‹ La paix chez les bêtesChapitre 24 sur 27 · CONTE POUR LES ENFANTS DES POILUS · texte numérisé non relu

CONTE POUR LES ENFANTS DES POILUS

dressa debout, pour montrer mieux le velours ruisselant de sa robe, les perles de glace pendues à ses raides moustaches, et dit, légèrement enrouée par le brouillard des étangs:

— Tu me vois, toute mouillée, toute brodée de glace? Touche-moi, et tu vas sentir, peu à peu, ma chaleur monter vers ta main, ma bonne chaleur égale, la chaleur de mon sang de loutre, bien défendu contre l'eau, la bise, le ruisseau qui charrie les glaçons... Tu la veux, dis, ma belle peau?

Elle parlait encore, que sa voix fut couverte parles grattements, les reniflements, les bavardages étoufi'és d'une foule quadrupède, dont les dos multicolores moutonnaient sous la lune jusqu'aux collines d'argent, jusqu'au nuage en fuseau couché sous les plus basses étoiles :

— Et nous, et nous, nous les inille et mille lapins bleus, lapins noirs, lapins

art LA PA]X CHEZ LES B^TES

blancs et roux, nous les lapins sans malice, bien vêtus et mal coiffes? Veux-tu, rude lapin, la fourrure d'un brave lapin! Ayant dit, tous à la fois, ils se tuient^ tous à la fois, par humilité devant celle qui approchait. Et le soldat ébloui crut que la lune elle-mêrne lui rendait visite, lorsque la Chatte Blanche se posa, comme descend un flocon, sur sa couverture. Elle vibrait toute d'un ronron cristallin, et dans son poil se jouait le vague et pâle arc-en-ciel qu'emprisoiinent les aigrettes de verre filé. Elle chanta comme une viole, en peu de mots, rythmés par de savants silences :

— La neige... le cygne... le nuage ourlé d'argent... la graine du chardon, voguant sur un souffle... la colombe et l'hermine, et le col de ta bien-aimée sous un ruban de velours noir... tout est moins blanc que moi. Je suis belle, dis?

— Cvh' belle. . murmura le soldat. Il

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