LA PAPAUTÉ A S A RDI QUE
à lui doit être de faire constamment appel à toute la catholicité et de s'appuyer sur l'évèque de Rome. Expulsé d'Alexandrie le 18 mars 339, il écrit aussitôt une lettre à tous les évèques du monde, pour dénoncer la violence que l'on vient de faire à son Église d'Alexandrie. Nous possédons cette lettre, qui est une des pages les plus pathétiques de la littérature ecclésiastique. Elle souvre par un rappel de l'histoire du lévite d'Éphraïm, auquel Athanase hardiment se compare, et, comme le lévite prenant toutes les tribus d'Israël à témoin de sa honte et de sa douleur, il prend toutes les Eglises du monde à témoin de l'outrage qui vient d'être infligé à son Eglise d'Alexandrie. « Ce qui vient de se passer chez nous dépasse en amertume toutes les persécutions », écrit-il. « L'Église entière a été violentée, le sacerdoce insulté, et, pis encore, la piété est persécutée par l'impiété... Que chacun nous secoure, comme si chacun était atteint, de peur de voir bafouer et les canons ecclésiastiques et la foi de l'Eglise. » Car il ne s'agit de
rien moins '
Apprenez quel attentat a été commis « contre nous et contre l'Église ». Nous vivions en paix à Alexandrie, les évêques d'Egypte, de Thébaïde et de Libye vivaient en paix entre eux et avec nous; soudain le préfet d'Egypte publie en forme d'édit qu'un certain Grégoire de Cappadoce m'est donné par la cour pour successeur-. C'était nouveau, et pour la première fois on entendait chose pareille ! » Le peuple ne s'y trompa point : le coup ne pouvait venir que des Ariens, on
l.ATHAN.is. Epistul. encycl. i.
<i. Ibid. i : èÇabvr,; ô ÉTrapyo; xr); klrJr.xvj ypâiJLSJ.otTa 7:poTt9TiCT'. Sï)[;.ocyîa, û'.a-:dcY[j.aTO; lyo^ny. tOnov, ùi^ rpriYopcou tivo; ly. Kaitnaôov.ia; alTïpy^ojiévov oia3ôy ou [ao-j àTîo xcv viuttâTo'j.
416 LA PAIX CONSTANTLMENNE.
savait ce Grégoire arien, les Ariens avouaient quïl était envoyé par Eusèbe et son groupe. De quel droit Tenvoyaient-ils?
5i après tout on avait rjuelque reproche à nous faire.... (il fallait procéder) conformément aux canons ecclésiastiques, et, comme dit Paul, réunir le peuple, et, assemblés par l'Esprit, avec ta puissance de notre Seigneur Jésu< Christ, enquêter, procéder canoniquement, en pré!<ence du peuple et des clercs (d'Alexandrie), au lieu d'amener du dehors... et d'imposer un prétendu évêque à (une Eglise) fiui ne V avait ni demandé, ni accepté,... à qui on l'imposait par la violence des magistrats séculiers. Tout cela est contraire aux canons ecclésiastiques, tout cela fait blasphémer les païens et les persuade que les ordinations (dans le cliristianisme), loin d'être réglées par une loi divine, sont affaires de vénalité et de violence des magistrats séculiers K
Cette protestation d'Athanase a une rigueur juridique que n'avait pas l'encyclique du concile d'Egypte. C'est qu'aussi, au moment du concile d'Alexandrie de Tannée précédente (338), l'oligarchie eusébienne ne faisait que menacer Athanase d'appliquer la sentence de Tyr : elle a passé de la menace à Facle, elle a donné un successeur à Athanase pour bien montrer qu'elle considérait Athanase comme dûment déposé. Athanase ne s'attardera pas à discuter la sentence de Tyr : le droit de donner un successeur à l'évêque d'Alexandrie appartient à l'Eglise d'Alexandrie seule, il est contre tout droit ecclésiastique de le lui imposer « du dehors », pis encore de lui imposer par la violence et avec l'appui des magistrats séculiers. Athanase néglige l'intrus, qui n'est qu'un homme de paille :
LA PAPAUTE A SARDIQUE, 417
Athanase dénonce les Ariens dont cet intrus est la créature, et il dénonce plus courageusement encore les fonctionnaires impériaux, aussi bien le préfet d'Egypte que ses supérieurs, qui sont les auteurs de la violence commise, il les appelle «ceux du dehors », marquant bien par ce mot pris à saint Paul que l'Eglise est un domaine réservé oîi ils n'ont pas le droit de pénétrer. Il en appelle à l'indignation de toute l'Eglise :
Voilà la tragédie que les Eusébiens ont motitée. Voilà ce qu'ils tramaient depuis longtemps et ce qu'ils ont entrepris d'exécuter, grâce aux calomnies dont ils nous ont calomnié auprès du prince. Et cela ne leur suffit pas, car ils veulent ma mort, ils terrorisent mes amis pour leur faire prendre la fuite... Ce ne sera pas une raison pour vous de trembler devant leur iniquité, au contraire... Si, pendant que vous siéi/ez dans votre Eglise et que vous présidez saîis reproche votre peuple, il vous arrivait tout à coup par ordre (impérial, oià 7:poaTiiY[xaToç) un successeur..., est-ce que vous ne vous indigneriez- pas? est-ce que vous ne crieriez pas vengeance? Il est donc juste que vous vous indigniez, de peur que, par votre silence, ce mat ne s'étende avant peu à toutes les Eglises, et que nos chaires de doctrine ne deviennent un objet de trafic et d'achat '.
En terminant, Athanase, qui prévoit que les Eusébiens ne manqueront pas d'écrire aux évoques de la catholicité, les conjure de ne pas accueillir leurs envoyés, en considérant que les Eusébiens sont responsables des violences commises à Alexandrie, meurtres de fidèles, outrages aux vierges, pillages, profanations et incendies d'églises, invasion des églises par les païens et par les Juifs. Il ne doute pas que les évè-