‹ La PaixChapitre 36 sur 75 · APRE 'ARM TIGE · texte numérisé non relu

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désarmer l'Allemagne, mais parce que cet accord, prêt aux mesures négatives, était plus hésitant devant l'action positive et aussi parce que souvent les dogmes de la technique firent obstacle aux décisions du bon sens.

C'est aussi M. Clemenceau qui, lorsqu'à la fin de mai, le comte de Brockdorfî-Rantzau a formulé ses contrepropositions, a empêché qu'elles fussent acceptées. Certains, par crainte du bolchevisme, recommandaient des concessions, soit sur les détails d'exécution, soit sur les chiffres définitifs. Un jour, les experts militaires proposèrent d'accorder à l'Allemagne 200 000 hommes au lieu de 100 000. Le 23 mai, M. Lloyd George disait :

— Bien que je me sois rallié au chiffre de 100 000 hommes, je reconnais aujourd'hui que c'est très peu. Comme nous allons recevoir bientôt les observations des Allemands, le mieux est d'attendre et de reprendre tout ce problème dans son ensemble.

Le 8 juin, un Comité technique, composé du maréchal Henry Wilson, des généraux Bliss, Desticker, Cavallero et Nara, suggéra d'autoriser, pendant les trois premiers mois qui suivraient la mise en vigueur, 300 000 hommes au lieu de 200 000. Irréductiblement, le gouvernement français refusa, pour le bien de tous, d'entrer dans cette voie périlleuse et, sur sa demande, la réponse remise aux Allemands le 16 juin maintint intégralement le texte des clauses militaires, tel qu'il leur avait été communiqué le 7 mai précédent.

Si appréciable que fût ce résultat, on n'en a pas moins discuté — avec quelle âpreté I — la valeur des garanties obtenues. Admettons que cette valeur ne puisse être absolue : il reste que, comparée aux précédents que l'histoire peut fournir, la situation créée par le traité comporte un inappréciable progrès; il reste que l'ensemble des clauses renforce chacune d'elles et en multiplie la portée. Les guerres modernes — la dernière ne Ta que trop prouvé — sont faites non plus seulement par les

armées, mais par les nations tout entières ; non seulement par r « avant », mais par V « arrière »; par le pays intégral ; par la mobilisation de toutes ses forces humaines, matérielles, financières, maritimes, industrielles, commerciales et morales. La base de la sécurité dans ces conditions, c'est de savoir si l'armée que le traité de paix laisse à l'Allemagne et si le statut militaire qu'il lui impose lui permettraient, à l'insu des Alliés, de poursuivre et d'accomplir cette mobilisation totale de toutes les forces nationales, qui est la condition même de la guerre moderne. Si l'Allemagne ne peut pas, à l'abri de son armée de 100 000 hommes, mener à bien cette mobilisation totale, l'Allemagne n'est pas à craindre: car elle ne peut pas faire la guerre. Pour s'y préparer, elle serait obligée de commettre, non pas des dérogations secrètes et isolées à telles ou telles clauses du traité, mais, sur tous les terrains, un ensemble de dérogations tellement manifestes, évidentes, éclatantes que, pour fermer les yeux et ne point voir, il faudrait à ses vainqueurs d'hier une volonté de suicide. Hindenburg, pour une fois, a dit vrai en écrivant :

Il est inutile de parler de la possibilité pour l'Allemagne d'entreprendre une nouvelle guerre... Rappelez-vous quelle tâche ce fut pour les Américains de mettre sur pied une armée d'un million d'hommes... Ils avaient pourtant la protection de r Océan, pendant qu'ils préparaient leur artillerie, leurs munitions et leur matériel aérien.

L'Allemagne, pour son aviation, son artillerie lourde, son armement, n'est pas séparée par l'Océan de ses ennemis ; au contraire, ceux-ci sont déjà fermement établis en territoire allemand. Des mois seraient nécessaires pour préparer une nouvelle guerre, et croyez-vous que les Français resteraient les mains dans les poches?...

Une mobilisation moderne demande des années pour la préparation, le grand jour pour l'exécution. Ni l'une ni l'autre de ces conditions ne sont désormais aux mains de l'Allemagne et, si les clauses militaires de la paix ne

suppriment pas un danger qui existera tant qu'il y aura, à nos portes, 59 millions d'hommes qui revendiquent la qualité d'Allemands, elles dressent, contre ce danger, le maximum d'obstacles que la raison puisse concevoir ; elles accumulent des garanties telles que jamais l'histoire n'en a ,enregistré de pareilles. Que ces clauses soient appliquées ; que la suppression du service militaire obligatoire soit rigoureusement maintenue ; que disparaissent les avions, les tanks, les canons lourds ; qu'il ne reste que 100 000 hommes avec 288 canons de campagne produits dans des usines choisies par les Alliés ; que la rive gauche du Rhin et la zone de 50 kilomètres à l'est du fleuve demeurent strictement fermées à tous préparatifs allemands ; que, par suite, toute mobilisation allemande doive s'accomplir entre l'Elbe et le Weser ; qu'enfin fonctionnent les services de renseignements nationaux, dont la Société des Nations dégagera les conclusions et déclenchera les sanctions, — l'Allemagne sera, pour aussi longtemps qu'on y tiendra la main, hors d'état de préparer et de réaliser cet acte fondamental de la guerre qui s'appelle la mobilisation. Exécutées comme elles doivent l'être, les clauses mihtaires du traité de Versailles garantissent ce résultat.

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