EcsEB. H. E. IX
2. La complicité de Maximin Daia et des villes en cette occasion est établie par Euscbe, loc. cil. et non moins l'ortement par Laetance, Mort, persec. 36, 3 (p. 214) : ■ Indulgentiam cliristianis commuai titulo (de concert avec Licinius, Constantin et Galère; datam tollit, subornatis legalionibus cisitatuin, c|uae pelèrent ne intra civitatos suas cliristianis conventicula (des édilicps. des ('slises) cxtrucre liceret, ut suasu coactus et im[)ulsus facere videretur quod erat spoute facturus. »
Nous avons, dans la célèbre inscription grecque d'Arikanda, la pétition adressée par les gens de Lycie et de Pamphylie :
[Aux sauveurs] de toute VImmanilé, aux [Augustes] Césars Val. Maximm, [FI. Val. Constantin] et Val. Lie. Licinius.
De la part du peuple [des Lyciens et des] Pamplujliens demande et supplique.
Fardes actes de philanthropie les dieu.v, vos congénères, ayant [toujours rétribué], «5 divins empereurs, eeux qui ont à cœur leur culte [et qui les prient pour] votre [éternel] salut, maîtres invincibles; nous avons estimé convenable de nous adresser [à votre immortelle] autorité, et de la solliciter de supprimer quelque Jour les chrétiens dès longtemps [impies] et Jusqu'ici [persévérants dans] la même maladie, et de leur interdire de violer par [leur cwlie] sinistre et [nouveau] celui qui est dû aux dieux. On atteindrait à cette fin, si votre [volonté] divine et éternelle décidait de supprimer et de prohiber [la liberté] du culte odieux des athées, [et à tous imposait] de pratiquer le culte des dieux, vos congénères, [pour] votre éternelle et incorruptible puissance. Ce qui doit [au plus haut point] contribuer au bien de tous vos sujets, c'est clair ^.
Le protocole de la tétrarchie voulait que, adressée à Maximin, la supplique joignît à son nom ceux des Augustes, ses collègues : la supplique des Pamphyliens et des Lyciens nomme donc Constantin et Licinius. La réponse à la supplique ne pouvait être que de Maximin; seul il avait la main dans ce soi-disant plébiscite. Eusèbe a conservé le texte de deux rescrits
1. Le texte dans Gebhardt, Mârtyreracten, p. 18i-18ri. L'inscri|>lion a été découverte en 18',»-2, au village d'.Vruf, en I.ycie, l'ancienne Aiikanda. Elle débute par les sept dernières lignes, en latin, du rescrit par leipiel Maximin répondait à la reiiucte. Dans ma traduction, j'ai suivi les restitutions proposées par Momniscn.
de Maximin où s'exprime cette politique cauteleuse, appliquée à sauver les apparences de la tolérance otficielle, en conformité avec Tédit du 30 avril 311, et à encourager le fanatisme plus ou moins spontané des cités.
Il déclare dans le premier de ces rescrits. adressé au préfet du prétoire Sabinus, qu'il a donné aux juges l'ordre de ne plus inquiéter le peuple des chrétiens, mais de s'efforcer de les ramener au culte des dieux par la persuasion : il se flatte que cette méthode a été efficace. Chacun doit être libre de suivre son sentiment, nul ne doit revenir sinon de bon gré au culte des dieux : déclaration intéressante à noter au passage, parce qu'elle n'est pas dans ledit du 30 avril. Par ailleurs, Maximin rappelle avec onction la sagesse des deux grands empereurs, Dioclétien et Maximien Hercule, qui, « voyant presque tous les hommes abandonner le culte des dieux pour se rallier au peuple des chrétiens ». ont voulu ramener ces dissidents : telle avait été pareillement l'attitude de tous les vieux empereurs, et elle ne pouvait manquer de plaire aux dieux protecteurs des hommes et de l'État, Maximin décoche ce trait à ses collègues Licinius et Constantin, sans les nommer. Quant à lui, il reste fidèle à la pensée des grands empereurs, ses pères, mais il entend la réaliser par la douceur : pas de rigueurs, et que chacun reste libre ^ .
Le second rescrit est adressé aux gens de Tyr; il est plus exactement la réponse de Maximin au vœu d'une grande cité, Tyr sans doute, mais aussi bien Nicomédie, ou mieux encore Antioche, quia demandé à l'empereur que les chrétiens fussent expulsés de son
1. Le rescrit de Maximin Daia à Sabinus. lians Eoeu. H. E. ix. tv 14-22.
territoire. L'empereur approuve ce vœu, sans dire par qui ni quand il sera exécuté, ce qui laisse supposer que cette approbation est une manifestation plutôt qu'un ordre '. Par l'exemple d'Arikanda et par l'attestation formelle d'Eusèbe, nous savons que le vœu des villes en faveur de l'expulsion des chrétiens était gravé sur des tables de bronze avec la réponse de Maximin ^ : grâce à cet affichage officiel nul ne pouvait ignorer le sentiment de la cité et l'encouragement que lui donnait l'empereur. Le ton de la réponse impériale est une nouveauté. Le prince ajoute à l'emphase particulière aux édits du temps (qu'on se rappelle l'édit de Dioclétien contre les Manichéens) une onction, une dévotion, qui font de son rescrit une homélie païenne.
(Jui serait assez irréfléchi, assez dénué de toute intellifjence, pour ne pas comprendre que seule Vintei'wntion hieniieillante des dieux fait (jue In terre ne refuse pas les seiitailles qu'on lui confie, et ne trompe pas Vespoir du laboureur par une attente vaine, et que la guerre impie ne lève pas sans cesse la tête sur terre, et que, la douceur du ciel évanouie, les corps ne meurent pas de sécheresse, et que les flots de la mer au souffle de vents démesurés ne se soulèvent pas en tempêtes soudaines et désastreuses, et que la terre maternelle et nourricière, ébranlée dans ses profondeurs d'un frisson terrible, ne secoue pas les montagnes, toutes choses comme nous en avons vu souvent déjà arriver, rt de plus effragantes encore '■'• ^
On se demande aussitôt pourquoi la providence des dieux n'assure pas mieux les hommes contre le