‹ La paix constantinienne et le catholicismeChapitre 127 sur 274 · Acta purgationis Felicis, éd. Ziwsa, p. 20^i · texte numérisé non relu

Acta purgationis Felicis, éd. Ziwsa, p. 20^i

L'acte posé par Constantin et Licinius à Milan au début de 313 se ramène à deux articles, dont le premier a trait à la liberté religieuse.

L'<''dit rappelle en commençant que les deux Auo-ustes, Constantin et Licinius'. se sont donné rendez-vous à Milan, et qu'ils y ont délibéré ensemble sur tout ce qui concernait le bien public et la sécurité publique. Parmi d'autres intérêts généraux, ils ont estimé que, avant tout, il convenait de régler ceux qui touchaient au respect de la divinité : « ... haec inter cetera quae videbomus pluribus hoininibus profutara v%l inprimis ordinanda esse credidunus quibiis diviniUiUs reverenlia conlinebatur. »

Que Ton compare ce considérant à ceux de l'édit de 311, simplement, on surprend une inspiration très différente et qui traduit, peut-on penser, l'esprit politique de Constantin en personne. Le législateur de 311 invoquait les « vieilles lois », et « la discipline publique des Romains », elles « veteruin instituta », impliquant les cultes officiels dans ces « veteruin instituta ^ ». Le législateur de 313 n'a pas un mot sur les <( veterum instituta », le souci de les défendre semble lui être étranger : il n'a en vue que ce qui

1. La formule emphatique « tam ego Coiistanlinus Aug. quam eiiaiu ei,'u Licinius Aug. ■■ ne signifie pas que le nom de Maximin figurait dans l'en-lcte : il n'avait pas ligure davantage dans l'en-tète de l'cdit de Galère. Cf. Df.ssau, 6(iO.

■2. Lactast. Mort, perscc. ."Si (p. 212) : « Inter cetera quac pro rei publicae soinper commodis alque utilitate disponinuis, nos quideni volueramus anteliac iuxta leges veleres et publicam disi'i|>linani Ronianorum cumta corriyere... - l/cdit de Maximin ap[)nie aussi sur l'intérêt des provinciaux et sur le bien i)ui)lic. Mais il rappelle, sans la juger, il est vrai. ■■ la loi de nos très divins ancêtres Diocléticn et .Maximien ■•.

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contribue au bien public, étant bien entendu que ce bien public est l'intérêt des sujets. Ainsi, sans doute, en avait jugé déjà Constance Chlore, quand il refusait de s'associer à la politique persécutrice de Dioclétien : Constantin n'a pas d'autre maxime.

A ce souci du bien public, le prince associe une vue religieuse : car il met au premier rang des intérêts généraux à sauvegarder ceux qui touchent au respect de la divinité. Voici un mot révélateur. Que Ton se rappelle, en effet, l'expression « instinctu divinitatis » de l'arc de triomphe constantinien de Rome : dans l'édit et dans la dédicace la même divinitas s'affirme comme l'objet de la religion du prince. Dans l'édit, il n'est fait mention d'aucune autre divinité que cette divinité abstraite, souveraine, anonyme. ]\'^is les deux Augustes entendent que leur politique assure le respect qui lui est dû, « divinitaiis reverenlia », dans quelque culte qui lui soit voué et où on la reconnaîtra. (Jn se tromperait à supposer que l'édit de Milan accorde la liberté à toute dénomination, y compris l'athf'isme : la vieille maxime prêtée à Aug'uste, « Ne permettez à personne d'être athée », n'est pas répudiée. Le législateur ne dénombre pas les dieux, il ne connaît que la divinité en soi, et le respect qui lui est dû. Le christianisme s'accorde avec cette conception delà religion, parce qu'il est excellemment une « dii^iiiiiatis reverentia « : il a donc droit excellemment ;'i la liberté, en commun avec tous les cultes officiels, licites, ou privés, qai expriment la religion des hommes :«...«/ dtiremus et cliristianis et oninihiis potestatem sequendi religionem quant quisque voluisset. » L'édit de Dioclétien contre les Manichéens dénonçait précisément cette liberté d'option, reprochant aux Manichéens de suivre leur propre erreur,

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« .s"«/ erroris arhitrio », et l'édit de Galère voulait que la persécution dioclétienne ait eu le dessein d'interdire aux chrétiens de n'écouter qu'eux-mêmes, « pro arhitrio sno atqiie ut isdein erat libitum ». L'édit de Milan brise avec cette contrainte, au nom d'une religion plus dégagée.

L'édit de Milan accorde ainsi aux chrétiens la liberté telle qu'ils la demandaient depuis Marc-Aurèle. Qu'on se rappelle Athénagore représentant à Marc-Aurèle que les lois romaines ont inculqué qu'il est impie et sacrilège de croire qu'il n'y a pas de Dieu, et qu'il faut que chacun serve les dieux qu'il veut '. Qu'on se rappelle surtout Tertullien représentant à Caracalla que la liberté de la conscience religieuse est de droit naturel : « Humani iuris et naturalis potestatis est unicuique quod putaverit colère- . » Lactance ne parle pas un autre langage : la religion est le lieu même de la liberté, nul ne peut contraindre personne à un acte religieux auquel il se refuse : « Religio sola est in qua lihertas domicilium conlocavit : res est eni/ii praeter ceteras voluataria, nec imponi cuiquam potest ut colat quod non vult •'. » L'héroïsme des martyrs chrétiens, plus éloquent que les revendications de leurs apologistes, a imposé ce respect de la conscience religieuse si longtemps inconnu à la brutalité de Rome, nul ne Ta mieux dit que Lactance '' .

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