu'ils avaient bu, racontèrent tout ce qu’ils safaicnt de la cour du duc et des événements qui s’étaient Das depuis peu dans le pays et à l'étranger. Si Dane parlait plus que Walter c'est qu’il avait l'esprit plus libre: le jeune châtelain de Staden ne quittait pas Beïine des veux. et l’écoutait de toutes ses oreilles, non pour comprendre ce qu’elle disait, mais pour s’enivrer de l1 douce musique de sa voix.
L'innocente jeune fille Je regardait de même de temps en temps avec une sorte d’étonnement tranquille. Car lui aussi était beau et jeune comme elle; lui aussi
avai des veux noirs et un sourire aimable qui trahisif l1 bonté de son âme,
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Une grande demi-heure se passa ainsi: Daniel :*. tait levé et affirmait qu’ils devaient, pour des motifs urgents, se remettre immédiatement en route. Waiter et les deux femmes essayèrent de le retenir, dans los. poir que le père de Bertine allait rentrer, mais Daniel, convaincu que l’on devait être fort blessé, à Lauve. marck, de leur long retard, insista vivement pour par. tir.
—Mon père ne vous verra done pas? Il en aura de grands regrets, messires, dit Bertine.
—Nous manquerions à nos devoirs envers notre hi. te, si nous partions sans l'avoir remercié, ajouta Walter.
—Mais nous n’allons pas au bout du monde, rénli. qua Daniel. Nous repasserons par ici, et nous remercie. rons alors M. Segher Jacobszone.
—Mais si mon père est encore à la chasse cette foislà, objecta Bertine. Quand repasserez-vous par ici. M. Daniel.
—Dans huit jours peut-être.
—Ce sera donc samedi prochain? demanda Kathelyne.
—Oui, samedi.
—Au revoir donc.
—Veuillez nous indiquer la route qui mène à Ypres.
Des explications de la vicille femme il résulta qu'ils n’étaient qu’à une heure de marche de Taugemar La grand’route passait à quelques portées de flèche la lisière du bois. Un sentier y conduisait tout droi Kathelyne leur offrit de leur donner pour guide le mestique muet, mais les jeunes gens refusèrent, pi qu’ils n'avaient qu’à suivre le sentier qui passait vant la porte.
—N’oublier pas vos promesses, messires, dit Brtine. Samedi, mon père vous attendra toute la journée, et si vous ne veniez pas, il en serait désolé. et none à Au revoir done, et que Dieu vous conduise, messire:,
el sé.
motifs Waiter 1s l'es Dan el, Cause.
IT jar.
ura de re hô- Valter.
répli
nerciee
e fois
—Merci, et au revoir, dirent les jeunes gens profondément touchés de la cordialité de cet accueil.
Ils se mirent en route et suivirent le chemin indiqué aussi longtemps qu’ils furent en vue des habitants de la maisonnette; mais dès qu’ils eurent tourné derrire d’épaisses broussailles, ils rentrèrent dans le bois pour retrouver l'endroit où ils avaient laissé leurs piqueurs et leurs montures.
—De braves gens, n’est-ce pas? aimables et bien élevis, dit Daniel. On dirait vraiment qu’ils sont de rac> uoble, ou du moins qu’ils ont vécu avec des nobles.
—Quelle douce et charmante fille! sécria Walter, comme sortant d’un rêve; quelle simplicité quelle candeur, quelle innocence! voilà la femme telle que je l’ai rèvée,
Ciel, que distu? Bertine aurait-elle fait une si profonde impression sur ton esprit? Tu me fais craindre qu’une seconde visite au Repos de la forêt...
—Tu te trompes, mon ami. Le sort et le due de Bourgogne ont décidé de ma vie; il faut que j’épouse Judith Van Laugemarck. J’accomplirai mon devoir en loyal chevalier.
—Cependant cette émotion, cet enthousiasme. Si jamais un sentiment secret pour cette naïve jeune fille.
—Un sentiment d'amour, veux-tu dire? c’est impossible Daniel, non-seulement parce que je ne veux pas oublier ce que je me dois à moi-même et à ma future femme, mais parce que l'innocence et la bonté d’âme de Bertine l’entourent à mes yeux d’une auréole qui la défenà contre toute pensée égoïste. Elle m’inspire tant de respect que je me croirais coupable si je pouvais éprouver pour elle un autre sentiment qu’une sympathie désintéressée,
—Cest égal. Je regrette que nous ayons promis de revenir. Ces visites sons un faux nom m’inquiètent.
—Eh bien, Daniel, pour te Prouver que tes craintes
sont vaines, je te promets de ne plus y retourner jours que nous aurons remercié Jacobszone. Bertine ne -vra pour moi qu’un doux souvenir que je conserverai pur au fond de ma mémoire.
—Alors ma crainte n’a plus de raison d’être, Ces ‘raves gens nous oublieront bientôt, et leur souvenir n° t& suivra pas longtemps... Il y a dans cette jeune ill quelque chose qui pique ma curiosité. Elle parle à bien, avec tant d'esprit, elle sait tant de choses de là cour, que je me demande encore si elle ne nous cache pas sa véritable naissance.
—Mais non, Daniel. Tu oublies qu’elle a été élevée à Bruges dans un couvent. C’est là qu’elle a appri: « qu’elle sait. a
—Quoi que tu dises, Walter, je soupçonne que le ii. jour de ces gens-là au plus profond de la forêt, cache quelque secret... Voilà nos chevaux. Hâtons-nous. 92 sera peut-être contrarié à Laugemarck de notre retari.
Ils ceignirent leurs épées, sautèrent à cheval, et ne tardèrent pas à trouver le chemin que Kathelyne leur avait indiqué.
—Maintenant au trot! dit Daniel. Pourquoi r:::tu ainsi tout seul ?
—Je n’en saies rien. Je me sens tout en joie. Ia nature me paraît plus belle... Mais tu as raison. hàtons-nous, en avant!
Les chevaux volaient sur la grande route en soulevant un nuage de poussière.
Une demi-heure plus tard le pont de Laugemarck résonna sous les fers de leurs sabots, et ils pénétrèrent dans la cour.
Les jeunes gens descendus de cheval se dirigèrent vers le vestibule. En chemin ils rencontrèrent Otto Van Laugemarck, le frère de Judith, qui leur dit d’un ton aigre :
— I] n’est pas permis, messeigneurs, de traiter avec si
r lors ne ra ai pur es ra rhete ne lille arle si de la ] cache
élevée pris ce
J le sb . caché us, On retard.
{ né
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ET
peu d’égard des gens de notre sorte! J’ai peine à contenir mon indignation. Et si le duc, notre souveain, n’avait pas formé le projet de nous unir par les liens du sang, je ne supporterais pas un pareil affront. Il ; a deux heures que nous attendons. La table est mise depuis une heure. Un tel oubli des convenances ! Mon père est profondément blessé; ma pauvre soeur pleure de chagrin. Ah! vous cubliez qui nous sommes !
Otto avait les yeux enflammés de colère, et son regarl semblait vouloir transpercer Walter.
Celui-ci le considérait froidement et sans s’émouvoir. -
—Messire Otto, répondit-il, je n'oublie ni qui vous êtes, ni qui je suis. Comme vous le dites, si le duc ne m'avait pas destiné votre soeur pour femme, je ne vous permettrais pas, si jeune que je sois, de me parler deux fois sur ce ton d'autorité... Mais voilà votre père qui vient vers nous. Je lui dirai les causes de notre retard.
Et, en effet, il raconta au père de Judith qu’ils sé tient perdus dans la forêt.
le vieux chevalier eut air d'accepter l’excuse comme satisfaisante, et dit:
— (est un accident qui peut arriver à tout le m. de. N’y pensons plus. Entrez, messieurs. Je vais dire . qu'on serve le dîner. Mon heure est passée, et -j’ai grand’faim. Les jeunes chevaliers entrèrent dans la
p grande salle du châteaw
Walter aper Judith qui pleurait, assise dans un tin. Emu d'u. compassion sincère, il s’avança vers elle. ct lui prit la main en disant:
—Judith, Judith, pourquoi pleurez-vous ainsi? me ‘o\ez-vous donc capable de vous faire volontairement de la peine? Nous nous sommes perdus dans le bois. Il ny a pas de notre faute. Vraiment vos larmes me déchirent le coeur.
Peut-être Walter n’avait-il jamais parlé à Judith
d’un ton si aimable et si doux. Elle se leva avec une joyeuse surprise et s’écria :
—Walter, puis-je vous croire? Dites-vous vrai?
—Certes: demandez plutôt à mon ami Daniel.
—Et mes larmes vous font de la peine?
—Elles m'affligent profondément, Judith.
—Dieu soit loué, je me trompais donc! mon inquittude, ma méfiance ne sont pas fondées? Allons, Walier, plus de chagrin! Ah! je crois que le bonheur trouble mes sens à présent.
Et elle conduisit le jeune homme, avec des exclanations et des gestes qui témoignaient' d’une vive exaltation, vers la table où son frère avait déjà pris place.
Les valets et les servantes apportèrent les premier: plats, et l’on commença à les entamer en silence, Judith s'était mise eh grande toilette pour recevoir son futur. Elle portait une robe en satin jaune avec une immense traîne, et une ceinture de pourpre enrichie d’or et de pierreries. De la pointe de son haut chaperon en velours rouge, un long voile de gaze descendait sur ses épaules... En vérité elle était parée comme une reine.
Assise en face Ge Walter, elle ne le quittait pas de yeux.
Dans leurs précédentes entrevues, les façons impérieuses de Judith avaient désagréablement affecté l'es prit du jeune homme. Mais aujourd’hui il paraissait de meilleure humeur, et regardait parfois avec un sourire celle qui devait être la compagne de sa vie.
Elle était réellement belle, il devait en convenir. Ses yeux noirs pleins de feu, son front haut et pur, sa fine bouche, devaient faire impression sur les plus difficiles: mais dans ces traits nobles et fermement accusés il y avait quelque chose de sévère qui commandait l’admiration plutôt que l’amour; aussi Walter ne pouvait sem
1ql Calter, oublie
lanaxaltalace, miers , [ue son Cu richie ha pe.
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. Ses
pêcher d’évoquer à côté d’elle la douce image de Bertine.
Quoi qu’il en soit, ce jour-là le jeune chevalier ne parut pas éprouver le même éloignement our Judith, et même il se rêta comlaisamment à une conversation gaie et resque cordiale. Ce changement heureux parut de bon augure à la jeune fille, qui se montra de son côté plus gracieuse et plus prévenante, malgré les rêveries passagères dans lesquelles Walter paraissait quelquefois s’absorber et dont il s’éveillait en souriant doument. Elle était persuadée qu’elle était l’unique objet de ces distractions, et qu’il pensait à leur prochain mariage.
L’affectiou que Judith et Walter semblaient se témoiguer mutuellement faisait aussi une impression favorabie sur le vieux chevalier et sur son fils Otto. La conversation devint générale et resta très animée jusqu’à la fin du repas.
Judith proposa ensuite une promenade dans le parc, Walter lui offrit le bras, et toute la compagnie quitta le château en causant gaiement.
A peine eurent-ils fait quelques pas dans le parc que Walter s’aperçut que le sire de Laugemarck, son fils et Daniel étaient restés en arrière, comme pour lui ménager un tête-à-tête avec Judith.
ll en conçut une certaine inquiétude. Car il craigmait que la jeune fille ne profitât de l’occasion pour renouveler ses précédentes demandes; mais comme, de son côté, il appréhendait de la blesser, il n’osa point ralentir le pas pour rester à côté des autres promeneurs.
Lorsqu’elle se crut assez éloignée du reste de la compagnie, Judith s’arrêta et lui dit:
—Walter, je lis dans vos yeux que vous avez exaucé ma prière. Notre mariage ne sera pas différé plus longtemps? Donnez-m’en je vous prie l’assurance.
RE
.—VJe ne le puis, Judith, répondit le jeune home. Notre mariage sera célébré selon la volonté du dur.
—Hélas! vous refusez toujours. Que vont dire nœ amis? Ne sentez-vous pas, Walter, qu’il y a là quelqu chose d’humiliant pour moi?
—Je suis si jeune, Judith. Mon éducation de che. valier n’est même pas terminée. Le mariage est lien qui dure jusqu’à la mort. Le duc, dans ga sage, m’a donné un an pour m’y préparer. Accordez-moi le même délai, et je vous conduirai avec joie à l'autel Encore dix mois!
—Dix mois let cela ne vous paraît pas une éternité? Ah! c’est dans votre indifférence cruelie que vous pui sez la force de résister à mes prières. Ayez égard à ma situation; elle explique mon impatience; abrége’. j vous en supplie, les longueurs de l'attente et dans ma reconnaissance je vous servirai comme une esclave fdèle..…
—Craignez-vous donc, Judith, demanda le jeu homme, qu’il survienne quelques empêchements à notre mariage ?
—Oui, je le crains; pourquoi? Je lignore, mais j'a tremble nuit et jour. Ne le comprenez-vous pas? Ava pitié de moi, Walter. Promettez-moi que notre ms ge aura lieu dans trois mois.
. Il secoua la tête d’un air de doute.
—TInsensible, impitoyable à ma donleur! s’écria Ju dith qui se mit à plecrer.
Cette explosion si vire d’un sentiment exagéré dé. plut à Walter. L'espèce de contrainte que Judith voulait exercer sur lui le blessait. Mais sa bonté naturelk conserva le dessus. Touché par les larmes de la jeune fille, il lui dit:
—$i vous souhaitez si ardemment que notre mariagt soit avancé, Judith, soyez satisfaite. Dans six mois je vous conduis à l’autel,
home, \ dur.
dire nœ quelque
est un sagri sie, Z-MOi le lPautel ternité ous pui:
rd à ma égez. je lans ma
clave f-
le jeune
aturelle la jeune
—Six mois! soupira-t-elle. Oh! ne soyez pas bon à uni. Je vous en conjure.
Et elle fixa sur lui ses beaux yeux noirs pleins de larmes.
—Puisque votre bonheur semble en dépendre, murmura Walter ému, eh bien, soit! Dans trois mois.
—Merci, à merci! s’écria Judith avec un élan de joie . triomphante, Puis elle se mit à parler avec une volu- Lilité fiévreuse du bel avenir qui les attendait, et bien que cette agitation fût désagréable au jeune homme, il écouta avec complaisance les tirades enthousiastes de sa fiancée, quoiqu'il eût entrevu de tout autres rêves de bonheur.
Lorsque le vieux seigneur Van Langemarck et son fils Otto apprirent la résolution de Walter, ils lui serrèrent les mains avec cffusion, et Daniel le félicita de tout coeur.
Walter leur répondit qu’il allait appeler à Staden des"brigades d’artistes et d'ouvriers, afin de rendre son château digne de recevoir sa nouvelle maîtr:-3e,
Il parlait ainsi en toute sincérité; car, une fois décidé à déférer au désir de Judith, il s’éta dit qu’il vahit autant en finir tout de suite, et étouffer en nœs coeurs des espérances vaines.
On n’essaya pas de le retenir à Laugemarck, Judith lui fit répéter dix fois sa promesse, ct limpatienta en secret par les témoignages exagérés de sa joie.
Lorsque le jeune chevalier, suivi de Daniel et de ses deux hommes d’armes, eut traversé le pont-levis et vit déployer devant lui la grand’route, il dit à son ami:
—Daniel mon esprit fatigué aspire au repos. Il se peut que Judith soit belle et même bonne, mais elle n’est pas la femme qui me rendra heureux.
Îl enfonça léperon dans les flancs de son cheval et partit à fond de train, d’une allure si précipitée, que son ami Daniel eut peine à ne pas le perdre de vue.
Huit jours plus tard, Daniel et Walter, dès ,u1is eurent dîné, montèrent à cheval et, suivis de deux 0 mestiques, prirent le chemin qui en une heure devui les conduire à la demeure de Segher Jacobszone.
Daniel s'était demandé plus d’une fois s’il n’était pas de son devoir de détourner son maître et ami le cette seconde visite au Repos de la forêt; mais il avait fini par se dire qu’une simple démarche de politesse ne présentait aucun danger; ce qui le confirmait dans cuite idée, c’est que, depuis que le hasard les avait conduits à la petite maison isolée, Walter était resté d’excællénte humeur et envisageait même sans appréhension *<on union avec Mile Van Laugemarck.
Ils avaient eu un instant l’idée de révéler leurs vrais noms et leurs positions sociales à Segher Jacobszonc et à sa fille; mais, réflexion faite, ils s'étaient dit que mieux valait les leur laisser ignorer.
Arrivés à cinq minutes du Repos de la forêt ils «lescendirent de cheval, débouclèrent leurs épées et marchèrent dans la direction du nord à travers le bois jusqu’à ce qu’ils atteignissent la route d’Ypres non loin du sentier qui aboutissait à la petite maison isolée. Ils étaient impatients d’y arriver: Walter, parce qu’il se sentait attiré par une sympathie secrète, et Daniel, parce qu’il espérait découvrir le secret qui le préoccupait depuis huit jours.
Au premier tournant du sentier ils aperçurent le
+ n’étai
mi de l'avait se ne Is eutte induits e]lénte nn :<0n 8 vrais zonc et it, que ls iles t maris jusn loin
lée. Ils u’il se ], parceupail
rent le
doux visage de Bertine dont l’aimable sourire uttestait la joie qu’elle éprouvait à les revoir.
—-Ciel! vous nous attendiez! s’écris le jeune seigneur Van Staden.
—Sans doute; pourquoi vous en étcmxer? dit-elle avec candeur; j'ai déjà été deux ou trois fois jusqu’au grand chemin pour voir si vous ne veniez pas. J’ai tant parlé de vous à mon père qu'il est curieux de vous voir. Venez, messires. Ma bonne tante Kathelyne a passé toute la journée d’hier à cuire des tartes pour vous, mais ne faites pas semblant de le savoir.
Elle marcha en avant, tovjours occupée de son tricot rouge, comme si elle avait peur de perdre une minute. Le
—Vous travaillez bien assidument, bonn: Sertine, dit Daniel.
Elle se retourna ec répondit d’un air de mystère:
—Je le crois bien, messires, Quand mon père est là, je ne peux pas travailler, car c’est une surprise que lui ménage: Une gibecière que je lui tricote pour sa féte. Maïs ne perdons pas de temps à bavarder. Entrez dans la maison; tenez, voyez-vous là-bas, bien loin dans les champs, mon père avec ma tante qui fait paître notre vache près du fossé? Je cours avertir mon père. Et, cachant son ouvrage, elle s’éloigna lége.e comme une biche.
Les jeunes chevaliers s’arrêtèrent devant la maisonnette, prêts à saluer leur hôte qui s’approchait tenant & fille par la main.
C'était un homme de haute taille, avec des cheveux gris, des traits fortement marqués et ne démarche imposante, Une profonde cicatrice sillonnait son front et & joue droite, tout en Jui trahissait le vaillant homme de guerre vieilli avant l’âge au service de son prince, Une expression de découragement et de douleur ré-
pandue sur s0n visage faisait supposer qu’il avait bei coup souffert
C’est avec un sentiment de respect que Walter et + ami virent approcher le vieux soldat.
Après les premier saluts, le jeune seigneur Van K! den lui dit:
M. Jacobszone, nous remplissons un devoir agr ble en venant vous remercier de la généreuse hospita! que votre aimable fille nous a offerte la semaine nière. Nous n’avons pas eu le bonheur de vous \ alors; mais aujourd'hui recevez les témoignages sin res de notre reconnaissance.
—Qui refuserait l'hospitalité à d’honnêtes gi! messires ? le Repos de la forêt est ouvert à tous les yageurs qui ont besoin d’aide ou qui sont égarés. fille n’a fait pour vous que ce qu’elle aurait fait pri d’au:res.
Ea achevant lentement ces mots, le vieux soldat nait son regard perçant et inquisiteur fixé sur les di ix étrangers. Il remarqua que le plus jeune parais-: embarrassé et baissait les yeux. Ce signe de timidité de simplicité lui plut probablement, car il tendit main à Walter en disant:
—Soyez les bienvenus, mes jeunes amis; je sais | Bertine qui vous êtes et toutes les nouvelles intéres: 11 tes que vous lui avez racontées. Naturellement vous voyagez beaucoup et vous venez souvent à Bruges. \loi. depuis près de deux ans, je vis isolé dans cette forét ct je suis curieux de savoir ce qui se passe dans le mor le, Veuillez entrer, messires, nous causerons en vidant ün verre.
—Vous êtes vraiment trop bon, murmura’ Walter.
—Assez de remerciements, messires, acceptez sans cérémonie ce que je vous offre de même, interronpit Segher Jacobszone.
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Moi.
\u moment où ils se disposaient à entrer, Bertine s'écria:
Mon père, il fait si chaud à l'intérieur, et ici il lat si frais! Souffrez que ‘na tante Kathelyne et moi nous placions une table et des chaises sous les tilleuls
Excellente idée, mon enfant, répondit Jacobszone, “uis je ne veux pas que tu te fatigues,
I! saisit son siflet d'argent, et en tira deux sons perçants,
Jean ne tarda point à paraître et se posta devant Jacob:zone dans une attitude si respectueuse, que les deux chevaliers supposèrent aussitôt que leur hôte était quel-
chose de plus qu'un vicil homm: l’armes, et qu’il
it Phabitude du commandement,
Jean s’empressa d'exécuter les ordres de son maître. la vieille Kathelyne, après avoir ramené sa vache à l'étable, échangea un salut amical avec les jeunes ens, lus, aidée de Bertine, elle dressa la table, et y osa quelques viandes froides, deux gâteaux, et deux buuteills de vin.
Quoique Jes deux amis sortissent à peine de dîner, is se mirent en devoir de faire honneur au repas qui leur tait offert, surtout lorsqu'ils apprirent que Bertine et sa tante l'avaient préparé à leur intention.
— Jean, prenez une chaise, et placez-vous à côté de Moi. dit Jacobszone, mangez un morceau de tarte, et buvez un verre de vin.
Le valet obéit, et comme les jeunes gens avaient l'air de ‘en étonner:
Il a été mon compagnon d’armes et presque mon ti. messires. Voyez cette balafre qu’il a aux deux js, presque sous les oreilles, c’est un coup d’épée qui ui à en même temps coupé la langue, et l’a privé de lisage de la parole.
Sasher Jacobszone remplit les verres, et reprit:
te
—A votre santé, messires, et donnez-moi, je vous prie . quelques nouvelles du dehors.
Serait-il indiseret de vous demander, messire hôte, où votre malheureux serviteur a reçu ce terrible coup, reprit Daniel avec intérêt.
Non certes. A la bataille de Monthléry, près (ke Paris.
—A Monthléry? s’écria Walter avec une émotion soudaine.
Jacobszone et Jean le regardèrent avec étonnemen!.
—Ah! ce nom éveille en moi de pénibles souven rs, balbutia Walter, mais continuez je vous prie; à la ta taille de Monthléry, disiez-vous ?
—QOui, au plus fort de la lutte, Jean essaya de ‘an ver &cn commandant, en l’emportant sur ses épars. Mais un soldat enneini lui porta le terrible coup : tpée dont vous voyez la cicatrice.
—Et cet acte d’héroïsme a-t-il du moins sauvé ‘op chef? demanda Daniel.
—Hélas! non, on le retrouva mort sur un montiai de cadavres. \
—Quel était donc ce chef?
—Le plus noble et le plus intrépide des chevali-rs: Sir Hugo Van Staden.
—Hugo Van Staden! Est-il possible? s’écria Water.
Il se leva, saisit les mains du valet, et, les serrant avec feu, il lui dit les larmes aux yeux.
—Vous, vous avez voulu le sauver? Et c’est pour «el que vous avez reçu cette horrible blessure? Vous le porté sur vos épaules, lui, mon pauvre père!
—$Son père! s’écrièrent tout d’une voix Jacobs, Bertine et Kathelyne. Ciel, lui, le puissant seiguvur Van Staden!
Tous se levèrent, s’éloignèrent de quelques pa. restèrent inclinés, dans une attitude pleine de re-
—Qui, je suis le seigneur de Staden, et mon ami Da
jus prie
re hôte, le coup,
près de émot on eme.
ju ver)
à la la.
de épau es oup
uvé
monitau
evali-rs:
War.
| sera
niel est le seigneur de Vallenare. Ah! Jean, Jean, men ami, mon père n’a pas Pu vous récompenser, mais moi, son héritier, je veux vous payer sa dette. Vous rouvez me demander tout ce que vous voudrez, Beaucoup d’argent peut-il vous rendre heureux ?
Il était visible que-le muet était profondément ému. Mais il secoua la tête en signe de refus et fit entendre Dir ses gestes qu’il n'avait besoin de rien et ne désirait que de rester auprès de son maître.
Aiors Walter rencontra le regard de Segher Jacobszone et y lut un reproche muct parce qu’il s'était introduit chez lui sous un faux nom.
Walter expliqua ses raisons, «. comme son hôte semblait douter, il ajouta :
—Pourquoi ne me croiriez-vous pas? Tenez, vous voilà tous loin de moi, et inelinés comme devant votre re Vous ne souriez plus: Bertine n'ose plus me arder; Kathelyne semble avoir peur de moi. Oh! tndez-moi votre bonne amitié! Oubliez pour quelques instants qui je suis, ct rappelez-vous ce que vous êtes. D'héroïques soldats qui ont versé leur sang pour leur Pas et pour leûr prince, ne sont-ils pas nobles aussi ? Crovez-moi, je ne me crois pas au-dessus de vous, Jacolszone, dont le visage témoigne d’une si noble intrépidité, ni de vous, Jean. qui eussiez sauvé mon père au prix de votre vie, si c’eût été possible. Je vous
Len prie, reprenez place à table, et ne me faites pas re-
£retler de vous avoir dit mon nom.
(Ce ne fut pas sans Peine qu’ils se rendirent à son désir, et Bertine seule semblait avoir repris son entière liberté d’esprit.
—Kir Walter, dit enfin le vieux Jacwsezone, votre noble père m’a plus d’une fois serré ]a main. Voulez- “ous me faire le même honneur?
Vous avez aussi connu mon père ?
—Pendant vingt ans, seigneur. Il était en dernier
lieu commandant des archers du comte Charles; moi, qui n'étais qu'un humble sergent sous ses ordres, je ne commandais qu’une vingtaine d'hommes; mais son iligne coeur avait une excellente mémoire, il aimait -v vieux compagnons d'armes et les connaissait presqie tous par leur nom. Il m'appelait son vieil ami «li cobszone.
Oh! laissez-moi vous nommer de même! sécra Walter en lui serrant la main avec émotion. Quel bonheur! Depuis que je sais que Vous avez connu et ain mon père, il me semble que je suis ici en famille.
Il ny avait pas à douter de la sincérité du jeun homme dont les yeux étaient humides. Le visage Bertine exprimait une joie profonde, et son doux rire disait à Walter toute la reconnaissance qu'elle éprouvait pour les marques d'amitié données à -n père.
—Seigneur Walter, reprit Jacobszone après un lioment de réflexion, permettez-moi une seule question. Je n'ai pas à vous apprendre que votre père fut un cha partisan du comte de Charolais ?
—Non certes.
__Et un ennemi des sires de Croy, les méchants conseillers de notre vieux duc Philippe?
—Je le sais.
Mais vous, seigneur Walter? Peut-être depui: M mort de votre père les sires de Croy ont-ils cessé de persécuter votre race? Probablement vous êtes dan- le bonnes grâces du duc?
Hélas! je suis une victime de son caprice, de tyrannie! répondit avec un soupir le jeune chevai en songeant à l’hymen qu’on lui imposait.
—Vous n’aimez donc pas le vieux duc?
__ Comme souverain je dois le respecter et lui «ir. comme homme, je puis le juger au fond de mon € “tr.
ons ion. le chaud
its con-
puis hi de
ans le:
Il a laissé persécuter mon père; il me fait du mal: Je ue lui dois pas de reconnaissance,
—Peut-être votre ami, le seigneur de Vallenare, pense-t-il autrement ?
—Pour ce qui me regarde, s’écria Daniel, j'ai toujours été et je reste un partisan dévoué de notre comte Charles, qu’on a si méchamment calomnié auprès de son père, quoiqu'il soit un noble coeur et un vaillant chevalier,
—Un noble coeur, le comte de Charolais ? grommelà «lacobszone en secouant la tête d’un air de doute,
les jeunes chevaliers le regardèrent avec étosucment.
—Oui, le comte Charles fut autrefois juste ét géné- IX, ajouta le vicillard. Je le sais micux que d'au ï@ car le peu de bien-être dont je jouis, c’est à sa honté que je le dois, mais maintenant il oublie même Ceux qui Jui ont par deux fois sauvé la vie et qui souffut encore pour lui, Quand je parle de paeilles choses, la douleur est plus forte que moi et je sens les larmes me monter aux Yeux, car malgré son ingratitüde jaime toujours le comte Charles, et je verscrais avce joie pour lui la dernière goutte de mon sang.
—Vous, messire, vous avez sauvé la vie au comte de Clarolais? s’écria Daniel. Qui êtes-vous donc? Coul#issons-nous votre vrai nom ?
—Oui, messires; mon nom est bien Segher Jacobszon0: je suis le fils d’un laboureur libre du pays de Fornes. Depuis vingt-cinq ans je suivais avec honneur h carrière des armes, lorsque je devins la victime de h haine des seigneurs de Croy... et puisque je me tive en présence d’amis de notre cher comte Charle! j'ai envie de leur faire le récit des événements qui Hunt contraint de choisir pour résidence cet endroit iolé.., à moins que les femmes, et vous-mêmes, sei- £neurs, ne préfériez causer de choses moins sérieuses ?
—Mais, mon père, s’écria Bertine, vous voyez bin que nos hôtes vous écoutent avec curiosité... et nous, nous sommes tout oreilles. Vous avez si raremcut l‘occasion de parler avec des personnes qui peuvent vous comprendre.
Les jeunes chevaliers joignirent leurs instances à celle de la jeune fille.
—Eh bien, messires, buvez encore un coup, et écnutez-moi avec patience, dit Jacobszone.
Comme je vous le disais, j’ai porté les armes depuis ma jeunesse. Depuis longtemps j'étais connu par 1 bravoure, lorsque j’eus le bonheur de pouvoir me distinguer sous les yeux du comte de Charolais. Il me prit dans sa garde, me mit à la tête de vingt hommes, «t plus d’une fois il montra publiquement qu’il me cvagidérait comme un guerrier qui avait fait ses preuc». Je lui en étais profondément reconnaissant... Avant d’aller plus loin je dois vous rappeler en quelque mots les causes de la désunion qui existe depuis noubre d’années entre le vieux due et son fils Charles. Il y a plus de douze ans que les sires de Croy se sont complètement emparés de l'esprit du due Philippe: il les comble de faveurs et ne voit que par leurs yeux. (es seigneurs de Croy, ennemis déclarés du comte de. Charolais, sont les alliés du roi de France, le perle Louis, qui leur paie une pension annuelle. Il y a quatre ans ils ont décidé le duc, malgré la résistance de son fils, à vendre à la France une douzaine de villes, entre autres St-Quentin, Amiens et Abbeville. Une pareille diminution de son héritage paternel excita la fureur du comte contre les sires de Croy; mais ces favoris, plus puissants auprès du duc que son fils rmème firent bannir le comte Charles de la cour de -0n père. Plus tard les deux princes se réconcilièrent : d’une fois; mais les sires de Croÿ qui craignaient :!! fluence du comte Charles, le noircirent tellement
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Avant uelques gs nolllles. Il e sont ppe: il ux 10es le Chaperlide a q 1anee de villes, Tne excita ais es ils 1Èe de -on nt lus nt l'in nt aux
jeux de son père, que celui-ci en vint, pour ainsi dire à ne plus pouvoir supporter sa présence, C‘est ainsi qu'à la cour et dans le pays entier il se forma deux partis qui tenaient l’un, pour le duc et ses favoris ; l'autre, pour le comte de Charolais, victime des plus wlicuses intrigues. Quiconque se montrait dévoué au conte, ou favorisé de ses bonnes grâces, était assuré ctre haï et persécuté par le duc et ses conseillers. Aussi moi, qui ne perdais aucune occasion de témoigleT au comie ma profonde gratitude, j'étais particulièrement en défaveur auprès des partisans des sires de Croy. Si M. de Charolais ne m'avait pas protéx6, il y a longt@nps qu’ils se seraient vengés de moi.
Tous les auditeurs, horinis Walter, prêtaient une relisicuse attention au récit du conteur. Le jeune seisueur de Staden s'était laissé entraîner peu à peu au cours de ses pensées, et ses yeux n° quittaient pas Berne. La jeune fille ne s’en apercvait pas, suspndué qu'elle était aux lèvres de son père.
Segher Jacobszone poursuivit :
La guerre était déclarée entre le roi de France et le due. Celui-ci s'était, du moins en apparence, réconcilié de nouveau avec son fils, et lui avait confié le commandement en chef de l’armée. Nous parvînmes avec = forces considérables presque sous les murs de Pa- '! sans rencontrer de résistance, et là nous trouvâlis en campagne quelques seigneurs français qui voulient combattre avec nous contre leur souverain. Nous nous tions établis dans là plaine de Monthléry. Bref, le roi de France qui avait rassemblé en toute hâte un armée de troupes choisies, tomba sur nous à l’improviste dans la matinée du 17 juillet 1465. Le comte de Charolais monta à cheval et se mit à notre tête. Nous culbutâmes tout devant nous, et, semant sur notre Passage les morts et les blessés, nous poursuivîimes les
Frinçais pendant plus d’une demi-heure. Mais sur les
deux ailes, les chances étaient bien différentes, nos troupes y succombaient sous l’attaque des bandes frunçaises. Un gentilhomme Luxembourgeois, ncmmé Antoine le Breton, vint avertir le comte Charles que l'ür mée ennemie triomphante allait l’envelopper, et qu'il était perdu s’il poussait plus loin sa poursuite. Il n'
voulut rien croire, mais un autre de ses bons amis. | sire de Contay, lui ayant confirmé cette mauvaise n
velle, il donna l’ordre de regagner Monthléry. Ce: brusque retraite jeta le désordre dans nos rangs. Nou fûmes attaqués par un corps d’archers et de lansqu nets et ce fut dans cette mêlée, qui tourna bientôt :n déroute, que notre vaillant chef Hugo Van Stade. votre illustre père, fut frappé mortélement, malgré le dévouement héroïque du brave devant le château. ne fut pas peu surpris de voir des portes gardées par |: archers du roi, il tourna aussitôt à gauche pour :àgner la campagne; mais un gros d’hommes d’arme:
lança à sa poursuite. Déjà une partie de sa troupe - ‘tait dispersée ; à peine étions-nous trente avec lui. le choc fut vif. “ Mes amis, criait le comte, défendonsnous bravement, je suis ici pour vivre et mourir avec
vous. ” Son écuyer fut tué près de lui. Lui-même fut
blessé d’un coup d’épée qui pénétra par la jointure de son casque et de sa cuirasse mal attachée. On le :rrait de si près qu’un homme d’armes ennemi, mit la main sur lui. .l était pris si un Bruxellois, Rolri Cottereau, fils de son médecin, ne s’était jeté entre le Français et lui. Au même instant j’aperçus l'éclair d’une épée qui étincelait au-dessus de la tête du prince, et allait peut-être briser son casque. Plus prompt one l'éclair, j’abattis d’un coup de hache le bras qui 1naçait mon bienfaiteur, mais j'avais moi-même recu un coup d’épée dans la joue, et mon sang ruisselait sur mon épaule, “ Merci, merci, Jacobszone, me cria ie comte Charles, si j’en réchappe, je ne vous oublireai
nos fran-
nes = )e 5 É- ,- Fe dons- "avec 1e lit re de e sorait la obort tre le éclair rince, jt nue i 1ne-
reçu it sur
ja ie lireai
pas!” La bataille se prolongea longtemps encore, mais pour Piatelligence de mon récit, je n’ai pas besoin de vous en raconter la fin...
——Et comment le comte de Charolais se tira-t-il de ce terrible danger? demanda Daniel.
—Une partie de son armée qui avait conservé ses positions vint à son secours. 11 rallia peu à peu le reste de ses soldats, et enfin la journée se termina par une victoire douteuse pour nos armes... Vous savez, messires, que peu après la paix fut conclue, et qu’elle fut très honorable pour notre duc.
—Et le comte Charles a sans doute récompensé généreusement ses sauveurs? dit Daniel.
—En effet, répondit le vicillard, Robert Cottereau fut anobli et fait chevalier. Quant à moi, j’étais de naissance trop basse pour désirer ou espérer nn pareil honneur, bien qu’il m'ait été dit que le comte Charles insistât auprès de son père pour qu’il me donnât la même récompense, Mais la haine des sires de Croy s’y !posa. Pendant longtemps je crus, avec tous mes amis, que je ne serais pas récompensé du tout, lorsque le comte de Charolais, pour mettre fin à toutes ces inrigues, me donna de sa propre autorité un commandement dans sa garde particulière, avec charge de le sui- \re partout. Cette grande faveur m’attira beaucoup d'inimitiés. Les sires de Croy accusèrent le comte d’a- Voir méconnu les lais de la chevalerie en me nommant officier dans sa garde, Cependant, pour cette fois, l’orase m’éclata point sur ma tête, et je conservai mes fonctions... Nous approchons de l'événement qui devait devenir la cause de mon malheur, La haine mutelle du comte de Charolais et des sires de Croy était arrivée à son comble. Un jour le comte me donna l’ordre de Vaccompagner au palais de son père, où il vonlait aller se plaindre de ses ennemis. Je m’arrêtai sur l'escalier, tandis que mon maître montait dans les ap-
partenients. Bientôt j’entendis avec effroi le bruit d’une violente altercation entre les deux princes. Tout à coup le comte redescendit en courant et en appelani du secours, car son père le poursuivait l‘épée nu. Hors de moi, je me jette entre le père et le fils, et o.bliant les règles de l’étiquette, je saisis le duc par taille et lui arrache son épée, il écumait de rage, et n naçait son fils de le tuer s’il osait reparaître en sa prsence. Je croyais avoir rendu un grand service à m.souverains; mais les sires de Croy, qui étaient re( venus tout-puissants, m’accusèrent de lèse-majesté. On vint me saisir dans mon lit pendant la nuit, on m':chaïîna comme un vil malfaiteur et l’on me jeta dans in sombre cachot. Huit jours après on vint me lire mn arrêt de mort. Au bout de quarante huit heures je «.vais être décapité dans ma prison... Un vieux soldit a vu trop souvent la mort en face pour en avoir peur: mais j'avais une enfant, une fille unique, que j’aim:« comme la lumière de mes yeux: ma pauvre Bertin. élevée dans un couvent de la vale. Je pleurais amèr.ment; mon âme appressée aspirait à revoir encore ui fois ma chère Bertine, et je n’osais pas implorer cetiv grâce. Ne valait-il pas mieux épargner à mon enfant les douleurs d’une si cruelle séparation?... Mais el. encouragée et aidée par les religieuses de son couvent :t par sa tante Kathelyne, avait fait des efforts pour &tre admise à voir son père avant sa mort. Ah! mon coeur se brise quand j”y pense! Le bourreau était debout pr: du billot, le glaive à la main, lorsque Bertine, pou:sant des cris déchirants, fit irruption dans mon cachot et me sauta au cou en versant un torrent de larmes. Ce souvenir me navre... Je n’ai pas la force de continuer.
Ses auditeurs n'étaient pas moins émus que lui. Per sonne ne disait mot; Bertine appuyait sa tête sur l'épaule de son père et le caressait tendrement,
bruit Tout pelani » nue.
et 0.
par 1 et 1, a pr à m.rec: lé. On m'enans Li e mon je «soldat peur; ain: « ertine, amèr. re ui CrCETLe enfant Is elle, rent «t ir être coeur 1 pres pouscachot nes.
e/con:
Per ur l'é-
—Excusez mon émotion, messire, dit-il enfin. C’est “1 souvenir déjà lointain. J’échappai à la mort. Qui me sauva? Je l’ignore. Peut-être ma fille ; car elle s’était jetée au pieds du sire Antoine de Croy, qui passe pour être moins impitoyable que ses frères : quoi qu’il en soit, le bourreau reçut l’ordre de surseoir, et le lendemain en me lut une sentence du duc qui me faisait grâce de la vie, mais me bannissait de toutes les places fortes de ses états, et de tous les lieux où je pouvais rencontrer le duc ou le comte, Je fus dépruillé de mon grade et remis en liberté... C’est pour cela, messieurs, que je vis solitaire au milieu d’un bois: je dois respecter la sentence qui ma’ banni, et en méme temps il faut que je me fasse orblier ;'car si l’attention des sires de Croy était de nouveau attirée sur moi, j: n'échapperais pas longtemps à leur vengeance; et qu'adviendrait-il alors de ma pauvre enfant ?
—Mais comment: cette sentence inique n’a-t-elle pas tré révoquée? demanda Walter. Le comte de Charoli: est aujourd’hui tout à fait réconcilié avec son père. {1 me connaît, et me porte beaucoup d’intérêt, j’ai été son page pendant plus d’un an. Dès qu’il reviendra de Hollande, j'irai lui parler en votre faveur, ef je n’aurai point de repos que je n’aie obtenu votre grace.
—Inutile, seigneur, tout-à-fait inutile, dit Jacobszone en secouant la tête. Beaucoup de puissants che- “aliers l'ont essayé mais le comte lui-même les a priés
* ne plus lui parler de moi. Les sires de Croy m’ont * savoir que les efforts faits en ma faveur n’autient d'autre résultat que d’aigrir le duc contre moi
le mettre ma vie en danger. Le vieux duc, à ce qu‘! paraît, m’a voué une haine à mort. Pour moi, messires, je Supporterais avec patience mon isolement et la jerte de mon commandement: mais ce qui m’afflige
et empoisonne mon existence, c’est que ma pauvre st innocente Bertine, qui est encore si jeune, doive partager une solitude qu’elle déplore.
—Père, voulez-vous encore me faire pleurer? «it Bertine aveg un accent de reproche. Je refuscrais sort le plus beau, fût-ce même à la cour, s’il devait re séparer de vous. Ne le savez-vous pas?
—Oui, oui, ma chère enfant, répondit le vieillar ému. Sans toi, je serais déjà mort d'ennui et de cl grin.
Il se leva et secoua la tête comme pour chasser : tristesse,
—Assez de ces cruels souvenirs, dit-il. Faisons une petite promenade, messires, je veux vous montrer 1tre jardin et nos champs. Cette vue nous récréera. :! dissipera la triste impression de mon récit. Pendant ce temps Kathelyne desservira la table avec Jean.
Les jeunes chevaliers le suivirent.
Bertine marchait à côté de Walter, tandis que luniel avait engagé une conversation animée avec :0n hôte.
—Pauvre Bertine, passer ainsi sa vie dans la retrii te! disait Daniel. N’avez-vous réellement plus d' poir.
—Aucun! répondit Jacobszone en soupirant.
—Vous oubliez que le duc a soixante-dix an:
qu’il est atteint d’une maladie grave. On dit qu’il s'iffaiblit de plus en plus et qu’il a parfois des attar
d’apoplexie.
—Ne vous y fiez pas, dit le vieillard. Le due lippe que ses flatteurs appellent le bon, es un v loup qui se retire dans sa tannière et qui feint d' tre malade, mais qui veille toujours pour perdre ceux & pris en aversion. L’année dernière, n’a-t-on pas pandu le bruit qu’il était à la mort? Et n’est-ce 11 dans cette même année qu’il a, par une cruelle :
uvre “t ve par-
er ?
crais !e vait 1e
ieillari de cla-
isser -à
ns uné rer noéera, ot Pendant ean.
que lie vec :01
à retruius d'es-
ans ct pil s'afattacies
geance , fait massacrer tous les hommes valides de Diant ?
—En effet, dit Daniel, j’ai vu un chevalier qui avait assisté au sac de cette malheureuse ville. Le vieux duc ne voulait ‘rargner personne, Ce n’est qu'à la prière du comte de Charolais qu’il a fait grâce de la Vie aux femmes et aux enfants, à condition qu’ils quitteraient immédiatement la ville. Le chevalier m'a dit qu'il n'avait jamais assisté à plus lamentable spectacle. Les hommes d'armes les plus durs pleuraient euxmêmes de pitié, et ce jour-là le ciel entendit plus d’une malédiction contre ce prince impitoyable.
—Oui, dit Jacobszone, il est inexorable, plein de haiue et sans coeur, même pour son propre fils.
Pendant ce temps Bertine et Walter, à quelques pas cn arrière, causaient aussi de choses fort intéressantes.
—Messire Walter, disait la jeune fille en joignent les mains, essayez je vous en supplie d'obtenir, par le comte Charles, que le duc révoque la condamnation qui rèse sur mon père. Je vous en aurai une reconnais- -ance éternelle.
Et elle levait les yeux sur Walter en souriant si doucement que le jeune homme, pénétré d’admiration, sentait battre son coeur, et oubliait de répondre.
Bertine continua: è
—AÀ vous j'ose le dire, seigneur; vous êtes si bon! …mon père prétend que la solitude à laquelle je suis condamnée est la seule cause de son chagrin; mais il ; en a d’autres. Il a mené une vie active. Sa braoure lui avait fait donner un commandement. La rerte de ce grade, son inaction forcée, l’idée qu'il à perdu la faveur et l’estime du comte Charles, tout cela lui ronge le coeur. Il pense à ses compagnons ; il voudrait porter encore les armes pour ses princes, Si “ous pouviez faire lever son bannissement, vous lui
ER
rendriez la vie, et moi je mêlerais votre nom à toute: mes prières.
—Ayez confiance en ma promesse, Bertine, répondit Le jeune chevalier, je ferai tout ce qui sera possibl: mais je dois attendre le retour du comte de Charolai:
—Merci, merci, messire Walter!
—Et si je réussis, Bertine, je vous apporterai mo même la bonne nouvelle, sans perdre une minute.
—Venez dans tous les cas, seigneur. Vos visit
vnneront de l'espoir à mon pauvre père. L'idée qu de nobles chevaliers tels que vous s'intéressent à sot sort, le consolera et le fortifiera contre le chagrin qu mine sa santé. Vous viendrez, n'est-ce pas?
Walter lui jeta.un regard si étrange qu’elle baisles yeux pour la première fois. Alors seulement le jeu ne seigneur de Staden répondit:
—Oui, Bertine, je viendrai... dès que j'aurai vu ! comte. Peut-être cela tardera-t-il encore un peu. Ki
attendant, je voudrais reconnaître la fidélité et le dé vouement dont M. Segher Jacobszone et son serviseu Jean ont fait preuve envers mon père, Je suis riche l’argent est souvent une source de patience et de con tentemert.… È
—De l'argent? répéta Bertine. Ne parlez pas d’ar gent à mon père; ce serait le blesser et l’humilie: D'ailleurs nous ne manquons pas d’argent...
—Mais Jeun ?
—Jean non plus; il semble bien être notre servi teur, mais tout ce que mon père possède"est aussi à lui. —Ah! ah! J’ai trouvé s’écria tout à coup Walt: après avoir réfléchi un moment. Vous m’vez dit que | fête de votre père approche, et que vous voulez lui fair un cadeau. Si je profitais de cette occasion pour |!
apporter aussi le mien?
—Oh! la bonne idée! s’écria joyeusement Bertine «: battant des mains. Mon père sera bien heureux d:
ute:
ponibl:
lai:
mo
sit: