PREFACE XXIX
la carte du monde, — Fabius est du cortège qui apporte au vaincu l'hommage d'une foi sublime, qu'eût vainement attendu Varron victorieux. Une vague immense de volonté surhumaine a tout emporté des défaillances, des misères, des crimes qui vont pourrir au barathre de l'histoire pour ne laisser au jour qu'un formidable remous des forces derevivification. L'événement prend de telles grandeurs que l'auréole de Rome elle-même se fond dans une apothéose d'humanité. On se sent fier d'être homme, si l'homme, d'où qu'il vienne, où qu'il aille, peut s'élever si haut.
Nous voilà loin de nos critiques et de l'attitude hargneuse qu'il plut à quelques-uns d'adopter ! Dira-t-on que la victoire explique bien des relâches, invite à tous écarts par l'assurance d'avenir, tandis que, du plein du malheur, le plein des réactions peut surgir? C'est se tirer d'affaire à trop bon compte. D'une autre envergure que le duel de Carthage et de Rome, si grandiose qu'il fût, apparaît le drame de domination qui s'est joué entre l'Allemagne moderne et les peuples capables de vouloir sauver l'indépendance du monde. Un vieux dicton allègue qu'on n'est jamais si vaincu ni si victorieux qu'on peut croire. Si Rome prit sa revanche, Annibal s'est vu souvent reprocher d'y avoir apporté le secours de sa stratégie.
A l'heure où la victoire s'achève, qui donc en pourrait aussitôt fixer la portée? Qui donc, au