LE SCHISME DON\TISTE
d'exterminer les erreurs, de faire la concorde dans la religion et dans le culte légitime.
Quid potins agi a me pro instituto meo ipsiusque principis munere oporteat, quam ut discussis erroribus omnibusque temeritatibus amputatis veram religionem universos concordemque simplicitatem atque meritam omnipotenti Deo culturam pracsentare perticiam?
Cette définition des devoirs du prince chrétien ne se retrouve dans aucune autre lettre de Constantin. Elle n'est toutefois nullement inconciliable avec bien des actes de sa politique religieuse. A ce moment précis, 315, irrité par l'obstination des Donatistes, peut-être aussi par l'hésitation de Cécilien et des catholiques devant la judicature que le prince semble avoir dessein de s'arroger sur l'épiscopat, Constantin menace les uns et les autres. L'empereur n'insistera pas sur la mission qu'il s'attribue là de veiller à la pureté du culte : nous le verrons se tenir à sa mission de réprimer toute sédition et tout tumulte, encore qu'il ait de la coercition en ces matières une idée fort absolue.
Ici se place une singulière tentative de Constantin, qui lui fut suggérée par un de ses conseillers, que nous retrouverons auprès de lui à Nicomédie en 325, fonctionnaire, chrétien peut-être, en tout cas partisan de la manière forte. Filuminus, c'était le nom de ce fonctionnaire, suggéra do mander Cécilien et de le retenir k Brescia à la disposition de l'empereur : Cécilien serait ainsi éloigné de Carthage, aussi bien que Donat, « pro bono pacia », disait h'iluminus d'un mot qu'il devait savoir tout-puissant sur Constantin. Filuminus suggéra davantage : on profiterait de l'éloignement de Cécilien et de Donat, pour les déposer
296 LA PAIX CONSTAN'TINIENNE.
tous les deux, et ordonner un évèque de Garthage nouveau, incontesté'. On trouva deux évèques qui consentirent à se charger de l'exécution du plan : ils s'appelaient Eunomius et Olympius; on a conjecturé [sans fondement, je crois) qu'ils étaient espagnols-.
Ils se rendirent à Carthage, où ils demeurèrent quarante jours, sans doute au cours de l'été de 316. A en juger par le récit dOptat, qui seul parle de cette mission, les choses à Carthage se présentèrent sous un autre aspect que celui qu'on avait prévu : les deux Eglises ennemies étant irréconciliables et prétendant sans doute toutes les deux être la catholique, on ne pouvait penser à les unir, il fallait prononcer entre les deux oîi était la catholique : « Venerunt et apud Carthaginem fiierunt per clies quadraginto, ut pronuntiarent iibi esset catholica ». Optât ne dit pas qu'il se soit tenu un concile à Carthage à cette occasion; on ne devine pas quelle procédure observaient les deux évêques dans une mission qui était en dehors de tout droit; on voit seulement au récit d'Optat que les Donatistes firent de l'obstruction et que les catholiques leur rendirent la pareille, « de studio partiuin strepitus cotidianî suât hahiti ». Sur quoi Optât ajoute, comme si ces tumultes avaient pris place dans des conférences :
Novis.';ima sententia eorumdom episcoporum Eunomii et Olympii talis legitur. ut dicerent illamesso cathoHcaiu,
1. Optât, i. -26 p. '28} : • Tiuic a KiUimino sulïragalore eius, imperat'iri suggestum est, ut bono pacis Caeciliaiius Brixiae relineretur, et factura est. Tune duo cpiscnpi ad Africam missi sunt. Eunomius et Olympius, ut remotis liinis unum ordinarent. >
2. TiLLF.MONT, t. VI, p. 00. La conjecture ne vaudrait (|ue pour Olymjiius. Mais l'évèque espagnol Olympius (jue l'on connaît, est de la fin du iv' siècle. BAUDKXiiF.wr.R, Gem'hiehto. t. III. p. Ui. On n'a aucune raison de douter de l'historicité de la mission d'Olympius et d'Eunnmius, ou de la reculer en .32v. Voyez MoxcEiix, l. IV, p. 209-"21(».
LE SCHISME DONATISTE, 297
quae esset in toto orbe terrarum diffusa, et sententiam decem et novem episcoporum iaindudum datam dissolvi non posse'.
Ce jugement est rapporté en une forme elliptique. La proposition que l'Eglise catholique est celle qui est répandue dans le monde entier, appelle une déduction comme celle-ci : il n'y a d'évéque catholique que celui qui est en communion avec les évéques du reste du monde, et tel est le cas de Cécilien, alors que Donat n'est reconnu par personne en dehors de l'Afrique. Secondement : la sentence rendue par les dix-neuf évèques du concile de Rome ne peut être cassée. Deux raisons pour une de considérer Cécilien comme l'évêque légitime. — Il est très curieux que la sentence du concile d'Arles soit volontairement io-norée à Carthage, et que le concile de Rome seul soit nommé -. — Les deux évêques envoyés par Constantin à Carthage n'avaient pas réussi dans leur mission, ni l'un ni l'autre des deux partis n'ayant rien voulu entendre, et finalement les catholiques avaient imposé aux deux évêques fourvoyés la reconnaissance de Cécilien et de son bon droit tel qu'il avait été proclamé à Rome.
C'était une leçon pour Constantin. Mais l'empereur était trop confiant en lui-même pour en profiter. Il avait accepté que les Donatistes fissent appel à sa personne du jugement romain et du jugement arlésien .
1. Oi'TAT. ibid. : « ...Sic comniunicaverutUclcro Caeciliani et reversi sunt. De liis rebus hahemus volumen actorum, qiiod si quis volueril, la novis simis partibus légat ■■. Optai avait ilonc joint ces Acta à son livre, nous ne les avons plus.
-2. Ce fait exclut riiypotlu-se que les deux évèques soient venus à Carthase pour rap])licati.)n des dccisions du concile d'Arles. F. Mau- TRovt:, La répression 'lu Donatisnic et lu ijolilii/ue religieuse de Constantin (1014;, p. .( 'Exilait des Mémoires de la Soc. des Antiquaires de France).
298 LA PAIX CONSTANTINIENNi:.
Saint Augustin, qui savait que penser de cette usurpation, voudrait croire que Constantin ne l'a commise que contraint et forcé par l'obstination processive des Donatistes^ Ce n'est pas sûr. En 315 déjà (la date est incertaine), Févêque de Rome, le pape Silvestre, ayant été accusé par des « sacrilèges », que Ton identifie avec les Donatistes qui formaient peut-être à Rome une faction solidaire de celle de Donat à Cartilage, Constantin avait jugé l'affaire"-. Constantin était très porté à ces interventions qui étaient dans la ligne de son absolutisme monarchique.
Ainsi le prince allait de faute en faute. C'en avait été une première (et par surcroît un échec) que la mission arbitraire et sournoise confiée aux deux évêques Eunomius et Olympius contre le bon droit désormais incontestable de Cécilien. C'en était une autre que de prétendre connaître du procès que les Donatistes s'obstinaient à faire à (Cécilien, d'abord parce que ce procès avait été (sur la demande du prince lui-même) jugé par le concile de Rome, et confirmé (sans qu'il en fût besoin) par le concile d'Arles, puis parce que l'empereur n'avait aucun titre à accepter l'appel que les Donatistes faisaient de cette double sentence, sinon l'autorité discrétionnaire qu'il s'attribuait. Car ce n'était pas une cause civile où il y eût lieu à évocation devant le consistoire impérial -^
1. Augustin. Epislul. i.wxviii, 3 ji. 400] : « ... portiiiacissimi et litigiosissimi ad cuiulein impcratoreni ai>|)ellarunl. Postea et ipse coactus episcopaiem causam inter partes coifûitam termiiiavit. ■ —On aune lettre de Constantin au proconsul Probiaiuis ordonnant de lui expédier le laussaire Ingentius. Voyez la lettre de Constantin Aelianus iiraedeccssor c\U)c ])ar Auoistin. /T/j/aZu?. lxxxviu, 4 (p. 4d0). Le proconsulat de Proijianus se place entre août 315 et août 316; la lettre peut être de août-septembre 313. Von Soden, p. 32.
-2. Mansi, t. III. p. ()27. MOXCE.VUS, t. IV, p. 2U(j.
3. E. CtX'. IiistituUons juridiques des Rohiains (1002), t. Il, p. 8G8.
LE SCHISME DONATISTE. 299
Les Donatistes n'avaient pas à reprocher à Cécilien d'injustice ou de crime : ils s'adressaient au prince, non comme juge civil ou criminel, mais comme arbitre, quitte à ce que sa sentence, en tant que sentence impériale, fût exécutoire par la force publique, et ils l'escomptaient sans doute.
En 316, il lit comparaître à Milan Donat et Cécilien : on débattit la cause en sa présence : dans les premiers jours du mois de novembre, Constantin prononça sa sentence, qui déboutait les Donatistes de leur plainte et innocentait Cécilien'. L'empereur la notifia le 10 novembre 316 au vicaire d'Afrique Eumelius, par une lettre qui ne s'est pas conservée, mais dont saint Augustin a cité le passage capital. « J'insère ici, dit Augustin, les paroles mêmes de Constantin, d'après sa lettre au vicaire Eumelius, où il atteste qu'il a instruit l'affaire entre les deux parties, et qu'il a constaté l'innocence de Cécilien. Après avoir raconté dans ce qui précède comment les deux parties, à la suite des jugements épiscopaux, ont été conduites devant son propre tribunal, l'empereur ajoute : « Là, j'ai reconnu clairement que Cécilien est un homme d'une parfaite innocence, qui observe tous les devoirs de sa religion et la sert comme il convient. Il m'est apparu en toute évidence qu'on n'a pu relever dans sa conduite aucune faute, contrairement aux accusations portées contre lui en son absence par l'hypocrisie de ses adversaires-. »
1. Ai:ccST].\. L'pistul. xiJii. i p. K8 : ... illos al) ccrlesiastico iudicio provoaassG, ut causam Conslanliiius audiret. (.luo iiostcaquaiii ventuiu est, uiraquc! (larte ad.sisteiiic, iiinocenlem Caocilianum lïiisse iudicaliim atque illos recessissi; superatos. »
2. AL{;t5sTiN. Contra Cre:;con. iir, 71, 82 (Von SoDr,:«, p. .3G-37) : « In quo pervidi, inquit, Caeciliamim virum omni innoceulia praeditum ac religionis suae olïicla servanlein (>iquc ila iit oporliiit servientcm,
300 LA PAIX CONSTANÏINJENNE.
Les Donatistes plus tard diront que Constantin avait été contre eux circonvenu par Hosius ' : l'évêque de Cordoue, en effet, qui était acquis à Cécilien, a pu en novembre 316 assister Constantin et aider au succès de la cause catholique, qui était la bonne. Hosius aurait été mieux inspiré encore en détournant Constantin d'accepter que des obstinés en appellent à son jugement de la sentence de deux conciles.
Le concile de Rome en 313, le concile d'Arles en 314, n'avaient à l'appui de leurs sentences sollicité de l'empereur aucune sanction civile. Après son imperialis seiiteiitia de novembre 316, Constantin crut devoir en édicter. Il le fit par un acte que nous connaissons imparfaitement. Selon saint Aug-ustin, la clause principale portait que les basiliques occupées par les Donatistes leur seraient confisquées. Une autre clause édictait que les biens de « ceux qui avaient été convaincus et qui résistaient obstinément à l'unité », seraient confisqués de même-.
nec ullum in eo crimen rupfriri pdiuisse evidenter apparuit, sicut absenti fuerat adversarioruiii suorum siiiiulatione conpositum. »