‹ La paix constantinienne et le catholicismeChapitre 13 sur 274 · TKf.TiLL. Apolog · texte numérisé non relu

TKf.TiLL. Apolog

2. Ibicl. 30 : « llluc suspicientes christiani, manibus expansis quia innociiis. capite nudo quia non erubescimus, denique sine monitoie quia de peetore oramus : precantes sumus omnes seinper pro omnibus imperatoribiis. vitam illis proli\am, imperium securum, doinum tutam, exercitns fortes, senatum fidelem, populum piobum, orbem quiftum, et quaecunque liomiiiis et Caesaris vota sunt... [OfTeriniusJ non grana tliuris unius assis, aralMcae arl)orislacrimas, nec duas nieri guttas, née sanguinem reprobi bovis mori optantis, et post oninia inqulnamenta etiam conscientiani spurcam... Hoc agite, boni |)raesides, extorquete animam deo supplicantem pro imperatore. '

textes sacrés sont là, et que les mag-istrats peuvent les connaître : ils y verront que les chrétiens ont reçu le précepte de prier pour leurs ennemis et pour leurs persécuteurs, pour les rois, pour les princes, pour les autorités ^ L'Empire romain est aux chrétiens et aux païens une commune cité : les chrétiens sont menacés par tout ce qui le menace, ils ont donc intérêt à prier sincèrement pour la paix et la prospérité romaine. Ils y ont même un intérêt plus pressant, car Tertullien, reprenant un texte que nous avons noté chez saint Paul (// Thess. ii, 7i, entrevoit la fin violente du monde, elle est imminente, elle n'est retardée que par la destinée providentielle de l'Empire romain :

Est et alla maior nécessitas nobis orandi pro imperatoribus, etiam pro omni statu imperii rebusque romanis, qui vim maximam universo orbi imminentem. ipsamque clausulam saeculi acerbitates horrendas comminantem. romani imperii commeatu scimus retardari. Ita quae nolumus experiri ea dum precamur differri, romanae diuturnitati favemus -.

\. Apologet. 31. Rapprochez Scorpiare. 14. —Dans les Acta disputationis s. Achatii (cet Acace, évêque d'Antiociie de Phrygie, a été confesseur pendant la persécutiez de Dèce, et les Acta reproduisent le procès-verbal de sa comparution , i, 2-5 (GEnHAi-.DT. Ausgewtihlte Mtïrtyreracten, 190-2, p. 115), le gouverneur Martianus- dit à l'évêque : « Del)es amare principes nostros, liomo romanis legihus vivens ». ]/évêf[ue répond : « Et cui magis cordi est vel a (luo sic diligitur imperator i|uemadmo(luin ah liominibus cliristianis? Assidua enim nobis est pro eo ac iugis oraiio, ut pnilixum aevuni in liac luce conticiat.ac iusta populos poteslate moderetur,et pacatum maxime imperii sui tempus accl()iat, dcinde pro sainte militum et pro statu niuiidi et orbis ". Le gouverneur ré[)li(iue : <• Haec et ii)se collando, sed ut obscquium tnum picnius imperator agnoscat, sacrilicium illi solve nobiscum. X L'évoque refuse.

± Apologel. 3-2. Terlullien revient au même thème dans Ad Scapulam. 2 : - Clirislianu-- nullius est Imstis, nedum iinperatoris, qucm sciens a Deo suo constitui neccsse est ut el ipsum diligal. et rcvercalur, et honoret, et salvuiu velit ruui toto romaiio imperio, quous<iue saeculum stabit, tamdiu enim stabit. » — Note/ «pie Terlullien ne

20 LA PAIX CONSTAMINIENNE.

L'Empire romain est le dernier empire annoncé par les prophètes; le jour de sa fin sera celui de la fin du monde. Comment avec cette foi les chrétiens ne seraient-ils pas attachés à la romana diuturnitas, et aux péripéties de ce que Tertullien appelle le répit accordé à l'Empire romain, « romani imperii commeatus » ? Mais qu'on ne demande pas aux chrétiens de participer à une divinisation quelconque de l'empereur.

Augustus imperii formater ne dominum quidem dici se volebat, et hoc enimDei est cognomen. Dicam plane imperatorem dominum, sed more commun!, sed quando non cogor ut dominum Dei vice dicam. Ceterum Ubersum illi, dominus enim meus unus est, Deus omnipotens et aeternus, idem qui et ipsius... Tanto abest ut imperator deus debeat dici, quod non potest credi non modo turpissima sed et perniciosa adulatione... Si non de mendacio erubescit adulatio eiusmodi iioniinem deum appellans, timeat saltem de infausto : maledictum est ante apotlieosin deum Caesarem nuncupare *.

Le chrétien peut donner au prince le titre de dominus ^, au sens premier du mot et à condition qu'on ne fasse pas de ce titre le synonyme de Deus. Quelle adulation abjecte que d'appeler l'empereur dieu! On n'attend même pas son apothéose posthume pour lui

parle que de la diuluniilas île l'Empire romain, il n'accepte pas de prononcer le mol aelcrnitas, attribut païen des empereurs et de Rome. E. Di RuGciEr.o, Dizionario ejiigra/ico, t. I (18!»5), j). 3-20- 321.

1. Apologet. 34. Cf. Ad nation, i, 17 (cd. AYissowa, p. S9; : ■■ Immo, qui deum Caesarem dicitis et deridetis, dicendo quod non est, et maledicilis, quia non vult esse i|uod dicitis. Mavult euim vivere quam deus fleri. » Appeler le prince dieu, c'est lui vouloir du mal, puisqu'il ne sera fait dieu qu'après sa mort.

i. Sur l'emploi de y-ûpio; et de dominus dans le langage officiel, voyez A. Df.issjunn. Licht vom Osten ftOOS), ]^. i")5-258.

décerner ce titre! Les fêtes des princes [solenines dies pj-incipuni) se célèbrent par des orgies, et on nous reproche de nous en tenir à l'écart! On voudrait que nous enguirlandions et que nous illuminions nos maisons à pareils jours ^ : l'honnête idée, de leur donner ainsi les airs « alicuius novi lupanaris » ! Tant pis pour ceux qui en prendront prétexte de nous accuser de n'être pas romains, « gui nos nolunt Roinanos haberi, sed hostes principum romanonim - ». Quel est le loyalisme de ces intransigeants à qui le nôtre ne suffît pas ! Dira-t-on que les princes ont trouvé dans le sénat, dans l'ordre équestre, dans l'armée, dans leur palais même, une fidélité sans défaut? D'où sortait donc ce Cassius qui fut compétiteur de Marc Aurèle, ou Niger et Albinus qui le furent de Septime Sévère ''?

Le traité Ad Scapulam, écrit sur la fin de 212, donc au début du règne de Caracalla, est une apologie pour les chrétiens adressée au proconsul d'Afrique Scapula, lequel est de l'espèce des gouverneurs qui font du zèle, suscitent les délateurs, veulent forcer les accusés à sacrifier, redoublent de rigueur dans les sentences. Tertullien proteste contre sa prétention à rendre le sacrifice obligatoire, contre cette violence faite à la conscience des accusés.

l. CL Tertull. De idolol. 15 (éd. Wissowa, p. 48) : >< Scio fratreni per visionem cadein nocte casligatuin graviter, qiiod ianuam eius subito adnuntiatis gaudiis publicis servi coronassent. »

•2. Apologet. 35.

3. Apologet. 3"». Le même thème est repris dans Ad nation, i. 1" (éd. Wissowa, i). 8!)) : « Hostes populi nuncupamur... Agnoscimus sane romanam in Caesares fidem. Nulla uraquam coniuratio erdpit, iiiillus in senalu vel in palatiis ipsis sanguis Caesaris notam lixit, iiulla in provinciis aflectata maiestas... » Tertullien y reviendra dans Ad Scapulam, 2 : • Nunquam All)iniani, nec Nigriani, nec Cassiani, inveniri potucrunt chrisliani... ..

22 LA PAIX CONSTANTIMENNE.

Humani iuris et naturalis potestatis est imicuique quod putaverit colère, ncc alii obest aut prodest alterius religio. Sed nec religionis est cogère religionem. quae sponte suscipi debeat, non vi. Cum et hostiae ab aninio libenti expostulentur, ita et si nos compuleritis ad sacrificandum, nihil praestabitis diis vestris, ab invitis enim sacrificia non desiderabunt, nisi si contentiosi sunt. contentiosus autein deus non est... '.

Les principes affirmés là par Tertullien sont ceux de la liberté de conscience. Cette liberté, dit-il, est de droit naturel : c'est un droit de l'homme, que chacun ait le culte de son choix. Ma religion ne regarde personne autre que moi. Un culte n'a pas le droit d'imposer quoi que ce soit à un autre culte. En matière religieuse, il n'y a place que pour la spontanéité, jamais pour la contrainte. Les dieux n'ont que faire d'un sacrifice qui ne leur est pas offert de bon gré. Qu'on nous laisse donc prier pour l'empereur le Dieu auquel il est soumis comme tous les hommes; qu'on nous laisse adresser à ce Dieu pour lempereur la pure prière que ce Dieu requiert.

La limite du loyalisme chrétien est tracée par Tertullien d'une main aussi ferme que hardie : le loyalisme s'arrête là où l'idolâtrie commence.

Quod attineat ad honores regum vel imperatoruui, satis praescriptum habemus, in oinni obsequio esse nos oporterc secundum apostoli praeceptum subditos magistratibus et principibus et potestatibus, sed intra limites disciplinae, quousque ab idololatria separamur -.

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