PRÉFACE XVII
Seulement, le passé nous tient tous et, dès le lendemain de la signature de l'armistice, nous pûmes voir çà et là reparaître des préoccupations bien différentes de celles qui nous assiégèrent, lorsque, dans DouUens et Abbeville, tout au prochain effort de défensive, nous nous posâmes la redoutable question : Paris ou Calais?
Waterloo et Sedan, pour ne pas remonter plus haut, nous imposaient d'abord les douloureux soucis d'une politique de réparation, tandis que d'autres pouvaient se laisser entraîner au renouveau des précautions d'antan contre les périls d'une France exorbitée. Il ne se pouvait pas de plus grande folie. Mais le retour au passé n'est-il pas de premier mouvement dans les pays dont la puissance s'est construite par la force des traditions? (1).
Rien de plus significatif, à cet égard, que le livre de M. Keynes, l'un des représentants de la Grande- Bretagne à la Conférence de Paris. Fort en thème d'économiste, M. Keynes (qui ne fut pas seul, dans la Conférence, à professer cette opinion) combat, sans aucun ménagement, «l'abus des exigences des Alliés » (lisez : « de la France »), et de ses négociateurs (dont les plus élémentaires demandes
(1) Un minuscule trait peut donner une idée des difficultés des accords en toutes matières. Pour que la France pût obtenir de soumettre au service militaire, pour la seule défense de la métropole, les indigènes des pays « à mandat », il fallut proclamer le principe contraire et ce ne fut qu'au bout d'un an que nous fut reconnu implicitement (voyez les textes) un droit d'interprétation qui n'était rien de moins qu'une négation formelle de l'accord simulé. Quant au fait d'une constatation expresse, il nous fut toujours énergiquement refusé.