‹ La paix constantinienne et le catholicismeChapitre 103 sur 274 · AuNon. 1, 3-2 et 3;i p · texte numérisé non relu

AuNon. 1, 3-2 et 3;i p

2. 7d. a.'i-ST p. 16-18. CI. 34 p. 22 : .. Ipse est enim Ions rerum, sator saeciilorum ac temporuni. Non enim ipsa per se sunt. sed ex. eius j)erpetuitate perpétua et infinila semper oontiniiationc procedunt >'. 31 (p. 20 : " O mavinie, o sumnie rerum fnvisibiliiim procreator... P.'-ima enim tu causa es, locus rerum acspaiiuin, lundamentum cunctorum quaecumque sunt, inlinitus, iiisenitus, immortalis, perjietuus, solus », etc.

3. M. II, 2-3 (p. 49, : « ... deum principera nosse, scire deo principi supplicare... Nisi forte dubitatis an sit iste de quo loquimur Iraperator... Sed niinorihus supplicare dits liomines vetuit ». Le Clirist d'Arnobe est un dieu, mais un dieu t|u'il distingue du deus princeps, II, 00 p. 90 : <• Cliristus licct voijis invitis deu-, deus inquara Christus

S'ils existent, si quelque honneur leur est dû. il est acquitté dans l'honneur qu'on rend au dieu seigneur et souverain roi, « renim caput ac dominum summvmquc ipsum regem ». Ces considérations sur les di minores sonnent étrangement dans le langage d'un apologiste chrétien : elles seraient à leur place, au contraire, chez un païen qui s'ingénierait à convertir le polythéisme en théisme. Voici quelques lignes d'Arnobe, qui sont chrétiennes évidemment, mais chrétiennes du christianisme d'un néophyte autodidacte qui n'a de raison de croire que celles qu'il a trouvées dans sa culture séculière. Pourquoi vous détournez-vous des cultes reçus et pourquoi refusezvous d'unir vos rites aux nôtres, lui demandent les païens'"? Et Arnobe répond :

Ad cultum (liviiiitatis obeundum salis est nobis deus primas, deus iaquani prinnis, ]);iter reriim ac dominus, conslitutor moderatorque cunctoruin : in lioc omne qiiod coleiidum est colimus, quod adorare coiiveiiit adoramus, qund obsequium veneralioiiis exposcit vetierationibus promeremur. Cum euim (livinitatis ipsius teneamus caput. a quo ipsa divinitas divinorum oniiiium quaecumque sunt ducitur, supervacuîim pulamus personaliter ire iier singulos, cum et ipsi qui slnt et quae liabeant nomiua nesciamus ■'...

Ces lignes du rhéteur africain, qui datent du temps de Dioclétien^, expriment un lieu commun qu'Aimobe n'a sans doute pas ci^éé, un lieu commun de religion naturelle qui accorde au polythéisme une légitimité, mais qui superpose à la multiplicité des dieux un dieu premier [deux primm), qui est aux dieux mineurs ce que la cause première est aux causes secondes'. Arnobe réclame le

(hoc cnim saepe dicomium est, ut infidelium dissiliat et dirumpatur auditus), dei principis iussione loquens sub liominis forma... »

I. BmEZ, i». 71, cite ce texte des Knncades (ii, !>, IS) de Plolin : les gnostiques ■ ne dédaignenl pas d'appeler trères les derniers des hommes, et ils lefuseiU ce nom au Soleil, aux autres di<ui\ du ciel, à l'âme même du monde, insensés (|u'ils sont: »

•i. Arn'oi!. im, 2 (p. 1121.

."î. MoNCKALx, t. III, p. 24.">, date les deux premiers livres de l'Adversus Naliones de 296-29", le quatrième de 303 ou d'une des années suivantes.

i. Même distinction de di minnrcx et d'une divinité supérieure.

droit d'honorer la divinité à sa source [caput divinitatis), puisque de cette divinité en soi est dérivée la divinité de tout ce qui est divin'. L'argument d'Arnobe n'est pas d'un chrétien, et il ferait peu d'honneur à sa logique, si on n'avait la ressource d'y voir un argument ad liominem exploitant les prémisses de l'adversaire. Arnobe. en effet, ne peut décliner l'obligation de participer au culte des dieux multiples du paganisme romain, que si les défenseurs de ce paganisme lui ont imprudemment concédé l'existence d'un deus primus. d'un sumnius deus.

Il ne faut pas chercher ici une influence orientale, comme on est en droit de le faire pour ce qu'on a appelé la théologie solaire : la conception du summus deus vient du sto'i'cisme, lo souverain dieu se disant comme on dit le souverain bien, summum honum. Lactance rappellera que Sénèque, qui fut à Rome le plus considérable des sto'iciens, a exalté le souverain dieu : « Annaeus quoque Seneca, qui ex Bomanis vel acerrimus stoicus fuit, quant saepe summum deum mérita Jaude prosequitur ! » Lactance encore estime que Virgile n'a pas été loin d'admettre lui aussi le souverain dieu .• « Noslrorum primus Maro non longe afuit a veritale, cuius de summo dco, quem menlem ac spirifum nominavit. haec verba sunl-... » 11 faut admettre que vers l'an 300. après cette sorte de romantisme religieux qu'a été le syncrétisme du temps des Sévères, et à côté du néoplatonisme ésotérique de Plotin, il se forme dans la société proprement romaine un retour à la theotogia civilis d'écrivains classiques comme Sénèque, théologie naturelle dont l'article fondamental est l'affirmation du souverain dieu : « Nec sibi de summo deo vel ludaei vel philosophi blandiantur : qui fllium non agnovit, nec patrem potuit agnoscere : haec est sapientia et hoc myste-

dans le Panetjyric. ix. i. qui csl d'un rhéteur iiaïen et est adressé à Constantin, en 313.

1. Arnob. VI. 3 (p. ûlS . Cf. I, -28 (p. 10) : « ... [lau-em veneraniur illorum. per quem si sunt esse et habere substantiam sui numinis maiestatisque coeperunt ■■.

■2. L.1CTANT. Div. insl. i. •">. 11 p. Vi).

viuiii summi dei^ », écrit Lactance, apparemment pour les gens de son temps.

En effet, ni Tertullien, ni saint Cyprien, ni Minucius Félix, ne font appel au sumi/ms deus comme à un axiome reçu : je n'ai pas retrouvé l'expression chez eux. Elle apparaît chez Arnobe, c'est-à-dire chez un écrivain des environs de Tan 300. Elle se retrouve dans le De mortihm persecutorum de Lactance, et avec plus d'instance dans ses Divinae institutiones. Firraicus Maternus, dans son J)e errore profanarum religionum., entre 346 et 350, désigne Dieu le plus habituellement par l'expression deus summus. (jui dans son réquisitoire contre le polythéisme fait l'office d'une sorte de cri de guerre. Il s'adresse aux deux empereurs Constance II et Constant :

Miseiiccii-diae suae vobis, sacratissimi imperatoies, deus summus praemia |ioliicelur2 ... Haec vobis deus summus, sacratissimi imi)eratoros. pro Dde vestra reddidit praemia !... Sed et vobis, sacratissimi imperaiores, iioc dei summi lege praecipitur '•... Ad lioc vobis deus summus commisit imperium-^...

On pourrait citer vingt autres passages de Firmicus où reviennent les deux mots deus summus : j'ai cité ceux où il semble vouloir établir un rapprochement entre le Dieu souverain et la majesté des deux empereurs à qui il s'adresse. La souveraineté de Dieu est un attribut qui transporte le principat politique dans la sphère divine. Le summus deus n'est pas pour rien agréé d'un temps où le principat, avec Dioclétien et Constantin, aboutit à la monarchie absolue, et où l'action personnelle de l'empereur devient ce que Mommsen a appelé « le véritable ressort moteur de l'énorme mécanisme de l'Empire ». Cette analogie de l'Empire et du monde, qui na échappé ni à Arnobe, ni à Lactance, conhrme le caractère très romain du summus deus.

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