‹ La paix constantinienne et le catholicismeChapitre 262 sur 274 · SOZOM, IV, 2'l · texte numérisé non relu

SOZOM, IV, 2'l

mises en circulation, que nous possédons encore, et autour de l'authenticité desquelles on discute toujours ^ — Nous avons rencontré la première, attribuée au début du pontificat de Libère, et si parfaitement en contradiction avec l'histoire connue et certaine que l'on ne peut hésiter à la regarder comme un faux -. On estime avec raison que si cette première lettre est un faux, les trois autres, qui s'y raccordent et forment bloc avec elle, sont également apocryphes. D'abord, la lettre Pro deifico timoré, soi-disant adressée « aux prêtres et évéques orientaux » : ensuite, la lettre Quia scio vos, à Ursace, Valons et Germinius ; enfin, la lettre Noji doceo sed, à Vincent de Capoue ^. Ces trois lettres, comme la lettre Studens paci, ont pour but d'affirmer que Libère a souscrit et souscrit encore à la condamnation d'Athanase, que Libère entend être en communion avec les Orientaux, adhère au formulaire (anoméen) de Sirmium (de 357), prie les Orientaux et nommément Ursace, ^'alens et Germinius d'obtenir de Coi>stance II qu'il soit rappelé d'exil et ramené à Rome. — Le texte de ces lettres est entrecoupé d'invectives dun copiste contre l'impiété de l'auteur supposé : «... Anathema libi a me dictum, Liber i, et sociis tuis... Iterum tibi anathema et tertio, praevaricalor Liber i... Praevaricatori anathema iina cum Arianis a me dictum... » Personne ne pense à attribuer à saint Ililaire ces invectives. On ne lui attribue même pas le fait d'avoir

1. J. ZEII.1.EI!, . La (|uestion du pnpe Libère .., Bull. anc. Ult. et arch. chrél. 1913, p. 20-51, pour l'etal de la question à cette date.

'2. C'est la lettre Studens pncl (Jaffk f -207), conservée dans Hilar. Fiaym. iv : « Dilcctissimis Iratribus et coepiscopis nostris universis per orientem constitulis... •

:». Lettre Pro deifico (Jaffk f 21"), H;nr>. Fragtn. vr, 3-7. Lettre Quia scio uos (Jaffé f 218), ibid. S-9. Leltrc Non doceo sed [J kVFÉ. f 21 ii) i'jid. 10-11.

inséré dans son dossier la lettre Studens paci, pas plus que les trois autres : cette quadruple insertion constitue dans l'œuvre d'IIilaire une interpolation. Ces lettres apocryphes ayant dû être jetées dans la circulation par ceux dont elles servaient les plans, on ne peut penser qu'aux auteurs du formulaire anoméen de Sirmium de 357, Germinius, Ursace et Valens. En 358, en donnant les mains à la condamnation de l'anoméisme, Libère paraît avoir voulu protester contre l'imputation de l'avoir adopté par ses lettres supposées de 357. — Mais ces faux ont fait leur œuvre de calomnie. Quand saint Jérôme écrit : « Liberius taedio victus exilii in haeretica pî'açitate subscribens Romam quasi victor intraverat » * , sûrement Jérôme fait allusion aux misérables lettres qu'on attribuait à Libère, sans remarquer que Libère, après une pareille trahison, n'aurait pas été accueilli à Rome comme un vainqueur. Jérôme n'est pas le seul à avoir ajouté foi à l'incroyable calomnie que Libère ait pu accepter l'anoméisme -.

En dehors de ces faux et des témoins qui ont été trompés par eux, les témoins à charge qui déposent

1. HiERONYM. Chroiiicon. a. 310 (Hf.lm. p. '237). Dans le De viris inl. !i7, parlant de Fortunatieii évêque d'A(]iiilee, Jérôme écrit : « In hoc liahetur detestahilis quod Liberiiim, lomanae urhis episcoimm pro !kle ad exiliuni pergentcm, primus soUicilavit ac fregit et ad subscri|itionem haereseos compulit ». Cette inlormation de Jérôme dépend de la lettre Quia scio vos.

2. L'auteur du récit Quae gesta sunt inler Liberium et Felicem episcopos (qui se lit dans le Libellas precum adressé en 383 aux eaipereurs Valentinien, Théodose et Arcadius par deux prêtres iuciférlens de Roinej raconte que Constance H à Rome (donc en 3.")") aurait répondu aux instances des Romains qui lui redemandaient Liljére : •< Habetis Liberimn, qui, qualis a vobis prolectus est, mclior revertetur ». L'auteur ajoute : " Hoc aulem de consensu eius, que manus perfidiac dederat, indicabat ». Epislulae, coll. Avcllana, éd. Gcfnthep., t. I, p. 2. Le mot perfiiia est une allusion au l'ormulaire anoinécn de 3:j7. Cette imjmtation dépend encore des lausscs lettres de 3,"j7.

51 s LA PAIX CONSTANTIMENNE.

contre Libère se réduisent à deux, et ils sont graves, car ce sont saint Athanase et saint Hilaire, mais ils ne font pas une preuve. — Athanase écrit : o Libère fut exilé : deux ans après il céda, et effrayé par les menaces de mort il souscrivit^ ». Et ailleurs : « Libère, évêque de Rome, bien qu'il n'ait pas supporté jusqu'à la fin lépreuve de l'exil, est resté cependant en exil deux ans, victime de (exactement : connaissant) la conjuration menée contre nous ^ ». Ces quatre lignes sont tout le témoignage d'Athanase. Elles prouvent que Libère a été rappelé après deux ans d'exil, tandis que les autres évêques exilés pour la même cause restaient exilés. Elles prouvent que Libère a souscrit, mais à quoi? Athanase ne pense pas aux fausses lettres de 357, mais à une souscription donnée après deux ans d'exil, donc en 358. Athanase pense à une souscription pour prix de laquelle Libère a vu finir son exil. Athanase pense aux exilés qui ont souffert l'exil pour n'avoir pas voulu abandonner sa cause : il note que Libère ne lui a eu que deux ans de fidélité, il ne suggère aucunement que Libère ait capitulé sur un article de foi. — Saint Hilaire est moins probant encore. Il écrit dans son Ad Constantium : « Tu as porté la guerre jusqu'à Rome, tu en as arraché l'évéque, et, malheureux, je ne sais si tu n'as pas été plus impie en l'y renvoyant qu'en exilant, nescio utrum maiore impietate relegavevis quam remiseris^ ». Cette invective vise Constance II, auquel Hilaire reproche d'avoir mis le désordre dans tant d'Églises, Alexandrie. Trêves, Milan, Rome. Toulouse. En ce qui

i. ATHANAs.'lf/s/. Arian. 41.

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