HiLAr.. Contra Constant. H
concerne Rome, Hilaire peut faire allusion à ce que Constance II a ramené Libère en maintenant Félix, et aux séditions qui s'en sont suivies. Hilaire n'aurait pas pu reprocher à Libère l'attitude conciliante qu'il prit en 358 envers Basile d'Ancyre, puisque cette attitude était pareillement celle d'Hilaire. D'autre part, supposé que Libère eût accepté le formulaire inacceptable de 357, comment expliquer que Constance II ait attendu à 358 pour le ramener ;i Rome ' ?
Restent les témoins à décharge que l'on peut citer pour la défense de Libère. D'abord, ceux qui paraissent ignorer toute capitulation de Libère, et qui ne l'auraient pas tue s'ils l'avaient connue : on peut citer, sinon saint Hilaire, au moins saint Phebadius d'Agen et Lucifer de Cagliari, plus tard saint Épiphane et Sulpice Sévère. Viennent ensuite les témoignages favorables à Libère, dont le plus probant est la fidélité du peuple de Rome, qui, assure Sozomène, <■ l'aimait pour le courage avec lequel il résistait à l'empereur sur le point de doctrine- ». On en a une attestation dans l'épitaphe métrique retrouvée par De Rossi et qui, si elle présente plus d'une énigme encore, est sûrement l'épitaphe du pape Libère. On y lit des éloges aussi nets que ceuxci : ses père et mère sont loués.
1. Ce dernier ari;nment exclut rii\pollicse de deux capitulations de Libère, l'une en ;}57 .suggérée par les fausses lettres), l'autre en 35«. — Philostorge (iv, 3, Bidez. p. 60; associe la capitulation de Libère et celle (l'Hosius, et entend. que Libère a condamné en même temps Atlianase et l'6[A&ou(jto;. En cela, Pliilostorge dépend de l'hypothèse qui place la capitulation de Libère en 357, h\potlièsc suggérée par les fausses lettres.
2. SozoH. IV, l'i : 7.a),'ov xal àyaôôv xôv Aiêépiov xal àvopstw; •ÛTièp Toù oôy^aTo; âvre'.Tïôvxa xô) paciAEÎ, r,fy.T:a à xûv pwjjiaEwv ôrjjj-o;. Cf. TiiEODûiin. H. E. w. \~ ([). 13").
qui confcssorem talem f/enuere polenlem
atque sacerdote)» sanctum, sine /'elle columbam,
divinae legis suicero corde magklrum.
llaec le iiascentinn .^iiseepit Ecclesia mater
iiberibus [tdei nutriens derota beatinn
fini pro se passariis eras mala cuncta libenter.
Difjnus qui merih) Inlibalus iure pereanis • huic tanlae sedi Chrisli splendore serenae electus fldei plenus swnmusque sacerdos, qui nirea mente imnuiculalus papa sederes. qui beiie ajiostolicam doctrinam sancte doceres.
Ilaec fuit, haec semper mentis constantia fîrma, disccrplus tractus prufuijatusque sacerdos.
Per Patris ac Filii nomrn cui credimus omnes...
spem gerimus cuncti jn-oprie nos esse bealos
qui sumi(.'< /locque fnum merilum fidemque secuti '.
La fidélité des Romains à leur évêqiie ne sexprimerait pas en ces termes, si cet évêque n'avait pas été contredit, c'est possible, mais si cet évêque n'avait pas été un ininuiciiJatiis papa, et si sa constance n'avait pas été semper firnia.
Trente-trois ans après la mort de Libère, le pape Anastasc son successeur, écrivant à Tévéque de Milan Yencrius, ne s'exprimait pas autrement. 11 rappelait les saints évêques qui avaient résisté à Constance II, et ([ui avaient souffert l'exil pour la bonne cause :
... Vvo qua exilium lii:)cnt.T tulerunt qui sancti tune episcopi sunt i)robati, lioc est Dionysius niediolanensis
^ I. De Kossi, Inscript, l. n, p. h.; et 85. Ci •cnrsM;. LU,, jiont. r. I. p. 209-
Dei servus divina instructione compositus, vel eiiis secuti exemplum sanctae recordationis Ecclesiae romanae Liberius episcopus. Eusel)ius quoque a Vercellis, Hilarius de Galliis. ut de ])lerisque taceain quorum potuerit in arbitrio residere cruci potius adfigi quam Deum Cliristum (quod ariana cogebat haeresis) blasphemarent aut filium Dei Deum Christum dicerent creaturam Domini K
Les sentiments de Libère tels qu'ils nous sont connus par ses lettres authentiques, justifient pleinement ces hommages. Il a manqué à Libère, il a manqué à la papauté de Libère, de tenir le langage éclatant d'Hilaire ou d'Athanase. Dans les années critiques, entre 358 et 361, il a manqué à Libère d'être en situation d'élever la voix : du moins Rimini ne l'a pas vu souscrire à sa défaillance et pas davantage Constantinople. Il a été tenu isolé, condamné au silence; ses efTorts pour la paix et l'unité ont été trahis ; son autorité a été avilie par la calomnie : mais le désarroi de l'épiscopat universel dans cette crise inouïe jusque-là est une bonne preuve que cet épiscopat universel ne peut pas se passer de la primauté du successeur de Pierre.
I. J. van den Giieyn, « La leltre du pape Anastase l" à saint Venefius, évêque de Milan >, Revue d'hist. et de litt. relig. 1899, o. 1-1-2.
Le récit que Ion vient de lire est celui des rapports de l'Eglise et de l'État, depuis les Sévères jusqu'à Constance II.
Nous avons vu l'Empire romain traiter d'abord le christianisme comme une relisio illicita : c'est le régime antérieur à Alexandre Sévère, régime de persécution intermittente et de perpétuelle menace. Lié, en vertu des réformes religieuses d'Auguste, à des cultes officiels, principalement au culte impérial de Rome et d'Auguste. l'Etat se fait une loi de protéger cette religion romaine contre le christianisme qu'il tient pour un athéisme.
Le christianisme, traité avec cette rigueur aveugle, ne laisse pas de professer dès la première heure l'obligation de conscience pour ses fidèles de se soumettre à l'Etat avec un loyalisme qui n'est limité que par le respect de la loi de Dieu. Au prix du sang de ses martyrs et de l'intrépidité de ses fidèles, le christianisme parviendra à imposer à l'État le respect du domaine de Dieu et de la conscience.
L'Empire romain commença par ne pas appliquer persévéramment la prohibition dont il avait frappé le christianisme. Toute intermittence dans l'application d'une loi tend à créer un état de fait, et « l'état
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de fait en so prolongeant se transforme en état de droit par le seul effet de sa durée ' ». Il en fut ainsi du christianisme primitif.
Le miracle fut qu'il dura, et qu'il dura en croissant.
L'empereur Alexandre Sévère reconnut le droit d'exister au christianisme qui existait en fait depuis près de deux siècles. Le même prince lui octroya le droit de posséder. En d'autres termes, Alexandre Sévère le fit entrer dans la condition commune des cultes licites.
La tolérance d'Alexandre Sévère suppose chez ce prince un jugement éclairé et favorable sur le contenu du christianisme. Mais il s'en faut que le christianisme ait été dès lors assuré contre les retours du nationalisme persécuteur. La religion romaine, issue des réformes d'Auguste, restait un bloc que n'entamait ni le progrès du droit romain, ni le progrès de la philosophie, ni l'évolution de la religiosité païenne ellemême : elle a inspiré toutes les persécutions, elle a fait le caractère sectaire des persécutions, qui, au cours du m'^ siècle et jusqu'à la dernière, a été de plus en plus accusé.
Le danger pour l'avenir du christianisme n'était pas dans cette violence de la superstitio qui se défendait : il eût été dans la formation d'une religiosité nouvelle, s'interposant entre le christianisme et le paganisme, sous la forme d'un théisme abstrait et neutre. Aurélien y pensa-t-il? On peut en douter. Constance Chlore y inclina peut-être. Pareille réforme n'entra pas dans les plans de Dioclétien. A la fin de la dernière persécution, la religion romaine était à bout et le christianisme plus vivant que jamais.