IisTiN. Apolog. III. -2 et
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pourront faire ce qu'ils voudront, mais ils ne vaudront pas mieux que « des brigands dans le désert ^ ». — L'apologiste a touché en passant au point critique : le chrétien obéit en tout, sauf en ce qui blesse sa conscience religieuse. Or, FP^mpire romain est lié au culte de tous les dieux : plus encore, il est revêtu d'une sorte d'être divin, en vertu du culte de Rome et de l'Auguste. En se refusant à toute participation au culte ofliciel, les chrétiens font figure d'athées, de dissidents de la romanité, d'ennemis des Divi imperatores : leur proscription peut se justifier, au regard d'un magistrat romain, comme une mesure politique-.
La lettre prétendue d'Antonin le Pieux à l'assemblée provinciale d'Asie, lettre recueillie par Eusèbe, est certainement un faux ; l'original en était latin, croit-on^. Elle garde une valeur historique, parce que le chrétien qui l'a composée prête au prince les sentiments quil aurait souhaité qu'il eût. C'est un programme de tolérance : il n'appartient quaux dieux de punir ceux qui refusent de les adorer. C'est une critique de l'hypocrisie païenne : les païens sont les vrais athées, ils semblent ignorer qu'il y a des dieux, ils nont nul souci du culte de la divinité, ils haïssent ceux qui l'honorent. Donc si quelque chrétien est accusé du crime d'être chrétien, qu'on labsolve, quand même l'imputation serait prouvée, et que le délateur soit puni. — Dans la lettre prétendue
1. IcsTix. Apolog. XII, G. Cf. llipi'Oi.YT. //( Daniel, m, 18 (éd. Bonwi.tscii- AciiELiS, p. 232,.
•2. Wen'dland, Hellen. n'im. Kullur, p. 158. G. 'Wissowv, Religion und KuUus der Riimer (1002), p. 71-72.
A. Elser. h. E. IV, 13 (éd. ScuwvuTZ-MoMMSEN. l. r. p. 32G-331). Voyez la note de Scuw.vr.Tz, p. 320. Cf. Haunack, AUchristl. LUtcralurg. p. 808.
de Marc Aurèle, à propos du miracle de la legio fal~ minata, on trouve aussi gauchement exprimé ce qu'un chrétien, de la fin du second siècle, attendait qu'un prince juste octroyât au christianisme : ce faux est, lui aussi, comme un projet d'édit de tolérance'. Marc Aurèle rappelle qu'il a demandé aux chrétiens de son armée d'implorer leur Dieu, car « ces hommes que nous croyons être des athées, ont un Dieu vivant dans le sanctuaire de leur conscience »^. Leur prière a obtenu du ciel le miracle qui a sauvé l'armée romaine en détresse. En retour, « désormais nous leur permettons d'être chrétiens ». Cette expression est l'écho du Non licet esse iws. Donc, défense d'accuser personne de christianisme : le délateur, qui se permettra d'accuser un chrétien pour cette unique raison qu'il est chrétien, sera brûlé vif. Quant à qui s'avoue chrétien, sans qu'il y ait aucun autre grief contre lui, défense au gouverneur de la province de le presser de renier sa foi, défense d'entreprendre sur sa liberté. — Ces deux documents apocryphes montrent ce que les chrétiens s'accordent à demander à la puissance publique : qu'elle les laisse exister, qu'elle respecte la religion de leur conscience, qu'elle abandonne aux dieux le soin de se venger eux-mêmes^ !
L'évêque de Sardes, Méliton, ne demande à Marc Aurèle pour les chrétiens que de pouvoir vivre en
1. Le texte est annexé, de seconde main, à l'Apologie de Justin, P. G. t. VI, p. 43G-440.
2. Voici la phrase grecque : Etxoç o-jv èativ, ou; •Juo)a(A6iv'.[j.îv àSÉou; elvai, <;oti>- 6eôv Ij^ouaiv aÙTOjj-aTOv Èv xî] c;uv£ioriij£i tETet/ta- [xévov. Celte phrase révèle peut-être chez le faussaire l'intention d'imiter le langage de Marc Aurèle.
3. Le taux Antonin dit en parlant des dieux : « MiiUo magis ipsis convenu punire eos qui siOi immolarc nolunl, quam vobis ■. Le prétendu Antonin parle comme saint Cypricn, Ad Demetrian. \'t (llAfiTF.L. p. ■■mii!
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paix sous la justice qu'ils méritent. Il va au-devant du reproche qu'on fera, qu'on a dû faire au christianisme, d'être une chose venue de l'étrano^er. Et sans doute, écrit-il, « la philosopliie qui est la nôtre a fleuri d'abord chez les barbares », mais elle s'est épanouie dans les peuples du monde romain sous le règne d'Auguste, comme un heureux présage pour l'Empire. « De ce moment, en effet, date le développement grandiose, éclatant, de la puissance des Romains, dont tu es et seras avec ton fils [Commode] l'héritier acclamé de nos vœux, si tu laisses vivre ^ cette philosophie qui, contemporaine d'Auguste, a été en quelque sorte la sœur de lait (auvTpocpov) de l'Empire, et que les ancêtres ont respectée à l'égal des autres cultes^. Et ce qui prouve bien que notre doctrine est destinée à partager la prospérité de l'Empire, c'est que, depuis Auguste, vous n'avez connu aucun revers, et que vous avez au contraire récolté en tout succès et gloire à souhait^. » La grande idée que Méliton se fait de Rome est un sentiment qui n'a rien d'un artifice d'orateur, pas davantage la confiance qu'il voue à Marc Aurèle. Méliton ne réclame pas pour le christianisme un régime de faveur, mais seulement d'être « respecté