‹ La paix chez les bêtesChapitre 25 sur 27 · CONTE POUR LIS ENFANTS DES POILUS · texte numérisé non relu

CONTE POUR LIS ENFANTS DES POILUS

lui parlait bas, et plein dô crainte, comme aune femme.

Elle arrêta sur lui ses yeux verts qui ne clignaient pas, et il eut envie de toucher du doigt ses petites narines roses et régulières.

— Passe la main sur mon dos, poursuivit la Chatte. Un feu crépitant suit ta paume, — ainsi l'eau phosphorescente dessine les pas du promeneur, la nuit, sur une plage mouillée. Veux-tu que je roue comme un paon, non de plumes, mais d'étincelles? Prends, pour ton plaisir, pour ton repos, prends, pour garder la vie de tes membres, prends, — car la nuit va finir, avec le charme — prends la robe de la Chatte Blanche...

Il souhaita la robe, et la Chatte ellemême, qu'il voulut princesse dans sa hutte, mais ses bras refermés n etreignirent qu'une toison blanche, vide, chaude encore d'une présence miraculeuse...

aSo LA PAIX CHEZ LES BÊTES

Un coup de feu, sec et clair, éveilla le soldat endormi, qui reçut entre ses paupières étonnées le premier rayon horizontal et rouge de l'aurore d'hiver. Sur sa poitrine, sur ses joues, à la place de sa barbe blonde, une toison sans tache, micacée, une prodigieuse fourrure, la fourrure...

— Mais oui, se dit-il, ma fourrure.

Celle que la Chatte Blanche m'a donnée.

Une salve plus proche le mit debout, la main sur son fusil. Fidèle encore à ses songes, fier de son pelage sans pareil, il se jeta dehors. Mais au premier pas il vit s'envoler, en duvet voltigeant, la neige qui, pendant les heures de la nuit, avait chu dans sa hutte mal close et couvert sa barbe.

— De la neige, seulement de la neige... murmura- t-il.

Et pourtant son jeune sang battait encore, magiquement réchauffe, comme bat

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le sang généreux des bêtes bien vêtues. Le canon, après la fusillade, recommença de compter les secondes d'une nouvelle journée de bataille, et le soldat, inconsciemment, enfla sa poitrine et ferma ses poings lourds, en soufflant comme l'ours. Un de ses compagnons, surgis de tous les souterrains de la plaine, tomba, et le soldat grinça des dents, avec un féroce sourire, comme la martre. Il prit son arme, s'élança d'un bond félin et sûr, et courut. Il avait si chaud qu'il eût voulu jeter, en courant, tous ses vêtements de laine misérable. Il courait, délivré de toute crainte, il courait, portant sur lui le cadeau de la nuit merveilleuse, sa nouvelle et sauvage bravoure, apportée par les bêtes de Noël.

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