‹ La PaixChapitre 26 sur 75 · LES GOUVERNEMENTS Ô · texte numérisé non relu

LES GOUVERNEMENTS Ô

— comme pour le sauvegarder, s'il devait sembler en péril, — tous les moyens seront bons, la guerre comme les autres. Un demi-siècle d'histoire en résulte.

Dès 1875, ce dessein réfléchi s'exprime par la menace d'une nouvelle agression. La France se relève trop vite. En finir avec elle, c'est « un devoir envers l'Allemagne et envers l'humanité ». Le réveil de la Russie et de la Grande-Bretagne, conscientes — trop tard I — de la faute commise par elles en 1870, arrête Bismarck, qui se paie en plaisanteries amères de sa déconvenue et qui, sans tarder, se met à l'œuvre pour s'en épargner le retour. Deux puissances, çn se plaçant du côté de la France, ont pu le tenir en échec : contre la France, il créera donc un groupement de forces qui, sans conteste, lui assure la maîtrise de l'Europe. Le 7 octobre 1879, c'est le traité avec l' Autriche-Hongrie. Le 20 mai 1882, c'est le traité avec l'Italie. La Triple Alliance est faite. L'Allemagne est à la tête d'une coalition de 170 millions d'hommes, qui, de la mer du Nord à la Méditerranée, barre et commande l'Europe. Elle est l'arbitre d'une paix qu'elle impose et qu'elle garantit à la fois. Ce groupement emprunte aux traités qui le fondent une apparence défensive : en réalité, il est offensif, prêt à l'attaque. Pour que soit plus complet l'isolement de la France, des gages supplémentaires sont pris, là où on les attendait le moins. La Russie, sortie vaincue, par la volonté de Bismarck, du Congrès de Berlin, promet, le 21 mars 1884 et le 18 novembre 1887, sa neutralité, si l'Allemagne est attaquée par une tierce puissance. La Grande-Bretagne, perdant de vue, dans les conflits coloniaux qui l'opposent à la France, les nécessités directrices de la politique générale, signe coup sur coup avec l'Allemagne des accords extra-européens et se montre docile aux inspirations de Berlin. Une implacable armature se dresse autour du traité de Francfort pour en conserver les fruits territoriaux et politiques. L'Allemagne est le centre de l'Europe et joue de tous

ses voisins contre celui qu'elle ne se console pas d*avoir, en 1871, laissé vivre.

Jamais la France ne connut plus dures années ; jamais pays, en de pareilles circonstances, ne montra plus de sang-froid et de calme dignité. M. Clemenceau disait en 1919 : « Songez que, pendant cinquante ans, nous avons été la noble blessée. C'est très beau, la noble blessée. Mais les gens vont au labeur, passent et se détournent après un mot de pitié». Telle était la situation de la France. Toute imprudence eût été criminelle : car nous étions seuls. Toute abdication eût été infamante : car nous avions l'avenir à réserver. Que nos amis et alliés étudient cette période de notre histoire : ils y verront par quelles épreuves nous avons mérité notre victoire. Aux énergies de la vie nationale qui renaît, Jules Ferry cherche un débouché et notre activité s'affirme aux colonies. De 1882 à 1888, la Tunisie, le Sud algérien, le Sénégal, le Soudan, le Dahomey, le Congo, Madagascar, Djibouti, le Tonkin, l'Annam voient flotter le drapeau tricolore, messager de paix, d'ordre, de liberté. Parfois Bismarck affecte de ne point prendre ombrage de notre essor colonial, même de l'encourager. Mais avec quelle brutalité nousrappelle-t-il, coup sur coup, que rien ne nous est permis qu'avec son consentement I Chaque année, ce sont d'atroces brimades infligées à l'Alsace-Lorraine ; des incidents de frontière machinés par la police d'Empire ; des lois militaires votées avec fracas. L'Allemagne, déclare-t-on, maintiendra le traité de Francfort tant qu'il lui restera un homme. Et on ajoute : « Avec cela, tout est dit I » Bismarck qui, en 1870, dédaigneux de la précaution de son souverain, avait ouvertement déclaré qu'il faisait la guerre à la France, et non pas seulement à Napoléon III, n'épargne à sa victime aucune injure : nous sommes le peuple envieux, turbulent, braillard ; une nation de zéros ; un troupeau de trente millions de Cafres : « Grattez le Français, dit-il, vous trouverez le

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