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L^ALSACE ET LA LORRAINE

demande, contraire aux précédents, mais conforme à l'équité, fut acceptée. Le traité en enregistre le succès.

La France se vit, par contre, appliquer la règle commune dans deux autres questions, que le Conseil des Quatre trancha en dernier : celle du rachat des marks et celle des réparations. En Alsace-Lorraine, comme dans nos régions libérées et comme en Belgique, le gouvernement national avait racheté aux habitants, au taux de 1 fr. 25, les marks mis en circulation forcée par les autorités allemandes pendant Toccupation. Il avait donc subi la perte résultant de la dépréciation de cette monnaie. La France et la Belgique demandaient, non sans raison, que cette perte fût à la charge de l'Allemagne. La Conférence de la paix statua en sens contraire pour éviter la répercussion qu'un tel principe aurait eue dans l'Europe centrale et orientale, où l'Allemagne avait plus largement encore abusé du cours forcé. Si l'on avait admis cette créance, un gouffre sans fond se fût ouvert dans la caisse des réparations. Cette décision fortement motivée ne permettait évidemment pas de rembourser la perte sur les marks en Alsace-Lorraine, d'autant qu'en ce pays, jusqu'à l'armistice, le mark avait été la monnaie légale. Le gouvernement français conserva donc pour lui-même, sans compensation, le préjudice que, par le rachat à 1 fr. 25, il avait évité aux Alsaciens et aux Lorrains. Une solution semblable prévalut en ce qui touche les dommages aisaciens-lorrains, qui ne furent pas mis à la charge de l'Allemagne. Solution injuste, à première vue : pourquoi faire une distinction entre le dommage subi à Baccarat, que l'Allemagne rembourse, et le dommage subi à Thann, qu'elle ne rembourse point? Ici encore, le motif de la décision fut un motif de prudence. Car, si les dégâts en Alsace- Lorraine étaient relativement peu importants, d'autres territoires transférés, ceux par exemple qui passaient à la Pologne «t à la Roumanie, en eussent préseoité d'assez

difficiles à vérifier. Les réparations aux pays les plus gravement atteints par cinq années de bataille en auraient été diminuées d'autant. La Conférence a pensé que c'était un risque à ne pas courir.

Tel quel, le chapitre du traité relatif à l'Alsace- Lorraine offre un caractère de pure justice et tire de la guerre Tune de ses plus hautes conclusions. Le droit violé est rétabli dans son ampleur, au point même où la violation avait atteint, en plein âge moderne, le maximum de brutalité cynique. Au maximum aussi, le tort porté aux deux provinces, en même temps qu'à la France, est effacé et toutes dispositions sont prises pour qu'aucune de ses conséquences ne se prolonge dans la paix. C'est l'honneur des Alliés d'avoir ainsi reconnu que l'Alsace et la Lorraine avaient été, dans toute l'Europe, les animatrices de l'idéal national, pour lequel ils s'étaient battus, par lequel ils avaient vaincu. A voir Alsaciens et Lorrains souffrir, patients et fermes, pendant plus d'un demi-siècle, la Bohême, séculairement opprimée, s'était reprise à rêver de liberté ; la Pologne, coupée en trois tronçons asservis, avait conçu comme possible une invraisemblable réparation. C'est à Strasbourg et à Metz que le Tyrol, le Trentin, l'Istrie, la Croatie, la Slovénie, la Transylvanie, les Grecs de Macédoine et d'Asie, les Belges des cantons wallons et les Danois du Sleswig avaient trouvé la raison féconde de ne pas désespérer de l'avenir. C'est au foyer alsacien-lorrain que les nationalités opprimées avaient réchauffé leur résolution de vivre ou de ressusciter. De ces espérances, de ces résolutions, l'Alsace et la Lorraine ont nourri la substance. Moteur des énergies françaises, elles ont été le moteur de toutes les énergies nationales de l'âge contemporain. Et, par un achèvement de justice, le traité qui les a libérées a fait resplendir sur l'Europe entière le même message de libération.

En décembre 1917, M. de Kuhlmann, ministre des Affaires étrangères de l'Empire d'Allemagne, avait dit :

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«L'Alsace-Lorraine? Jamais! » Moins de deux ans après, le traité de Versailles infligeait à l'arrogance du ministre allemand la réponse de la conscience universelle. La force, cette fois, fondait le droit.

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