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CHAPITRE IV

I, LE LENDEMAIN DE L'ARMISTICE. — II. LE DESARMEMENT ET SON CONTROLE. — III. LES RESULTATS DE SÉCURITÉ.

Tous les Alliés, à tout instant de la guerre, ont proclamé, comme le premier de leurs buts, la destruction du militarisme allemand. L'instrument offensif, forgé par Moltke Tancêtre, développé, renforcé par ses successeurs, avait rempli TAllemagne de Torgueil insensé qui lui a inspiré son crime de 1914. Matériellement redoutable, ce militarisme avait été moralement pernicieux. Après avoir créé ses armes, il avait bâti sa doctrine. Producteur de fusils, de mitrailleuses et de canons, il avait donné le jour à une philosophie. La défaite l'avait jeté bas ; mais une immédiate intrigue s'était attachée à voiler cette défaite sous les arcs de triomphe dressés, dans les villes allemandes, en l'honneur de l'armée en déroute. Que survécût l'outil d'agression : dans cinq ans, dans dix ans, dans vingt ans, c'était, de nouveau, la guerre certaine.

11 fallait briser cet outil, le briser dans ses trois éléments : l'organisation, les effectifs, le matériel. Il fallait arracher à l'Allemagne le moyen et la tentation de recommencer ; réduire, dans le présent immédiat, son état militaire au minimum compatible avec la nécessité de

sa défense et le maintien de Tordre ; donner, pour l'avenir, aux peuples pacifiques le moyen de contrôler le respect par l'Allemagne des clauses que le traité lui imposerait. Œuvre immense, que Napoléon, vainqueur de la Prusse, occupant son sol, avait tentée sans succès et que, cependant, pour le salut du monde, les Alliés avaient le devoir d'entreprendre et de réussir. Les critiques n'ont pas manqué pour déclarer insuffisantes les mesures inscrites à cet effet dans le traité de paix. Il est arrivé d'ailleurs que les auteurs de ces critiques, dans divers pays, ont prouvé par la suite que ces clauses « insuffisantes » étaient encore supérieures à leur volonté ou à leur capacité d'exécution. La justice est de reconnaître l'incomparable difficulté de l'entreprise, soit qu'il s'agît de la concevoir, soit qu'il s'agît de la réaliser.

L'armistice avait commencé le désarmement de l'Allemagne ; mais il était loin de l'avoir achevé et, pour arriver au but, les négociateurs de la paix avaient longue route à parcourir. J'ai dit pourquoi le maréchal Foch n'avait cru devoir exiger ni la démobilisation de l'armée allemande, ni son désarmement total sur le champ de bataille (1). J'ajoute que, dans le cadre du désarmement partiel jugé suffisant par le Haut Commandement interallié, des erreurs d'appréciation avaient été commises. Dans sa lettre du 26 octobre 1918, le commandant en chef avait évalué respectivement les 5 000 canons et les 30 000 mitrailleuses, dont il imposait la livraison, au tiers et à la moitié du matériel ennemi : d'où il résultait qu'au moment de l'armistice, l'Allemagne n'eût possédé que 15 000 canons et 60 000 mitrailleuses. Or, le 5 janvier 1920, le gouvernement allemand, tout en prétendant avoir procédé à la destruction d'une grande partie de son matériel de guerre, accusait encore l'existence de 24 625 canons ou tubes et de 41 318 mitrailleuses. Quoi qu'il en soit, dès le début de 1919, les chefs des gouver-

(1) Voir ci-dessus, Chapitre II, page 74.

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nements alliés s'alarmèrent de la force dont F Allemagne continuait à disposer et, soit dans les renouvellements successifs de l'armistice des mois de janvier et de février, soit dans l'élaboration du traité lui-même, ils cherchèrent, d'un unanime accord, le moyen de faire plus et mieux.

A la date du 15 janvier 1919, la totalité du matériel dont l'armistice du 11 novembre 1918 avait imposé à l'Allemagne la livraison, était aux mains des vainqueurs. Mais il apparaissait à tous que Noske, ministre de la Guerre de la République allemande, s'efforçait, par mille artifices, d'éluder à l'avance les clauses qu'il prévoyait. Des concentrations menaçantes se poursuivaient à la frontière de Pologne. Les fabrications continuaient. D'innombrables formations non démobilisées s'attardaient dans les dépôts. Des formations nouvelles se constituaient sous les prétextes les plus divers : volontaires, police de sûreté, secours technique; d'autres encore apportaient au « maintien de l'ordre », avec mitrailleuses et canons à l'appui, le plus inquiétant des concours. A la séance de la conférence du 23 janvier 1919, M. Lloyd George, interprète de l'opinion unanime, déclara que cela ne pouvait durer.

— Les Allemands, disait-il, démobilisent lentement. Ils ont encore plus de cinquante divisions. Pourquoi ne les obligeons-nous pas à démobihser plus vite? Pourquoi l'armistice du 11 novembre ne leur a-t-il pas imposé cette obligation? Pourquoi ne pas l'introduire dans le texte du prochain armistice, qui doit être, par renouvellement, signé le 16 février? Il importe, d'une façon ou d'une autre, non seulement d'obliger l'Allemagne à réduire, sans aucun retard, le nombre des hommes sous les drapeaux, mais encore de lui enlever le matériel qui lui reste.

Tout le monde pensait ainsi. Mais il restait à trouver la formule. M. Clemenceau rappelait que, si la clause de démobîli^tion ne figurait pTis dans l'armistice du

11 novembre, c'est que le maréchal Foch l'avait déclarée inopérante, parce qu'incontrôlable. Le lendemain, 24 janvier, le commandant en chef, appelé devant la Conférence, déclarait effectivement :

— Nous pouvons insérer dans le prochain armistice une clause imposant à l'Allemagne une démobilisation effective en hommes et en matériel. Mais le contrôle de l'exécution sera très difficile et le rendement plus que problématique. Le seul moyen de pression, c'est d'abord et surtout de garder de gros effectifs mobilisés, ensuite et subsidiairement le blocus.

Alors commença, pour trois semaines, une période d'efforts laborieux, où beaucoup de travail se dépensa sans fruit. Trois Commissions furent successivement nommées pour étudier et rapporter la question. La première, désignée le 24 janvier, comprenait, sous la présidence de M. Loucheur, MM. Winston Churchill, le maréchal Foch, les généraux Bliss et Diaz. La seconde, formée le 8 février pour simplifier les propositions de la première, se composait de M. Lansing, de lord Milner et de moi-même. La troisième, présidée par le maréchal Foch, comprenait, comme membres militaires représen* tant le Conseil supérieur de guerre, les généraux Bliss, Dégoutte, Thwaites, Cavallero et le colonel Nagaï ; comme membres civils représentant le Conseil suprême économique, MM, Norman Davis, Clémcntel, lord Robert Cecil, Crespi et Mori. Les commandants en chef des armées de terre et de mer s'étaient joints à cette réunion, tenue le 10 février.

Sous des formes diverses, le but proposé aux travaux de ces Comités était le même : exercer sur l'Allemagne, lors du renouvellement de l'armistice, une pression, tant militaire qu'économique, qui l'obligeât à démobiliser ses hommes et à livrer son matériel. Mais très vite — et par là s'explique la formation successive des trois Commissions, — il apparut qu'on n'était d'accord ni sur les moyens ni sur les conditions.

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Les délégués français visaient uniquement à désarmer TAllemagne et à lui imposer, bon gré, mal gré, ce désarmement : ils proposaient, à cet effet, la réduction, dans le prochain armistice, du nombre de ses divisions, la livraison d'une nouvelle tranche de matériel, le contrôle des treize principales usines de guerre ; enfin et surtout comme sanction éventuelle, l'occupation de la région métallurgique d'Essen. Ces propositions furent tour à tour soutenues par M. Loucheur dans la première Commission et par moi dans la seconde. Elles étaient simples et se suffisaient à elles-mêmes.

L'état d'esprit de nos alliés était plus complexe. Les uns répugnaient — et ne s'en cachaient pas — à l'idée d'introduire dans un renouvellement d'armistice des conditions différentes de l'armistice initial. En vain nous répliquions que, si l'armistice avait été conclu pour un mois, c'était précisément pour réserver aux Alliés le droit d'en changer les clauses : on ne nous suivait pas. D'autres, dans la démobilisation de l'Allemagne, cherchaient surtout un moyen de rapatrier leurs troupes et de hâter leur propre démobilisation. Les uns et les autres, mus par ces mobiles différents, également hostiles à une nouvelle occupation de territoires allemands, arrivaient à la même conclusion : c'était, certes, d'obliger TAllemagne à démobiliser, mais, pour y mieux réussir, d'ajouter, aux moyens de pression, militaires ou économiques, des concessions sur les vivres et les matières premières, qui eussent transformé l'armistice renouvelé en une sorte de contrat de gré à gré, lourdement hypothéqué les clauses futures de la paix, livré les Alliés au chantage allemand.

Ainsi s'aggravait la difficulté. M. Clemenceau, non moins harcelé par les Chambres que ses collègues étrangers, désirait, p us que personne, en désarmant l'Allemagne sans retard, accélérer la démobilisation des armées françaises. Plus que personne aussi, il voulait que les Alliés conservassent, jusqu'à la fin des négociations, un instrument militaire supérieur à celui de l'Allemagne

et, pour cela encore, il avait hâte de réduire la force allemande. Mais, à aucun prix, il n'acceptait que ce fût en perdant en pleine guerre — car la paix n'était pas signée — le bénéfice de leur position de vainqueurs par un équivoque do ut des où, avant toute acceptation de leurs conditions, risquait de sombrer leur autorité commune.

Période laborieuse, disais-je plus haut et souvent pénible, où le chef du gouvernement français dut, à quatre et cinq reprises, donner de sa personne et de toute sa force pour maintenir au renouvellement de l'armistice le caractère qu'il entendait lui conserver et éviter un dangereux marchandage. Après une douzaine de séances, il fut entendu que, d'accord pour poursuivre, par une autre voie, le désarmement de l'Allemagne, on se bornerait, dans l'armistice renouvelé du 16 février, à lui faire sentir la menace, d'abord en exigeant l'arrêt immédiat — il fut obtenu — de ses préparatifs contre la Pologne ; ensuite en renouvelant l'armistice pour un court délai, sans terme défini, avec droit pour les Alliés d'y mettre fin à tout moment, par un préavis de trois jours. On ne parlait pas du désarmement. Mais on ne disait rien non plus du ravitaillement. Par là était sauvegardée, dans le texte remis aux Allemands, la base militaire de l'armistice.

Quant à la réduction des forces allemandes, il était décidé qu'on allait, sans délai, la préparer, non plus par voie d'armistice, mais en arrêtant au plus tôt les conditions militaires définitives de la paix. Dès son retour de Trêves, le 17 février, le maréchal Foch était prié d'en presser l'étude. Dans la dernière semaine de février, le rapport de la Commission militaire s'achevait. Il était distribué le l«r mars.

Il semblait qu'on touchât au but. La volonté d'aboutir était unanime. Cependant deux semaines encore passèrent, avant que l'accord fût acquis sur un texte. J'insiste sur ce cas révélateur : s'il en était ainsi, quand aucune divergence de principe ne séparait les Alliés, qu'on juge de ce que furent les débats où les principes étaient contraires I

Sur chaque point et sans que personne pensât à mal, des discussions de détail surgissaient, qu'il fallait liquider avant de pousser plus loin. Un jour, le 22 février — en l'absence de M. Clemenceau, blessé grièvement la veille par un assassin — on suggérait que les clauses militaires, dès qu'elles seraient prêtes, fussent remises à l'Allemagne sans attendre les autres. De son lit, le Président du Conseil répondit que c'était impossible. En son nom, la délégation française, en plein accord avec le maréchal Foch, montra que les clauses militaires ne pouvaient pas s'isoler de celles qui fixeraient les frontières de l'Allemagne, la situation des provinces rhénanes, l'occupation, etc.. Un autre jour, le 3 mars, on soutenait que le désarmement de l'Allemagne devrait n'avoir qu'une durée limitée. Une séance fut nécessaire pour écarter cette suggestion. Le maréchal Foch rappela opportunément que le président Wilson, alors en mer, avait affirmé le « droit moral des Alliés de désarmer complètement l'Allemagne». M. Clemenceau, qui avait repris la présidence, ajouta :

— Il faut savoir ce qu'on veut et le dire. Sinon, nous sommes dans le rêve et la réalité se vengera.

Une autre fois, l'idée fut présentée par les délégués américains de « garantir la neutralité » d'une Allemagne

désarmée. Ici encore, M. Clemenceau refusa en déclarant qu'il n'était pas prêt à risquer, pour garantir TAllemagne, la vie d'un seul soldat français (1). Certains de ces débats furent vifs, parfois pénibles. Le terrain ne se débroussaillait que lentement. On n'avançait pas.

Le 6 mars, enfin, la discussion put commencer sur le rapport du Comité militaire présidé par le maréchal Foch. Ce projet laissait à l'Allemagne une armée de 200 000 hommes, recrutée par la conscription, servant un an, avec un état-major d'armée, cinq états-majors de corps d'armée, 15 divisions, 180 pièces d'artillerie lourde et 600 d'artillerie de campagne. Tout de suite, M. Lloyd George, soutenu par M. Clemenceau, posa la question vitale :

— L'Allemagne, dit-il, instruira 200 000 hommes par an, soit 2 millions en dix ans. Pourquoi lui faire cadeau d'un système qui, dans quinze ou vingt ans d'ici, lui donnerait, pour une mobilisation, des millions de soldats instruits?

A l'objection des experts militaires qu'une armée d'engagés servant longtemps serait une pépinière de cadres, M. Lloyd George répliquait :

— Des cadres? L'Allemagne, du fait de la guerre, en a surabondamment pour quinze ans et, si elle instruit 200 000 hommes par an, soyez sûrs qu'au bout de dix ans elle aura formé plus de 100 000 sous-officiers.

C'était l'évidence. La suppression du service obligatoire fut décidée, les experts militaires étant invités à rapporter, pour le 10 mars, un projet ainsi remanié.

(1) La crainte de voir reparaître cette suggestion a empêché M. Gle-~ menceau d'insister sur le désarmement absolu de l'Allemagne proposé par certains membres du Parlement français, notamment par MM. Maurice Raynaud dans une note du 12 mars et André Lefèvre dans une note du 21 janvier 1919. La proposition de M. André Lefèvre tendait à interdire à l'Allemagne de fabriquer aucun matériel de guerre, quel qu'il fût. Mais elle ajoutait : « Il serait de toute équité de garantir à l'Allemagne l'intégrité de son terriioire. y C'est de quoi M, Clemenceau ne voulait à aucun prix. Cette proposition, transmise pour avis au maréchal Foch par bordereau 161G B. S. 3 de l'Etat-Major de l'armée (3« Bureau, Avant), en

Ce projet — dont la Commission technique persistait à contester le principe — fut soumis, au jour convenu, au Conseil suprême. Plus de conscription ; engagements de douze ans ; effectif de 140 000 hommes ; le matériel réduit en proportion. Immédiatement et avec insistance, M. Clemenceau et le maréchal Foch demandèrent la réduction à 100 000 hommes.

— J'insiste avec une énergie particulière, dit le Président du Conseil. C'est la France qui, demain comme hier, sera face à l'Allemagne.

L'accord se fit très vite. M. Lloyd George et M. House, malgré certaines objections de leurs techniciens, déclarèrent :

— Si la France, en cette matière, exprime formellement un avis, ni la Grande-Bretagne, ni l'Amérique n'ont le droit de s'opposer à son désir.

L'effectif total de l'armée allemande fut, en conséquence, fixé à 96 000 hommes et 4 000 officiers, son rôle devant se borner au maintien de l'ordre et à la police des frontières. A la demande toujours de la délégation française, l'État-Major d'armée fut supprimé; supprimée aussi l'artillerie lourde ; diminué de moitié l'approvisionnement en munitions ; instituée la Commission interalliée chargée de procéder aux mesures de désarmement; adoptés, pour chaque catégorie d'articles, les délais d'exécution, qui se trouvèrent établis comme suit :

date du 15 février 1919, ne fut retenue pour cette raison ni par le gouvernement ni par le commandant en chef. M. André Lefèvre la reprit lors de la discussion pour la ratification du traité de paix, et après un long débat suivi d'une entente entre l'auteur de la proposition, la commission de la paix et le gouvernement, la Chambre et le Sénat (le traité une fois ratifié) adoptèrent la motion suivante : « La Chambre invite le gouvernement à s'entendre avec les puissances alliées et associées en vue de l'exécution de toutes mesures rendant effectif le désarmement de l'Allemagne et de ses alliés par l'interdiction de certaines fabrications de guerre et par toutes autres dispositions jugées nécessaires. » Le but de cette négociation devait être de faire fournir à l'Allemagne par les Alliés les 288 canons de campagne qu'elle était autorisée à conserver. M. André Lefèvre a été ministre de la Guerre de janvier à déceml)re 1920. Les ministères dont il a fait partie n'ont pris aucune initiative, pour provoquer les échanges de vues qui faisaient l'objet de sa motion du 3 octobre 1919,

lo Dans les deux mois à dater de la mise en vigueur :

Art. 167, § 2. — Réduction à 1 500 et 500 coups par pièce, suivant les calibres, des canons des places fortes autorisées.

Art. 169. — Livraison aux Alliés pour destruction de tout le matériel de guerre, quel qu'il soit, en excédent des quantités autorisées, ainsi que de l'outillage quelconque destiné aux fabrications de guerre, à l'exception de celui qui sera reconnu nécessaire pour l'armement et l'équipement des forces militaires allemandes autorisées.

Art. 176. — Suppression des écoles militaires.

Art. 180. — Désarmement des fortifications dans la zone démilitarisée.

Art. 198. — Démobilisation de tout le personnel de l'aéronautique.

Art. 202. — Livraison de tout le matériel aéronautique.

2^ Dans les trois mois à dater de la mise en vigueur :

Art. 163. — Réduction de la totalité des effectifs à 200 000 hommes.

Art. 168. — Interdiction de fabriquer des armes, des munitions et du matériel de guerre, quel qu'il soit, ailleurs que dans les usines autorisées par les Alliés. Suppression de toutes autres usines et des arsenaux.

Art. 172. — Livraison des secrets de fabrication.

Art. 221. — Modification de la législation militaire allemande et des règlements conformément au traité.

Art. 202. — ■ Livraison de tout le matériel aéronautique.

3° Dans les quatre mois à dater de la mise en vigueur :

Art. 180 — Démantèlement des fortifications de la zone démilitarisée.

4° Avant le 31 mars 1920 (1) :

Art. 160-163. — Conformité complète de la composition de l'armée allemande avec les dispositions du traité (réduction à 100 000 hommes).

Art. 166. — Limitation et entreposage des stocks de munitions.

Art. 170. — Interdiction d'importer ou d'exporter du matériel de guerre.

Art. 171. — Interdiction de fabriquer des gaz toxiques, chars d'assaut, etc.

(1) Par décision du Conseil suprême du 12 février 1920, cette date a été reportée au Si juillet 1920 en raison du retard survenu dans la mise en vigueur du traité, qui n'a pu avoir lieu que le 10 janvier 1920.

Art. 173. — Abolition du service obligatoire.

Art. 175. — Statut et nombre des officiers.

Art. 177. — Interdiction aux établissements d'enseignement et associations sportives de s'occuper de questions militaires et d'être en relations avec le ministère de la Guerre.

Art. 178. — Interdiction de toutes mesures de mobilisation ou tendant à une mobilisation. Suppression de tous cadres complémentaires.

Art. 213. — Droit de contrôle de la Société des Nations.

Art. 42 et 43. — Démilitarisation complète de la région rhénane.

Ainsi était établi le chapitre V du traité de paix. Si amélioré qu'il eût été par les débats du 3 au 12 mars, ce chapitre n'apportait pas encore à la France, deux fois envahie en cinquante ans, une sécurité suffisante. Il fallait, en outre, que la frontière militaire de l'Allemagne fût fixée de telle sorte que ni la rive gauche du Rhin, ni les ponts, ni la zone voisine de la rive droite ne pussent redevenir contre la France l'offensive place d'armes du passé. Il fallait ensuite que les clauses militaires, une fois exécutées par les soins des Commissions interalliées, leur violation éventuelle par TAllemagne pût faire l'objet, non seulement de vérifications de fait, mais aussi d'enquêtes officielles en vertu du traité même. Il fallait enfin qu'aussi longtemps que l'Allemagne disposerait de plusieurs millions d'hommes entraînés à la guerre, parce qu'ils l'avaient faite, l'occupation de la rive gauche et des têtes de pont assurât à notre pays une garantie matérielle.

La démilitarisation totale de la rive gauche du Rhin et d'une zone de 50 kilomètres à l'est du fleuve fut acceptée dès le principe et ne fit l'objet d'aucune discussion. La formule définitive en fut rédigée, dans les termes les plus clairs, par le président Wilson dans une note du 28 mars que les actes finaux de la Conférence ont reproduite presque littéralement. Cette note était conçue comme il suit :

28 mars 1919.

Stipulations a incorporer dans le traité.

1. Pas de fortifications à Touest d'une ligne tracée à cinquante kilomètres à l'est du Rhin (comme il a déjà été entendu dans les clauses militaires .

2. L'entretien ou le rassemblement de forces armées soit à titre permanent, soit à titre temporaire, aussi bien que toutes manœuvres militaires ou que le maintien de facilités de mobilisation, sont interdits dans cette zone.

8. La violation de ces conditions sera considérée comme un acte d'hostilité contre les signataires du présent traité et comme cherchant à troubler la paix du monde.-

Dans un traité spécial avec les États-Unis.

4. Engagement des États-Unis, soumis à l'approbation du Conseil de la Société des Nations, de venir immédiatement à l'aide de la France dès qu'un mouvement d'agression serait dirigé contre elle par l'Allemagne, cet engagement devant rester en vigueur jusqu'à ce qu'il y ait accord sur la capacité de la Société des Nations de fournir par elle-même une protection suffisante.

La question du contrôle ultérieur fut plus longuement débattue. Pour réduire l'Allemagne au statut militaire prévu par le traité, des Commissions étaient instituées. Mais leur rôle était temporaire et, la réduction des forces allemandes aux chiffres du traité une fois achevée, ces Commissions devaient disparaître. Il fallait, pour l'avenir, autre chose. Quoi? Non pas seulement le service normal de renseignements militaires, que possèdent tous les pays du monde, mais un organe officiellement reconnu, qui eût le droit contractuel d'enquêter en Allemagne et de recommander des sanctions basées sur ses constatations. C'était poser un problème sur lequel les Anglo-Saxons étaient particulièrement en éveil. Ils avaient écarté, à la Commission de la Société des Nations, le contrôle général proposé par M. Léon Bourgeois. Affirmant, leur volonté de n'intervenir, à aucun titre, dans les affaires intérieures de l'Allemagne, ils esti-

maient qu'un droit permanent de surveillance sur ses institutions militaires porterait atteinte à sa souveraineté. Tel n'était pas le but de la proposition française. Encore fallait-il qu'un organe quelconque fût institué, grâce auquel pût être vérifiée l'exécution militaire de la paix. A cinq reprises, M. Clemenceau, sans résultat, insista sur cette nécessité. Le 22 mars, je remis à M. House une note qui résumait le problème.

22 mars 1919.

Note pour M. House.

Le traité, où est incorporé le Pacte de la Ligue des Nations, reconnaît que le désarmement immédiat de l'Allemagne est nécessaire et il institue un contrôle pour s'assurer que les clauses de ce désarmement seront exécutées.

L'Allemagne une fois désarmée, admet-on qu'elle puisse réarmer? Voilà la question.

A cette question, on ne peut répondre de façon satisfaisante qu'en inscrivant dans le traité le droit pour la Ligue de s'assurer que l'Allemagne ne réarme pas.

Faute de quoi, la Ligue avouerait ne travailler que pour six mois ou dix-huit mois, ce qui serait désastreux.

Cette affirmation est facile à justifier.

La Ligue veut réaliser le désarmement au moins relatif de ses membres. Si on subordonne ce désarmement des membres au désarmement des pays non membres sans avoir le droit de contrôler ce dernier, on prépare un statut fragile, dangereux et absurde, — d'autant plus fragile, dangereux et absurde que la mauvaise foi de l'Allemagne a été plus nettement établie.

On dit : « Les attachés militaires exerceront ce contrôle ». Ce n'est pas exact.

En fait, d'abord, tout le monde sait que les attachés militaires ne procurent officiellement que les renseignements qu'on veut bien leur donner ou ceux qui sont du domaine public. En 1914, ils n'étaient fixés ni sur le nombre des corps de réserve allemands, ni sur l'importance du matériel lourd.

Dira-t-on que les services de renseignements pourront pro-

curer des informations? Mais ces services ont des moyens limités. En outre, on ne peut pas les invoquer sans les découvrir et leurs rapports n'ont aucune valeur officielle vis-à-vis d'un gouvernement étranger.

Si donc la Ligue des Nations, informée par l'une ou l'autre voie (attachés militaires ou services de renseignements) que l'Allemagne viole en secret les clauses de désarmement, veut lui adresser des représentations, le gouvernement allemand sera fondé à répondre : « Vos renseignements sont faux » et il lui suffira de nier pour que la Ligue reste désarmée.

Lui dira-t-elle : « Prouvez-moi que mes renseignements sont faux » ou bien : « Nous voulons vérifier ».

Mais, alors, c'est le contrôle qu'elle réclame et l'Allemagne répondra : «De quel droit? »

L'Allemagne répondra cela et elle sera fondée à le répondre, si on ne lui a pas imposé dans le traité la reconnaissance du droit de vérification.

En un mot, si le droit n'est pas dans le traité, l'Allemagne pourra toujours réarmer.

On objectera peut-être que les préparatifs de guerre d*une grande nation comme l'Allemagne ne peuvent pas passer inaperçus. Mais entre le désarmement complet et la préparation complète, il y a bien des stades intermédiaires qui n'en sont pas moins des menaces et qui peuvent correspondre à des projets plus ou moins restreints de rompre le futur statut politique de l'Europe.

Où s'arrêteront les tolérances de la Ligue et quand commencera-t-elleà prendre les précautions nécessaires, si l'incertitude sur ce que fait et prépare l'Allemagne ne peut pas être officiellement levée?

Cette situation, périlleuse du fait de l'Allemagne, sera dangereuse aussi pour les membres de la Ligue.

Si un droit de vérification n'est pas reconnu à la Ligue au moyen d'un organe ad hoc qu'arrivera-t-il, dans le cas où les gouvernements qui la composent ne seraient pas d'accord sur les préparatifs allemands?

Des divergences sérieuses pourront exister, soit dans les renseignements de leurs agents, soit dans l'interprétation qu'ils leur donneront. Ce cas s'est produit et se produit constamment.

Comment sortir de la difficulté ?

Autre risque : les partis pacifistes dans chacune des Nations

de la Ligue seront tout naturellement enclins à nier des renseignements qui troubleraient leur quiétude et à prendre plus ou moins consciemment fait et cause pour le gouvernement allemand qui contestera lesdits renseignements. Faut-il rappeler r attitude de ces partis pacifistes, à l'époque où l'Allemagne, armée jusqu'aux dents, préparait de toute évidence l'agression de 1870 et celle de 1914?

En résumé, la situation sera la suivante :

L'Allemagne niera.

Les gouvernements discuteront.

L'opinion publique se divisera, s'inquiétera, s'énervera et finalement, la Ligue, désarmée, aura institué dans le monde, au lieu de la paix générale, l'insécurité générale d'où peuvent naître tous les conflits intérieurs et extérieurs.

Ce qui importe, en cette matière, c'est de fixer le principe et d'affirmer le droit.

Qu'on évite avec soin, dans l'application du contrôle d'après guerre, les procédés vexatoires ; qu'on utilise, comme agents officiellement reconnus par l'Allemagne, les attachés militaires ou autres agents de la Ligue, d'accord.

Mais nier le principe même de ce droit de contrôle par la Ligue des Nations et ne pas l'inscrire explicitement dans le traité que signera l'Allemagne, ce serait donner au monde entier et à nos ennemis de la veille le sentiment très net que l'on n'a rien fait de durable et que l'on est toujours prêt à revenir au passé.

Signé : André Tardieu.

Les jours passèrent : de solution, point. Tantôt on nous répondait que notre demande était excessive ; tantôt qu'elle était inutile ; toujours qu'une disposition aussi spéciale ne pouvait trouver place ni dans le Pacte de la Société des Nations, ni dans les traités de garantie franco-anglais et franco-américain. Dans une note du 2 avril, nous avions présenté un projet d'article ainsi conçu :

Si l'une des puissances signataires estime que l'Allemagne a violé une des clauses ci-dessus (démilitarisation de la rive gauche du Rhin et de 50 kilomètres sur la rive droite et clauses militaires), elle aura le droit d'en saisir le Conseil exécutif de la Société des Nations, qui fera immédiatement procéder à la

vérification des faits énoncés. L'Allemagne s'engage à accepter ladite vérification faite dans l'intérêt de la paix et à en faciliter l'exécution.

Le 12 avril, dans une note de réponse, le président Wilson maintenait son refus et écrivait :

En ce qui concerne le paragraphe additionnel (proposé par la note française) concernant le droit des puissances signataires de saisir le Conseil de la Société des Nations de toutes violations constatées de ces dispositions, il est clair que ce droit appartient déjà à tout membre de la Société, dans le cas où quelque initiative, menaçant de troubler la paix du monde, serait prise où que ce fût.

Il serait en conséquence peu avisé d'établir un lien entre ce droit et l'accord spécial ou traité dont il s'agit.

C'était, une fois de plus, le désaccord constaté. Mais, pour la première fois, une porte était ouverte à l'accord. Laissant de côté les traités de garantie, nous demandâmes, par note du 15 avril, que l'article proposé par nous figurât dans les clauses militaires de la paix. Nous montrions qu'il s'agissait d'une précaution nécessaire, étroitement concordante avec les buts de la Conférence. Nous écrivions :

Qu'est-ce que demande la France? Que la précision et le renforcement apportés par le traité spécial franco- anglaisaméricain aux dispositions générales de la Ligue des Nations, en cas d'attaque allemande, se retrouvent quelque part dans le traité de paix pour le cas de préparation d'une telle attaque.

En d'autres termes, il s'agit de donner à l'article 13 du pacte, en ce qui concerne les préparatifs possibles de l'Allemagne, le même complément que le traité spécial donne à l'article 10.

Les gouvernements anglais et américain, qui ont si justement compris que la France a besoin d'une garantie additionnelle contre la réalisation d'une attaque allemande, admettront certainement que la même garantie additionnelle doit figurer dans les moyens préventifs à opposer à cette attaque.

Le président Wilson estime qu'il n'est pas bon de placer cette clause dans le traité spécial avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Le gouvernement français est tout disposé à se ranger à cette opinion.

Mais il insiste pour que, soit dans le Covenant de la Ligue, soit dans les clauses militaires de la paix, cette précision figure.

L'œuvre commune des gouvernements a besoin de la ratification des Parlements et des peuples. La clause demandée fera beaucoup pour cette ratification, en ce qui concerne la France.

A cet égard, la situation du gouvernement français est identique à celle "qui a amené le gouvernement américain à introduire un amendement au Covenant en ce qui touche la doctrine de Monroë. C'est aussi une question de sentiment public.

L'introduction d'une telle disposition semble particulièrement facile.

En effet :

1° L'article 10 dispose que les membres de la Ligue s'engagent à préserver contre une agression extérieure l'intégrité nationale et l'indépendance politique existantes de tous les membres de la Ligue. En cas d'une telle agression ou d'une telle menace ou danger d'agression, le Conseil avisera aux moyens par lesquels cette obligation sera remplie.

A cette disposition générale, l'engagement spécial de la Grande-Bretagne et des États-Unis apporte une précision.

Le but est, en cas de danger, d'abréger les formalités et de gagner du temps ;

2° L'article 13 prévoit le droit d'enquête par le Conseil. L'État soupçonné et sur lequel doit porter l'enquête doit s'y soumettre, sinon, aux termes de l'article 16, il sera mis hors la loi.

Cet article pourrait être, lui aussi, complété par une précision.

Il s'agit, en effet, dans ce second cas comme dans le premier, de gagner du temps et la précision n'est pas moins nécessaire.

L'Allemagne est, de toutes les nations non membres de la Ligue, la seule qui soit capable de déchaîner une catastrophe irréparable, — irréparable, sinon pour la victoire finale, du moins pour la sécurité du sol français.

Pour cette raison, on est justifié à obliger l'Allemagne, par le traité de paix, à accepter l'enquête, qui, seule, l'empêchera de placer la France et la Ligue en présence du fait accompli.

Notre argumentation, enfin mieux accueillie, triompha le 17 avril. Ce jour-là, le président Wilson nous offrit une formule que nous acceptâmes immédiatement.

Aussi longtemps que le présent traité (avec l'Allemagne) restera en vigueur, l'Allemagne s'engage à se prêter à toute enquête jugée nécessaire par le Conseil de la Société des Nations.

C'était l'objet même de notre proposition. Pour éviter le retard qu'eût provoqué la nécessité d'un vote unanime du Conseil de la Société des Nations, nous demandâmes — et nous obtînmes sans débat — que le Conseil, dans ce cas, votât à la majorité. Après un mois d'efforts, nous étions au but.

Le droit d'occupation de la rive gauche du Rhin et les traités de garantie avec la Grande-Bretagne et les États-Unis devaient compléter les mesures prises pour la défense commune de la « frontière de la Liberté ». Ces deux problèmes, en raison de leur importance, font l'objet de chapitres spéciaux, où s'inscrit le couronnement de l'édifice défensif, dont l'histoire du dernier siècle soulignait la nécessité (1).

C'était œuvre neuve que de briser la puissance militaire du peuple le plus militaire du monde. Cette œuvre a été entreprise et accomplie avec courage, d'une façon digne de nos grands soldats. On a frappé à la tête en supprimant l'État-Major d'armée, les écoles, les travaux de mobilisation. On a frappé à la base en supprimant la conscription et en réduisant l'effectif à 100 000 hommes servant douze ans. Quant au matériel, on a supprimé toute l'artillerie lourde, les chars, l'aviation, les gaz, le droit d'en rien conserver et le droit d'en fabriquer. On a autorisé 288 canons de campagne construits dans des usines choisies par les Alliés, contrôlées

(1) Voir ci-dessous, Chapitres V et VI.

par eux, et dont ils peuvent restreindre le nombre. Était-il possible d'aller plus loin sans donner prise à l'objection souvent formulée par nos Alliés : « Alors, il faut couvrir et garantir l'Allemagne » ?

Sans doute, un risque demeure : la fraude, le camouflage. Risque éternel, et que Napoléon, en occupant l'Allemagne, en l'incorporant dans ses armées, n'a pas réussi à supprimer. Après léna, Leipzig. Pour y parer, on a fait ce qu'on a pu. Effectifs? Les articles 160 à 163 du traité nous arment pour mettre un terme à l'astucieuse dispersion qui, sous les noms de Reichswehr, de Sicherheitspolizei, d*Einwohnerwehry de Nothilfe, a reconstitué en Allemagne, au début de 1920, une armée de près d'un million d'hommes. Matériel? Il faut et il faudra contrôler. L'article 213 nous autorise à le faire en saisissant de nos griefs la Société des Nations, dont la procédure a été simplifiée à cet effet. Au surplus, les clauses relatives à la région rhénane — neutralisation et occupation — ne sont pas une garantie négligeable. A moins de tenir et d'administrer l'Allemagne entière, pouvait-on, je le répète, aller plus loin?

L'effort accompli peut se mesurer par des chiffres et je l'ai résumé dans un court tableau (1). Presque toutes les réductions successives, qui ressortent de ce tableau, sont l'œuvre de la délégation française et spécialement de son chef. C'est M. Clemenceau qui, du premier projet au texte définitif , a fait réduire les effectif s de 50 p. 100, le nombre des divisions d'infanterie de 54 p. 100, des officiers de 56 p. 100, des États-Majors de corps d'armée de 60 p. 100, des pièces lourdes de 100 p. 100, des pièces de campagne de 54 p. 100, des munitions de 50 p. 100. C'est lui qui a fait supprimer l' État-Major d'armée maintenu par les experts militaires. Ce progrès, lentement réalisé, ne fut pas toujours facile : non pas certes qu'il n'y eût accord entre les Alliés sur la nécessité de

(1) Voir ci-contre; page 158.

ÉDUGTION

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