CHAPITRE PREMIER
La conversion de Constantin, avec le nouveau régime qu'elle inaug-ure pour le catholicisme, n'est pas un événement fortuit, une sorte de coup de théâtre, mais bien plutôt un dénoùment, que bien des péripéties discernibles ont préparé.
Au cours des deux premiers siècles, vis-à-vis de la religio illicita qu'est à ses yeux le christianisme. l'Empire s'est raidi dans une attitude de dureté systématique. Le régime de prohibition institué au temps de Néron a été maintenu : la profession de christianisme est restée un crime punissable de mort ' .
1. C. Callewaeut, • La base juridique des premières persécutions », Revue d'hist. eccl., de Louvain, 1911, p. 5-11. R. Salf.illf.s. L'organisation juridique des premières communautés chrétiennes, i'Jl-2, p. li-15 (extrait des Mélanges P. F. Girard]. — A supi)oscr <iue la prohibition n'ait pas été édictée par Néron, elle était légale au temps de Trajan, et il faudra dire avec Scliwartz : « Entre Néron et Trajan, un sénatus consulte sur la proposition d'un empereur, ou un édil inipé-
2 LA PVIX CONSTANTINIENNE.
On a maintenu cependant la distinction posée par le rescrit de Trajan : les magistrats ne doivent pas rechercher les chrétiens : si des clirétiens sont dénoncés comme tels; si, dans leur interrogatoire, ils sont convaincus de christianisme et qu'ils n'apostasient pas séance tenante, la justice suit son cours : « Christianum puniunt leges », dit Tertullien '. Dans les procès criminels intentés à des chrétiens, la loi existante est donc appliquée automatiquement, l'action du magistrat n'étant mise en mouvement que par la délation. Par là s'explique que la persécution, jusqu'à l'époque de Dèce, ait été intermittente et toujours locale. Les plus sages empereurs du second siècle n'ont rien changé à ce régime de persécution toujours en suspens, et de tolérance précaire.
L'impassibilité de ces princes de tradition purement romaine est une donnée historique, dont les écrivains chrétiens semblent s'être mal rendu compte. L'évêque de Sardes, Méliton (il écrit vers 172), ne connaît que deux mauvais empereurs, Néron et Domitien ^. Tertullien, vingt ans plus tard, est dans le même sentiment : « Néron et Domitien exceptés, qu'on nous montre, écrit-il, un sage prince qui ait combattu les chrétiens, aliquem dehellatorem christianorum ». Au contraire, continue-t-il, nous en pouvons citer un qui les a protégés, « le très grave empereur Marc Aurèle^ ». Et Tertullien cite la lettre dans laquelle Marc Aurèle aurait exprimé aux chrétiens sa reconnaissance pour le miracle de la
rial, a dû être publié (jui a inienJit sous peine de nuirt d'appartenir à la communauté chrétienne. » E. s<:n\vAUT/., Kaiser Constantin und die christliche Kirche (l!M3), p. 35.