CHAPITRE TROISIEME
DIOCLETIEN.
Les quarante-cinq années de paix (258-303) que le régime lég'al institué par l'empereur Gallien a assurées à l'Eg-lise ^ , ont été pour elle des années d'existence à ciel ouvert et d'activé propagande. L'expansion du christianisme a repris son cours interrompu par la persécution de Dèce et de Valérien : les progrès en semblent dépasser tout ce qu'on a vu encore, même au temps des Sévères et de Philippe^. Eusèbe, sur le point d'aborder le récit de la persécution de Dioclétien, se complaît à rappeler de « quelle gloire et de quelle sécurité jouissait la religion de Dieu auprès de tous les hommes, soit grecs, soit barbares », quand la persécution éclata. Comment, dit-iL comment décrire les multitudes que formaient les assemblées chrétiennes en chaque ville, et le concours des foules dans les lieux de prière? Les vieux édifices chrétiens étaient désormais trop petits, il fallait dans toutes les villes élever des églises spacieuses assez pour
1. si Aurélien. à la fin de son règne, pensa à rouvrir la persécution contre les chrétiens, si des édits t'uronl préparés, ils ne •t'tirenl pas expiHiic's et n'eurent i)as <relTet, l'empereur étant mort à l'improviste. Les choses restèrent en l'état sous ses éphémères successeurs. EusEB. H. E. VII, 30, 20 et 21. lACTANT. Movl. persec. G (p. 170).
•2. Harnack, Mission, t. II, p. 24.
abriter le nombre grandissant des fidèles'. Si nous en croyons Arnobc, les païens sont les premiers frappés de cette expansion du christianisme : ils se plaignent que le culte des dieux soit abandonné, que l'on ne voie presque plus personne recourir aux temples : « Neglegnntur dii, clamitant, atqiie in templis iani raritas siiinma est- ».
A Trajanopolis, en Phrygie, on a relevé une inscription funéraire chrétienne, datée de 278-279 : Eutychès fils d'Eutychès a élevé ce monument au souvenir de Tatia sa femme et de son père Eutychès l'un et l'autre chrétiens, yuvawl xa't Tra-pl \).^r\\t.r^ç, /ocpiv /piuTiavoîç ^. En 279, on ne craint donc pas de se déclarer chrétien au grand jour, et cette profession de foi, épigraphique, n'est pas isolée en Phrygie à pareille époque^. La propriété ecclésiastique ne se dissimule pas davantage. Une inscription de Césarée de Mauritanie (Cherchel), attribuée à la période 258-303, nous montre un clarissime, Seveiianus, faisant donation à la « sainte Eglise » d'un terrain [areain] pour les sépultures, et y construisant une ecclésiole [cellam] à ses frais :
AREAM AT SEPVLCIIRA CVLTOR VERIU CONTVLIT ET CELLAM STRVIT SVIS CVNCTiS SVMPTIBVS : ECLESIAE SANCTAE HANC RELIQVIT MEMORIAM. . . ■'
"Ce qui s'est passé à Cherchel a dû se passer partout : de riches convertis ont à leurs frais édifié des
\. EuSEB. H. E. VIII, 1. I et 3.
2. Arnod. I, -24 (éJ. Keikfersciieid, p. 10). Cf. Elseii. H. E. ix, 9, 14, et PoRPiiYii. cité par Mac vu. Mac.n. Apocritic. iv, 3. Harnack, Kritik des N. T. von eùiem f/ricch. PhUosophen des :i Jahrhundcrls ^1911), p. 74.
3. Rahsay, Ctl/'cs and Bishoprics of Phrijyia (1897), p. o.'iS.
i. Ibid. p. :>3(>-537. Leclercq, art. « Clirctien » du Dict. archéol. chr. p. 147t-!4"ii.