‹ La pacte de famine [microforme]Chapitre 30 sur 38 · ie DS · texte numérisé non relu

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cha mes liens. Toute la nuit je parcourus la forêt comme un insensé, sans découvrir aucune trace des ravisseurs. Quand le jour vint, je trouvai, non loin d’ici, le cadavre de mon pauvre Jean, la poitrine traversée d’un coup d'épée. Hélas, hélas vingt années durant, ila bravé à mes côtés tous les dangers de la guerre, et versé son sang pour son prince et pour son pays. Et c’est par un lâche assassinat qu’il périt!

Sa voix s’altéra et deux larmes roulèrent sur ses joues.

—Îs ont poignardé Jean! s’écria Walter qui avait écouté en pleurant le récit du vieillard. Oh! je le vengerai.

—Et qu’avez-vous fait pour découvrir Ja trace des ravisseurs? demanda Daniel qui semblait diriger “ers ‘7 hut déterminé les explications de Jacobszone.

io fait un malheureux père en pareil cas, messre* résandit tristement le vieillard. D’abord jai ads là ?621 dans tous les sens, j'ai erré dans toutes ïñ !1:3 toutes les huttes des environs, partout a té. nouvelles e mon enfant. A la fin, conj'étais impuissant, je me suis rendu «ries voisines, où j'ai porté plainte au t audacieux. Les sénéchaux ont fait des 18, là-bas! jusqu’à présent, personne n’a trace des ravisseurs.

F2. vus allé à Laugemarck ?

—Cvrtes,

—Au château ?

—Oui, au château.

—Ciel! s’écria Walter. Daniel, Daniel, quelle idée ?

— Laissez répondre Jacobszone, dit Daniel. A qui avez-vous parlé au château de *Laugemarck ?

—AÀ un vieux seigneur. à son fils, et à sa fille.

—Une grande femme, avec de grands yeux noirs?

—Cui, une femme imposante et majestueuse. On a prononcé son nom; elle s’appelle Judith.

—Comment vous ont-ils reçu ?

—Ils m'ont témoigné de la compassion et se sont montrés profondément indignés d’un pareil attentat.

—Et n’avez-vous pas douté de leur sincérité ?

—Pas du tout. Ils appelèrent immédiatement leur sénéchal, et ; ordonnèrent de fouiller avec soin toutes les fermes, maisons, chaumières et forêts de la seigneurie...

—C’est étonnant! Je me serai trompé dans mes soup çons dit Daniel avec dépit.

—Naturellement, dit Walter; je n’ai certainement pas de raisons de chanter les louanges de Judith, mais je la crois incapable d’un tel forfait.

—Et son frère ?

—Otto? Certes il est emporté, violent et cruel, mais c’est un chevalier et un homme d’honneur.

—Mais de quoi parlez-vous? demanda Jacobszone.

Vous croyez que les seigneurs de Laugemarck auraient...

—Non, je ne le pense plus, dit Daniel. Sachez, messire Jacobszone, que durant plusieurs mois il y a eu un projet de mariage entre sir Walter et Judith Yan Laugemarck. L’envie, la jalousie entraînent parfois à de telles violences !...

—Mais, objecta le jeune seigneur Van Staden, comment Judith pourrait-elle être envieuse ou jalouse de personnes dont elle ignorait même l'existence, comment pouvait-elle prendre ombrage d’un sentiment que je gardais Laché au plus profond de mon coeur ?

—En effet, je me trompais; mais quelle espèce de gens peuvent bien être ces ravisseurs ?

—À Woumen, on à parlé à Jacobezeme d’une bande de voleurs qui se temaient cachés dans ic bois des environs, dit Katäwlyre

—Mais des voleurs auraient plutôt pensé au butin; ils auraient fait main basse sur des objets de voleur.

—C’est vrai!

—Peut-être quelques-uns de vos anciens ennemis? dit Daniel.

—Hnpossible, messire; que leur a fait ma pauvre enfant.

—Qui sait? murmura Daniel, Dès que le vieux duc fut décédé on a pu prévoir que vous seriez rétabli dans votre charge à la cour. Si la haine les avait poussés à vous frapper de ce coup terrible!

Jacobszonc réfléchit un moment à cette supposition, mais bientôt il secoua la tête en signe de dénégation.

—Non, fit-il, je n'ai pas d'ennemis personnels. Et si quelqu'un, pour des causes politiques, me voulait tant de mal, pourquoi ne m'aurait-il pas plutôt fait disparaître de ce monde ?

—Partons, Daniel, dit Walter avec impatience. Nous perdons trop de temps ici.

—Mais sans un indice nous n’avons aucun espoir de réussir, dit Daniel. Vous entendez bien que Jacobszone a employé tous les moyens.

—C'est égal. Le sol me brûle les pieds. Dans l’activité de nos recherches, je retrouverai des forces et des consolations. O Dieu, ma pauvre Bertine, où estelle? Quel est son sort? Viens, viens mon ami.

Il saisit la main de Daniel et voulut le forcer à le suivre; mais à ce moment, par la porte ouverte, ils virent s'avancer un individu dont l’étrange costume frappa singulièrement leur attention.

C'était un homme encore jeune, aux cheveux crépus et au visage d’un brun foncé; tout son corps était couvert de peaux de chèvre; ses pieds mêmes en étaient efiveloppés. Une peau de moutons pendait sur son épaule gauche: il tenait à la main un long bâton noueux. C’était probablement un berger. É

Il entra sans saluer, en regardant autour de lui d’un air méfiant. Et après avoir examiné tout le monde, il demanda:

—Suis-je bien ici au Repos de la forêt? Oui? y a-t-il ici quelqu'un qui s’appelle Segher Jacobszone ?

—Voilà Segher Jacobszone, dit Daniel.

Le berger s’approcha du vieillard et lui murmura quelques paroles à l'oreille.

Jacobszone devint pâle comme un linge et se mit à trembler; mais un éclair de joie brilla dans ses yeux.

—Ciel! s’écria Walter, il apporte des nouvelles de Bertine.

Le berger mit la main sur la bouche de Jacobszone pour l’empêcher de répondre, et continua de lui parler à l’oreille,

—Venez, dit le vieillard en se levant, venez, nous serons seUis.

Et tous deux disparurent dans la chambre voisine dont la porte se referma derrière eux.

Pendant assez longtemps, Daniel, Walter et Kathelyne, frémissant d'angoisse et de curiosité, restèrent debout au milieu de la chambre. les yeux fixés sur la porte. Leur coeur battait violemment, et ils n’échangeaient pas une parole,

La porte se rouvrit:; le berger, toujours silencieux traversa rapidement la chambre et sortit de la maison.

Puis le vieux Jacobszone reparut à son tour, les larmes aux yeux, et le visage bouleversé par une expression d’épouvante.

—Que savez-vous, mon père? parlez, dit Walter en lui prenant les mains. Où est Bertine ?

—Elle est prisonnière au château de Laugemarck., dans un cachot souterrain.

—Ah!

—Voyez-vous bien que je ne me trompais pas? s’é-

cria Daniel, pendant que Walter frémissait d’indignation. Il bondit vers le vieillard.

—Vous pleurez, mon père, et Bertine vit, et nous savons où elle est!

—Je devrais en effet bénir la Providence, mais ma pauvre enfant est en danger de mort. Ce berger est le fils de la femme charger de surveiller Bertine dans sa prisof. C’est par pitié qu’elle trahit le secret de ses maîtres. Elle nous conjure de chercher en toute hâte les moyens de délivrer Bertine, sans quoi il sera peutêtre trop tard. Mon enfant, ma malheureuse enfant ! sir Walter, montez à cheval, courez à Bruges, jetezvous aux pieds de notre gracieux duc, et implorez son secours |

—Le duc? s’écria Walter, mais il est à Gand et n’aurait pas le temps de m’écouter. Il se passerait au moins huit jours. Ah! maintenant je n’ai plus besoin des conseils de personne! Demain vous reverrez Bertine dans vos bras ou la mort aura étouffé mon coeur ma dernière espérance avec mon dernier chagrin. Je vole à Staden. Rien ne peut me retenir. Venez-y aussi, Jacobszone, et puisque vous êtes un vaillant homme de guerre, prenez votre épée, et aidez-moi à délivrer votre enfant.

En achevant ces mots, il sortit et sauta en selle. Il adressa encore quelques paroles d’encouragement et de consolation à Jacobszone et à la vieille Kathelyne, pui il piqua des deux, et, suivi de son ami, il disparut comme un flèche dans l’étroit sentier.

Le jour com: saçait à poindre, le ciel s’éclairait de teintes pâles, -11dis que la terre restait enveloppée dan: un brouillarc gris qui ne donnait aux objets qu’une forme indécise,

La principale tour de Laugemarck était entourée, à une grande hauteur, d’une galerie de pierre d’où la vue s’étenadit sur tout le pays.

Dans cette galerie se tenait une sentinelle avec un grand cor de chasse. Elle s’appuyait contre le mur extérieur de la tour, laissait pendre sa tête sur sa poitrine, et fermait parfois les Yeux comme si elle était accablée de sommeil.

La cloche de l’église du village jeta quelques sons dans les airs, Au premier son, le factionnaire s’éveilla avec un gai sourire. Il ouvrit une petite porte et entra dans la tour, où un autre homme d'armes dormait étendu sur un banc de repos.

Il réveilla le dormeur et lui dit:

—Eh! Norbert, lève-toi, C'est l'heure de ta garde. À mon tour de dormir.

Norbert se frotta les yeux, prit le cor de chasse des mains de son camarade. et grommela, encore à moitié assoupi :

—Quelle sotte fantaisie, n’est-ce pas, André, de nous faire passer la nuit entre ciel et terre! Que craignent donc nos maîtres ! I] n’y a pas de guerre dans le pays, et les voleurs ne peuvent pourtant pas traverser le fossé

à la nage et grimper le long des murailles. Le pont est levé et la herse est baissée: il n’y a pas une souris qui puisse pénétrer dans le château.

—Qui, mais si les Gantois ou les Brugeois entraient en lutte avec le duc pour leurs libertés, ils se mettraient en campagne par milliers, et, tu le sais dans ce cas, la première chose qu'ils font, c’est d’assiéger les châteaux. Il faut donc veiller. Va vite prendre ton tour de garde, car j'ai grande envie de dormir.

Norbert sortit de la tour, André se laissa tomber sur le banc de bois où il s’étendit avec un soupir de contentement, et ferma les yeux.

Il n’y avait pas cinq minutes qu’il reposait délicieusement, lorsque Norbert rentra, et secoua son camarade par le bras en lui disant avec un accent singulier :

—André, André, viens vite dehors.

—Laisse-moi tranquille, grogna l’autre; je venais justement de m’endormir.

—-Non, non, il faut te lever, tout de suite! J’aperçois dans la campagne quelque chose d’incompréhensible, Peut-être les Brugeois et les Gantois révoltés

contre le nouveau duc.

—Que diable aperçois-tu dans la campagne ?

—Je ne le sais pas moi-même; il ne fait pas encore assez clair. Dans le bois, du côté du Nord, il me semble que je vois étinceler sous le feuillage les armes brillantes de plusieurs centaines d'hommes.

Tous deux rentrèrent dans la galerie, et Norbert montra la direction dans laquelle il avait cru voir des hommes armés.

—En effet, murmura André. Qu'est-ce que cela peut être! Les Gantois, sans doute. Ces diables enragés ne nous laisseront donc jamais la paix?... Je descends au plus vite pour éveiller le sergent. En attendant, continue à observer.

Quelques minutes après le sergent monta à la tour.

1] regarda un moment en silence dans la direction indiquée, puis il dit avec surprise:

—Ce sont les Brugeois. Ils ont saisi l’occasion de la mort du duc pour se mettre en révolte. Ah! mes gaillards, nous allons avoir de la besogne. Norbert, prends le cor d’alarme, et sonne de toute la force de te: poumons! Aux armes, aux armes!

Aussitôt les sons précipités du cor retentirent dan: le château et par toutes les campagnes environnante:

De tous les bâtiments du château sortirent en cou. rant des hommes armés qui vinrent se ranger sur le large rempart où ils voyaient leur sergent debout,

Le jour s’était tout à fait levé, et l’on pouvait mieux distinguer ce qui avait poussé le sergent à donner le signal d’alarme.

Dans la profondeur encore obscure de la forêt, on voyait aller ct venir des centaines d’hommes qui semblait occupés d’un travail pressé. Leurs armes qui étincelaient aux premières clartés du jour, disaient suffisamment qu’ils n’avaient pas d’intentions bienveillantes.

Le vieux seigneur Van Laugemarck monta sur les remparts avec son fils Otto.

Tous deux regardèrent un moment la campagne.

—Sans doute, ce sont des révoltés, dit Otto. Nous Savons que ces orgucilleuses et puissantes communes ne cherchent qu’une occasion de courir aux armes contre leurs princes. (Cette occasion est la mort de notre vieux duc.

—Ah! Je voi: ce qu’ils font là-bas! s’écria le sergent. Ils sont occupés à lier ensemble des branches d'arbres. Malheureusement ils sont hors d’atteinte, sans cela nos arbalètes les tronbleraient un peu dans leur besogne. F

—Des branches d'arbres ? répéta le vieux baron de Laugemarck. Ils veulent done combler nos fossés et

M. nées D is. 2

escalader nos murailles?... Soldats, je me fie à votre bravoure, Il n’est pas facile d’assiéger ce château fort, et si vous vous défendez courageusement, le nombre ne peut rien contre nous. Remplissez vos carquois de flèches, ramassez des pierres, ct, si vous avez le temps, mettez des chaudières d’huile sur le feu.

— Voyez, voyez, un héhaut d’armes sort du bois; il sonne du cor! dit Otto. Nous allons savoir quels sont nos ennemis, et ce qu’ils osent exiger de nous.

En ce moment, Judith parut à son tour sur les remparts et demanda:

—Mon père, que se passe-t-il! Sommes-nous menacés de danger?

—Voyez là-bas dans le bois ce fourmillement d’hommes armés, répondit Otto.

—Viennent-ils assiéger notre château, mon frère?

—Nous ne le savons pas encore. Voyez s’approcher \e héraut d'armes; il va nous apprendre ce qu’on nous Rut.

—Allez, Judith, retournez dans votre appartement et tenez-vous en repos, dit le vieux baron de Laugemarck. Ce n’est pas ici la place des femmes. Bientôt peut-être les flèches vont siffler à travers les airs.

—Croyez-vous done que j'aie peur, mon père? demanda la jeune fille avec un fier sourire.

—N'importe, ma fille. Dès que nous aurons reçu le héraut, vous rentrerez dans votre chambre, du moins si nous avons réellement affaire à des ennemis.

Pendant ce temps-là les hommes étaient occupés à monter sur les murailles des tas de pierres et des poutres. Quelques-uns apportaient de longs crocs et de grandes fourches qui devaient servir à renverser les assaillants de leurs échelles, s’ils osaient réellement tenter une escalade.

—Sergent, allez ouvrir la porte pour recevoir l’en-

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