‹ La paix constantinienne et le catholicismeChapitre 192 sur 274 · I. SnzOM. ibid · texte numérisé non relu

I. SnzOM. ibid

386 LA PAIX COTnSTANTINIENNE.

pas la vérité, car celui qui ne connaît pas la vérité ne connaît pas Dieu «, tandis que « nous ne pratiquons que la discorde et la haine et ne semblons vraiment travailler qu'à la perte du genre humain ». Que les évêques se hâtent donc de venir, et « de tout cœur je m'efforcerai afin que dans la loi de Dieu tout soit maintenu ferme et stable,... et les ennemis de la loi anéantis qui sous couleur de défendre le saint nom multiplient les blasphèmes' ». Qui l'empereur menace-t-il par ces dernières paroles? On a peine à croire que ce soient les défenseurs de la loi de Nicée qu'il traite aujourd'hui de blasphémateurs. Et sans doute ne le soupçonne-t-il pas lui-même.

Eusèbe de Nicomédie prit sur lui de ne pas conduire à Constantinople les soixante évoques du concile de Tyr^ : il vint en personne, accompagné d'Eusèbe de Césarée, des deux inévitables Ursace et Valens et de deux autres. Athanase avait avec lui cinq de ses fidèles évêques égyptiens. A l'audience de l'empereur, les Eusébiens se gardèrent de parler de l'affaire d'Ischyras, ils produisirent une accusation inédite, qu'ils savaient plus capable d'émouvoir lempereur : Athanase, dirent-ils, s'était fait fort d'accaparer les transports de blé qu'Alexandrie envoyait à Constantinople. Athanase essaya de représenter qu'il lui était impossible, à lui simple particulier et pauvre, de monter un pareil coup. Eusèbe de Nicomédie répliqua en jurant que l'évêque d'Alexandrie était riche, puissant, capable de tout, et que le propos qu'on

i. Athanas. Apolog. c. Arian, 86. La lettre de Constantin est insérée in extenso. Incipit : 'Eyw [Aèv âyvod).

2. SocR.VT. 1, 28, donne le chiffre de soixante évêques présents au concile de Tyr. Dans ces soixante ne sont pas comptés les quaranteneuf évoques égyptiens amenés par Athanase.

L'OLIGARCHIE EUSÉBIENNE. :î87

lui attribuait n'était pas invraisemblable ^ L'idée que cet évêque qu'il avait devant lui avait pensé affamer « sa patrie », Constantinople, mit Constantin dans une telle colère, qu'il ne voulut pas en entendre davantage, et prononça incontinent qu'il reléguait Athanaseen Gaule. Constantin avait de ces emportements, où il ne mesurait plus la moralité de ses décisions. La scène fut si brutale, la grossièreté de l'accusation si évidente, que l'évèque exilé a pris soin de marquer que les cinq évêques égyptiens, qu'il avait avec lui, en furent témoins-. Athanase fut relégué à Trêves, d'où il ne reviendra qu'après la mort de Constantin. Bien qu'il eût été déposé par le brigandage de Tyr, on n'osa pas élire un évêque à sa place à Alexandrie.

Eusèbe de Césarée a trouvé le moyen de parler du concile de Tyr sans nommer Athanase, et de présenter cette assemblée d'évôques comme un camp i^rpa- TOTTsoov) que l'empereur cher à Dieu voulut opposer au démon envieux de la paix de l'Eglise^. Pour Eusèbe de Césarée, le concile de Tyr n'est qu'un prélude des fêtes données à Jérusalem à l'occasion de la dédicace de la basilique du Saint-Sépulcre {YAnastasis) : les évêques sont encore à Tyr quand ils reçoivent de Constantin l'invitation à se rendre à Jérusalem, en se servant du cursus publicus. Eusèbe de Césarée énumère avec complaisance les prélats qui forment ce chœur : c'était l'épiscopat grec docile.

1. Ces détails sont donnés par la synodale de 340. Apolog. c. Arian. 9.

2. Atliaiiase fait le récit de la scène dans son Apoloi/. c. Arian. S7. H donne le nom des fin(i évêques : Adamantlos, An(ml>i(^n, Agathaniniou, Arbetliion, Pierre, dont les cinq noms se retrouvent dans les souscriptions de la synodale de 340.

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