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LES GOUVERNEMENTS O

Turco ». Chaque année, on nous parle de la « patience allemande », comme si elle était à bout. On augmente le budget de la guerre de 50 millions de marks, les effectifs de 70 000 hommes. « Nous autres, Allemands, nous craignons Dieu, et rien d'autre au monde ! » La France et l'Europe sont averties qu'elles ont un maître. C'est en vain que, fidèles au conseil de Gambetta, nous gardons au cœur notre deuil, « sans en parler jamais ». C'est en vain que nous portons silencieusement, dans cette lourde paix subie, la croix de notre sol amputé. L'Allemagne ne se contente pas de conserver ce qu'elle a conquis. Elle entend ajouter à la victoire militaire la suprématie politique orgueilleusement professée.

Il était inévitable que la France, si ferme que fût sa volonté de ne pas déchaîner la guerre, aspirât à reprendre souffle. Il n'était pas moins inévitable que l'Europe, sans rompre la paix, voulût l'aménager sur d'autres bases. Après les périodes d'hégémonie, et quel qu'en ait été le bénéficiaire — Charles-Quint, Louis XIV, Frédéric II, Napoléon — le même phénomène s'est produit : après l'inégalité, l'équilibre. En 1892, l'alliance franco-russe est la première manifestation de cette loi : garantie précieuse pour la France qu'elle tire de la solitude noblement supportée depuis vingt ans, mais garantie aussi des conquêtes allemandes, puisqu'elle est conclue sur la base du statu quo territorial et cautionne la possession par l'Allemagne de l'Alsace et de la Lorraine. C'est une preuve, après tant d'autres, de la volonté pacifique de la France. La même volonté inspire, dans les années suivantes, les accords coloniaux passés avec diverses puissances pour la liquidation d'anciens conflits et la préparation de relations amicales dans le cadre d'une Europe inchangée : accords avec l'Italie en 1900, avec la Grande-Bretagne en 1904, avec l'Espagne la même année ; accords limités dans leur origine et dans leur objet ; accords où la France, comme dans l'alliance russe, trouvait la marque du crédit qu'elle avait su

reconquérir, mais où ne s'inscrivait, contre quiconque, ni provocation, ni menace.

Cette renaissance de l'activité politique européenne, non pas contre l'Allemagne, mais en dehors d'elle, a, dès le principe, trouvé le gouvernement allemand résolu à dominer ou à briser l'organisation nouvelle, qui en devait être le résultat. Pour Bismarck, en effet, et pour ses successeurs, ce n'était pas assez, je le répète, de garder les terres conquises ; il fallait aussi que demeurât indiscutée la prépondérance allemande au sein d'une Europe divisée. Au lendemain de l'alliance franco-russe, l'Allemagne avait espéré s'introduire en tiers dans l'affaire et les événements d'Extrême-Orient de 1895, par l'action combinée des trois Cabinets de Berlin, de Paris et de Saint-Pétersbourg, avaient justifié cet espoir. Mais, le temps passant et d'autres accords intervenant où l'Allemagne continuait à ne pas participer, une politique de représailles succède à l'opportunisme conciliateur. Il s'agit, pour Guillaume II, de « sauvegarder l'édifice élevé par son inoubliable grand-père ». L'alliance austro-hongroise dure toujours ; l'alliance italienne aussi. L'Allemagne donc, quoi qu'elle en dise pour justifier ses réactions, n'est pas « isolée ». Mais la France, par une politique honnête et pratique, est ressuscitée à l'initiative internationale : cette initiative même est une offense à la grandeur allemande, telle que la conçoivent les Hohenzollern et leur peuple.

A travers toutes les « occasions », — le mot est du prince de Bulow, — voilà désormais l'Allemagne à l'affût de celle qui lui permettra d'affirmer intacte sa prépotence. Par « pressions et contre-pressions », — ce mot aussi est du prince de Bulow, — elle s'efforce de paralyser ou de dissocier ce qui s'est fait en dehors d'elle. Comme les joueurs qui ont beaucoup gagné, elle hésitera, dix ans durant, à mettre au jeu la totalité de ses moyens. Elle sera menaçante, quand les circonstances lui sembleront favorables ; prudente, lorsque la chance

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