‹ La paix constantinienne et le catholicismeChapitre 156 sur 274 · I. Skf.ck, l. III, ji · texte numérisé non relu

I. Skf.ck, l. III, ji

-2. IIUINACK. |). I!IO.

un théisme de raison. Ce n'était pas un programme avéré, c'étaient seulement deux tendances contemporaines, mais par quoi s'explique la ténacité et la nocivité de l'arianisme '.

L'honneur et la force du catholicisme fut de conjurer ce péril, dès la première heure, par une définition si nette, si traditionnelle, de l'éternité et de la consubstantialité du Fils, que les équivoques ariennes ne purent rien contre elle, et de la défendre ensuite avec une constance où se retrouvait quelque chose de celle des martyrs d'antan.

Le récit le plus détaillé qu'on ait des débuts de l'arianisme est celui qui se lit dans V Histoire ecclésiastique de Sozomène- : c'est un écrit de source semiarienne (Sabinos). L'auteur reproche à Arius d'avoir été trop coniiant dans la dialectique (oiaXEXTtxcoiaxoç), et d'avoir été entraîné à des erreurs comme il est naturel « qu'en commette quiconque s'aventure dans la dialec tique et dans l'examen détaillé » des choses de la foi.

1. H. M. GwATiuN, The Arian coniroversy (188i>). p. 4-5, indique cette vue. Eilft est développée dans une autre forme par Haiînack, Dorjmeng. t. IH, p. 223. M. Harnack montre ([ue l'arianisme, s'il avati été vainijueur, aurait complètement ruiné le christianisme, eu If vidant de son élément relij,'ieuN. pr)ur n'y plus laisser subsister que la cosmologie et la morale. Cependant l'arianisme a eu sa mission, car « les Ariens ont laciliié le passage aux masses de païens cultivés ou demicultivés, (jue la politique de Constantin conduisait à l'Église ». Et M. Harnack ajoute : " Le monothéisme arien était la meilleure transition du polythéisme au monoUxisme ».

2. SozoMKN. //. E. 1, 15. —G. SCHOO, Die Quellen 'les K irchenhistorikers Sozomenns (Berlin, t'JH), p. 110, adopte l'hypothèse de Seeck, à savoir que la sour(-e de So/.omène serait ici le rapport fait par Hosius à Constantin, après sa mission à Alexandrie. .le persiste à croire que la source de Sozoméne est ici le semi-arien (lioméen) Sahinos, qui, vers 373-378, composa une iiistoire documentaire de la controverse arienne, luvavwyV) TMv auvoowv. P.B., « Sozoméne et Sabinos », Dyzantmische Zcitschrifl, t. VU (1898), p. 263-284.

LE CATHOLICISME MCEEN. 311

Des auditeurs des sermons d'Arius reprochèrent à son évêque, l'évêque d'Alexandrie Alexandre, de tolérer cet enseignement. « Estimant que dans les controverses le mieux est de donner la parole aux deux parties, pour éviter de mettre un terme à leur feu de force et non par persuasion », l'évêque invita les controversants à une conférence qu'il présiderait en personne entouré de son clergé. Il arriva ce qui arrive toujours dans ces « batailles de discours où chacun veut vaincre ». Arius maintint ses dires', ses adversaires maintinrent la consubstantialité et la coéternité du Fils au Père-, et, quand il fallut prononcer entre les deux doctrines, les juges n'arrivèrent pas à se mettre d'accord. L'évêque Alexandre hésita, loua les uns, loua les autres, enfin se décida pour la doctrine de la consubstantialité et de la coéternité, et oïdonna à Arius de penser comme lui. Arius n'y consentit pas. Quand il vit que nombre de ceux qui l'entouraient, évèqucs et clercs, opinaient qu'Arius était dans le vrai, Alexandre exclut de sa communion Arius et les clercs qui tenaient pour sa doctrine, quatre prêtres et cinq diacres d'Alexandrie, dont Sozomène donne les noms. — A Alexandrie, les excommuniés eurent tout de suite des partisans, dont les uns pensaient en effet que l'on ne pouvait s'expri-

1. 11 les expose au mieux dans sa lellre (lucipit : ToO Traxpô; |j.ou) à i;uséljecle NiLoméilie, déjà cilt'-c : Tiuconor.r.r. H. E. i, r> (PAUMr.iSTiEH, p. *"i-27;; EmpuAN. Haer. lxix, C vDindoiU'. p. 148-149). Ou complétera cet ex|>osé par la lettre à Alexandre d'Alexandrie des prêtres et diacres (non encore excommuniés,! dont est Arius. Lettre "H TttTttçrifiwv reproduite par Athaxas. De synodis, IG. Cette lettre conUrme bien le récit de Sozomène.

2. SozoM. loc. cil. : ô(j,oo-jaio; xal a-jvatôio; 6 ■jlbz to) -Kaiçil. Ces deux termes seinhleiH en ce moment les termes décisifs, à Alexandrie. Dans leur lettre à Alexandre (aj/. Atuasas. De synodis. 16), les prêtres et diacres ariens dénoncent le terme ôfiooûoio; comme uu. terme manichéen.

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mer sur Dieu autrement qu'Arius, et les autres, que l'on devait toute sympathie à des hommes qui avaient été chassés de l'Eglise sans jugement '. De leur côté, Arius et ses amis écrivirent à tous les évêques pour leur soumettre la cause. Du coup, il apparut que les évêques étaient divisés eux-mêmes sur le point de doctrine dont on les faisait juges, division d'autant plus grave que parmi les évêques qui appuyaient Arius se rencontraient des hommes vénérés pour la dignité de leur vie, ou considérables par leur doctrine, mais surtout le chef de l'Eglise de Nicomédie, Eusèbe, « homme docte et honoré dans le palaie - ». — L'évêque d'Alexandrie écrivit à l'épiscopat, demandant qu'Arius et ses amis fussent partout excommuniés ^. On lui répondit. Les évêques favorables à Arius insistèrent auprès d'Alexandre pour qu'il revînt sur la condamnation prononcée. Devant l'inflexibilité d'Alexandre, ils s'encouragèrent à défendre Arius et sa doctrine. Un concile se tint en Bithynie (à Nicomédie apparemment, donc sous la présidence de l'évêque Eusèbe) : le concile adressa à l'épiscopat une lettre, demandant aux évêques de maintenir Arius et ses amis dans leur communion, sous prétexte que la doctrine dArius et de ses amis était irréprochable.

Le récit de Sozomène, qui met bien en vedette ce

1. SozoM. loc. rit. : àxpsTw;. Ce trait est. après bien d'autres, révélateur du caractère arianisaiil de la source de Sozoïuene.

i. SozOM. loc. cil. : £v Totç j3a<7Ùîtot; TSTitAriU-Evov. Entendez le palais de Liciiiius. Cf. Sf.eck, t. III, p. 54Î).

3. On a cette lettre dans Sochat. H. E. (i. lucipit : 'E-^; (îu)[xaTOç. — Epiphan. Haer. lxix, U (p. 147) sait <(ue les lettres d'Alexandre furent expédiées aux évoques de la province de Palestine, de Phcnicie. de €relesyrie. L'enuuieration ne peut élre complète. Le témoignage d'Epiphane est important, car il a eu un recueil des lettres d'Alexandre et des réponses qui lui furent faites (en tout "0 pièces}.

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concile de Bithynie, trahit sa source arianisante. Tendancieusement, il glisse sur le concile d'Egypte qui a condamné Arius, et qui a été un concile de tous les évêques d'Egypte et de Libye, au nombre de cent '. Comment croire qu'Arius a été condamné sans jugement? Il convient donc de compléter le récit arianisant de Sozomène par le témoignage de ce concile d'Egypte, dont nous avons la synodale rédigée par l'évêque d'Alexandrie. — L'ecclésiologie d'Alexandre rappelle étonnamment celle de saint Cyprien. Comme Cyprien, il croit à une unité spontanée et charismatique de l'Église où la concorde préviendrait les conflits. « Il n'y a qu'un corps de l'Eglise catholique, écrit-il, et le précepte est dans les saintes Ecritures de préserver le lien de l'unanimité et de la paix. Voilà pourquoi nous avons coutume de nous écrire les uns aux autres, de nous informer mutuellement de ce qui nous arrive, afin que, si un membre souffre ou si un membre est en joie, tous puissent partager avec lui sa peine ou son allégresse. » — Alexandre avoue qu'il a tardé à faire part à ses collègues des diflicultés qui lui sont nées dans son Eglise d'Alexandrie, sous prétexte qu'il espérait qu'elles s'éteindraient dans le silence. Comme l'affaire a eu une autre issue, comme Arius en a saisi l'épiscopat, l'évêque d'Alexandrie se voit obligé d'entretenir cet épiscopat du jugement qu'il a rendu. Il énumère donc les erreurs d'Arius, il communique la sentence du concile d'Alexandrie qui l'a condamné, et il donne une brève réfutation scripturaire de ces erreurs. Puis il conclut : « Témoins de l'impiété (d'Arius et de ses amis), nous les avons

I. Lettre 'Evô; atifjLaxo;, citée déjà : r|(i.£ï: (XîTa twv xax' AïyuTîTov ÏTtiffxÔTiwv xal TV); Atêûï];, ê^yu; ÉxaTÔv ôvtojv, ouvsXOôvt:; àvaOEjAa-

anathématisés, nous les avons déclarés étrangers à l'Église catholique et à la foi, et nous le notifions à votre piété, chers et vénérés collègues, pour que vous ne receviez aucun d'eux, s'ils osaient venir à vous, et que vous ne vous laissiez pas persuader par Eusèbe (de Nicomédie) ou par quiconque vous écrirait à leur sujet. » — Alexandre ne doute pas de la souveraineté du concile d'Alexandrie en ce jugement : il a l'optimisme de croire que par esprit de concorde tous les évèques s'y rallieront. 11 sait cependant que des évêques ont déjà fait diiTiculté, quun mouvement d'opposition se dessine, il se contente de le dénoncer d'un peu haut : « Eusèbe, aujourd'hui évêque de Nicomédie, estime que les choses de l'Église relèvent de lui ^... il se pose comme juge de ces apostats, il écrit de tous côtés pour les appuyer. » L'évêque d'Alexandrie discerne le danger que va être pour « le lien de l'unanimité » la prépotence d'un évêque qui a capté la faveur de la cour. 11 en appelle à tous les évêques de l'Église catholique, notamment au pape Silvestre-. Ainsi, contre la sentence du concile d'Egypte, le prêtre Arius a protesté auprès de son « collucianiste » Eusèbe, l'évêque de Nicomédie; Eusèbe et ses collègues « collucianistes » de Bithynie ont protesté auprès de tous les évêques (entendez des États de Licinius); l'évêque d'Alexandrie, au nom du concile

i. Ibid. : sireiÔT; ôè E-jffsêtoç, ô vOv èv -q) ■Vt7.0[j.r,Sî.îa, vû|ji:a-x; in aÙTfï) xïîcBai là. xf,c, èxx),ri(j{aç...

2. L'adresse de la lettre 'Evô; (Twixaxo; porte : ToTç àyaTniTOîc xal TifittoTaToi; TU/.Àî'.TOUpyoî; iwv à7tavta);oO x-J;; zaBoXty.rj; iY.yù.r,aa.'.^. 'A).ESa>'8po; èv y.upîw yjxlpz^y. — Par un texte du pape Libère ^lettre Obsecro, Jaffk 212;, on sait qu'Alexandre écrivit au pape Silvestre : ■• Manant litt<rae Alexandri episcopi ollm ad Silvestrum sanctae memoriae dcstinatae. quihus significavit ante ordinationem Athanasii undecim tam presbyteros quam etiara diacones, quod Arii liaeresim sequerentur, se ecciesia eiecisse... ■• ap. Hilar. Fragm. hist. V, 4.

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d'Egypte, sollicite Tadhésion des évêques de la catholicité.

A l'automne de 324, l'épiscopat des États de Liciuins se trouve donc divisé sur une question de foi, qui est si grave qu'Arius se plaignait à Eusèbe d'être lui et ses amis traités par leur évêque d'athées '. Le conflit est entre les plus grandes Eglises, entre Alexandrie et Nicomédie, entre Antioche et Césarée^. Constantin, en entrant à Nicomédie, est aussitôt sollicité d'intervenir.

Il serait intervenu d'une bien étrange façon, si on acceptait comme authentique la lettre qu'Eusèbe

. 1. TBF.onoRET. //. K. 1, ;;, 1 (|). 36) : ... &<yzt xai ÈxSiw^at -/Kiài; Èx Tri' TiôXîw; w; àvÔptÔTro-jç à8=o-ji;. — Rapprocliez Atu.vxas. De synodis, 47,011 Eusèbe de Césarée esl accusé d'avoir écrit à Eupliration, évêque de Balanée (Syrie), que le Clirist n'est pas vrai Dieu (6 Xptaxoç oùx à'oTiv àXYifitvôi; ôeôç). Vers le même temps circule dans les Églises de Syrie ce sopliisle cajipadocien nommé Astéries (encore un « collucianiste ») charsé par les Eusébiens de faire de la propagande pour les bonnes idties. Atiianas. ibid. l'J, cite de lui celte formule : eî; xûv TTxvTuv èdTlv ô ulô;. Le Fils est une création (iroiïuxa) du Père : PouXTÔffst YÊyove xai nznoi-fizoii. Et Athanase ajoute : ■< Ces choses Astérios seul les écrivit, mais autour d'Eusèbe (de Nicomédie) tous les pensaient avec lui ... Alexandre d'AI. dans sa letlre -q çilctÇiX^K (Tiif.o- DORET. R. E. [, ;{. i disait d'Arius et de ses partisans, ((ue, dénonçant la foi apostolique, ouvrant boutique à enseigue judaïque, ils niaient la divinité du Sauveur et le faisaient l'un (Je nous (triv ÔeÔTriTa toù crwT-Tjpo; t,;ji,wv àpvoû(Aïvoi xai xoT: Tràdtv tirov £Îvat ■/.Yipûxxovxsç).

2. Césarée de Palestine est acquise à Arius grâce à son évéque, Eusèbe, et avec lui Paulin, évéque de Tyr. Mais toute la province de Palestine ne suit pas, car l'évéque de .h'rusalem, Macaire, est signalé par Arius comme n'étant pas pour lui. De même, en Syrie, où 11 signale révé(|ue d'Antioclie, l'Iiilogonios, comme son adversaire. Lettre d'Arius (Toû Traxpôç |jioy) à Eusèbe de Nicomédie, dans Theodoukt. H. E. I, 5 (p. 2t)|. — Je laisse de côte la question du concile d'Antioclie de .'i2i-32'i, qui me semble n'être pas encore tirée au clair. Haknack, Dogmeng. t. U •», p. !!»:;. G. Kiu;k(;ki! (recenslon de E. SekliKKG, Die Si/node von Anlioc/iien Un J. 3-2'(-.'{-2.'> , Thcologisc/ie Litcraturzcitung, 191'*. p. l-2-ir,.

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supposeadresséepar Constantin à Alexandre d'Alexandrie et à Arius ' . Ce n'est pas qu'on ne retrouve dans cette lettre des pensées chères à Constantin : il cherche à, faire l'unanimité de tous les cultores Dei, persuadé que le bien de la chose publique en a besoin : rien ne lui est plus pénible que de voir ces cultores Dei en proie à la discorde : il veut s'employer à restaurer la paix parmi eux. Mais dès l'abord l'empereur énonce qu'il comptait sur le catholicisme d'Orient pour mettre fin à la querelle donatiste et qu'il pensait envoyer quelques évèques grecs rétablir la concorde en Afrique. En réalité, Constantin, qui depuis 321 avait accordé la tolérance aux Donatistes, ne devait avoir aucune velléité en 324 de rouvrir la question africaine. — Constantin a appris quelle discorde plus grave sévit maintenant en Orient, dans cet Orient qui a illuminé le monde de la lumière de la foi : il intervient donc, persuadé que « sans difficulté il pourra faire entendre raison à ceux qui l'écouteront et les convertir au bon parti ». Cette persuasion n'est pas d'une médiocre naïveté. — Suit un récit des débuts de l'arianisme qui est d'une simplification caricaturale : Alexandre a interrogé ses prêtres sur un article insensé (uTrâp [xaratou x-vb; (;•/■, T/'aecoç), Arius a répondu ce qu'il aurait dû taire, la discorde est née ainsi, l'excommunication d'Arius a suivi, le peuple saint s'est divisé : il faut que tout s'arrange. Les questions soulevées sont oiseuses, on ne doit pas penser à ces subtilités ou ne pas en parler, car elles ne peuvent engendrer que le blasphème ou le schisme. Quand il serait possible que Constantin n'ait pas estimé davantage les discussions dogmatiques, quelle légèreté c'eût été à lui de

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