‹ La paix constantinienne et le catholicismeChapitre 108 sur 274 · Ibid. 7 o · texte numérisé non relu

Ibid. 7 o

LEDIT DE MILAN. 20î>

sant domicile au milieu des hommes pieux. A ce moment-là même, à Antioche, une statue en bois de Zeus- Philios, aux mains d'un sacerdoce sans vergogne, s'était mise à rendre des oracles et à demander, elle aussi, l'expulsion des chrétiens ' . Maximin croyait aux oracles. Dans la lettre que nous analysons, il fait appel à ces épiphanies terrestres des dieux, avec larrière-pensée d'opposer ce surnaturel païen actuel au surnaturel dont le christianisme se glorifie dans ses origines. Et voici qui est plus nouveau encore :

Vot7'e ville, oubliant mt inslanl ses inlérêts pi'opres..., n'a voulu voir que le reptile de cette erreur maudite et le feu néf/ligé et assoupi prêt à rallumer V incendie : elle s'est aussitôt tournée vers notre piété, comme vers la métropole de tous les cultes, elle a demandé un remède et du secours : pensée salutaire qu'il est évident que les dieux eux-mêmes ont suggérée à votre fidèle religion-.

Les cités, païennes au moins dans leurs magistratures et une part de leur population, à l'instigation des dieux, c'est-à-dire de leurs sacerdoces organisés par Maximin, se sont adressées à l'empereur, cjmme à une protection, comme à un refuge, et, pour tout exprimer en une image, comme à la métropole de tous les cultes (wdTtep Trpoi; airixpÔTroXtv TCaawv

1. EusED. i.\, 3 : e'tôa)).6/ Tt Aiô; <ï>t),tou (xaYYî''EÎai; xiii y.at yoï]- T£;ac; {praestigiis et incaatainentis) lopysTX!, XcXsTà; \z àvàyvouç (mysleria impura) aÔTM xal [x-j/idït; à)caX)t£pïiTo-j; [inilialiones novas), k^x-[iGzo-j- te -/a^ap'j.oy; [purificationes impuras). I.'organisa- Icur de ce culit; s'aiipelait Tlicotckiic; (''ctail un magistrat municipal d'Antioche, il était curateur (Xoviar/);) ; il l'ut peu après nommé par Miximin Daia gouverneur de la province. On peut voir dans ce 'l'Iiéotekne un des hommes de conliance de Maximin. Kusèhe qualifie le dieu de vcOiîxyè; ^ôavov, une statue de buis, récente, et ses l>rètres de prophètes et de piètres cai)al)les de toutes les impostures. Ihid. Il, .-i-G.

•2. EtSEB. 11. /;. i\. 7, 67.

ôeoffsêstwv). L'empereur accepte et même revendique ce rôle, qui ajoute sing-ulièrement au rôle tracé par le droit puljlic romain au Pontifex Maxinius : de tuteur des dieux, le prince devient leur apologiste et leur exécutif : la volonté de Zeus sera la sienne :

Ce Zeus, ce Zeus ti'cs haut cl b'ès yrand, ce Zeus qui préside à votre illustre cité, ce Zeus qui protège les dieux de vos pères, et vos femmes, et vos enfants, et votre foyer, et vos demetwes. contre toutes les calamités '.

Les cultes païens étaient maintenant trop protégés par le prince, pour ne pas voir leur clientèle grossir soudain. L^nc inscription relevée à Otourak, gravée sur les quatre faces d'un autel païen, et datée de 313- 314, est un témoin de ces retours. La langue a de vagues réminiscences chrétiennes, comme si l'auteur gardait quelque chose de la foi qu'il a abandonnée : il déclare qu'il « observe les commandements des immortels ». 11 s'appelle Athanatos Epitynchanos, il a été « initié par la belle archiprêtresse publique dont le beau nom est Spatalé, que les dieux immortels ont honorée au delà de toute mesure, car elle a racheté maintes gens de mauvaises tribulations- ». M. Ramsay, ajuste titre, signale dans cette dédicace un indice du réveil du paganisme : il voit dans les derniers mots (IXuTpwcaTO yàp TroXXoùç ex xaxôîv jSaaavojv) une paro-

i. Id. ' : Èxeïvo; ô liiLtaTo; y.ai [j.£ylttoc Zev;, ô 7ipoy.a6r,[i.cVo; -v^; XatiTtpoxâTY]; ù[jlwv tiôàew;, 6 To-j; TtaTpwou; •ifjiwv Seoù; y.xi "j'uvaïy.aç y.al xéxva xat sdTÎav xaî oiy.omç ànci itâ(7r,ç ôXeôpto-j ç6opà; py6- [xsvo;... Comparez ce que nous avons dit plus liaut (p. 192 du lupiler summus ccsuperantissimus. cr.Mir.i irr.. n. -."> et suiv.

2. Ramsay, Ciliés and Bishoprics, [). .j(J6-olJ7 : ... TTipiiv ÈvTOÀàc àôavàtwv, -/.ï èyà) t[xe ô ).a),wv TidvTa 'Aftâvaxo; 'Euifjv)^avo; fjL-jyi6(c)lç •jTio 7.a),ri; àp-/i£p£a; 3yi|j.oTtxr|i; v.aXov &vo[j.a 'I(77raTâ),r,;, ry éxifAriffav àOâvaTot 8eoi xè [ê]v ôpot; xà 'jTTÈp ôpo-jç, â/viiptoffaTO yàp toXao-j; iy. xaxôjv ^affivwv...

die du zèle des chrétiens à convertir les gens pour assurer leur salut, mais il y a moins et plus dans ces quelques mots. Spatalé, archiprêtresse d'Hécate, a été honorée infiniment par les dieux, en ce monde bien évidemment; elle a été honorée, parce qu'elle a converti beaucoup de gens au culte dont elle est prêtresse; en les convertissant, elle les a rachetés de tribulations mauvaises, et ces tribulations sont les peines qu'ils encouraient en demeurant chrétiens'.

Le prince nese borne pasàencouragerlapropagande des sacerdoces locaux : il fait répandre de prétendus mémoires de Pilate, « pleins de blasphèmes de toute sorte contre le Christ » ; par un ordre écrit, il veut qu'ils soient placardés dans les villes et les campagnes, afin que nul ne les ignore: il veut que les maîtres élémentaires les fassent apprendre par cœur aux enfants-.

Pendant qu'en Egypte, en Orient, en Asie, le paganisme livre au christianisme cette bataille suprême, — conduite par Maximin Daia avec une tactique qui met en œuvre la crédulité des foules, la hiérarchie improvisée des sacerdjces païens, la propagande, lintimidation, la corruption, le zèle de l'administration impériale, et jusqu'à l'éloquence pastorale de Maximin, tous les ressorts séculiers, — en Occident, Constantin se convertit.

1. Sur les martyrs de cette persécution, Allakd, t. V, p. 181 et suiv. Les deux plus notahles sont l'évêque d'Alexandrie, Pierre, et le prêtre d'Antioehe, Lucien, ce derniermartyrisé à Nicomédie. Eiseiî. H. E. i\ •»;. ■2-3.

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