LES CHATS-HUANTS
CES sombres journées leur appartiennent. Dans le brouillard immobile qui pleure aux arbres, ils se branchent et chantent. Ils échangent, hulottes et chevêches, effraies et grands-ducs, des rires tremblés, des sanglots, des sifflements doux, et aussi ces cris poignants qu'entendaient seules les nuits. La petite chevêche môle sa couleur à celle des feuilles des chênes et montre au demi-jour son charmant visage d'oiseau-chat; le grand-duc
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s'échappe, avant l'heure, d'une tour et plane un instant, immense, roux comme l'épervier — mais la nuit tôt venue déchaîne et cache leur ronde. On ne les voit plus, on devine, à un ricanement léger, à de faibles appels obstinés, leur nombre et leur vigilance autour de ces vieux murs. Jamais un frôlement d'ailes, jamais un froissement de plumes, leur vol d'esprits évite la branche, le pan de muraille et le croisillon de la lucarne..
Quand le bord du ciel noir se soulève et découvre le rouge sombre d'une aube d'hiver, vite étouffée sous la brume, ils rentrent. L'un d'eux — est-ce toujours le même? — jette, comme pour m'avertir, un cri déchirant de coq nocturne, une clameur qui ressemble à un ordre ironique : € — Éveillez-vous tous, je vais dormir ! » J'obéis, et parfois je me penche à ma fenêtre pour voir le retour des chats-huants.
... Cinquante pieds de brumes au-des-