CHAPITRE SIXIEME
LE CATHOLICISME MCEEX.
Constantin n'a pas trouvé en Afrique le catholicisme simple et discipliné qu'il avait connu en Occident et qui lui avait donné une si attachante idée de son unité. Lorsque, le 18 septembre 324, il devient maître de l'Orient, il est aussitôt en présence d'une discorde ecclésiastique qui ne faisait que de naître, et qui mettait cependant déjà aux prises les évêques des trois plus grandes provinces de ses nouveaux États.
Elle ne faisait que de naître, disons-nous, si l'on accepte la chronologie de M. Schwartz, qui, au lieu de reporter les débuts de l'affaire d'Arias à une période antérieure à la persécution de Licinius, c'està-dire vers 318, les date au contraire de l'automne de 323 : il semble bien, en effet, que les événements se sont précipités en quelques mois, loin d'avoir traîné cinq ou six ans. Mais il faut ajouter aussitôt que l'arianisme ne date pas d'Arius. Il est un produit de l'esprit ecclésiastique grec féru d'exégèse et de dialectique. Il est surtout l'éclat d'une école, la seule qu'ait possédée le cliristianisme grec après Origène, l'école de Lucien d'Antioche ' . Les évoques que nous verrons
1. Nkwman. Tlie Arians o/' the /'ourlh cenlury * lS7ti', p. G-7. IIau\ack> Dofjmengeschirhte, t. Ili, p. 1S7. Looks, arl. < AriaiiisniiH » de la
308 LA PAIX (ONSTANTINIENNE.
prendre fait et cause pour le subordinatianisme arien sont d'abord des disciples de Lucien d'Antioche, comme Arius lui-même : c'est Arius qui, dès le début de la crise, écrivant à l'évêque de Nicomédie Eusèbe, rappelle comme d'un nom de passe cuXXouzixvKjr/^ç, son condisciple ou son confrère en Lucien ^ Le maître antiochien a été fort contredit à Anlioche môme, de son vivant : sous trois évêques de suite il a été séparé de la communion de l'Église dont il était prêtre^: sa mort courageuse à Nicomédie (en 311-312, sous Maximin Daia), en faisant de lui un martyr, a réhabilité sa mémoire. Mais ses disciples, appliqués à faire carrière, estimaient prudent de réserver sa doctrine. Ils durent penser que le prêtre Arius était un maladroit. Ils se firent néanmoins un point d'honneur de le défendre, car en le défendant ils défendaient leur propre pensée : « Tu penses bien, lui écrivait Eusèbe de Nicomédie, prie pour que tous pensent comme toi^. )>
Ces liaisons d'école ne suffisent pas à expliquer la gravité de la crise arienne. Pas davantage la personnalité d'Arius, que certains historiens allemands s'appliquent un peu trop à décrire en pensant à Luther. M. Seeck modernise tout autant, quand il imagine les patrons d'Arius défendant « la liberté de
Realencyklopacdio de IIaixk. \>. Ii>. TixEnoNi, liisl, des dogmes, t. U, p. 21 •22.
1. Lettre d'Arius à Eusèbe de Nicomédie, citée par TiiEcinonET. H. K. I, 5, 4 (éd. Parmentier, p. 27). — On a dans I'iiilostoiso. //. E. ii, M (éd. BiDEz, p. 25) une énuméralion de disciples de Lucien : Eusèbe (év. de Nicoméfiie), Mavïs de Ciialcédoine', Tliéo^'iiis (de Nicée), Léonce (qui deviendra cvèque d'Antloclie en 3iH), Ménopliante (év. d'Épiiése), Antoine (év. de Tarse el le maître d'AetIus). Eudoxe (év. de Germanicie, puis d'Antioche).
2. TiiEODOiiET. I, 4, 3G p. 18 . lettre 'H :pt),àp/o; d'Alexandrcd'Alexandrie.