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FRONTIÈRE OCCIDENTALE DE L'ALLEMAGNE

I. — Dans l'intérêt général de la paix et pour assurer le jeu efficace des clauses constitutives de la Ligue des Nations, la frontière occidentale de l'Allemagne est fixée au Rhin. En conséquence, l'Allemagne renonce à toute souveraineté sur, ainsi qu'à toute union douanière avec les territoires de l'ancien Empire allemand situés sur la rive gauche du Rhin.

II. — La ligne du Rhin sera occupée, en vertu d'un mandat de la Ligue des Nations, par une force militaire interalliée.

La limite et les conditions d'occupation en territoire allemand des têtes de pont de Kehl, Mannheim, Mayence, Coblence, Cologne et Dusseldorf, nécessaires à la sécurité des forces interalliées, seront arrêtées parle traité définitif de paix. Jusqu'à la signature dudit traité, les bases fixées à cet égard par l'armistice du 11 novembre 1918 demeureront en vigueur.

Dans une zone de 50 kilomètres à l'est de sa frontière occidentale, l'Allemagne ne pourra maintenir ni établir une fortification.

III. • — Les territoires de la rive gauche du Rhin (Alsace- Lorraine exceptée) seront constitués en un ou plusieurs États indépendants, sous la protection de la Ligue des Nations. Leurs frontières occidentales et méridionales seront fixées par le traité de paix. L'Allemagne s'engage à ne rien faire qui puisse entraver le ou les dits États, dans l'accomplissement des devoirs et l'exercice des droits qui résultent pour eux des causes et con ditions de leur création.

IV. — Dans un délai de un mois, à dater de la signature des présents préliminaires de paix, les conditions générales d'évacuation des autorités administratives supérieures allemandes et prussiennes, actuellement en fonction sur la rive gauche du Rhin, seront fixées par un accord spécial entre les puissances signataires et le gouvernement allemand.

V. — Dans un délai de deux mois à dater de la signature des présents préliminaires de paix, un accord spécial entre les puissances signataires et le gouvernement allemand déterminera, sous la garantie de la Ligue des Nations, les conditions générales de liquidation des intérêts économiques allemands sur la rive gauche du Rhin.

VI. — Le gouvernement allemand s'engage à assurer chaque année, à l'État ou aux États indépendants qui seraient créés sur la rive gauche du Rhin, la quantité de charbon nécessaire à leurs

industries. Cette quantité sera portée au crédit de TAllemagne, dans le compte général des réparations.

Cela se passait le 12 mars. Le 14, dans la matinée, le président Wilson arrive à Paris. Après un entretien avec M. Lloyd George, il rencontre à trois heures de l'après-midi M. Clemenceau et le premier ministre britannique dans une entrevue privée de deux heures, sans secrétaires, ni interprètes, à l'hôtel Grillon. M. Clemenceau expose une fois de plus la thèse française. Il dit nos nécessités : périls d'hier, périls de demain. Seuls en face de l'Allemagne, envahis, saignants, nous demandons, non des territoires, mais une garantie. Celles qu'on nous offre, désarmement, démihtarisation. Société des Nations, ne suffisent pas dans leur forme présente. Il faut l'occupation de la rive gauche et des ponts. Il faut que cette occupation soit interalliée. Il faut que la rive gauche soit interdite aux menées politiques et militaires de l'Allemagne. Son indépendance est tout à la fois la condition et la conséquence de ce qui précède.

D'abord les mêmes objections répondent aux mêmes arguments. Mais au grand Français, qui reste sur son terrain et se tient à sa demande initiale, une ofPre toute différente et capitale est bientôt présentée. La Grande- Bretagne, orgueilleuse séculairement de son splendide isolement ; les Ét^ts-Unis « trop fiers pour se battre », séparés du reste du monde par le testament de Washington et la doctrine de Monroë, proposent à la France un ^ véritable engagement d'alliance — leur garantie mili- \ taire immédiate contre tout mouvement non provoqué d'agression de la part de l'Allemagne : proposition sans précédent, d'immense portée, qui nous conservera dans la paix les moyens de solidarité par lesquels nous avons gagné la guerre.

M. Clemenceau « qui n'a rien demandé », — il le rappellera plus tard devant le Sénat avec fierté, — affirme aussitôt le très haut prix qu'il attache à l'offre. Mais il

exprime en même temps et formellement son désir de n'y pas répondre. Il entend, avant de le faire, réfléchir et consulter. Les jours suivants, 15 et 16 mars, trois réunions sont tenues au ministère de la Guerre, entre MM. Clemenceau, Pichon, Loucheur et moi-même, où verbalement et par trois notes successives, les divers aspects du problème sont présentés et discutés. De cet examen, deux conclusions ressortent, également lumineuses et, pour le moment du moins, contradictoires.

La première c'est qu'un gouvernement français qui, recevant une telle offre, dans de telles conditions, la laisserait échapper, serait criminel. La seconde, c'est qu'un gouvernement qui s'en contenterait sans plus, le serait aussi. Contradiction redoutable : car, dans la conversation du 14 mars, MM. Lloyd George et Wilson ont nettement marqué qu'ils offrent la garantie militaire en échange de V occupation et de V indépendance de la rive gauche. C'est pour éviter celles-ci, dont ils ne veulent pas, qu'ils proposent celle-là dont la valeur leur semble au moins égale et — dans le juste orgueil qu'ils ont de la force de leurs deux pays — probablement supérieure. Ils reconnaissent comme indiscutable le droit de la France â la garantie réclamée par elle dans les notes des 10 janvier, 19 et 25 février, dans les conversations des 6, 19, 23 février, 11, 12 et 14 mars. Mais écartant le moyen que nous suggérons — et parce qu'ils l' écartent — ils en suggèrent un autre. La rive gauche du Rhin restera allemande. La rive gauche du Rhin ne sera occupée ni par une force interalliée ni par une force française. Par contre, la Grande-Bretagne et les États-Unis donneront à la France, pour le cas de péril, l'engagement solennel de leur aide militaire immédiate.

La décision de M. Clemenceau est prise dans la soirée du 16 et se traduit par une note remise, le 17 au matin, aux chefs des gouvernements alliés. Une proposition nous est faite, qui remplace une garantie par une autre : nous refusons la substitution. Nous saluons, avec la plus sin-

cère appréciation de son prix, l'engagement qu'on nous offre et nous désirons nous l'assurer, mais à la condition formelle que s'y joigne la plus grande partie des autres garanties demandées par nous — et d'abord Voccupation, Voici le texte de cette note :

17 mars 1919.

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