CONTE POUR LES PETITS ENFANTS DES POILUS
Au seuil d*un gourbi de terre et delattes> L le soldat veillait. Il était bardé de laine en lambeaux, botté de moquette, casqué de tricot, lourd et massif comme une primitive idole à peine extraite de son bloc. Mais quand il levait la tête vers la lune inexorable, on distinguait la blonde couleur d'une longue barbe de jeune homme, et Juux yeux aussi bleus que la nuit.
,z2 LA PAIX CHEZ LES BÊTES
— Il fait froid, chuchota-t-il, il fait froid.
Non qu'il grelottât, mais il soufflait ces deux mots presque inconsciemment, et s'amusait de son haleine blanche. Il écoutait le silence commue il eût écouté un bruit insolite, le silence récent, inexplicablement purgé de tout tonnerre et de tout éclair de mitraille. Autour de lui, il n'y avait que les fétus, les gravats, moellons en poudre et pierre en cendres, les scories de la bataille qui ne laisse rien de grand derrière elle, que les morts.
Le soldat qui veillait se battit un moment les flancs de ses deux poings, puis reprit son immobilité. De longs jours de gel, des nuits de bise d'est avaient retiré à la terre sa brune et vivante huuiidité. Seule, la poussière du froid sans neige couvrait la hutte, la jonchée de bois haché, les houseaux de moquette et les joues fendillées du jeune soldat.