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Très romain et, j'insiste, pas chrétien d'origine. Il appartient à une évolution du paganisme lettré et ofHciel, évolution qui a sans aucun doute été précipitée par l'influence grandissante du christianisme, mais évolution qui s'est produite dans une élite préoccupée d'assurer une retraite à la religion romaine. Le grammairien païen Maxime de Madaure, contemporain de saint Augustin, dans une lettre' sarcastique et hautaine qu'il écrit à Augustin (en 390). fait bon marché des dieux multiples, que d'ailleurs il adore au grand jour, mais qu'il considère comme des vocables et des vertus de la divinité unique :
Et quidem unum esse deum summum sineinitio. sine proie naturae ceu patrem magnum alque niasnificum, quis tam démens, tam mente captus neget esse cerlissimum? Huius nos virtutcs per mundanuin opus diffusas^, mullis vocahulis invocamus. quoniam ni>men eius cuncti proprium videlicot igiiorauius. Nain deus omnibus religionibus commune nomen est. Ita fit ut dum eius quasi quaedam membra carptim variis supplicationibus prosequimur, lotum colère inofecto videamur...
Sed illud (luaeso, vir sapientissime, uti... ipsa re ad|)robes. qui sit iste deus, quem vol>is chrisliani quasi iiroprium vindioatis... et in lo'îis abditis vos videre componitis...
Dii te servent, per quos et eorum atque cunclorum mortalium communem patrem universi mortales (juos terra suslinet mille niodis concordi discordia veneranaur et colimusS.
Va païen éclairé ignore le nom propre de Dieu. Les noms que la religion populaire articule sont attachés à
I. On ra|)procliera de cette lettre de .Maxime de Madaure, la lettre d'un autre païen, Nectarius, celle-ci d'une noble élégance : elle date de '<i>!). Le paien dit à l'cvêque : ■ Ergo cum nos ad exsuperautissimi dei cultum religionemque compelleres, libenter audivi... ■ Il croit avec lui à ce Dieu transcendant, mais il reste fidèle au culte des idoles et aux cérémonies des temples. II termine sa lettre par celte formule : <■ Deus summus te custodiat, et legis suae te conservet praesidium atque ornamentum nosirum. » Inte?- Augustin. Epistul. cm P. L. XXXUI, 383-387 .
■2. Cf. Augustin. De civ. Dei. iv. Il éd. Hoffmann, p. 179) : « ... hi omnes di deaeque sit unus luppiter. sive sint ut (juidam volunt omnia ista partes eius. sive virtutes eius, sicu! eis videtur quibus euni placet esse mundi animum. quac seiitentia velut magnoruni multumque doctorum est ••.
3. Inter Augustin. Epistul. xvi éd. Goi.DDAciiFr.. p. 37-39). l.a jolie expression coHcors discordia est une réminiscence de Lucain. CI. Lac- TANT. Div. inst. Il, 9, 17 {). 145).
des vertus de ce Dieu innommé, diffuses dans le monde (|ui est son œuvre. Les chrétiens n'ont pas le droit de croire que Dieu est leur propriété : Dieu est commun à tous les cultes. Il n'y a qu'un Dieu, unique, éternel, son existence est indubitable, il est le père magnifique lie la nature et le père commun de tous les mortels : ce Dieu est le summus deus. Quand on a sous les yeux une profession de foi comme celle de Maxime de Madaure, on comprend l'insistance de Lactance à revendiquer pour le christianisme la connaissance et le culte du souverain Dieu. Cette insistance s'explique par le fait que, dès le temps de Lactance, le summus deus était à la mode dans la société lettrée à laquelle Lactance prétendait s'adresser. On en a une preuve positive dans le chant que l'empereur Licinius fait chanter à son armée le jour de la bataille (lu'il livre à Maximin Daia, le L^'- mai 313. Licinius, qui n'est pas chrétien et qui ne le deviendra pas, invoque le summus deus. ^'oici le texte du chant, d"aprés Lactance :
Summc deuft, te rogamus ;
snncie deus, te rogamus.
Omnem iustitiam tibi comme ndamus ;
salutem nostram tibi commem'amus ;
imperiam noslrum tibi commendamus.
Per te vivimus,
per le victores et felices exislimus.
Summe sancle deus,
prercs nostras exaudi,
brachia nostra ad le tendimus, exaudi.
sancte summe deus ' . *
.\insi, avec Licinius, en 313, le summus deus est comme l'objet d'une adoption officielle. En 313, l'édit de Milan ne parle pas un langage différent, quand il considère que l'objet de la religion est la « sumina divinitas cuius religionis libcris menlibus obsequimur ».