A RICHESSE DE l'aLLEMAGNE
définitivement, il reste approximativement 200 milliards, à quoi s'applique la dépréciation par défaut d'entretien. Comptons cette dépréciation à 5 p. 100 par an pendant quatre ans et quatre mois, soit 43 milliards. C'est une évaluation large. Car, d'une part, le sol rural et les immeubles n'ont certainement pas subi — il suffît, pour s'en assurer, de voyager en Allemagne — une dépréciation de 5 p. 100 par an ; et, d'autre part, les installations industrielles nouvelles compensent, pourune grande partie, la dépréciation des installations anciennes. Ajoutée aux pertes définitives en capital, cette dépréciation donne un total de : 62 + 43 = 105 milliards.
Je ne crois pas que ce chiffre puisse être contesté. Car il dépasse ceux qu'ont fournis les Allemands euxmêmes, par exemple Landsburg qui, pour les deux premières années de guerre, n'évaluait qu'à 28 milliards la réduction totale du capital national. Comme le revenu net moyen du capital allemand — balance faite des revenus industriels, fonciers et agricoles — a été généralement évalué à 6 p. 100, la diminution annuelle de force productive, qui correspond à cette perte de 105 milliards en capital, se monte à 6 m^liards 300 millions. En additionnant cette diminution de revenu et celle qui résulte des pertes de territoires, on obtient un total de 11 milliards 800 millions, dont je résume les éléments dan n le tableau ci-dessous :
Diminution de la force productive (en millions de marks).
Pertes de territoires 5 500
Revenu correspondant aux pertes de capital cidessous 6 300
Total 11 800
Avoirs à l'étranger 20 000
Stocks épuisés 20 000
Dommages de guerre 2 000
Paiements immédiats 20 000
Manque d'entretien 43 000
Basé sur des statistiques allemandes, établi sur les chiffres les plus favorables à TAUemagne, ce tableau fixerait à 31 milliards 200 millions de marks — au lieu de 43 milliards avant la guerre — la force productive de l'Allemagne. C'est sur ce chiffre, ou un chiffre analogue, que les Allemands s'appuient pour dire que, leur production étant désormais intérieure à leur consommation (33 milliards), ils ne peuvent rien exporter,par conséquent rien payer en or. Mais c'est ici aussi qu'éclate le sophisme. Car si la guerre et la paix ont diminué la force productive, elles ont diminué, par contre, la consommation et c'est encore par des statistiques allemandes que cette diminution peut être évaluée.
Négligeant, comme dans le chapitre précédent, les pertes en hommes, nous retiendrons d'abord que les pertes de territoires représentent un huitième de la population, donc de la consommation, c'est-à-dire en chiffre
rond ^ = 4 milliards 120 millions. Mais cette
diminution n'est pas la seule et il faut tenir compte d'une autre, plus difficile à saisir, indiscutable cependant, qui résulte de la restriction du bien-être.
Les économistes allemands sont, à cet égard, unanimes. Landsburg chiffre cette réduction à un tiers de la consommation, qu'il évaluait, on l'a vu, à 40 ou 45 milliards : elle serait donc de 13 à 15 milliards. D'autre part, le succès des emprunts de guerre (151 milliards) et l'accroissement des dépôts, soit dans les caisses d'épargne (15 milliards), soit dans les banques (13 milliards et demi) ; enfin les augmentations de capitaux des sociétés nous montrent le peuple allemand épargnant 180 milliards en quatre ans, soit près de 45 milliards par an. Sans doute, ces chiffres appellent de fortes réserves. Il y a eu la hausse des prix, Il y a eu l'inflation fiduciaire. Le fait n'en demeure pas moins d'une réduction de la consommation. A quoi l'évaluer? Landsburg disait: de 13 à 15 milliards par an. Je dirai 6 milliards pour être
LA RICHESSE DE L'aLLEMAGNÉ
prudent jusqu'à l'excès. Ces 6 milliards, s' ajoutant aux 4 milliards 120 millions résultant des pertes de territoires, donnent un total (minimum) de 10 milliards 120 millions, qui réduit la consommation de 33 milliards avant la guerre à 22 milliards 880 millions après la paix.
Nous tenons désormais les deux bases du calcul. La force productive paraît avoir été réduite, par la guerre et par la paix, de 43 milliards à 31 milliards 200 millions. La consommation, d'autre part, semble ramenée de 33 milliards à 22 milliards 880 millions. L'excédent, qui était avant la guerre de 10 milliards, serait, après la paix, de 8 milliards 320 millions. Je résume, pour plus de clarté, l'analyse qu'on vient de lire dans le tableau récapitulatif ci-dessous :