LA PETITE TRUIE DE M. ROUZADE
CAVÉ... cave... Allons, cave!
Elle ne se fait pas prier; elle donne du groin en avant et elle « cave », puisque c'est son métier. Elle est dodue, très près de terre sur ses courtes jambes, d'aplomb sur ses tout petits pieds. Elle porte collier et laisse, comme un limier, et s'en va. rose sous ses soies clairsemées, toute nue dans la rosée glaciale.
— Cave..., allons» cave...
178 LA PAIX CtiEZ LES BÊTES
Des chênes malingres, quelques genévriers, des églantiers tors, — une terre sombre et sanguine, où court un réseau géométrique de murs bas, en pierres sèches, — cette pauvreté cache de l'or, cette terre attristée nourrit la truffe, la truffe capricieuse qui abonde ici, se refuse là;
— nous sommes à Martel, un des meilleurs « crus » limousins de la truffe. C'est pour nous que travaille aujourd'hui — encore qu'il soit un peu tôt et qu'il s'en faille, pour la récolte, d'une gelée ou deux
— la petite truie de M. Rouzade.
Familière, jamais battue, elle a commencé à « caver ». Son groin humide, qu'elle guide en soc, soulève un feutre de mousse et d'herbes rousses, laboure la forte terre compacte...
— Elle y est ! La truffe y est !
Le groin intelligent se relève et quête la récompense, une poignée de maïs, et nous décollons, isanguée de terre, la truffe noire.