‹ La paix constantinienne et le catholicismeChapitre 109 sur 274 · ELsK.n. //. i:. IX. ■;. I. et · texte numérisé non relu

ELsK.n. //. i:. IX. ■;. I. et

L'événement est de 312. L'édit du 30 avril 311 a déjà rapproché Constantin et Licinius, et attesté leur communauté de vues sur la possibilité et l'opportunité de la tolérance. Le rapprochement de Constantin et de Licinius a été interprété par Maximin Daia comme une menace, dont il va prendre occasion pour lier partie avec Maxence. La tétrarchie est à jamais disloquée ^ Que Maxence ait ou n'ait pas le premier déclaré la guerre à Constantin, on conjecturera que la dépossession de l'usurpateur Maxence était dans les plans concertés de Constantin et de Licinius : Licinius en Thrace barrerait la route à toute intervention de Maximin Daia en Europe, Constantin n'aurait qu'à entrer en Italie.

11 le fait, avec cette rapidité d'offensive qui est un trait do sa tactique et de son caractère. Il franchit les Alpes Cottiennes, et dans une campagne qui rappelle la première campagne de Bonaparte en Italie, il s'empare de Suse, de Turin, entre à Milan oii il est reçu en triomphateur, prend Vérone, Aquilée. Maître de la Haute-Italie, il marche hardiment sur Rome. Maxence n'a pas quitté la Ville Eternelle, se rendant bien compte que le prestige religieux de

i. Lact.vnt. Mort, persec. i3, -i-i {\^. ^2îl'2), indique Oi\fc l)eaucou!> de vraiseiiiblanre les éta])es de la dislocation. Uapprorhez ibid. i». 10

Rome est une force pour qui en demeure le maître ^ mais aussi paralysé par un scrupule superstitieux, un oracle ayant annoncé qu'il périrait s'il sortait de l'enceinte de Rome. Il a envoyé son armée à la rencontre de Constantin, sous la direction de chefs d'ailleurs éprouvés, et son armée est de beaucoup plus nombreuse que celle de Constantin. « Diinicatum, et Ma ventiaiii milites praevalehant... », au premier contact les Maxençais ont l'avantage. Constantin, déconcerté un instant, se décide à risquer tout, et vient camper aux abords du pont Milvius.

Lactance place à ce moment le premier geste chrétien de Constantin. Dans la nuit qui précéda la bataille, Constantin fut inspiré pendant son sommeil de marquer les boucliers de ses soldats de la croix du Christ et de livrer bataille sous cette égide. Je dis : la croix, parce que le « caeleste signiim » dont parle Lactance ne peut s'entendre que de la croix, et non du monogramme constantinien postérieur. Constantin, au matin de la bataille du pont INlilvius, fait tracer sur les boucliers de ses soldats, le signe du C-hrist, « Christ/cm in sentis notât ». Je me tiens strictement au récit de Lactance, qui est d'un écrivain qui sait la valeur des mots, et qui, écrivant en 314 selon toute apparence, n'a pas été exposé aux anachronismes tendancieux commis par Eusèbe'-.

1. Pancyi/r. ix, 3 (p. 19M : « liebatiir eiiis Irhis niaiestnte quann ccperat. » Cf. id. 16 (p. 20>) : .. Sed clivina mens et ipsiiis lihis aeterna inaiestas nefario lioniini eripuere consilium. » — Sur lo prestige de r.ome, rai)i)riiclicz Panfi(jyr. ii, 1 (p. 8!»>, à Maviniien Hercule en 28!) : « Veneratio nuniinis tui cuni soUemni sacrac Irliis religione iuiigenda est. » Ihid. (p. 90) : .< ... ortus doniinac genliuui civitaiis. > Pancgyr. III, i'H (p. 111), au même en -291 : « gentiuni domina... • Paner/yr. VI. 10 (p. l.'iO), à Maximicii Hercule et Cmislantiii en 307 : « Uoina ipsa pro maicstate nomiiiis suv ». et 11 (p. liiT) : « Homa domina Kentium. »

•2. Lactant. Mort. ji?rser. ii, 5 (p. -223; : « Commonilii^ es! in (|uicie

214 LA PAIX CONSTAXTIMENNE.

A Rome, Maxence célébrait les fêtes anniversaires de son avènement, ses quinquennaUa, pendant que son armée affrontait celle de Constantin. Une sédition éclate dans la ville : on honnit Maxence, on crie qu'il trahit le salut public, « desertor salutis publicae », on acclame Constantin invincible, en plein cirque, aux oreilles de Maxence consterné. Il assemble aussitôt quelques sénateurs, on consulte sur leur avis conforme les livres Sibyllins, vieille ressource des temps difficiles, et on y découvre que le jour est venu où l'ennemi des Romains périra'. Maxence entendit que la victoire était à lui. Le dernier acte de Maxence lui étant ainsi dicté par ses dieux, il se rend au milieu de ses soldats, qui se battaient au nord du pont Milvius, sur la rive droite du Tibre. « Eo çiso, pugna crudescit, et manas Dei supererat aciei ». la main de Dieu était sur la mêlée, écrit Lactance. Bientôt les Maxençais sont en déroute : entraîné dans la débâcle, Maxence se noie au passage du Tibre -.

Nous avons reproduit le récit de Lactance, qui met admirablement en relief le contraste de Maxence trahi par ses dieux et de Constantin vainqueur grâce au Christ. L'intervention de Dieu dans la victoire est pour Lactance le trait de valeur, elle est l'argument décisif qui soutient la philosophie de l'histoire du De mortihus persecutorum. 11 ne faut pas douter que

Constanlinus, ut caelestu signum dei notaret in sculis a: |iic iia proeliiiiii comniitteret. Facit ut iussus est. et transversa X liticra summo capite circuiullexo Christura in sculis notai. Quo signo armatus exercitus capit l'errura. • J'ai étudié les difficultés du récit d'Eusébe, à propos de l'a|)ol()sie qu'en a faite M. Franclii dé Cavalieri [Hindi romani, Wia, p. 16I-I8H , dans linÀl. anc. litt. et arcli. chrét. 19i;i, p. 30t-:t0o. Mais je tiens le récit de J.aclance pour très solide, contre H. ScHROEKs, Konstanlins des grossen Kreuzerscheinung (Bonn 1013 , p. li-li).

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